Copyright © 2014
Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement Groupe Banque mondiale 1818 H Street, NW Washington, DC 20433, USA
Tous droits réservés.
Rapport No. 89233-TN Tunisie ESW : Surmonter les barrières à l’Inclusion des Jeunes P120911ESW
Avertissement
Les résultats, interprétations et conclusions exprimées ici ne reflètent pas nécessairement les vues de la Banque internationale
pour la reconstruction et le développement / Banque mondiale et de ses organisations affiliées, ou ceux des Administrateurs de
la Banque mondiale ou des gouvernements qu’ils représentent.
La Banque mondiale, Tunisie et gouvernements représentés ne garantit pas l’exactitude des données incluses dans ce travail.
Les frontières, couleurs, dénominations et autres informations figurant sur les cartes du présent rapport n’impliquent aucun
jugement de la part de la Banque mondiale concernant le statut juridique d’un territoire ou l’adoption ou l’approbation de ces
frontières.
Le présent rapport se fonde principalement sur l’analyse quantitative des Enquêtes-Ménages sur les Jeunes Tunisiens dans
les zones urbaines (THSYUA 2012) et aussi les Enquêtes-Ménages sur les Jeunes Tunisiens dans les zones rurales (THSYRA
2012). L’Observatoire national de la jeunesse en Tunisie (ONM) n’est pas responsable des données et les chiffres présentés
dans ce rapport.
Autorisations et droits :
Des copies électroniques en versions arabe et en anglais peuvent être téléchargées gratuitement sur demande à la Banque
mondiale. L’autorisation de photocopier ou de réimprimer tout extrait de ce travail sur demande au Copyright Clearance
Center, Inc., 222 Rosewood Drive, Danvers, MA 01923, USA, téléphone 978-750-8400, télécopieur 978-750-4470, www.
copyright.com.
Toutes les autres requêtes sur les droits et licences, y compris les droits subsidiaires, doivent être adressées au Bureau de
l’Editeur, Banque mondiale, 1818 H Street NW, Washington, DC 20433, Etats-Unis, fax 202-522-2422, courriel : pubrights@
worldbank org.
Vice- Présidente : Inger Andersen
Directeur Maghreb : Neil Simon M. Gray
Directeur Sectoriel : Junaid Kamal Ahmed
Responsable sectoriel : Franck Bousquet
Chef de Projet : Gloria La Cava
Crédits photo : Banque mondiale. Couvercle crédit photo : Malika Drissi, Banque mondiale. Table des matières
Acronymes et abréviations … … … … … … … … … … … … … … … . ix Préface … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . x Remerciements … … … … … … … … … … … … … … … … … … . xi
Résumé … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . xiii
Aperçu… … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . xiii Principaux résultats … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . .xiv
Participation des jeunes, voix et citoyenneté active … … … … … … … … … … … … … xiv Chômage des jeunes, inactivité et NEET… … … … … … … … … … … … … … … … xiv Opportunités économiques … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . xv Compétences pour l’emploi et programmes d’entrepreneuriat… … … … … … … … … … . . xvii Principales recommandations … … … … … … … … … … … … … … … … … … . xvii Développer une politique multidimensionnelle d’inclusion de la jeunesse … … … … … … … . . xvii
Chapitre 1 : Introduction … … … … … … … … … … … … … … … … 1
1.1 Contexte et objectif … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 2 1.2 Qu’est-ce que l’inclusion des jeunes? … … … … … … … … … … … … … … … . . 4 1.3 Données et approche méthodologique … … … … … … … … … … … … … … … . 7 1.4 Structure du rapport … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 7
Chapitre 2 : Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse… … … … … . . 9
2.1 A propos de la confiance dans les institutions … … … … … … … … … … … … … 11 2.2 Accès à l’information… … … … … … … … … … … … … … … … … … … . 12 2.3 Participation des jeunes dans la société civile … … … … … … … … … … … … … . 14 2.4 Participation politique … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 15 2.5 Promouvoir la participation inclusive des jeunes dans la participation à la vie publique … … . 19
