Merci d’utiliser le titre suivant lorsque vous citez ce document : Joumard, I., S. Dhaoui et H. Morgavi (2018), « Insertion de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales et role des entreprises offshore », Documents de travail du Département des Affaires économiques de l’OCDE, No. 1478, Éditions OCDE, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/546dbd75-fr
Documents de travail du Département des Affaires économiques de l’OCDE No. 1478
Insertion de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales et role des entreprises offshore
Isabelle Joumard, Souad Dhaoui, Hermes Morgavi
Classification JEL : F1, F14, F15, F6, O55 Non classifié ECO/WKP(2018)26
Organisation de Coopération et de Développement Économiques
Organisation for Economic Co-operation and Development 25-Jun-2018
_____________ Français - Or. Français
DEPARTEMENT DES AFFAIRES ECONOMIQUES
Non classifié
Français - Or. Français INSERTION DE LA TUNISIE DANS LES CHAINES DE VALEUR MONDIALES ET ROLE DES DOCUMENTS DE TRAVAIL DU DEPARTEMENT DES AFFAIRES ECONOMIQUES DE L’OCDE N° 1478
Par Isabelle Joumard, Souad Dhaoui et Hermes Morgavi
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JT03434070
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ABSTRACT/RÉSUMÉ Insertion de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales et rôle des entreprises offshore L’ouverture de la Tunisie aux échanges internationaux et son intégration dans les chaines de valeur mondiales ont fortement progressé depuis le milieu des années 90, témoignant des avantages comparatifs du pays. Les exportations ont sensiblement augmenté, tirées par le secteur manufacturier, avec une transformation en faveur de secteurs plus intensifs en technologie et compétences. La montée en gamme et la diversification des exportations augurent d’un potentiel de croissance élevé. Cette bonne performance est pour l’essentiel le fait d’entreprises entièrement exportatrices (dites offshores), avec peu d’effet d’entrainement sur le reste de l’économie. En effet, ces entreprises s’approvisionnent peu sur le marché local et servent rarement la demande locale, reflétant en partie la complexité des procédures douanières, fiscales et administratives. La levée des contraintes à l’exportation rencontrées par les entreprises du secteur onshore et le décloisonnement entre régimes offshore et onshore permettraient à la Tunisie de se hisser dans les chaines de valeur mondiales et d’en tirer plus d’avantages, notamment en termes de progrès technologique, de création d’emplois et de richesse. Classification JEL ; F1, F14, F15, F6, O55 Mots-clés: Tunisie, échanges commerciaux, chaines de valeur mondiales, performances à l’exportation, secteur offshore
****** Tunisia’s inclusion in global value chains and the role of offshore companies Tunisia’s trade Tunisia’s openness and its integration into global value chains has improved significantly since the mid-1990s, reflecting the country’s comparative advantages. Exports have surged, led by the manufacturing sector, with a shift towards more technology- and skills-intensive goods. The upscaling and diversification of exports should enable the Tunisian economy to grow fast. However, this good export performance is mainly due to exporting-only companies (the so-called offshore sector) with little trickle-down effect. Offshore companies rarely buy inputs from onshore companies and few of their outputs are sold on the domestic market, partly reflecting the complexity of customs, tax and administrative procedures. Lifting export constraints faced by onshore companies and lowering barriers between offshore and onshore companies would allow Tunisia to climb into global value chains and get more benefits, in particular faster technological progress, and more job and value added creation. JEL codes: F1, F14, F15, F6, O55 Keywords: Tunisia, trade, global value chains, export performance, offshore sector
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TABLE OF CONTENTS
INSERTION DE LA TUNISIE DANS LES CHAINES DE VALEUR MONDIALES ET ROLE DES ENTREPRISES OFFSHORE…5
Un positionnement favorable de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales…5 Ouverture au commerce international …5 Exportations tunisiennes : augmentation, diversification et sophistication…6 Participation aux chaines de valeur mondiales mesurée par la valeur ajoutée …10
Contribution du secteur offshore aux exportations, à l’emploi et au développement régional …14 Secteur offshore et investissements directs …19
BIBLIOGRAPHIE …22
ANNEXES …23
Graphiques
Graphique 1. Ouverture au commerce et nature des exportations…6 Graphique 2. La structure des exportations se rapproche de celle des pays de l’OCDE…7 Graphique 3. Diversification et montée en gamme des exportations …8 Graphique 4. Les exportations sont moins dépendantes d’un petit nombre de produits…9 Graphique 5. Classement des pays sur l’échelle de la complexité économique …10 Graphique 6. Insertion de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales…11 Graphique 7. Participation de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales par filières, 2011 …12 Graphique 8. Graphique 9. Transition politique: des progrès considérables pour la démocratie…13 Graphique 10. Exportations et importations de marchandises par régime …15 Graphique 11. Entreprises et emplois dans le secteur offshore …16 Graphique 12. Répartition des entreprises offshore par région, 2016 …17 Graphique 13. Intensité de présence des entreprises offshore par gouvernorat …17 Graphique 14. Performance en logistique de transport et facilité à passer les biens en douane…18 Graphique 15. Les flux et stocks d’investissements directs étrangers sont plutôt élevés …20 Évolution de la structure des investissements directs de l’étranger…21
Encadrés
Encadré 1. Commerce de services et exportations de produits manufacturés …13 Encadré 2. Entreprises totalement exportatrices et régime “offshore”: définition et rôle dans l’économie16
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INSERTION DE LA TUNISIE DANS LES CHAINES DE VALEUR MONDIALES ET ROLE DES
Isabelle Joumard, Souad Dhaoui et Hermes Morgavi1
- L’ouverture de la Tunisie aux échanges internationaux et son intégration dans les chaines de
valeur mondiales ont fortement progressé depuis le milieu des années 90, témoignant des avantages
comparatifs du pays. Les exportations ont sensiblement augmenté, tirées par le secteur manufacturier, avec
une transformation en faveur de secteurs plus intensifs en technologie et compétences. L’analyse des échanges commerciaux sur la base de la valeur ajoutée remet aussi en cause la perception selon laquelle les
activités à faible teneur en valeur ajoutée, tel l’assemblage, dominent. La montée en gamme et la diversification des exportations augurent d’un potentiel de croissance élevé.
