L’EDUCATION EN COREE DU SUD
I. LE SYSTEME SCOLAIRE COREEN
De manière générale, l’instruction est obligatoire de six à seize ans. Elle n’est pas gratuite à tous les niveaux mais certains ménages sud-coréens percevant de faibles ressources peuvent bénéficier d’aides financières de la part du gouvernement.
Les établissements scolaires du primaire au lycée étaient, jusqu’à l’année 1990, non mixtes. De nos jours, il existe des collèges et lycées mixtes et non mixtes.
Qu’en est-il pour l’enfant avant d’entrer à l’école primaire ?
En général, ce n’est qu’à partir de trois ans que certaines structures acceptent les enfants en bas-âge. Avant cet âge minimal, il revient aux familles de s’occuper de leurs jeunes enfants. Il existe peu d’établissements publics, de type école maternelle, qui accueillent les enfants de trois à six ans. L’instruction à la petite enfance est plutôt l’apanage d’institutions privées et donc payantes. Environ 2/3 des petits Sud-Coréens se retrouvent dans ces institutions privées qui essentiellement dispensent des cours d’anglais. L’objectif étant que l’enfant soit au contact de la langue étrangère le plus tôt possible pour l’assimiler et améliorer ses futures compétences linguistiques dans la langue de Shakespeare. Outre l’anglais, ces établissements apprennent aux petits Sud-Coréens notamment à lire, écrire et à compter
Première étape : l’école primaire
L’école primaire est gratuite et obligatoire. La majorité des écoles primaires en Corée du Sud sont publiques. Celles, qui sont privées, sont généralement des écoles internationales (par exemple, le Lycée français de Séoul, Seoul Foreign School…) dont les frais de scolarité sont exorbitants.
Le système des hagwon, à la base conçu comme simple aide aux devoirs pour les élèves en difficulté, s’est largement popularisé et institutionnalisé comme la norme après une journée de cours. Les enfants sont donc amenés parfois dans des cars à l’effigie de l’institut dans des classes de dix-huit heures jusqu’à vingt-deux heures. Sans compter qu’outre les hagwon, les cours privés à domicile peuvent se dérouler de vingt-trois heures jusqu’à une heure du matin.
Il faut compter en moyenne 500 euros par mois et par enfant, voire beaucoup plus selon la réputation du hagwon et le nombre de cours suivis. Car les parents ne se contentent pas d’inscrire leurs enfants à un seul cours : bien souvent, ces derniers ont quatre à cinq cours en moyenne (mathématiques, anglais en priorité). Au final, la note se révèle salée. Il s’agit donc d’un véritable gouffre financier pour les parents et d’une source inévitable d’inégalités sociales pour les enfants issus de familles disposant de faibles ressources.
Deuxième étape : le collège
Le collège public est gratuit bien qu’il faille désormais prendre en compte l’entretien de l’uniforme. Jusque dans les années 1970, à la sortie du primaire, les élèves passaient un examen d’entrée pour déterminer le collège dans lequel ils seraient amenés à étudier en fonction de son niveau. Dans l’objectif d’introduire plus d’égalité, le gouvernement a opté pour un système de loterie qui perdure aujourd’hui : chaque enfant issu d’un même district possède donc les mêmes chances d’entrer dans un collège plus ou moins prisé sans égard pour ses résultats scolaires. Ce système ne prend pas en compte la volonté de certains parents d’envoyer leurs enfants dans des collèges mixtes.
Pendant trois ans, les collégiens approfondissent leurs connaissances dans les matières étudiées en primaire. Les professeurs sont désormais spécialisés dans une matière spécifique et ce sont eux qui changent de salle à chaque fin de cours. Si l’anglais, les mathématiques, le coréen, les sciences sociales et les sciences font partie d’un tronc principal, d’autres matières sont étudiées en tant qu’options telles que les arts, l’histoire, l’économie domestique, la technologie, l’éducation physique, l’étude des Hanja (les caractères chinois), la musique, l’éthique … Le professeur expose sa leçon sans interruption et si les élèves ont des questions, ils les poseront généralement à la fin du cours. Le but au collège est d’avoir d’excellentes notes pour espérer intégrer un lycée prestigieux.
Troisième étape : le lycée
. La filière générale Il existe des lycées publics comme des lycées privés, mixtes comme non mixtes. À partir du lycée, l’instruction est payante. Les parents paient les frais de scolarité et la cantine. Lorsqu’un élève entre au lycée, l’objectif en réalité, son objectif depuis le jardin d’enfant est de passer brillamment l’examen d’entrée pour aller à l’université. Par conséquent, l’accent est mis sur l’obtention d’excellentes notes et la préparation de l’examen d’entrée. Tous les lycéens se préparent pour l’examen final qui déterminera leur avenir et pour lequel ils ont sacrifié leur jeunesse : Il s’agit de l’examen d’entrée à l’université qui juge des aptitudes scolaires et qui correspond au baccalauréat.
