L’essai de Salah Hannachi resitue les relations entre le Maghreb et l’Union Européenne dans un voisinage élargi à la Méditerranée et à l’Afrique, à l’heure où la Belt and Road Initiative chinoise, la consolidation du processus de Barcelone et l’Accord de Paris sur le climat redéfinissent les équilibres géopolitiques du sud-méditerranéen.
Principaux constats
- Le Maghreb demeure l’une des régions du monde les moins intégrées malgré l’homogénéité linguistique, religieuse, géographique et historique soulignée par la professeure Mounira Chapoutot-Rémadi.
- La Méditerranée, marginalisée par les atlantismes successifs depuis le XVe siècle, redevient une mer centrale sous l’effet de l’OBOR chinoise, de la montée de l’Inde et de l’Afrique, et de l’émancipation européenne de la tutelle atlantique.
- Les complémentarités structurelles entre Europe et Maghreb sont mesurables : démographie (UE vieillissante / Maghreb jeune), agriculture (céréales / arboriculture), énergie (hydraulique-éolien hivernal / fossile-solaire estival), santé, recherche-développement.
- Le voisinage doit être pensé sur l’axe longitudinal Eurafrique de la Scandinavie à l’Afrique australe, et non confiné au pourtour méditerranéen.
- L’interconnexion électrique Maroc-Espagne, les projets Nigeria-Maroc-Espagne et Tunisie-Italie offrent un levier matériel d’intégration énergétique transcontinentale.
Démarche
L’analyse mobilise trois leviers d’intégration. Le premier, institutionnel, repose sur les traités gouvernement-à-gouvernement. Le deuxième, fondé sur l’investissement privé, s’inspire du modèle asiatique du « vol d’oies sauvages » et de la triangulation entre espace industrialisé, Maghreb et Afrique subsaharienne. Le troisième mobilise les cadres internationaux disponibles — OBOR et AIIB chinoises, TICAD japonaise, COP 21 — comme levier diplomatique et financier.
Implications
L’auteur appelle à construire une vision-cadre euromaghrébine à long terme, articulée autour d’objectifs communs durables — paix et stabilité, développement durable, compétitivité sur les marchés tiers, contribution conjointe aux défis globaux. Cinq secteurs sont identifiés comme champs d’application immédiate : santé, innovation, énergie, technologies environnementales et de recyclage, marchés publics. Pour la Tunisie, l’expérience de plus de quarante ans en maîtrise de l’énergie et en protection de l’environnement constitue un capital distinctif susceptible d’alimenter, avec l’Europe, une stratégie de coopération sur les Contributions Prévues Déterminées au niveau National. La culture, comme référence partagée et comme principe organisateur d’une gouvernance régionale, conclut le propos.
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