Résumé du Rapport Annuel 2020 de la Banque Centrale de Tunisie
Le Rapport Annuel de la BCT relatif à l’année 2020 comporte, à l’instar des rapports précédents, des analyses approfondies sur l’environnement international et national ainsi que sur les efforts déployés pour le redressement des équilibres financiers internes et externes. La crise du Covid-19 a affecté profondément la situation économique et sociale dans le monde et en Tunisie. La BCT a été mobilisée pour appuyer les autorités pour contenir les effets de la crise tout en poursuivant la mise en oeuvre des politiques et stratégies notamment en ce qui concerne la digitalisation, la stratégie d’innovation, le plan stratégique…
I- L’environnement international est marqué en 2020 par la crise sanitaire qui a durement frappé l’économie mondiale
L’environnement économique international a été marqué, en 2020, par une récession mondiale sans précédent sous l’effet, principalement, de la propagation rapide de la pandémie du Covid-19 et ses répercussions sur l’activité économique. En effet, les mesures d’endiguement prises par la majorité des pays afin de contenir cette pandémie ont entraîné de graves perturbations qui ont affecté à la fois l’offre et la demande mondiales.
De ce fait, le PIB mondial a subi, en 2020, sa plus forte contraction depuis la Grande Dépression des années 1930, avec un fléchissement de 3,3%. Le fléchissement a touché pratiquement tous les pays.
Croissance réelle en % 2019 2020 2021 Monde 2.8 -3.3 6.0
Pays développés 1.6 -4.7 5.1
USA 2.2 -3.5 6.4
Zone Euro 1.3 -6.6 4.4
Economies Emergentes et
en développement 3.6 -2.2 6.7
Chine 6.0 2.3 8.4
Inde 4.2 -8.0 12.5
Maroc 2.2 -7.0 4.5
Tunisie 0.9 -8.8 3.9
Les échanges commerciaux de biens et services se sont inscrits en baisse de 8,5% en 2020, et ont perturbé les chaînes d’approvisionnement, les activités de services, notamment le tourisme et le transport aérien, ainsi que les marchés financiers et ceux des produits de base.
La situation de l’emploi dans le monde s’est détériorée en 2020 avec une perte d’heures de travail de l’équivalant de 255 millions d’emplois à temps plein. C’est ainsi que le taux de chômage mondial s’est inscrit en hausse de 1,1 point de pourcentage d’une année à l’autre pour atteindre 6,5% en 2020.
La récession de l’économie mondiale aurait été plus profonde n’eût été la mise en place par les pouvoirs publics des mesures budgétaires sans précédents via des plans de relance d’envergure. Ces mesures ont été soutenues par des politiques monétaires ultra-accommodantes, notamment par la mise en place de programmes d’achats massifs d’actifs dans le but de faciliter les conditions financières et assurer la liquidité aux marchés pour fournir le financement nécessaire de l’économie.
II- L’économie tunisienne a été lourdement affectée par la pandémie du Covid-19 en 2020
La situation économique et financière a été marquée par les évolutions suivantes :
1-La croissance économique a accusé un recul sans précédent de -8,8%, dont les répercussions ont fortement pesé sur les équilibres macroéconomiques. Du fait des mesures d’endiguement de la propagation du virus prises en Tunisie et dans les pays partenaires, l’activité productive s’est trouvée entravée pour la majorité des secteurs à l’instar des industries manufacturières orientées vers l’exportation, des services marchands, notamment le secteur touristique et les secteurs connexes comme le transport, mais également des secteurs orientés vers la demande locale comme l’activité du bâtiment et du commerce ainsi que des industries extractives, surtout l’énergie et le phosphate, qui continuent par ailleurs à endurer les turbulences sociales de manière récurrente.
2- L’investissement a accusé une forte contraction de 5 points pour chuter au niveau de 13,3% du PIB en 2020 et le taux d’épargne a accusé une baisse du même ordre, revenant à 4%.
3- Sur le plan de la compétitivité, La part de marché des exportations Tunisiennes sur l’Union Européenne a poursuivi sa tendance baissière, pour revenir à 0,50% en 2019 contre 0,52% durant les trois années précédentes et 0,60% en 2010 et ce contrairement à la position du Maroc dont la part s’est améliorée de 30 points de base entre 2010 et 2020.
