RESUME DU RAPPORT
« L’AVENIR VU PAR LES SERVICES DE RENSEIGNEMENT AMERICAINS1 »
Le sixième rapport du Conseil National du Renseignement américain sur l’ volutio du monde a été publié en janvier 2017, à quelques jou s de l’i vestitu e du p side t Do ald Trump à la magistrature suprême des Etats Unis. Ce rapport présente les grandes tendances internationales. Il trace le proche avenir. Et il explicite les s a ios pou l’avenir lointain. Metta t l’a e t su le « Paradoxe du progrès », pour refléter les deux faces antagonistes du progrès source de bien-être, d’u côté, et facteur de désordre, de l’aut e - le document de la National Intelligence Council a suscité, dès sa parution, un grand intérêt. Cela est dû, d’u e pa t, à la ualit du t avail ave la olla o atio de pas moins de 2 500 spécialistes de 36 pays dont une centaine de consultants de tous horizons à sa réalisation. L’i t t est dû, aussi, au li at d’i e titudes et d’i ui tudes ui p vaut, aujou d’hui, dans le monde et au fort besoin, ui e sulte, de dispose d’a al ses p ospe tives « qui aide t à se p pa e à l’ave i et aussi à le faço e ».
I. LES GRANDES TENDANCES INTERNATIONALES
Les grandes tendances ui vo t odele l’e vi o e ent international sont démographiques, économiques, technologiques, politiques, institutionnelles, sécuritaires et environnementales. Elles se récapitulent au niveau de ces différents aspects comme suit :
- Population et urbanisation
La populatio o diale s’ l ve a à uel ues . illia ds d’ha ita ts o t e .3 illia ds en 2015. L’accroissement de la population, et particulièrement celle en âge de travailler, en Afrique (Nigéria, Egypte, Tanzanie…) et en Asie du sud (Inde, I do sie…) contrastera avec le vieillissement de la population dans les pays riches, en Chine et en Russie. Cela stimulera la migration des populations jeunes des pays pauvres vers les pays riches en vue de la recherche du travail. Cela entrainera de fortes p essio s su l’u a isatio . La population vivant dans les villes représentera 60 pourcent de la population mondiale en 2035 contre 50 pourcent seulement en 2015, avec une amélioration concomitante des conditions de vie. L’e t e pauvreté continuera à reculer et l’a s à l’ du atio s’a lio e a.
1 Version française présentée et préfacée par Bruno TERTRAIS directeur adjoint de la Fondation française de la recherche stratégique.
1 2. La croissance économique mondiale demeure faible à court terme
Les grands pays développés sortent de la crise financière de 2008-2009 affaiblis par l’e dette e t et assaillis, du moins pour e tai s d’e t e eu , par des doutes sur la viabilité de la mondialisation. Ils sont, de plus, o f o t s à u a ue de ai d’oeuv e et à un ralentissement des gains de productivité. Il en résulte une faible croissance et un tassement des revenus de leur classe moyenne.
La Chine est soumise, de son côté, à de fortes pressions de la part de son opinion publique e ati e d’a lio atio de la qualité de vie. Elle essayera de retrouver un nouveau souffle, e passa t d’u e o o ie fo alis e su l’e po tatio et l’i vestisse e t à u e économie de consommation. Une telle démarche lui permettra de continuer à améliorer le revenu de ses classes moyennes.
Enfin, des risques pèsent sur la capacité des économies des pays en développement à entretenir une croissance élevée à même de réduire de façon significative la pauvreté. Les gagnants des prochaines années seraient finalement « les très riches des pays riches et les classes moyennes des pays émergents alors que les perdants seraient les classes moyennes des pays riches et les plus défavorisés des pays pauvres ».
- Les nouvelles technologies accélèrent les progrès mais provoquent des distorsions
Les importantes percées technologiques, notamment en matière de l’i fo atio , de la communication, de la biotechnologie, de la robotisation et de l’i tellige e a tificielle, a l e o t les ha ge e ts de l’ o o ie o diale et e o t de ouvelles opportunités. Les secteurs les plus concernés par les progrès technologiques seront la santé, l’ e gie, les transports et la production agricole. De telles évolutions réduiront le nombre d’e plois da s e tai s se teu s de l’i dust ie et des se vi es. Elles aug e te o t d’aut es emplois différents, requérant des profils de formation pointue et des qualifications élevées. En conséquence, il y aurait des gagnants et de perdants. Il y aurait, également, un déplacement des travailleurs et une limitation des modes habituels de décollage économique des pays pauvres. Il y aurait, enfin, des p o l es d’ thi ue e elatio ave les
a ipulatio s g ti ues et l’ ditio de g o es dans la médecine et les autres domaines.
