L’analyse de Noura Laroussi Ben Lazreg situe la Tunisie dans la transition énergétique mondiale post-Accord de Paris et examine la mise en œuvre du Plan Solaire Tunisien à l’horizon 2030. Le pays subit un creusement rapide de son déficit énergétique et tente d’arrimer sa stratégie aux objectifs des CDN, sous la double contrainte d’un approvisionnement gazier dépendant à 97 % de l’Algérie et d’un mix électrique encore très carboné.
Principaux constats
- L’indépendance énergétique tunisienne chute de 93 % en 2010 à 41 % en 2019 ; le déficit de la balance commerciale énergétique atteint 7 461 MD, en hausse de 19 % sur un an.
- La production électrique repose à 97 % sur le gaz naturel, dont 69 % importés d’Algérie ; les ENR ne pèsent que 2,8 % de la production STEG (500 GWh éolien, 150 GWh solaire).
- Le Plan Solaire Tunisien fixe 30 % d’ENR dans le mix électrique en 2030, soit 3 815 MW additionnels — 1 755 MW éolien, 1 510 MW solaire PV, 450 MW solaire CSP, 100 MW biomasse.
- À fin juin 2020, les autorisations d’autoproduction MT plafonnent à 27 MW (158 projets) et les concessions à 500 MW (5 centrales), alors que l’objectif révisé est de 1 860 MW à l’horizon 2023.
- Le potentiel éolien est évalué à 8 000 MW et le rayonnement solaire à 1 850 kWh/m² ; les créations d’emplois directs cumulés sont estimées à plus de 8 500 d’ici 2030.
Démarche
L’étude articule cinq blocs : transition énergétique mondiale et impact Covid-19, évolution du bilan énergétique tunisien, cadres réglementaire-institutionnel-incitatif, état d’avancement des projets ENR à fin juin 2020, recommandations. Elle mobilise les données de l’IRENA, de l’Agence Internationale de l’Énergie, du DNV GL et croise les sources tunisiennes — ANME, STEG, ministère de l’Énergie, Fonds de Transition Énergétique. Le cadre légal — loi 2015-12, décret 2016-1123, loi 2019-47, décret 2020-105 — est restitué dans son évolution.
Recommandations
L’écart entre l’ambition affichée et les réalisations effectives appelle plusieurs leviers d’accélération. Compléter le cadre institutionnel par la création d’un organisme indépendant de régulation du secteur électrique. Consolider le Fonds de Transition Énergétique pour soutenir les investissements matériels et immatériels, les crédits complémentaires, les dotations remboursables et les programmes nationaux. Mobiliser les sociétés de projet ENR autorisées par la loi 2019-47, en particulier dans l’agriculture, l’industrie et les services. Activer les concessions — les cinq centrales de Sidi Bouzid, Tozeur, Kairouan, Gafsa et Tataouine totalisant 500 MW à des tarifs compétitifs (25 à 49 USD/MWh) — et lancer les six centrales STEG de 300 MW prévues. Anticiper la transition de seconde génération à l’horizon 2030 — solaire CSP, pompage-turbinage, mobilité électrique — pour converger vers un modèle d’économie verte en 2050.
Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.
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