Études socio-économiques № 1501

Eléments d'appréciations des Finances Publiques de la Tunisie

Décennie 2011-2021 : dépenses budgétaires +10,8 %/an, masse salariale +10,4 %/an, part du budget dans le PIB de 27 % à 42 %. Bascule structurelle des finances publiques tunisiennes.

L’étude actualise au 19 octobre 2022 l’analyse des principales composantes du budget de l’État tunisien sur la période 2011-2021. Elle compare les ratios obtenus à ceux de la décennie précédente (2000-2010) et à un panel de pays de l’OCDE, pour dégager les ressorts de la dégradation des comptes publics et les leviers d’un redressement.

Principaux constats

  • Croissance des dépenses budgétaires : +10,8 % par an entre 2011 et 2021, dépassant de plus de 4 points la croissance du PIB nominal (6,4 %). La part du budget dans le PIB passe de 27 % en 2010 à 42,1 % en 2021.
  • Masse salariale publique : +10,4 %/an, atteignant 15,5 % du PIB en 2021 (contre 10,3 % en 2010). Le ratio salaires de l’État/recettes fiscales monte à 66,4 %. Effectif de la fonction publique : 662 000 agents en 2021 (+196 000 en onze ans, soit +3,2 %/an), tirée par les ministères de l’Intérieur et de la Défense (+5 %/an).
  • Subventions et compensations : 45 milliards de dinars cumulés sur 2011-2021, soit 4,2 % du PIB et trois quarts du budget de capital de l’État sur la même période. Pic en 2013 et 2021 sous l’effet de l’envolée des prix des hydrocarbures et des produits alimentaires.
  • Comparaisons OCDE : la part des salaires de l’administration tunisienne dans le PIB (13,7 % en 2019) n’est dépassée que par les Pays-Bas et le Danemark — pays dont la pression fiscale (39 % et 47 %) est nettement supérieure à celle de la Tunisie (32 %). Ratio fonctionnaires/actifs : 139 pour 1 000 en Tunisie, contre 47 au Maroc.

Démarche

L’étude croise les chiffres budgétaires de la décennie post-révolution avec le repère décennal antérieur et le panorama OCDE 2021, pour distinguer ce qui relève de chocs ponctuels (crise sanitaire, prix mondiaux) de ce qui relève d’une dérive structurelle. Le « dérapage salarial » est isolé en différentiel par rapport au maintien de la part 2000-2010 du PIB — soit 35 milliards de dinars sur la période, équivalents à 57 % du déficit budgétaire cumulé.

Implications

L’analyse documente un effet d’éviction de l’investissement public par les charges de fonctionnement et les transferts. Le redressement passe par un audit de l’administration en vue d’un redéploiement rationnel des effectifs, la réforme du dispositif de subventions, et la maîtrise des recrutements engagée depuis 2017 mais encore insuffisante pour corriger le décrochage des années antérieures.


Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.

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