- Le populisme et les exclusions
L’esp a e et le niveau de vie, la santé et le bien-être ont augmenté au cours des dernières années pour une large partie de la population mondiale. De nombreuses personnes demeurent, toutefois, pessi istes au sujet de l’avenir. Elles ressentent le manque d’oppo tu it s, l’agg avatio des i galit s et la o t e des discriminations. Elles sont à la recherche de nouvelles idées susceptibles de les valoriser.
2 Certes, certaines idéologies économiques, telles que le socialisme et le néolibéralisme este o t pe ti e tes alg l’effo d e e t du o u is e et la crise financière de 2008- 2009. Mais d’autres formes de pensées réémergent comme alternatives « viables », parmi lesquelles le nationalisme et la pensée politique basée sur la religion. Le dénominateur commun de ces pensées est de s’assu e du pouvoi . De la sorte, l’a lio atio o ti ue de la connectivité et des moyens de communications aidant, les idées évolueront plus rapidement et les visions extrêmes trouveront plus facilement des adeptes de même sensibilité. Le populisme émergera en occident et aussi en Asie avec comme corollaire la
opho ie et l’hostilit à l’e o t e des i ig s. Les appels au nationalisme se feront plus pressants dans de nombreux pays. L’i flue e religieuse augmentera dans de nombreux pays, notamment au Moyen Orient et en Afrique du Nord et pourra être un facteur d’e lusio .
- Gouverner devient plus difficile
L’ a t e t e l’a tio gouve e e tale et les attentes des citoyens, combiné avec la corruption et les scandales chez les élites, augmentera les sentiments de frustration de la population. Il ébranlera la confiance dans les autorités établies et accroitra les manifestations de protestation et de rejet des décisions politiques. De plus, les changements dans l’i fo atio et la fia e e ve s les lites duise t l’i flue e des pa tis politi ues, des syndicats et créent une crise de représentation dans les démocraties. Les enjeux mondiaux seront, de plus en plus, difficiles à gérer avec la multiplication des intervenants (ONG, entreprises, personnalités influentes). Cela aura pour conséquence davantage de d isio s po tuelles et oi s d’effo ts dans la durée.
- Les conflits changent de nature
Le risque de conflits augmentera dans les vingt prochaines années en raison des dive ge es d’i t ts e t e g a des puissances, de la menace terroriste permanente, de l’i sta ilit des Etats fai les et de la diffusio des te h ologies de la o t et de destruction massive. Des groupes terroristes auront, de plus en plus, de moyens pour accéder à des armes de précision à longue portée pour mener des attaques meurtrières de grande envergure. Des groupes activistes pourront, de leur côté, multiplier les cyberattaques à même de perturber gravement le fonctionnement de plusieurs services vitaux dans de nombreux pays.
- Les menaces liées au changement climatique
Presque tous les systèmes terrestres subissent des stress naturels ou induits par l’ho e. En 2035, la pollution de l’ai dev ait t e la p e i e ause de o talit li e à l’e vi o e e t da s le o de e tie . Et selo l’o ga isatio o diale de sa t quelques 80 pourcent des citadins sont déjà exposés à u e pollutio de l’ai supérieure aux normes.
3 D’i i 0 5, la moitié de la population mondiale sera confrontée au manque d’eau. Et plus de 30 pays, dont près de la moitié au Moyen-Orient, connaitront un fort stress hydrique aug e ta t, d’auta t, les tensions économiques, sociales et politiques.
Plus du tiers du sol mondial, qui produit 95 pourcent des ressources alimentaires du monde, est déjà dégradé. Cette fraction augmentera avec la croissance de la population globale. Par ailleurs, la diversité de la biosphère continuera de décliner. La santé humaine et la santé a i ale se o e te o t e t ai a t l’ e ge e de o euses aladies i fe tieuses humaines et animales plus difficiles à détecter et à gérer.
II. LE PROCHE AVENIR : LES TENSIONS AUGMENTENT
« Les te sio s à l’i t ieu des pa s o te t ; a les ito e s s’i te oge t su l’effi a it de leur gouvernement dans un monde en changement. Les populations demandent à leurs gouvernements une paix et une prospérité plus larges et plus fiables à l’i t ieu alo s ue l’e t ieu i flue de plus en plus sur ces conditions ».
