Contribution d’Afif Chelbi sur le positionnement stratégique de l’économie tunisienne. L’auteur défend un ancrage commercial renforcé à l’Union européenne — premier débouché de la Tunisie depuis cinq décennies — couplé à des percées sectorielles ciblées sur l’Afrique, l’Amérique du Nord et l’Asie pour les niches à forte valeur ajoutée.
Principaux constats
- L’UE absorbe 77 % des exportations tunisiennes de biens en 2021 (70 % biens et services confondus), suivi de l’Afrique-Maghreb à 11 %. La proximité géographique, l’histoire et la prospective convergent : la question du positionnement principal ne se pose pas.
- Décrochage 2010-2021 : la part de marché tunisienne sur l’UE recule de 0,6 % à 0,5 %, alors que celle du Maroc passe de 0,5 % à 0,8 %. Le Maroc a plus que doublé ses exportations sur l’UE (de 7,8 à 17,9 milliards d’euros) tandis que la Tunisie stagne (9,6 → 10,2 milliards).
- Effets sectoriels du décrochage : composants automobiles tunisiens passent de 0,23 % à 0,14 % de part de marché UE (vs Maroc 0,23 % → 0,36 %) ; textile recule de 4 % à 2,5 % (du 4ᵉ au 9ᵉ rang des fournisseurs UE).
- Cible 2030 : doubler les exportations tunisiennes de biens et services à 35 milliards d’euros (~120 milliards de dinars) — ce qui suppose de porter la part de marché UE à 0,8 %.
Approche
L’analyse distingue cinq secteurs traditionnels (industries mécaniques et électriques 40 %, textile-cuir 18 %, énergie-mines 16 %, agroalimentaire 10 %, tourisme 5 %) et cinq secteurs émergents (TIC, industries 4.0/mécatronique, ingénierie, biotechnologies/pharma, enseignement-recherche). L’objectif visé : faire passer la part des secteurs émergents de 10 % à 30 % des exportations à l’horizon 2030.
Implications
Trois leviers stratégiques sont identifiés. Premièrement, capitaliser sur le mouvement de friend-shoring post-Covid et post-Ukraine : le renchérissement des plateformes d’Europe de l’Est ouvre une fenêtre pour les pays sud-méditerranéens. Deuxièmement, mobiliser le réseau des chefs d’entreprises et des cadres tunisiens maîtrisant déjà les normes européennes — « notre principale richesse ». Troisièmement, viser la diversification au sein de l’UE elle-même : trois pays (France, Italie, Allemagne) absorbent l’essentiel des exportations actuelles, laissant 24 marchés à investir.
Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.
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