Étude de Salah Hannachi (ATLAS R2I, ancien ambassadeur, vice-président du FIKD) sur la reconfiguration du paradigme énergétique mondial post-Ukraine et son articulation avec le défi migratoire euro-africain. L’auteur défend la mise en place de corridors euro-africains d’énergie et de développement, sur le modèle des corridors qui ont structuré le décollage de l’ASEAN et de l’Asie de l’Est.
Principaux constats
- Choc énergétique : la guerre en Ukraine, prolongée par le conflit au Moyen-Orient, a contraint l’Europe à rechercher des sources alternatives compétitives, durables et diversifiées. Le défi de sécurité énergétique se cumule avec l’urgence climatique de décarbonation, qui appelle un poids accru aux énergies renouvelables et à l’hydrogène vert dans les mix mondial, africain et européen.
- Pression migratoire structurelle : le différentiel démographique et de revenu entre l’Afrique et l’Europe maintient des flux migratoires insoutenables. Les corridors de développement constituent une alternative aux approches purement sécuritaires, dont les limites ont été démontrées.
- Position géostratégique africaine : entre l’Hémisphère Occidental (États-Unis) et l’Hémisphère Oriental (Chine), l’Afrique offre une plateforme logistique, d’investissement et de production manufacturière dans l’Hémisphère Central. Le Maroc et l’Éthiopie ont déjà capitalisé sur cette position pour attirer des investissements industriels de haut niveau.
- Infrastructures existantes et projetées : gazoducs TRANSMED (Algérie-Tunisie-Italie) et TSGP (trans-saharien), interconnexion électrique ELMED (Tunisie-Italie), South Corridor H2 (hydrogène vert Afrique-Europe via Tunisie, Italie, Autriche, Allemagne), réseau de fibre optique MEDUSA — autant de jalons d’un système intégré.
Démarche
L’étude croise quatre lectures : géopolitique (jeu États-Unis / Russie / Chine et émergence des BRICS+), géoéconomique (chaînes de valeur, nearshoring, friend-shoring), énergétique (transition, mix renouvelables, hydrogène) et démographique-migratoire. Elle s’appuie sur la trajectoire de l’ASEAN comme paradigme de référence, en proposant un déplacement conceptuel de Mutually Assured Destruction (M.A.D. sécuritaire post-1945) vers Mutually Assured Development (M.A.D. coopératif).
Implications
Quatre leviers d’action sont esquissés pour les pouvoirs publics tunisiens : positionner la Tunisie comme nœud central des corridors euro-africains (énergie, transport, données) ; construire des partenariats public-privé internationaux (PPPCI) pour porter les projets d’infrastructure ; aligner la politique d’éducation et de recherche sur les besoins en compétences des secteurs cibles (hydrogène, mécatronique, biotech) ; investir dans la fluidité administrative pour saisir les opportunités du friend-shoring industriel.
Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.