L’exercice 2019 livre un bilan contrasté. Les ajustements budgétaires et monétaires, conjugués au bon comportement du tourisme, amorcent une détente sur les équilibres financiers — remontée du dinar, repli de la dette publique, augmentation des avoirs en devises. Mais en l’absence de réformes structurelles, l’économie tunisienne demeure marquée par l’essoufflement et le déséquilibre.
Principaux constats
- La croissance du PIB chute à 1 % contre 2,3 % en moyenne en 2017-2018, soit le tiers seulement du rythme de la décennie 2001-2010 (4,6 %).
- Le chômage recule légèrement à 14,9 % au quatrième trimestre, mais demeure 1,9 point au-dessus du niveau de 2010, avec 21,7 % chez les femmes contre 12,1 % chez les hommes.
- Le déficit budgétaire passe à 3,5 % du PIB contre 4,8 % en 2018, et la dette publique à 71,9 % contre 77,9 %.
- La dette extérieure à moyen et long terme se stabilise autour de 67 % du PIB contre 72,5 % en 2018, et les avoirs en devises de la BCT atteignent 109 jours d’importations.
- Le secteur de l’extraction de pétrole et de gaz recule de 8,1 %, les industries manufacturières de 0,7 % sous l’effet de la concurrence des circuits parallèles, et le BTP de 0,4 % par compression des crédits d’équipement.
Démarche
L’analyse compare systématiquement les résultats 2019 aux exercices 2010, 2017 et 2018, en mobilisant les sources INS, BCT, Eurostat, HCP marocain, Banque Mondiale et OCDE. Elle examine huit chapitres macroéconomiques : croissance, emploi, prix, investissement, échanges extérieurs, balance des paiements, finances publiques, équilibre monétaire. Le décrochage relatif par rapport au Maroc (PIB par tête PPA en hausse de 2,1 % par an contre 0,8 % pour la Tunisie sur 2010-2018) et à la Turquie (4,4 %) est mis en relief.
Implications
Les signaux de détente financière, encourageants, demeurent fragiles. La consolidation budgétaire repose sur des ajustements ponctuels — relèvement de la TVA, contribution de solidarité, contrôle fiscal renforcé — sans s’attaquer au noyau dur des distorsions : poids des rémunérations publiques (14,5 % du PIB), persistance du clientélisme dans les recrutements, faiblesse de l’investissement productif (taux maintenu sous 19 %) et concurrence déloyale du marché parallèle. Trois priorités demeurent : refonte de l’administration et des entreprises publiques, réforme du système bancaire et de la politique de subvention, accélération de la coopération extérieure pour conclure l’ALECA et capter de nouveaux flux d’investissements directs étrangers — l’écart avec le Maroc en matière de FBCF (32,6 % du PIB contre 18,5 % en Tunisie) appelant une mobilisation urgente.
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