Fournir des incitations aux ONG dirigées par des jeunes pour le bénévolat … … … … … … … . 19 Développer les initiatives de développement communautaire des ONG menées par des jeunes … … . . 20 Construire des institutions menées par des jeunes pour renforcer leur voix dans les prises de décision et les droits de l’homme … … … … … … … … … … … … … … … … … … 20
iii iv | Table des matières
Chapitre 3 : Inactivité et chômage des jeunes … … … … … … … … … … . . 23
3.1 Inactivité ; jeunes qui ne sont ni dans l’education ni dans l’emploi ni dans une formation ; et chômage aperçu … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . 24
3.2 Jeunes chômeurs découragés … … … … … … … … … … … … … … … … … . 26 3.3 Education et inactivité … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 28
Abandon scolaire précoce … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 29 Qualité des études… … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 30 Conseils pour une meilleure transition entre l’école et le travail … … … … … … … … … … . 32 3.4 Voies menant à l’emploi et obstacles … … … … … … … … … … … … … … … . 32 Inscription au chômage… … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 32 Obstacles pour trouver un emploi… … … … … … … … … … … … … … … … … … 32
Chapitre 4 : Opportunités économiques … … … … … … … … … … … … 37
4.1 Opportunités d’emploi… … … … … … … … … … … … … … … … … … … 38 Exclusion régionale… … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 38 Exclusion basée sur le genre … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . 39 L’informalité de l’emploi… … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . 42 Education et emplois peu qualifiés … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 43 Le sous-emploi des jeunes … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 48 L’emploi des jeunes par secteur … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 48
4.2 L’auto-emploi / le travail indépendant … … … … … … … … … … … … … … … 49 Innovation et entrepreneuriat … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 49 Les jeunes travailleurs indépendants de Tunisie… … … … … … … … … … … … … … . . 50 Niveaux de compétences des jeunes indépendants … … … … … … … … … … … … … . . 53 Jeune entreprenariat : Défis et opportunités d’investissement … … … … … … … … … … … 54 Table des matières | v
Chapitre 5 : Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes … … … … . 59
5.1 Programmes du Ministère de la Formation Professionnelle et de l’Emploi … … … … … … 60 Perceptions des programmes actifs du marché du travail … … … … … … … … … … … … 64 Participation dans les programmes actifs du marché du travail… … … … … … … … … … . . 65 Bénéfices des programmes actifs du marché de l’emploi … … … … … … … … … … … … . 66
5.2 Les programmes d’entreprenariat … … … … … … … … … … … … … … … … 67 Perceptions des programmes d’entreprenariat… … … … … … … … … … … … … … … 68 Participation dans les programmes d’entreprenariat … … … … … … … … … … … … … . 69
5.3 Autres services pour jeunes … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 70 Programmes du Ministère de la Jeunesse et des Sports … … … … … … … … … … … … . . 70 Services de jeunes offerts par les organisations de bienfaisance religieuses … … … … … … … . . 71
5.4 Conclusions et recommandations … … … … … … … … … … … … … … … … 71 Défis majeurs … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 71 Zones stratégiques pour plus d’actions … … … … … … … … … … … … … … … … . . 72
Chapitre 6 : Aller de l’avant : Politiques et institutions pour l’inclusion des jeuness … 79
6.1 Inventaire des acquis des jeunes depuis la révolution … … … … … … … … … … … . 80 6.2 Principes directeurs pour le renforcement de l’intégration et de la participation des jeunes … . . 81 6.3 Développer une politique d’intégration de la jeunesse multidimensionnelle … … … … … . . 81
Bibliographie … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 85
Annexes … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 89
1 Sources de données … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 91 2 Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse … … … … … … … … … … . . 95 3 Inactivité et chômage des jeunes … … … … … … … … … … … … … … … … . 97 4 Opportunités économiques … … … … … … … … … … … … … … … … … . 101 5 Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes … … … … … … … … … . . 111 vi | Table des matières
