L’analyse de Mohamed Ennabli évalue trois décennies de politique environnementale tunisienne, à l’aune du cadre juridique mis en place depuis 1995 — Agenda 21 national, ministère, agences ANPE, APAL, ANER, ONAS, CITET, Fonds de Dépollution. La pandémie de coronavirus, en arrière-plan, rappelle l’absolue nécessité d’un environnement sain pour le développement humain.
Principaux constats
- Le coût des dommages environnementaux atteint en moyenne 2,1 % du PIB, dont 0,62 % pour l’eau, 0,58 % pour l’air, 0,52 % pour les sols et forêts, 0,26 % pour le littoral et 0,13 % pour les déchets.
- 70 % de la population vit en milieu urbain (1,8 % du territoire) ; 86,3 % seulement bénéficient du raccordement à l’assainissement, et 21 % des déchets aboutissent dans des décharges sauvages.
- 75 % du territoire est menacé par la désertification, 47 % des terres agricoles sont sensibles à la salinisation, et 3,5 millions d’hectares subissent une érosion hydrique.
- 26 points noirs ont été identifiés sur les eaux de baignade en 2015, dont 23 plages interdites ; la température de l’eau de mer monte de 0,15 °C par décennie et le niveau marin de 1,2 cm.
- Les dépenses publiques pour la gestion environnementale plafonnent autour de 1 % du PIB, et le coût de remplacement nécessaire pour remédier à la dégradation est estimé à 1,6 % du PIB.
Démarche
L’étude s’appuie sur la méthodologie Banque Mondiale d’évaluation économique des coûts de dégradation, déclinée en trois étapes — identification physique, quantification des impacts, évaluation monétaire. Elle examine six catégories environnementales (eau, air, sols-forêts-biodiversité, déchets, littoral, environnement global) et croise les indicateurs Pression-État-Réponse pour mesurer la performance. L’analyse compare les engagements juridiques internes, les engagements internationaux, les normes onusiennes et les valeurs limites recommandées.
Recommandations
La politique environnementale a tenu nombre de ses engagements, mais sans calendrier rigoureux ni évaluation systématique. Plusieurs axes d’action sont identifiés. Renforcer le contrôle de la pollution atmosphérique, hydrique et solide en appliquant le principe pollueur-payeur. Généraliser les évaluations environnementales stratégiques en amont des décisions sectorielles. Développer le compostage, le recyclage et le tri en amont — actuellement à 5 % et 4 % seulement des déchets collectés. Étendre le traitement tertiaire des eaux usées pour leur valorisation agricole. Mettre en place les déchèteries municipales. Adopter des plans de secours et d’information préventive face aux risques technologiques. Face aux éco-urgences globales — pandémies, dérèglement climatique — la Tunisie doit relever le défi d’une politique de prévention et d’atténuation à hauteur de l’enjeu, en mobilisant gouvernement central et autorités locales pour coordonner l’action.
Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.
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