L’économie de la vie. Se préparer à ce qui vient.
De Jacques Attali
Il s’agit d’un livre de281 pages, très documenté, qui est à la fois synthèse dépassant les enjeux de l’urgence et ouvrant une perspective établies, venues du monde entier. Quelles leçons peut-on tirer de la dernière pandémie et de ses conséquences catastrophiques dans tous les domaines ? Comment repenser tout ce qui doit l’être pour sortir de l’ancienne économie qualifiée d’ « économie de la mort » et être plus utile dans une situation radicalement neuve ? Il faudrait, pour cela, changer notre rapport au monde et opter pour une « économie de la vie », dans toute sa complexité, afin de donner sens à ce qui se passe, sortir du cauchemar, mais sans revenir au monde d’avant. La comparaison de la pandémie avec une guerre s’impose car tout se joue dans le rapport à la mort, au temps pour agir. Cinq Chapitres : Quand la vie ne comptait pas.
Une pandémie pas comme les autres. Une économie mondiale en suspens. La politique à la vie, à la mort. Tirer le meilleur parti du pire… pour faire le constat que notre système économique et social n’était pas préparé à cette pandémie très largement aggravée, sinon même provoquée, par nos modes de vie et notre impact sur les écosystèmes. Evènement immense et pourtant prévisible. D’où une évidence : > Remettre en cause très profondément nos modes d’organisation, de consommation et de production.
Réorienter nos économies vers les secteurs vitaux dont les productions ont cruellement fait défaut. Ceux dont la pandémie a révélé la nécessité et qui forment l’économie de la vie qu’il faut promouvoir :
- Les médicaments et vaccins, en urgence absolue, pour arrêter l’épidémie.
- Un programme mondial de développement de l’hygiène, pour la prévention.
- L’alimentation à garantir par le retour à l’autonomie ancestrale et l’accès des paysans à la terre
qu’ils cultivent.
- Un habitat plus distancié.
- La formation et l’éducation, pour tous et partout, pour « devenir soi ».
- La culture et la distraction à distance (avec cependant le risque de basculer du vivant à l’artéfact).
L’économie de la vie regroupe, en fait, toutes les entreprises qui, d’une façon ou d’une autre, de près ou de loin, se donnent pour mission de permettre à chacun de « vivre bien ». Entre autres : La santé, la prévention, l’hygiène, l’alimentation saine, l’agriculture durable, la distribution d’eau, l’énergie propre, la gestion des déchets, le recyclage, la logistique, l’écologie et la protection de la biodiversité. C’est-à-dire le bien-être des gens qui n’est pas toujours un paramètre pris en considération par les entreprises qui font du business dans les secteurs portés par le marché. Les entreprises répondant aux besoins des familles, leur permettant de vivre mieux, sont d’ailleurs dans les secteurs qui intéressent principalement les femmes. C’est pourquoi, La part de ces secteurs, dans le budget des ménages, doit augmenter. C’est pourquoi aussi, les employeurs devraient augmenter la rémunération et le statut social de ceux qui travaillent dans ces secteurs. Et c’est pourquoi enfin, les banques, les actionnaires et l’Etat se doivent de soutenir, en priorité, les
entreprises, grandes ou petites, de ces secteurs pour que les pays ne soient pas en situation de trop dépendre de pays tiers, et ce, d’autant plus que certaines de leurs activités s’avèreront non marchandes, touchant aux relations humaines et à l’homme lui-même. Par opposition à l’économie de la vie, il s’agira de convertir les secteurs de l’économie de la mort, ennemis de l’environnement. Ce sont les entreprises qui ne se soucient guère des pollutions et nuisances qu’elles provoquent, celles de la chimie et du plastique entre autres. Leur reconversion leur permettra de trouver une place dans l’économie de la vie, car ces entreprises ne doivent pas être condamnées, mais repensées et réorientées pour se mettre davantage au service du bien-être de l’homme que des actionnaires qui ne veulent que du business. La situation actuelle est ce qu’elle est, mais il s’agira d’être plus soucieux du sort des générations futures et, pour cela, les entreprises doivent prévoir le pire pour s’y préparer et l’éviter en se préoccupant davantage des modes de consommation pour préserver les ressources, et des modes de production pour préserver l’environnement. Le tout, davantage et avant tout, au service du bien-être des gens que de celui du capital nécessaire car le désastre est déjà là : 9 personnes sur 10 respirent de l’air pollué. Chaque année 12 millions d’humains meurent de causes liées aux problèmes environnementaux d’après l’OMS.
8 millions de tonnes de plastique sont relâchées dans les océans. D’ici à 2050, les pertes de rendement agricole seront de 10% du fait de la dégradation des sols. La stabilisation des températures mondiales pourrait prendre 20 à 30 ans et la limitation du réchauffement aux alentours de 1,5°C est hors de portée. En conclusion : L’auteur préconise de passer de l’économie de survie à l’économie de la vie dans le cadre d’une « démocratie de combat », représentative, modeste, juste, qui protège la vie et tient compte de l’intérêt des générations futures. Penser donc à l’après, en pensant large à la vie, à la condition humaine. Référence : L’économie de la vie. Par Jacques Attali
Edition actualisée Pluriel. Librairie Arthème Fayard.