- Cette bonne performance est pour l’essentiel le fait d’entreprises entièrement exportatrices (dites
offshores) bien intégrées dans les chaines de valeur mondiales (CVM). Leur contribution à la création
d’emplois formels a augmenté. L’excédent commercial du secteur offshore augmente aussi. Néanmoins, ces entreprises sont pour l’essentiel localisées proches des ports, contribuant à la concentration géographique de l’activité économique. En outre, elles entretiennent peu de relations avec le reste de l’économie, reflétant en partie la complexité des procédures douanières, fiscales et administratives. De leur côté, les entreprises du secteur onshore sont pénalisées par des difficultés lors du passage en douane de
leurs produits et des services logistiques peu performants. La levée des contraintes à l’exportation rencontrées par les entreprises du secteur onshore et le décloisonnement entre régimes offshore et onshore
permettraient à la Tunisie de se hisser dans les CVM et d’en tirer plus d’avantages, notamment en termes
de progrès technologique, de création d’emplois et de richesse.
Un positionnement favorable de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales
Ouverture au commerce international
- Les travaux récents de l’OCDE suggèrent que les échanges commerciaux peuvent contribuer à
l’amélioration du bien-être de la population (OCDE, 2017a). Ils améliorent le pouvoir d’achat des
consommateurs en leur permettant d’accéder à une gamme plus étendue de biens et services souvent à
moindre coût. Les ménages les plus pauvres sont souvent ceux qui en bénéficient le plus car ils consacrent
une part plus élevée de leur revenu aux produits de grande consommation (Fajgelbaum et Kandhelwal,
2016). Par ailleurs, les échanges commerciaux génèrent des gains de productivité en facilitant l’accès des entreprises à une gamme d’intrants plus vaste, en favorisant la diffusion de la connaissance étrangère et en
contribuant à l’élargissement des marchés. Dans la zone OCDE, une augmentation de l’ouverture
commerciale (somme des exportations et importations de biens et services rapportée au PIB) de 1 point de
pourcentage se traduirait par une croissance de la productivité multi-factorielle de 0.2% après 5 ans et
0.6% sur le long-terme (Egert et Gal, 2017).
- Isabelle Joumard est économiste principale au Département d’économie de l’OCDE, responsable du desk
Inde et Tunisie. Souad Dhaoui est économiste en chef à l’Institut Tunisien de la Compétitivité et des Études Quantitatives et était détachée à l’OCDE lors de la préparation de ce travail. Hermes Morgavi est statisticien au Département d’économie de l’OCDE. Les auteurs remercient Piritta Sorsa et Zouhair El Kadhi pour leurs suggestions, les autorités tunisiennes, en particulier la FIPA et l’INS pour la mise à disposition des données, ainsi que les responsables d’entreprises offshore et onshore qui ont bien voulu répondre à leurs questions. Ils restent responsables de toutes les erreurs et omissions contenues dans ce
document.
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- En Tunisie, l’ouverture commerciale a fortement augmenté sur les deux dernières décennies.
L’assouplissement progressif des barrières tarifaires et non tarifaires, la signature d’accords de libre- échange et la création d’un régime attractif pour les entreprises entièrement exportatrices dit régime offshore ont joué un rôle important. La Tunisie a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce en 1995. Elle a signé en 1996 un accord d’association avec l’Union européenne visant au démantèlement
progressif des barrières tarifaires et non-tarifaires et a obtenu le statut de partenaire privilégié en 2012 ; les
négociations autour de l’accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) sont aussi en cours. Avec
la Turquie, un accord de libre-échange est signé en 2004 et appliqué entièrement en 2014. Le régime
tarifaire a en outre été simplifié, avec une réduction du nombre de bandes tarifaires de 54 en 2003 à 3 en
- Au final, la part des exportations et des importations dans le PIB s’approchait en 2016 de la moyenne
OCDE, pour s’établir à un niveau supérieur à de nombreux pays émergents (graphique 1.A).
Graphique 1. Ouverture au commerce et nature des exportations
A. Intensité du commerce¹ B. Exportations au cours du temps 2016 ou dernière année disponible % du PIB % du PIB Services 120 Exportations Importations 70 Minerais-Energie-NDA 100 Manufacturier 80 60 Agroalimentaire 40 50 0
Brésil 0
Afrique du Sud
Tunisie
1967 1972 1977 1982 1987 1992
- L’intensité du commerce est mesurée par la somme des importations et des exportations en % du PIB. Source: Institut national de la statistique ; Banque mondiale, Indicateurs de développement mondial (WDI).
Exportations tunisiennes : augmentation, diversification et sophistication
- Les exportations tunisiennes ont fortement progressé en volume et en qualité, tirées par le secteur
manufacturier traditionnellement riche en emplois (graphique 1.B). Si les secteurs miniers et de l’énergie
ont souffert d’une succession de mouvements sociaux depuis 2011, le secteur manufacturier a fait preuve
d’une certaine résilience. Au final, la part des biens manufacturés dans les exportations totales a augmenté
pour s’établir à 76%, bien au-delà du niveau observé en Égypte, au Maroc et dans la plupart des autres pays
de la région (graphique 2.A).
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Graphique 2. La structure des exportations se rapproche de celle des pays de l’OCDE
Produits manufacturés A. Exportations par secteur Carburants Minerais et métaux Tunisie 2015 ou dernière année disponible Jordanie Matières premières agricoles Secteur alimentaire
Liban Arabie saoudite
Irak
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 %
B. Structure des exportations par type d’utilisation
% des exportations Non classés ailleurs Biens de consommation Produits mixtes Biens d’équipement
100 Biens intermédiaires Manufacturés de base Primaires 0 Tunisie 2000 Tunisie 2016 Maroc 2000 Maroc 2016 Egypte 2000 Egypte 2016 Turquie 2000 Turquie 2016 Slovenie 2000 Slovenie 2016
Source : Banque mondiale, Indicateurs de développement mondial (WDI) ; et Chelem database.