« L’interdépendance économique entre les grandes puissances freine encore les comportements agressifs, mais pourrait ne pas suffire à empêcher un futur conflit. Les grandes et moyennes puissances chercheront pareillement des moyens de réduire les interdépendances qui les laissent vulnérables aux contraintes économiques et aux sanctions fi a i es, leu o f a t pote tielle e t plus de li e t d’a tio pou pou suiv e leu s intérêts avec agressivité ».
Parallèlement, la menace de terrorisme, surtout d’i spi atio eligieuse, dev ait s’a oit e. A cet égard, « Le rapport décrit un Moyen-Orient dans lequel tous les indicateurs sont au ouge. L’e t is e et la fragmentation de la région, la contagion de la violence et la compétition des puissances sont les tendances les plus probables. Les rivalités sectaires entre chiites et sunnites continueront »
III. LES TROIS SCENARIOS POUR L’AVENIR LOINTAIN
Trois grandes incertitudes façonneront, selon le rapport américain, les vingt prochaines années. Elles gravitent autour (i) des dynamiques internes aux pays et de leur capacité de renégociation des attentes entre les gouvernants et les gouvernés, (ii) de la dynamique entre les pays et les schémas sous-jacents de concurrence et de coopération, et (iii) des compromis à court et à long termes auxquels parviendraient les Etats pour affronter les problèmes complexes mondiaux, comme les changements climatiques.
De la sorte et, selon les choix des gouvernants, trois organisations ou scénarios sont possibles pour le monde du long terme. Elles se présentent comme suit :
Un monde frileux, replié sur lui-même, qualifié de monde « d’a hipels » qui retrouve le reflexe du protectionnisme et de l’isolatio is e pour se protéger contre
4 les mouvements migratoires et les menaces de pe te d’identités. C’est le s a io qui peut être d fe du pa e tai s ou a ts de l’e t e d oite des pays démocratiques et par tous ceux qui rejettent la mondialisation et la politique de partage.
Un monde de sph es d’i flue e, ou d’o ites, avec la montée des nationalismes, le etou des lo s gio au , l’e a e atio des o flits et les is ues d’embrasement dans plusieurs parties du monde.
Un monde de communautés ou de réseaux, dans lequel les Etats auront moins de
pouvoirs, où les entreprises privées et les asso iatio s se o t au oeu d’u s st e basé sur la liberté et la transparence de l’i fo atio .
IV. CONCLUSION
Le monde futur, quel que soit le scénario dans lequel on se place, serait un monde
changeant, volatile, comportant de nombreux défis et sous-tendant des risques multiples.
Le tableau projeté par les services de renseignement américains est assez sombre pour les
cinq prochaines années avec, notamment, des perspectives de ralentissement de croissance dans le monde, la persistance de la menace terroriste et l’e a e atio des o flits. Il est, par ailleurs, incertain pour le long terme, même s’il auto ise uel ues espoirs en relation avec les formidables promesses des progrès scientifiques et technologiques.
De nombreuses analyses et appréciations du rapport sont pratiquement transposables à La Tu isie et à ie d’aut es pa s de la gio méditerranéenne, soumis, aujou d’hui, à de nombreux stress : « économique, politique, sociétal, géopolitique et environnemental ».
Certes, « l’ave i ‘est pas g av su du a e ». Il d pe d a d’u e ultitude de facteurs et d’al as, e dog es et exogènes. Ce tai s so t p visi les, d’aut es e le so t pas. Il y aura, comme par le passé, des gagnants et des perdants. Mais, les gagnants ne seront pas nécessairement toujours les mêmes. Ils seront ceux qui ont la capacité et l’aptitude « d’i vesti da s le savoi , l’i f ast u ture et les relations » pour être en mesure d’aff o te avec succès les chocs futurs et convertir les défis en opportunités.
C’est l’e seig e e t ajeu ui parait se dégager de la lecture de cet ouvrage remarquable, tant sur le plan de son contenu - riche en données et en analyses - u’au iveau de la ualit de la démarche empruntée et de la pertinence des conclusions présentées.
Forum IBN KHADOUN 24 juin 2017
Version anglaise à télécharger :
https://www.dni.gov/files/documents/nic/GT-Full-Report.pdf
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