Études socio-économiques № 2703

L’eau en 2050 : Stress et résilience

Mohamed Ennabli analyse les ressources hydriques tunisiennes à l'horizon 2050 — stress structurel, gestion pluriannuelle des nappes et stratégies de résilience en zone aride.

L’analyse de Mohamed Ennabli ausculte la confrontation offre-demande hydrique à l’horizon 2050 dans une Tunisie déjà classée en pénurie selon les normes internationales. Elle interroge la pertinence des indicateurs usuels et plaide pour une comptabilité revisitée des ressources, articulée autour des concepts de pénurie structurelle, d’indice d’exploitation et de régulation pluriannuelle.

Principaux constats

  • Les ressources en eau naturelles renouvelables atteignent 4 800 Mm³/an (2 700 superficielles, 2 100 souterraines), auxquelles s’ajoutent 650 Mm³ non renouvelables et 23 000 Mm³ en eaux vertes pluviales.
  • Le seuil international de pauvreté en eau est fixé à 1 000 m³/an/hab et celui de pénurie à 500 m³/an/hab — la Tunisie est déjà sous le second seuil.
  • L’indice d’exploitation atteint 60 % avec une répartition très déséquilibrée : 13 % pour l’eau potable, 82 % pour l’agriculture irriguée, 5 % pour l’industrie.
  • En 2050, pour 13 millions d’habitants, les besoins alimentaires totaliseraient 22 100 Mm³/an, soit un déficit d’offre de 3 200 Mm³ nécessitant une importation équivalente d’eau virtuelle (céréales).
  • Le bilan eaux bleues 2050 trahirait un taux d’exploitation moyen de 138 %, avec une dotation par habitant ramenée à 423 m³/an contre 370 prévus par le Plan Directeur 2030.

Démarche

L’étude clarifie six concepts hydrauliques centraux — pénurie prévisionnelle, conjoncturelle ou structurelle, ressources par habitant, indice d’exploitation, indice de consommation, écoulement total annuel moyen, composante aléatoire de la ressource. Elle distingue les pluviométries du Nord (594 mm), du Centre (289 mm) et du Sud (156 mm), met en évidence l’écart interannuel allant de 11 à 90 milliards de m³ et propose une approche en termes de comptabilité conjointe entrée-sortie. La capacité utile des barrages, plafonnée à 1 500 hm³, est confrontée à la capacité régulatrice des nappes, plus importante mais sous-mobilisée.

Recommandations

Quatre axes structurent la réponse. Mettre en place un suivi précis de la comptabilité conjointe ressources-utilisations pour fonder un diagnostic objectif. Engager une gestion volontariste de la demande en eau — économies à toutes les étapes du transport, du stockage et de l’usage, valorisation de la réutilisation, allocation sectorielle selon des critères socio-économiques. Mobiliser la régulation pluriannuelle en exploitant temporairement et de manière contrôlée la réserve permanente des nappes durant les sécheresses, avec reconstitution lors des cycles humides — ce qui n’est pas une surexploitation au sens propre. Déployer une politique d’infiltration assistée — aménagement systématique des bassins versants en CES, barrages collinaires à pertuis ouvert, recharge artificielle des nappes en zones de rupture de pente. La résilience hydrique tunisienne en 2050 dépendra de cette gestion intégrée, en zone aride, des eaux bleues et vertes, des ressources renouvelables et permanentes, des aléas pluviométriques pluriannuels.


Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.

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