- La structure des exportations manufacturières a connu une transformation significative, les
industries mécaniques et électriques devenant le premier secteur exportateur. Cela se traduit aussi par une
augmentation de la part des exportations des biens d’équipement et de biens intermédiaires. En matière d’exportation de biens d’équipement, l’une des composantes les plus dynamiques du commerce mondial de
marchandises depuis le début des années 2000, la Tunisie se positionne mieux que nombreux pays
émergents (graphique 2.B).
- Les exportations tunisiennes se sont aussi diversifiées et ont monté en gamme. La Tunisie est le
pays du Maghreb ayant le plus grand nombre de produits exportés jouissant d’un avantage comparatif
révélé (graphique 3.A). La structure des exportations a aussi évolué au profit des produits intensifs en
technologie et compétences (graphique 3.B). Les performances des filières électronique, mécanique et
électrique, pharmaceutique et plastique sont particulièrement bonnes, reflétant un investissement de longue
date dans le secteur éducatif, notamment les sciences et l’ingénierie.
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Graphique 3. Diversification et montée en gamme des exportations
Note : La mesure de l’intensité technologique des exportations manufacturières est cohérente avec la définition de la CNUCED présentée dans le Rapport sur le Commerce et le Développement de 2002.
Source : Base de données Comtrade des Nations Unies ; calculs de l’OCDE ; et UNCTAD/STAT.
- La structure des exportations par produits est peu concentrée par rapport aux autres pays de la
région MENA (graphique 4). Ainsi, les quatre premiers produits exportés par la Tunisie représentaient
26% de ses exportations de biens en 2015, contre 33% au Maroc et 56% pour la moyenne des pays de la
région MENA. Les progrès sur deux décennies ont été considérables. La sensibilité aux aléas de la
conjoncture industrielle est, ainsi, réduite. Néanmoins, les exportations tunisiennes restent fortement
concentrées sur un petit nombre de partenaires commerciaux les quatre premiers partenaires (par ordre d’importance : France, Italie, Allemagne, Espagne) représentaient 61% des exportations en 2015.
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Graphique 4. Les exportations sont moins dépendantes d’un petit nombre de produits
Indice de concentration des produits exportés
0.50 2016 1995
0.45Moins concentré Plus concentré 0.40 HRV 0.35 PRT TUR0.30 0.25 SWE 0.20 CHN ESP0.15 0.10 ROU 0.05 IND 0.00 MEX UKR JOR
Note: une valeur de l’indice proche de 1 indique que les exportations du pays sont très concentrées sur quelques produits. Au contraire, des valeurs proches de 0 reflètent une répartition très homogène des parts de chaque produit.
Source: UNCTADstat.
- Au final, la Tunisie a considérablement progressé sur l’échelle de la complexité économique, se rapprochant de la Turquie et de l’Inde (graphique 5). Ainsi, la Tunisie se plaçait en 2016 au 39ème rang
mondial sur l’échelle de la complexité qui reflète la sophistication, la diversification des exportations et la
spécificité des exportations (Observatoire de la complexité économique, OEC-2017), devançant tous les
pays d’Afrique. L’analyse par produit exporté révèle une forte progression de la Tunisie vers des produits
plus complexes et sophistiqués, avec une densification du tissu industriel (Annexe 1).
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Graphique 5. Classement des pays sur l’échelle de la complexité économique
Note: L’indice de complexité économique est estimé à partir d’une mesure des connaissances disponibles dans un pays et qui se traduit par les produits qu’il fabrique. Il classe, ainsi, les économies en fonction de la complexité de leur panier d’exportations. Plus la complexité est élevée, plus le rang de classement du pays est faible, plus ses perspectives de croissance sont bonnes.
- Le degré de complexité est défini comme dans Hausmann et al. (2007), “What you export matters”, Journal of Economic Growth, Springer, vol. 12(1).
Source: Base de données Comtrade des Nations Unies ; calculs de l’OCDE ; Observatory of Economic Complexity (OEC); et The Atlas of Economic Complexity, 2016. Harvard Center for International Development.
- Les perspectives de croissance d’ici à 2025 estimées sur la base de la complexité des exportations
(The Atlas of Economic Complexity) sont très favorables. La structure du panier des produits exportés par
un pays affecte la création de nouvelles lignes d’exportation et, en conséquence, son potentiel de croissance (Hausmann et Rodrik, 2003 ; Hausmann et al., 2007). Toutes choses égales par ailleurs, les pays
qui se spécialisent dans les produits exportés par les pays ayant des niveaux de revenu par habitant élevés
sont susceptibles d’améliorer leur croissance plus vite que ceux produisant les autres marchandises. Pour la Tunisie, le potentiel de croissance estimé sur la base de la composition des exportations approche 5%
(graphique 5.C).
Participation aux chaines de valeur mondiales mesurée par la valeur ajoutée
- La base de données TiVA (Trade in Value Added) de l’OCDE et de l’OMC permet de mieux
apprécier la participation aux chaines de valeur mondiales avec un accent sur la valeur ajoutée de chaque
pays, allant ainsi au-delà de la valeur des flux commerciaux. La base de données TiVA permet aussi de mieux cerner le positionnement de chaque pays dans les chaines de valeur mondiales en identifiant, pour chaque pays, deux éléments: a) la part des intrants étrangers contenus dans les exportations du pays participation en amont ; b) la part des intrants produits par le pays contenus dans les exportations des autres pays participation en aval.
- La participation de la Tunisie dans les chaines de valeurs mondiales (CVM) a fortement
progressé pour se situer à un niveau similaire à celle du Portugal et plus élevé que celle de nombreux pays
émergents (graphique 6). Si la Tunisie importe une part croissante des intrants incorporés dans ses
exportations, les biens et services produits en Tunisie sont aussi incorporés dans le processus de production
de ses partenaires. C’est un positionnement prometteur, avec un accroissement des produits intensifs en
technologies et qualifications moyennes et élevées.
