Études socio-économiques № 2772

Etude sur la femme rurale tunisienne

Nebiha Gueddana documente la condition des 1,8 million de femmes rurales tunisiennes — pauvreté structurelle, accès limité au foncier et invisibilité statistique malgré 70 % de la main-d'œuvre agricole.

L’étude de Nebiha Gueddana documente la situation socio-économique et culturelle des 1 786 261 femmes vivant en milieu rural tunisien — soit 32 % de la population féminine et 50,4 % de la population rurale. L’analyse mobilise les six premiers Objectifs de Développement Durable de l’Agenda 2030 des Nations Unies pour cadrer la réflexion et identifier les leviers prioritaires.

Principaux constats

  • 19,3 % des femmes rurales disposent de revenus propres contre 60 % des hommes ; elles ne possèdent que 5 % des superficies agricoles globales.
  • Elles représentent 70 % de la main-d’œuvre agricole et 80 % de la main-d’œuvre forestière, mais seulement 15 % de la main-d’œuvre permanente et 8 % des exploitants agricoles.
  • La pauvreté touche 26 % du milieu rural contre 10,1 % du milieu urbain ; les délégations de Hassi El Frid (53,5 %), Djedeliane (53,1 %) et El Ayoun (50,1 %), au centre du pays, affichent les taux les plus élevés.
  • 60 % des femmes et filles tunisiennes souffrent chroniquement de la faim selon CAWTAR, et 29 % des Tunisiens souffrent d’anémie, dont plus de la moitié sont des femmes rurales.
  • 61 % des femmes rurales sont des ouvrières agricoles occasionnelles ; les tâches mécanisées reviennent aux hommes (portage 65,6 %, labour 59,5 %), les plus pénibles aux femmes (récolte 78 %, sarclage 69,5 %, semis 64,5 %).

Démarche

L’étude croise les données INS, Banque Mondiale, CAWTAR, Bureau d’Appui à la Femme Rurale, Ministère de la Femme, Famille et Enfance, ATFD et Centre de la Femme Arabe pour la Formation et la Recherche. Elle examine successivement les six ODD pertinents — élimination de la pauvreté, sécurité alimentaire et agriculture durable, santé, éducation, égalité des sexes, croissance partagée. Pour chaque objectif, elle restitue les engagements universels, le cadre national, les données spécifiques aux femmes rurales et l’évaluation des dispositifs institutionnels (Bureau d’Appui à la Femme Rurale créé en 1990, Agence de Vulgarisation et de Formation Agricole, 24 Commissariats Régionaux au Développement Agricole).

Recommandations

Pour la vision 2030, plusieurs leviers sont identifiés. Sur l’axe social — éducation et santé — lever toutes les inégalités. Sur l’axe économique — contribution au développement, sécurité alimentaire, durabilité. Une mise à niveau des statistiques par genre et par milieu pour identifier les indicateurs pertinents et permettre le suivi d’impact. La levée des freins législatifs au développement agricole, en simplifiant les procédures et en décentralisant les décisions. L’instauration d’une loi consacrant l’égalité en droits successoraux pour atténuer la précarité structurelle. La création d’un organisme unique chargé de l’autonomisation des femmes rurales et de l’inclusion durable de leurs projets, avec accès facilité aux terres domaniales. La création d’un observatoire d’impact des programmes de développement. La révision de la loi sur la Banque Tunisienne de Solidarité pour orienter les financements vers les filières prioritaires des femmes rurales. La création d’un fonds de recyclage de la dette dédié à leur autonomisation. La mise en synergie des ressources financières formelles et informelles avec les mécanismes de l’économie sociale et solidaire.


Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.