Part en % Rappel 2010 2016 2017 2018 2019 2020 Chine 16.69 18.65 18.21 17.92 18.71 22.37 Turquie 2.56 3.48 3.46 3.50 3.60 3.65 Maroc 0.51 0.79 0.82 0.84 0.89 Tunisie 0.60 0.57 0.52 0.81 0.52 0.50 0.52
4- Le marché du travail a été fortement perturbé, faisant grimper le taux de chômage de 14,9% à 17,4% d’une année à l’autre.
5- La balance des paiements a connu une évolution positive en relation avec la bonne tenue du secteur de l’huile d’olive et la hausse de 10,7% des transferts effectués par les Tunisiens résidant à l’étranger. En effet, le déficit courant est revenu à 6,5% du PIB contre 8,4% en 2019, à la faveur de la contraction du déficit commercial, permettant ainsi de consolider le niveau des réserves nettes en devises à 162 jours d’importations et ce malgré le repli des entrées nettes de capitaux.
6- Le taux de change du dinar a connu, pour la deuxième année consécutive, une relative stabilité par rapport aux principales devises internationales, ce qui a conféré plus de modération à l’évolution de l’inflation. Celle-ci est ainsi revenue à une moyenne de 5,6% en 2020 contre 6,7% en 2019, aidée par ailleurs par la faiblesse de la demande intérieure et la chute des prix internationaux des produits de base et des matières premières.
7- Le déficit budgétaire a explosé en 2020 pour atteindre un niveau record de 10,4% du PIB contre 3,6% une année auparavant, et ce, en dépit du repli enregistré au niveau du prix du pétrole et de la stabilité du taux de change du dinar. Les vulnérabilités structurelles des finances publiques se sont, de fait, exacerbées au cours de l’an passé à cause du dérapage des dépenses courantes au dépend
des dépenses d’investissement, face à des recettes fiscales en baisse en raison de la morosité de l’activité économique. En conséquence, les ratios de l’endettement public et extérieur continuent à croitre à un rythme accéléré pour atteindre 84,3% et 61,6% du PIB respectivement.
8- L’année 2020 a connu la dégradation par trois agences (Fitch Ratings, R§I, et Moody’s) de la notation souveraine de la Tunisie avec des perspectives négatives. Ces agences motivent leurs dégradations de la notation par le contexte institutionnel et politique marqué par de fortes pressions sociales, une instabilité politique et une fragmentation parlementaire qui viennent s’ajouter à l’absence d’un consensus national sur les grandes réformes et aux effets néfastes de la pandémie sur l’économie. Deux nouvelles dégradations en 2021 sont intervenues en février par « Moody’s » (de B2 à B3) et en juillet par « Fitch » (de B à B-) avec des perspectives négatives pour les deux notations.
III- L’activité de la Banque Centrale
1-Mobilisation de la BCT pour accompagner l’action des autorités et faire face aux effets du Covid 19. L’action de la BCT a visé un double objectif : la garantie du financement normal de l’économie par l’approvisionnement adéquat du marché en liquidités, et la sauvegarde des équilibres intérieurs et extérieurs notamment l’inflation et le déficit courant. C’est dans ce cadre que s’inscrit la baisse du taux d’intérêt directeur à deux reprises, en mars et en septembre à 6,75% à 6,25% respectivement, action appuyée par l’octroi aux banques des liquidités nécessaires et le report des tombées de crédit aux particuliers et aux professionnels, outre la souplesse introduite dans l’accord du refinancement, notamment à caractère exceptionnel Parallèlement, la BCT a fourni au Trésor public un financement direct exceptionnel de 2,8 milliards de dinars. Ces dispositions monétaires ont été consolidées par des mesures d’ordre prudentiel afin de préserver la solidité des acteurs du système financier et par là, la stabilité financière. Ces mesures ont concerné plus particulièrement l’extension de la gamme des collatéraux éligibles au refinancement, l’assouplissement des dispositions relatives au ratio crédits/dépôts, et la suspension de distribution des dividendes des banques et des opérations de rachat de leurs propres actions.