Graphique 6. Insertion de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales
A. Participation en amont et en aval des CVM (2011)
70 Participation en amont
0
B. Changement du taux de participation aux CVM entre 2011 et 2005
9
6
3
0
-3
-9 Participation en aval Participation en amont Total
-12
Note: La participation en aval correspond au contenu de la valeur ajoutée tunisienne dans les exportations des autres pays. La participation en amont correspond au contenu de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations tunisiennes.
Source : Calculs des auteurs à partir de la base TiVA/ OCDE
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- La Tunisie est particulièrement présente dans certaines chaines de valeur, notamment les
produits électroniques, les industries mécaniques et électriques, le textile et l’habillement, la chimie, l’agro-
alimentaire et les services aux entreprises (graphique 7). Son taux de participation en aval c.a.d. sa valeur ajoutée dans les exportations manufacturières des pays partenaires est similaire à celui de l’Espagne. Il est supérieur à celui de l’Estonie, la Grèce, la Hongrie, le Portugal, la Turquie et de bien d’autres pays
émergents, notamment le Maroc, remettant en cause la perception selon laquelle les activités d’assemblage
dominent en Tunisie et que la valeur ajoutée est faible (graphique 1- annexe 2). Dans le secteur des
services, la progression de la Tunisie concerne plus particulièrement les liens en amont une part croissante de services étrangers est incorporée dans les exportations de la Tunisie (graphique 1- annexe 2).
Graphique 7. Participation de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales par filières, 2011
C20: Production du bois, articles en bois et en liège Participation en amont C72: Activités informatiques et activités connexes Participation en aval C65T67: Activités financières et d’assurance C26: Autres produits minéraux non métalliques C01T05: Agriculture, chasse, sylviculture et pêche
C21T22: Industrie du papier et du carton, imprimerie et édition C36T37: Autres activités de fabrication nca; activités de… C25: Articles en caoutchouc et matières plastiques C35: Autres matériels de transport C28: Fabrication d’ouvrages en métaux C45: Construction C10T14: Industries extractives C27: Métaux de base C23: Cokéfaction, raffinage et combustibles nucléaires C29: Machines et matériel d’équipement, nca C15T16: Produits alimentaires, boissons et tabac
C34: Véhicules automobiles, remorques et semi-remorques C50T52: Commerce de gros et de détail; réparation
C27T28: Métaux de base et fabrication d’ouvrages en métaux C30T33X: Produits informatiques, électroniques et instruments…
C34T35: Véhicules et matériels de transport C24: Produits chimiques
C60T64: Transport et entreposage, postes et télécommunications C23T26: Produits chimiques et produits minéraux non métalliques
C17T19: Textiles, articles d’habillement, cuir et chaussures C31: Machines et appareils électriques, nca C50T74: Total des services aux entreprises C30T33: Appareils électroniques
0% 1% 2% 3% 4% 5% 6% 7% 8% 9% 10% 11%
Source : Calculs des auteurs à partir des Stat. OCDE/ TiVA 2016.
Encadré 1. Commerce de services et exportations de produits manufacturés
Les échanges de services sont l’un des segments les plus dynamiques des échanges mondiaux depuis deux décennies, et notamment les services aux entreprises. Les économies avancées occupent une position dominante dans les échanges mondiaux de services, tant à l’exportation qu’à l’importation, et disposent d’un avantage concurrentiel. Certaines économies émergentes ont néanmoins progressé rapidement dans le domaine. En particulier, l’Inde s’impose désormais comme un acteur incontournable de l’industrie informatique (OCDE, 2017a).
Les échanges de services renforcent la compétitivité du secteur manufacturier et contribuent de façon “indirecte” aux chaines de valeur mondiales. Ils peuvent réduire les coûts grâce à une meilleure gestion de la chaîne d’approvisionnement et à une meilleure ingénierie des procédés. Les échanges de services peuvent aussi contribuer au développement de produits manufacturiers de qualité pour lesquels les clients sont prêts à payer une prime. Enfin, ils incitent les prestataires locaux de services à innover et devenir plus productifs (OCDE, 2017b).
Le contenu en valeur ajoutée des services dans les exportations est relativement élevé en Tunisie, plus qu’au Maroc et plusieurs autres économies émergentes (graphique 8). Cela reflète la part élevée des exportations de services directes par rapport aux exportations totales, notamment le commerce, les transports et communications ainsi que l’hôtellerie et la restauration.
Graphique 8. Participation directe et indirecte des services dans les exportations, 2011
% des exportations Contenu en VA étrangère 100 Contenu en VA locale 90 Services contenus dans les exportations manufacturières
0
LUX HRV IRL BEL ISL NOR
Note: La part de la valeur ajoutée locale (étrangère) du secteur des services contenue dans les exportations correspond à la proportion de valeur ajoutée générée par l’ensemble des services produits dans le pays (produits à l’étranger) dans les exportations totales. Les activités de services comprennent la construction, le commerce de gros et de détail, l’hôtellerie et la restauration, les transports et communications, les activités financières, d’immobilier et de services aux entreprises, ainsi que les services publics.
Source : TiVA/OCDE.
La valeur ajoutée des services ne représente qu’un tiers des exportations de biens manufacturés, un niveau proche de la Malaisie, l’Inde et le Mexique et supérieur à bien d’autres pays émergents, notamment le Maroc, le Chili et l’Indonésie. Certains pays font mieux dans ce domaine, notamment le Brésil, la Turquie et la République Tchèque (CITI GPS, 2018). Le manque de compétitivité dans des domaines tels que la logistique, la finance, la R&D et les services de conception, pèse sur la contribution de la valeur ajoutée des services aux exportations de produits manufacturés.
Les restrictions à l’entrée et à l’activité dans le secteur des services constituent un frein aux exportations et importations d’ingénierie mais entravent aussi la compétitivité des entreprises manufacturières en aval (Nordas et Rouzet, 2016 ; Benz et al, 2017). L’indice de restrictivité sur les échanges de services (STRI) de l’OCDE contient des informations qualitatives sur les lois et règlements qui restreignent les échanges commerciaux de services (OCDE, 2017b). Cet indice a été construit pour 44 pays mais n’est malheureusement pas disponible pour la Tunisie.
