Lu pour vous № 1911

Lu pour vous : Rapport de Compétitivité Globale 2019

Le rapport annuel sur la compétitivité globale édité par le Forum Economique Mondial est, désormais, le document de référence en matière d'évaluation des différents facteurs déterminant la productivité et la croissance…

Résumé du Rapport de Compétitivité Globale 2019

Le rapport annuel sur la compétitivité globale édité par le Forum Economique Mondial est, désormais, le document de référence en matière d’évaluation des différents facteurs déterminant la productivité et la croissance économique pour la quasi-totalité des pays dans

le monde. Très attendu par les décideurs et les opérateurs économiques, du fait des précieuses indications chiffrées qu’il comporte et des comparaisons qu’il permet entre les pays, il mérite de faire l’objet d’une étude approfondie pour connaitre les tendances sur les plans international et national.

I. Appréciation générale de la compétitivité globale dans le monde

Trois enseignements majeurs se dégagent d’un survol du document.

Le premier enseignement concerne l’évolution de la productivité dans le monde. Celle-ci, malgré l’injection de plus de 10 000 milliards de dollars par les Banques Centrales, a faiblement augmenté. La progression a été au cours de la dernière décennie de 0.3 pourcent par an pour les pays avancés et 2 .8 pourcent par an pour les économies émergentes contre un rythme annuel respectivement 1 pourcent et 2.8 pourcent pour la décennie antérieure. Le ralentissement des investissements dans les infrastructures, la recherche et le développement des compétences de la main d’oeuvre y est à l’origine. C’est pourquoi, Il est essentiel, selon le Forum économique mondial, en s’appuyant sur des politiques budgétaires et des réformes structurelles adéquates, d’affecter à l’avenir davantage de ressources aux facteurs de productivité à l’effet d’atteindre simultanément les objectifs de croissance, d’inclusion et de durabilité.

Le second enseignement concerne la forte compétition que se livrent les pays pour

améliorer leur classement sur le plan mondial. Le palmarès des cinq pays les plus performants dans le rapport de l’année 2019 revient à l’Azerbaïdjan, au Vietnam, au Rwanda, au Koweït, et à l’Afrique du Sud.

pays Azerbaïdjan Vietnam Rwanda Koweït Afrique du Sud

score 62.7 61.5 52.8 65.1 62.4

classement 58 67 100 46 60

Gain en classement 11 10 8 8 7

Le cas du Vietnam mérite d’être signalé. Celui-ci a réussi à hisser les investissements directs étrangers à une moyenne de 6 pourcent du PIB au cours des cinq dernières année (contre à peine 2% pour la Tunisie), à avoir une croissance du PIB de 5.4 pourcent en moyenne par an

et à avoir de bonnes performances au niveau de la connexion internet ( rang 26 sur 140

pays) tout en assurant la maitrise de l’inflation ( 1er dans le classement Du WEF) et la mobilité de la main d’oeuvre ( 26e).

Le troisième enseignement se rapporte à la corrélation entre le niveau de la compétitivité globale et le standing de vie. Les cinq pays les mieux classés sur le plan de la compétitivité globale font partie du club des pays industrialisés, à fort revenu, engagés dans un processus de réformes et de restructuration continue de leurs économies comme le reflètent les données relatives à l’année 2019 pour ces pays.

Pays Singapour Etats Unis Hong Kong Pays Bas Suisse

Score 84.8 83.7 83.1 82.4 82.2

classement 1 2 3 4 5

Revenu par tête ($) 64 041 62 605 48 517 53 106 82 950

En fait le miracle de Singapour, un pays qui était considéré non viable lors de son

indépendance en 1965, était dû, moyennant une politique volontariste de valorisation des

ressources humaines et un cadre juridique et réglementaire compétitif, à une bonne exploitation de sa position géographique, en en faisant une plateforme d’excellence d’échanges en Asie.

II. Appréciation du classement de la compétitivité de la Tunisie

La lenteur du processus de réforme ne permet pas à la Tunisie d’améliorer de façon significative son score en matière de compétitivité globale. Celui-ci n’augmente que de 0.8 point entrainant le maintien de son classement au rang 87, derrière le Portugal, l’Afrique du Sud, la Jordanie et le Maroc, des pays qui étaient largement devancés par la Tunisie en 2010 comme le montre le tableau ci-après.

Compétitivité 2019 Portugal Afrique du Sud Jordanie Maroc Tunisie

Score 70.4 62.4 60.9 60.0 56.4

Classement 2019 34 60 70 75 87

Classement 2010 46 54 65 75 32

L’analyse de l’évolution des différents indicateurs de compétitivité de l’économie tunisienne entre 2018 et 2019 révèle que sur douze piliers de compétitivité, il n’y a eu en 2018 d’amélioration qu’au niveau de quatre piliers seulement à savoir les institutions ( gain de 22 places), l’adoption des nouvelles technologies ( gain de 7 places), la santé ( gain de 9 places) et le marché des produits ( gain de 11 places). Au regard de l’année 2010, le recul a

concerné tous les indicateurs aussi bien au niveau des exigences de base que des facteurs d’efficacité et d’innovation.

Classement Rappel 2010 2017 2018 2019

Les exigences de base

Institutions 23 80 75 53

Infrastructures 46 82 84 85

Stabilité macro-économique 38 109 118 124

Santé et éducation primaire 31 58 58 49 Les facteurs d’efficacité

Compétences 30 82 71 84

Adoption TIC 55 85 90 83

Marché de produits 33 112 103 92

Marché du travail 79 135 129 133

Système financier 58 110 78 94

Taille de marché 67 69 70 71

Facteurs d’innovation et de dynamisme

Dynamisme d’affaires 42 98 73 74

Capacité d’innovation 31 99 84 92

Conclusion

Le classement de la Tunisie à la 87e place est « frustrant » compte tenu du savoir-faire acquis et de la qualité des ressources humaines et de leur aptitude à identifier et à engager des réformes d’envergure pour améliorer dans des délais courts les différents facteurs de compétitivité.

Certes de nombreux efforts ont été déployés, particulièrement durant les deux dernières

années, pour résorber les obstacles entravant l’esprit d’entreprise et pour améliorer l’environnement des affaires. Cela s’est reflété notamment par la suppression des autorisations pour 27 activités (décret du 11 mai 2018 ), l’adoption de la loi transversale d’amélioration du climat d’investissement ( loi 2019-47) et le renforcement de la

transparence et de la traçabilité des opérations financières .

Cela reste, cependant, bien insuffisant compte tenu de la dure compétition que se livrent les pays concurrents pour engranger des gains de productivité et de compétitivité. D’importants efforts sont donc requis. Ils concernent tous les domaines et plus particulièrement le cadre macro-économique dont il faut assurer le redressement sur des bases durables, le marché du travail qui continue, compte tenu des fortes rigidités qui le caractérisent, à tirer la compétitivité vers le bas et enfin le secteur financier qui demeure faiblement compétitif, handicapant d’autant le processus d’investissement, d’exportation et de croissance. Une lourde tache attend la Tunisie. Il faut qu’elle s’y engage avec détermination dans le cadre d’une approche globale conciliant les impératifs économiques avec les exigences de l’équité sociale et de la préservation de l’environnement. Forum Ibn Khaldoun le 15 novembre 2019 Rapport sur la compétitivité globale 2019 à télécharger

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Publié le 14 novembre 2019 dans la rubrique Lu pour vous.