2- Modernisation des moyens de paiement : Digitalisation En vue de soutenir la digitalisation du secteur financier tout en veillant à une maîtrise des risques qui en découlent notamment cybernétiques, la BCT a poursuivi ses efforts de modernisation du marché des paiements. Ainsi, elle a apporté son appui aux efforts du Gouvernement pour digitaliser l’ensemble de ses paiements, en particulier pour assurer la distribution d’aides sociales pendant la pandémie. Ce processus de digitalisation serait consolidé davantage pour supporter d’autres « cash transfert » Gouvernement-personnes (G2P) selon une logique de pérennisation pour en faire un vrai levier des paiements digitaux. Consciente du rôle crucial des gestionnaires des switches nationaux au cours des années à venir avec des projets structurants de digitalisation, la BCT a aussi entamé les travaux de restructuration de ces acteurs avec l’accompagnement d’organismes internationaux et en phase avec les meilleures orientations internationales surtout en matière de bonne gouvernance, gage de la performance et de la pérennité desdits acteurs. Dans un cadre plus global, et au vu des opportunités et des enjeux liés à la digitalisation, la BCT s’est résolument engagée dans le soutien des acteurs innovants, notamment les jeunes Fintechs, et la facilitation de leur intégration dans l’écosystème financier. A cet égard, une stratégie de promotion de l’innovation a été conçue dont la Sandbox Réglementaire constitue l’une des pièces maitresses. Cet environnement d’expérimentation contrôlée mis en place
par la BCT permet aux Fintechs de tester leurs innovations avec des clients volontaires et des banques partenaires. C’est aussi un mécanisme d’amorçage des innovations, à travers lequel la BCT vise, en outre, à favoriser l’inclusion financière et à assurer la protection des usagers des services bancaires.
Sur un autre plan, s’agissant de l’activité courante de la BCT, et tout en veillant à la sauvegarde de la santé du personnel via notamment une limitation quantitative du travail sur site, une organisation adéquate a été mise en place pour assurer la continuité de l’activité et garantir l’accomplissement des métiers essentiels de l’institution, mettant à profit le travail à distance. Simultanément, la Banque a poursuivi, en 2020, son plan stratégique 2019-2021 avec encore plus de défis imposés par le contexte sanitaire. La gestion du portefeuille des projets stratégiques s’est déroulée avec beaucoup d’agilité et avec un usage adéquat du digital qui a permis de pallier l’impossibilité de continuer avec le mode présentiel aussi bien en période de confinement qu’en période hors confinement.
3- Coopération financière et technique La Banque a oeuvré à consolider les actions liées à la coopération financière et technique et maintenir un rythme soutenu des contacts grâce à l’usage du mode virtuel. La coopération technique a ainsi continué à bénéficier aussi bien aux projets opérationnels qu’aux projets stratégiques de la Banque. La BCT a été active et présente dans plusieurs manifestations à l’international organisées par les institutions partenaires internationales et régionales. Les efforts de négociations déployés en 2020 par les autorités tunisiennes ont permis l’accès aux ressources extérieures du FMI au titre de l’instrument de financement rapide (IFR) et ont ouvert les discussions avec le FMI d’un nouveau programme sous la forme d’un mécanisme élargi de crédit qui vise à soutenir la Tunisie dans l’accélération de la mise en oeuvre de son plan de réformes en vue de rétablir ses équilibres financiers et relancer l’activité économique. La BCT oeuvrera, pour que la relance rapide de l’économie s’inscrive dans le cadre d’un développement durable. C’est ainsi que dans la lignée des efforts du pays en termes de croissance verte, la BCT a intégré, depuis 2019, le Réseau des Banques Centrales et des Superviseurs pour le Verdissement du Système Financier (NGFS). En outre, elle a entamé l’établissement d’une stratégie RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), en vue de développer et de mettre à la disposition du système bancaire des moyens et des standards de financement qui devraient accélérer le rythme de la transition énergétique, intégrer le développement durable dans le fonctionnement de la banque et prendre en compte les impacts environnementaux et sociaux dans l’exercice de ses métiers.
Forum Ibn Khaldoun le 15 septembre 2020
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