Les données de l’OCDE concernant les restrictions aux échanges de services révèlent que peu de pays ont des
13
restrictions sectorielles sur les services informatiques ; ceux-ci ont tendance à être soumis à l’environnement général des affaires. En revanche, le secteur de l’assurance est souvent soumis à une multitude de réglementations spécifiques, dont certaines interdisent explicitement ou implicitement aux étrangers d’entrer sur le marché ou augmentent considérablement les coûts d’entrée. Les restrictions à la circulation des personnes sont les plus importantes ; elles contribuent fréquemment à près de la moitié de l’indice total d’un pays. Elles sont particulièrement pénalisantes pour les services d’ingénierie qui sont intensifs en capital humain et en connaissances. Les restrictions qui entravent l’investissement direct de l’étranger peuvent également réduire les exportations (Bernard et al., 2007; Temouri et al., 2013).
L’indicateur STRI peut aussi être utilisé pour quantifier l’impact de la libéralisation dans les services tant sur le secteur lui-même que sur les autres secteurs (Nordås, 2017).
Contribution du secteur offshore aux exportations, à l’emploi et au développement régional
- Le dynamisme des exportations et la progression de la Tunisie dans les chaines de valeurs
mondiales sont étroitement liés aux investissements directs de l’étranger et aux entreprises totalement
exportatrices, aussi dites entreprises offshore (encadré 2). Les entreprises offshore exemptes de droits de douanes à l’import et l’export, bénéficiant d’un taux d’impôt réduit et surtout de procédures administratives
simplifiées pour le passage des biens en douane et un meilleur accès aux services de transport contribuaient, en 2016, à 78% des exportations de marchandises hors énergie (graphique 9). Côté
importations, le régime offshore représentait 36% du total des importations hors énergie en 2016
(graphiques 9.C & 9.D). Au final, la participation de la Tunisie dans les CVM est principalement le fait des
activités dans lesquelles la présence des entreprises offshore est forte, notamment le textile, les industries
mécaniques, électriques et électroniques, la chimie et l’agro-alimentaire. Le solde commercial des
entreprises offshore a progressé régulièrement pour s’établir à près de 9% du PIB en 2016.
14
Graphique 9. Exportations et importations de marchandises des entreprises offshore et onshore
A. Evolution des exportations par régime B. Répartition des exportations par régime % des Milions de exportations Régime offshore Onshore hors énergie Energie dinars 100 25 000 80 20 000 Régime offshore 60 15 000 Onshore hors énergie 50 10 000 30 5 000 10
0 0
2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2002 2003 2004 2005 2005 2006 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2006 2007 2009 2010 Milions de C. Evolution des importations par régime % des D. Répartition des importations par régime dinars importations Régime offshore 2007 Hors énergie Energie Régime onshore hors énergie 2008 25 000 Régime offshore 100 20 000 90
15 000 60
10 000 40
5 000 20
0 -
2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2002 2003 2004 2011 2012 2013 2014 2015 2016
% of GDP Onshore E. Solde commercial par régime Offshore 15 Onshore hors énergie
5
0
-20
-25
-30 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Encadré 2. Entreprises totalement exportatrices et régime “offshore”: définition et rôle dans l’économie
Définition du secteur offshore. Pour l’Institut National des Statistiques (INS), il s’agit des entreprises totalement
exportatrices, qu’elles soient tunisiennes ou étrangères. Les sociétés totalement exportatrices sont considérées
comme non résidentes lorsque leur capital est détenu par des non-résidents tunisiens ou étrangers au moyen d’une importation de devises convertibles au moins égale à 66% du capital.
Avantages concédés aux entreprises du secteur offshore. Si les entreprises offshore restent soumises aux mêmes réglementations du travail que les entreprises onshore, elles bénéficient de plusieurs avantages, notamment :
Elles sont exonérées des droits d’importation sur les intrants incorporés dans les produits réexportés et ne traitent donc pas avec l’administration douanière si elles sont tournées exclusivement vers l’exportation.
Elles bénéficient d’un accès privilégié aux services portuaires.
Elles sont soumises à un taux réduit (10% au lieu de 25%) de l’impôt sur les sociétés. Elles interagissent peu avec l’administration fiscale pendant toute la période d’exonération d’impôt. Certaines d’entre elles considèrent que cela constitue un avantage plus important que la réduction d’impôt stricto sensu.
Lorsque le capital d’une entreprise totalement exportatrice est détenu à 66% ou plus par des non- résidents et qu’il a été financé par importation de devises, l’entreprise est considérée comme non- résidente “sur le plan change” et, par conséquent, n’est pas soumise à la réglementation des changes.
Depuis février 2017, les entreprises du régime offshore peuvent écouler 30% de leur chiffre d’affaires sur le marché tunisien moyennant le paiement préalable des droits de douane acquis.
Participation des entreprises offshore dans l’économie tunisienne
Le nombre des entreprises offshore a été multiplié par plus de 14 entre 1996 et 2016, alors que celui des entreprises du secteur onshore était multiplié par 2 selon le Répertoire National des Entreprises (RNE). Leur part dans l’emploi salarié formel du secteur privé a presque doublé depuis 1996 pour s’établir à 34% (graphique 10) — la part du secteur offshore s’élevait ainsi à 19.3% de l’emploi total. Les entreprises offshore sont, en moyenne, plus grandes que leurs homologues onshore. Les grandes et moyennes entreprises (c.a.d. avec un effectif au moins égal à 50) représentent près de 95% du total des entreprises offshore contre 67.4% dans le régime onshore selon l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation. Dans le secteur industriel, les entreprises offshore représentent 44% des entreprises employant au moins 10 salariés et 64% des emplois.