. La filière technique Cette voie technique concerne à peu près 18% des élèves (en 2013) qui ont choisi d’exercer dans les domaines suivants : agriculture, commerce, pêche, économie domestique et technologie. La première année, les élèves suivent un programme commun avant de se spécialiser durant les deux dernières années.
Cette filière technique est plutôt mal perçue par les parents ou par le reste de la société, prise dans la mentalité de la réussite. En fait, la société considère même comme honteux le fait de ne pas obtenir de diplôme universitaire et être issu d’un lycée technique est synonyme de manque d’éduction et est vécu comme un véritable déshonneur familial. Le gouvernement tente péniblement de dédiaboliser l’image de cette voie technique et
d’encourager les jeunes à se renseigner sur les différents lycées afin qu’ils se fassent leur propre opinion. Encore faut-il que les jeunes aient leur mot à dire.
Quatrième étape : les études supérieures
Le système des études supérieures rejoint globalement celui que l’on connaît en France. Il existe des universités publiques et privées, des écoles privées qui regroupent presque tous les domaines que l’on peut étudier. Pour avoir le niveau de licence, il faudra faire quatre ans d’université. Pour la maîtrise, il faut compter deux ans et quatre pour le doctorat.
II. APPRECIATION DE L’ECOLE COREENNE
Un modèle d’éducation plébiscité pour les brillants résultats académiques
En termes d’éducation, la Corée du Sud détient un excellent classement à l’échelle mondiale. Pour un pays dont la majorité de la population était illettrée après la seconde guerre mondiale, le bond a été remarquable et laisse admiratif. En 2013, le programme international pour le suivi des acquis (PISA) de l’OCDE (organisation de coopération et de développement économiques), qui évalue tous les trois ans le niveau des élèves du secondaire dans soixante pays du monde, a classé la Corée de Sud dans le top 5 en mathématiques et en lecture. Depuis 2006, le pays du matin calme détient de bonnes positions en sciences, mathématiques et compréhension de l’écrit. Ces bons résultats académiques sont félicités et jalousés à l’étranger mais en réalité, il s’agit de l’arbre cachant la forêt.
Un modèle d’éducation décrié pour ses conséquences désastreuses sur les enfants
Les élèves sud-coréens passent 220 jours en classe. Les journées sont hyper chargées débutant très tôt et s’achevant parfois au petit matin et ce, durant toute la semaine, cela n’est pas sans conséquence sur le bien-être et la santé tant physique que mentale des jeunes Sud-Coréens.
Si la Corée du Sud est dans le top 5 par ses bons résultats académiques, elle ne l’est plus en ce qui concerne le bien-être de ses élèves. Ceux-ci ne se considèrent pas heureux à l’école mais constamment stressés et anxieux. Avec un tel emploi du temps entre cours normaux et hagwon et cours privés, la place faite aux jeux, à la détente est minime voire inexistante. Récemment, une étude menée par le Ministère de l’Éducation annonçait que 40% des lycéens dormaient moins de six heures par nuit. Or, le manque de sommeil couplé à un stress omniprésent augmente les chances de dépression, de fatigue chronique, de mal-être et dans les cas les plus graves, de troubles psychologiques et de tendances suicidaires. Car s’ils sont champions en mathématiques, les Sud-Coréens sont malheureusement premiers de la classe en terme de taux de suicide, avec des victimes parfois encore au primaire.
De plus, si on évalue l’efficience des études, la Corée du Sud chute à la 24ème place sur
trente pays concernés. Les Sud-Coréens sont des as du QCM et du par coeur mais maîtrisent bien moins l’art du débat, de la réflexion, de la dissertation si important dans le cursus scolaire français.
C’est pour toutes ces raisons que certaines familles coréennes décident de s’expatrier.
Afin d’épargner à leurs enfants une enfance marquée par la pression scolaire, les résultats, la fatigue, certains parents en viennent soit à envoyer les enfants étudier à l’étranger (Canada, États-Unis, Australie…) soit à s’expatrier. S’il convient de féliciter la Corée du Sud pour son incroyable bond en avant en termes de résultats académiques, on ne peut ignorer au prix de quels sacrifices cette bonne réputation a été obtenue. Combien d’enfants ont disparu sous cette pression énorme, prisonniers de ce rythme infernal ininterrompu alors que l’enfance et l’adolescence sont des périodes critiques pour construire l’adulte que nous deviendrons ? Combien d’enfances ont-elles été sacrifiées sur l’autel de la compétitivité économique et du prestige familial ? Extraits d’un article publié le 2 décembre 2017 dans le site K-phenomen sous la plume d’Olivia Forum Ibn Khaldoun le 1 septembre 2018