Graphique 10. Entreprises et emplois dans le secteur offshore
A. Nombre des entreprises privées bénéficiant B. Emploi salarié formel dans les entreprises du régime offshore offshore
% des entreprises du % des salariés formels secteur privé du secteur privé
4.2% 36% 3.6% 30% 3.0% 2.4% 24% 1.8% 1.2% 18% 0.6% 0.0% 12%
6%
0%
16
Entreprises offshore et développement régional
Les entreprises offshore sont fortement concentrées dans les régions et gouvernorats côtiers, profitant de la proximité des ports commerciaux par lesquels transitent l’essentiel du commerce de marchandises en Tunisie. Ainsi, selon les données du RNE, 72% des entreprises offshore étaient installées dans les régions du Nord-Est en 2012 et 24% dans celles du Centre-Est (graphique 11). La moitié des entreprises offshore étaient installées dans deux gouvernorats Tunis et Ariana —, l’autre moitié se répartissant entre les 22 gouvernorats restants. Les enquêtes auprès des entreprises suggèrent que les difficultés d’accès aux ports mais aussi la faible disponibilité des services administratifs dans les régions intérieures constituent des contraintes à leur installation dans les régions de l’intérieur. Il faut aussi noter que les données sur la localisation concernent le siège social et ne reflètent pas entièrement la localisation de l’emploi, créant ainsi un biais dans l’analyse.
Graphique 11. Répartition des entreprises offshore par région, 2016
1.2% 1.0% Nord-Est 1.0% Nord -Ouest 22.5% Centre-Est Centre-Ouest 0.8% Sud-Est Sud-Ouest
73.5%
Source : Répertoire national des entreprises de l’INS
Graphique 12. Intensité de présence des entreprises offshore par gouvernorat
Tunis B. 2016 8.7 Monastir A. 1996 1.8 Ariana 10.0 % Ariana 1.1 2.0 % Monastir 2.7 6.4 1.1 Sousse 2.2 6.0 Ben Arous Nabeul 1.8 5.5 Sousse 1.1 Tunisie 1.5 4.3 Nabeul 1.0 Ben Arous 0.9 4.0 Tunis 0.9 Bizerte 0.7 3.7 0.7 Zaghouan 0.7 3.5 Mannouba 0.7 Tozeur 0.6 3.4 Bizerte 0.6 Mannouba 0.5 Tunisie 0.4 Mahdia 0.5 Sfax 0.4 0.5 0.4 Sfax 0.4 Zaghouan 0.3 Medenine 0.3 Mahdia 0.1 Kairouan 0.3 Tozeur 0.1 0.2 Gabes 0.1 Gafsa 0.2 Beja 0.0 Beja Le Kef 0.0 Kebili Kebili 0.0 Kasserine Medenine 0.0 Gabes Jendouba 0.0 Siliana Kairouan 0.0 Le Kef Sidi Bouzid 0.0 Jendouba Gafsa Sidi Bouzid Tataouine Tataouine Kasserine
Siliana
0.0 2.0 4.0 6.0 8.0 0.0 0.5 1.0 1.5
Note: L’intensité de la présence des entreprises offshore est définie comme la part des entreprises offshore dans le total des entreprises.
Source : Calcul des auteurs à partir du Répertoire nationale des entreprises de l’INS.
Un mouvement de rééquilibrage entre les régions semble néanmoins se dessiner, avec une augmentation de la part des entreprises offshore dans les gouvernorats de l’intérieur entre 1996 et 2016 (graphique 12). Certaines entreprises offshore se sont installées plus récemment dans les régions de l’intérieur où la concurrence pour le personnel qualifié est moins rude, une dynamique confirmée par les données de l’APII sur les entreprises de plus de 10 salariés.
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- Les entreprises qui n’opèrent pas dans le régime offshore souffrent de la multiplicité des droits de
douane, laquelle s’accompagne souvent de contrôles sur la nature des biens importés et de tracasseries
administratives. Cela génère des coûts et nuit à la compétitivité à l’exportation des entreprises onshore. En
effet, l’efficacité des services logistiques autour des infrastructures portuaires est faible, ce qui pèse sur la qualité et la disponibilité des services de manutention et de transport de marchandises (graphique 13.A). En
outre, la Tunisie s’est laissée distancer par ses concurrents directs sur des indicateurs-clé comme le temps
d’attente à la frontière ou l’efficacité des services douaniers. Les données de l’OCDE sur la facilitation des échanges suggèrent aussi que les procédures aux frontières qui s’appliquent aux entreprises onshore se sont détériorées (graphique 13.B). En outre, les restrictions à la concurrence, et en particulier le système des
licences et autorisations (OCDE, 2018), incitent peu les entreprises en place du régime onshore à se
diversifier et à améliorer leur compétitivité. De fait, plus de 60% des exportations des entreprises onshore
sont des exportations de produits agricoles, énergétiques, miniers et phosphatés, qui se caractérisent par
une chaine de production relativement courte.
Graphique 13. Performance en logistique de transport et facilité à passer les biens en douane
A. Performance logistique pour les transports internationaux¹, 2016
4.0 Mieux
3.5
3.0 Moins bien
2.5
2.0
1.5
1.0
0.5
0.0 Tunisie Algerie
Brésil
Rép. slovaque Afrique du…
B. Indicateur de l’OCDE sur la facilitation des échanges² , 2017
Tunisie OCDE Moyen Orient et Afrique du Nord Disponibilité des renseignements 2.00 Governance and impartialité Implication des négociants 1.50
Coopération externe entre diverses agences à la 1.00 Décisions anticipées
frontière 0.50
Coopération interne entre diverses agences à la 0.00
frontière Procédures d’appel
Formalités et procédures Redevances et impositions Formalités et automatisation Formalités et documents
-
La note globale de l’indice de performance de la logistique reflète les perceptions relatives à la logistique d’un pays basées sur l’efficacité des processus de dédouanement, la qualité des infrastructures commerciales et des infrastructures de transports connexes, la facilité de l’organisation des expéditions à des prix concurrentiels, la qualité des services d’infrastructure, la capacité de suivi et de traçabilité des consignations et la fréquence avec laquelle les expéditions arrivent au destinataire dans les délais prévus. L’indice va de 1 à 5 et la note la plus élevée représente la meilleure performance.
-
Les indicateurs de facilitation des échanges mesurent l’incidence économique et commerciale relative des mesures de facilitation actuellement négociées, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), sur les flux et les coûts d’échanges. L’indicateur varie de 0 à 2; plus il est élevé, meilleure est la performance.
Source : World Bank Logistics Performance Index database ; et OECD Trade facilitation indicators database.
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- Outre leur faible participation à l’exportation et aux chaines de valeur mondiales, les entreprises
du secteur onshore entretiennent peu de liens économiques avec les entreprises du secteur offshore.
Lorsqu’elles écoulent leur production sur le marché tunisien, les entreprises totalement exportatrices
doivent s’acquitter des impôts et droits de douanes, donc entrer en relation avec l’administration. Les entreprises totalement exportatrices peuvent s’approvisionner sur le marché local et, dans ce cas, sont
exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée. Dans la pratique, elles le font peu. De la même façon, une
entreprise onshore qui vend des produits à une entreprise offshore devrait pouvoir se voir rembourser la
TVA payée sur ses consommations intermédiaires. Dans la pratique, les remboursements sont effectués
une fois par an, générant des problèmes de trésorerie pour certaines entreprises, en particulier les petites.
Certaines entreprises notent que la demande du crédit de TVA est aussi souvent suivie de contrôles
comptables et fiscaux qui découragent la sous-traitance par les entreprises onshore. La fiscalité, les
procédures administratives et douanières constituent une barrière au développement des relations de sous-
traitance entre les deux secteurs et plus généralement aux effets d’entrainement du secteur offshore sur
l’économie tunisienne. Au final, les entreprises des deux régimes échangent peu et les transferts de
technologie, souvent associés à l’exposition au commerce et aux investissements étrangers, sont inhibés (Dhaoui et Samoud, 2016).
Secteur offshore et investissements directs
- L’investissement direct étranger et le secteur offshore sont fortement liés mais ne sont pas
synonymes. Les entreprises offshore représentaient 80% des entreprises étrangères installées en Tunisie en
2016 (RNE 2017/INS); et, selon les données de l’APII portant sur les entreprises employant au moins 10
salariés, 6 entreprises offshore sur 10 sont à participation étrangère (APII-2018). La forte présence des
entreprises étrangères est allée de pair avec des investissements directs étrangers élevé au cours des
dernières décennies, confirmant l’attractivité et la compétitivité de la Tunisie. En effet, la loi de 1972 a
institué des avantages à l’investissement étranger et le secteur exportateur au travers d’un régime spécial
qui vise à encourager les entreprises à investir, à créer des emplois et à exporter, grâce à la création de
sociétés totalement exportatrices. Ces avantages ont été renforcés par la promulgation du code d’incitations à l’investissement en 1993. Au final, le stock d’investissement direct étranger, en pourcentage du PIB, est très élevé par rapport à la plupart des autres pays et les flux d’entrée ont plutôt bien résisté ces dernières
années (graphique 14). La mise en oeuvre de la nouvelle loi sur l’investissement à partir de 2017 se traduira par une réduction des restrictions à l’investissement direct étranger (OCDE, 2018), ouvrant la voie à une
nouvelle hausse des IDEs.
- L’analyse de la répartition sectorielle des flux d’investissement direct de l’étranger corrobore les
faits observés sur la nature des exportations. Elle met en évidence une orientation plus marquée vers les
industries électriques et électroniques, suivies par le tourisme, les industries mécaniques, les
télécommunications, l’agro-alimentaire et l’industrie pharmaceutique. Parmi les industries manufacturières, le secteur textile, peu intense en technologies et en capital humain, a perdu du terrain au
profit des secteurs plus intenses en capital humain et en technologie. Ainsi, les IDE se concentrent
davantage dans des secteurs à fort potentiel en matière d’intégration dans les CVM et de positionnement à
l’international (graphique 15).
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Graphique 14. Les flux et stocks d’investissements directs étrangers sont plutôt élevés
Source : Banque mondiale, Indicateurs de développement mondial (WDI) ; OCDE base de données des Principaux agrégats d’IDE; Base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI; et base de données de la balance des paiements du FMI.
Graphique 15. Évolution de la structure des investissements directs de l’étranger A. Répartition des IDE par secteur d’activité¹ en 1996 et 2017
1996 2017 0.7% 1.2%
19.9% 15.0%
38.1%
18.2% Energie Ind. manufacturières Services Agriculture
61.2%
45.8%
B. Répartition des IDE manufacturiers en 1995 et 2017
1995 2017 2% 3% 4% Agro-alimentaire 4% 2% 5% 14% Matériaux de construction 6% 11%
Mécanique-électrique- 2% électronique Chimie et caoutchouc
Textile, habillement et cuir
Plasturgie 10% Industries diverses
67%
70%
- Calcul des auteurs à partir des données de la BCT pour l’année 1996 et de la FIPA pour l’année 2017. Source : Calcul des auteurs à partir des données de la BCT et de la FIPA.
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ANNEXES
Annexe 1. Complexité et sophistication des exportations-espace produit entre 1995 et 2016
Tunisie 1995 Tunisie 2016
Maroc 1995 Maroc 2016 Turquie 1995 Turquie 2016
23 ECO/WKP(2018)26 Egypte 2016
Egypte 1995
Rep. Tchèque 1995 Rep. Tchèque 2016
Source: The Observatory of Economic Complexity (OEC).
Note: L’espace produit est une visualisation qui représente un réseau de produits susceptibles d’être co-exportés et pouvant servir à prédire l’évolution de la structure d’exportation d’un pays. L’organisation des produits dans cet espace est déterminée par la similarité ou la dissemblance de leurs exigences en matière de connaissances. En utilisant des données sur les exportations d’un pays, l’OEC génère un espace produit qui visualise ce que ce pays est en mesure de fabriquer, les produits qui sont à proximité et que le pays pourrait commencer à fabriquer, et peut donc aider à déterminer les voies de l’expansion industrielle. La concentration au milieu de l’espace produit signifie que les produits exportés avec un avantage comparatif révélé sont plus complexes et plus sophistiqués.
Complexité économique
La complexité d’une économie reflète la variété des connaissances utilisées. Elle peut se mesurer par la composition des biens que les pays sont capables de produire. L’indice de complexité économique permet de classer les économies en fonction de la complexité de leur panier d’exportations. Plus la complexité est élevée, plus le rang de classement est faible, plus ses perspectives de croissance sont élevées.
Sophistication des exportations
Selon Hausmann et Rodrik (2003) et Hausmann et al. (2007), la structure du panier des produits exportés par un pays affecte la création de nouvelles lignes d’exportation affectant à leur tour le son potentiel de croissance. Toutes choses égales par ailleurs, les pays qui se spécialisent dans les produits exportés par les pays ayant des niveaux de revenu par habitant élevés sont susceptibles d’améliorer leur croissance plus vite que ceux produisant les autres marchandises. Le concept de la sophistication des produits utilisé dans la nouvelle théorie du commerce international revient à générer pour chaque produit un couple revenu/productivité. Ce couple donne une idée sur le niveau de productivité atteint par le produit ainsi que sa valorisation monétaire basée sur la moyenne des recettes des exportations.
24 Légende ECO/WKP(2018)26
Textile-habillement-cuir-chaussures Produits chimiques, Plastiques et caoutchouc Véhicules et matériels de transport Produits animaux et végétaux, produits d’origine Machines animale, produits alimentaires et bois Produits électroniques Pierre et verre Divers
Produits minéraux Métaux
25
Annexe 2. Figure A. Participation du secteur manufacturier dans les CVM
% des exportations A. Partcipation du secteur manufacturier aux CVM 60 Participation en aval Participation en amont des CVM 40 THA NLD MEX VNM JPN ITA TUN ROU FRA ZAF KHM TUR IDN LTU IRL MAR IND GRC ARG NZL 0 SVK CZE KOR HUN MYS SVN POL CHN BGR BEL DEU CHL PRT RUS PER PHL EST ESP CHE CRI CAN GBR LVA USA AUS COL BRA HRV
B. Changement dans la participation du secteur manufacturier dans les CVM entre 2005 et 2011
Points de pourcentage Participation en amont Participation aux CVM
5
0
-20 BGR COL VNM TUR IND ITA PER GRC LTU POL CAN CHL KOR AUS GBR JPN NLD TUN MAR NZL DEU MEX HRV CZE BRA ZAF BEL FRA IDN SVK ESP THA PRT RUS USA SVN HUN ARG LVA KHM ROU CHE CRI MYS CHN IRL EST PHL
26 Source: TiVA database/ OCDE-2016 ; et calculs des auteurs à partir des données de la base TIVA/ OCDE-2016. Produits % des exportations Produits % des exportations alimentaires, 4 alimentaires, 10 boissons et tabac 3 boissons et tabac 8 2 6 Textiles-habillement 1 Textiles-habillement 4 -cuir 0 -cuir 2 0 Production du bois- Production du bois- 27 papier-imprimerie Turquie D. Participation des filières manufacturières en aval des CVM en 2011 papier-imprimerie C. Participation du secteur manufacturier en amont des CVM par filière, 2011 Produits chimiques et Maroc Produits chimiques et produits minéraux produits minéraux non non métalliques Tunisie Maroc ECO/WKP(2018)26 Métaux de base et métalliques Métaux de base et Tunisie fabrication d’ouvrages fabrication d’ouvrages en en métaux métaux Machines et matériel d’équipement Machines et matériel d’équipement Appareils électroniques Appareils électroniques
Produits Produits informatiques, informatiques, électroniques et électroniques et… instruments d’optique Machines et appareils électriques, nca Machines et appareils électriques, nca Véhicules et matériels de transport Véhicules et matériels de transport Véhicules automobiles, Véhicules automobiles, remorques et semi-… remorques et semi- remorques Autres matériels de transport Autres matériels de transport Autres activités de fabrication Autres activités de fabrication
Figure B. Participation du secteur des services dans les CVM A. Participation du secteur des services aux CVM en 2011
% des exportations Participation en aval Participation en amont 25 IND ITA IDN 5 0 DNK IRL EST LVA GRC HRV KHM GBR PHL CHE ESP LTU SVN TUN PRT BGR ROU HUN RUS MYS MAR FRA POL THA USA NZL VNM DEU CZE AUS CRI CHL KOR SVK COL JPN CAN PER ZAF TUR BRA ARG CHN MEX
B. Changement dans la participation du secteur des services aux CVM entre 2011 et 2005
Points de pourcentage Participation en amont Participation aux CVM IND ITA IDN 8
6
4
2
0
-2
-4
IRL DNK PHL TUN CHE HUN SVN ROU GBR COL PRT LVA CAN EST USA CZE ESP DEU CRI FRA POL MAR BRA JPN RUS CHN MYS MEX KOR PER TUR GRC CHL LTU THA ARG ZAF SVK VNM NZL AUS HRV KHM BGR
28 D. Participation des filières de services en aval des CVM en 2011 0 2 4 6 C. Participation des filières de services en amont des CVM en 2011
29 4 Total des services Total des services 8 3 aux entreprises aux entreprises Turquie Maroc Tunisie ECO/WKP(2018)26 Turquie Maroc Tunisie Commerce- Commerce, 2 réparation-hôtels et réparation, 1 hôtels et restaurants 0 restaurants Hôtels et restaurants Source: TIVA/ OCDE-2016 ; et calcul des auteurs à partir des données de la base TIVA/ OCDE-2016 Hôtels et restaurants Transport et entreposage, entreposage, postes postes et et télécommunications Transport entreposage et entreposage Postes et Postes et télécommunications Activités financières Activités financières et d’assurance et d’assurance Activités du secteur Activités du secteur des entreprises des entreprises Activités Activités informatiques informatiques et activités connexes et activités connexes
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