Encadrés
2.1 Définition de la citoyenneté active … … … … … … … … … … … … … … … … 10 2.2 Les jeunes artistes et la liberté d’expression … … … … … … … … … … … … … . . 12 2.3 IDMEJ : Un projet d’investissement dans l’inclusion des jeunes dans les régions défavorisés … . 16 2.4 Houkoumetna : Notre gouvernement … … … … … … … … … … … … … … … 19 3.1 NEET Un indicateur commun pour le chômage des jeunes et de l’inactivité … … … … … 25 4.1 Formation de la famille … … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 41 4.2 L’Education en Tunisie… … … … … … … … … … … … … … … … … … … 45 5.1 Plateforme en ligne Najja7ni et Tounes Ta3mal … … … … … … … … … … … … . 74 5.2 « Formation Plus » programmes jovenes pour les jeunes défavorisés en Amérique latine … … . 75 5.3 Programmes d’entreprenariat des jeunes au Pérou … … … … … … … … … … … … 77 6.1 Onze principes de politique nationale de la jeunesse … … … … … … … … … … … . 82
Graphiques
0.1 Politique multidimensionnelle pour l’inclusion des jeunes … … … … … … … … … . .xviii 1.1 Carte de Tunisie… … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … 3 1.2 Dimensions de l’exclusion … … … … … … … … … … … … … … … … … … . 4 1.3 Population tunisienne par groupe dâge … … … … … … … … … … … … … … … 5 1.4 Taux des NEET parmi la population en âge de travailler par jeunes/âge … … … … … … . . 6 2.1 Confiance dans les institutions publiques et religieuses … … … … … … … … … … . . 11 2.2 Accès à l’information sur Internet … … … … … … … … … … … … … … … … 13 2.3 Accès aux TIC rural vs. urbain … … … … … … … … … … … … … … … … . 13 2.4 Distribution du bénévolat des jeunes par région … … … … … … … … … … … … . 15 2.5 Influences sur les décisions des jeunes Tunisiens concernant leur vie, les études et l’emploi … . . 17 2.6 Influence des jeunes sur le développement local … … … … … … … … … … … … . . 17 2.7 Connaissances politiques de la jeunesse rural vs. urbain … … … … … … … … … … 18 2.8 Connaissances politiques des jeunes Tunisiens rural vs. urbain … … … … … … … … . 18 3.1 Cadre de l’emploi des jeunes et des NEET … … … … … … … … … … … … … … 24 3.2 Jeunes NEET en milieu rural vs. urbain … … … … … … … … … … … … … … 26 3.3 Jeunes NEET par région … … … … … … … … … … … … … … … … … … . 26 3.4 Découragement des NEET concernant le marché du travail… … … … … … … … … . . 27 3.5 Raisons de l’exclusion du marché du travail, par genre (2010) … … … … … … … … . . 28 3.6 Plus haut niveau d’études parmi les NEET, par genre (age 15-29) … … … … … … … … 28 3.7 Taux de chômage par niveau d’études … … … … … … … … … … … … … … … 29 Table des matières | vii
3.8 Niveau d’études le plus élevé dans la catégorie NEET par genre (age 25-29) … … … … … . 30 3.9 Taux de NEET inscrits comme chômeur rural vs. urban … … … … … … … … … … 33 3.10 Principales raisons de trouver des opportunités d’emploi rural vs. urbain … … … … … . . 33 3.11 Principaux obstacles pour trouver un emploi rural vs. urbain … … … … … … … … . . 34 3.12 Sources d’information concernant les opportunités d’emploi rural vs. urbain … … … … . . 35 4.1 L’emploi chez les jeunes Tunisiens … … … … … … … … … … … … … … … … 39 4.2 Destinations des migrants ruraux par genre … … … … … … … … … … … … … . . 40 4.3 Perception de discrimination basée sur le genre dans le secteur privé par rapport
au secteur public en Tunisie rurale … … … … … … … … … … … … … … … … 40 4.4 Type de contrat des jeunes employés (age 15-29) … … … … … … … … … … … … . 42 4.5 Satisfaction avec le système d’education et l’achèvement … … … … … … … … … … . 44 4.6 L,emploi des jeunes dans les secteurs à faible productivité … … … … … … … … … … 47 4.7 Niveaux d’éducation des jeunes travailleurs Tunisiens rural vs. urbain … … … … … … . 47 4.8 Le sous-emploi des jeunes en zone urbaine … … … … … … … … … … … … … . . 48 4.9 L’emploi des jeunes par secteur … … … … … … … … … … … … … … … … . . 49 4.10 Index de Compétivité Global 2011-2012… … … … … … … … … … … … … … . 50 4.11 Auto-emploi des jeunes rural vs. urbain … … … … … … … … … … … … … … 50 4.12 L’entreprenariat des jeunes par région … … … … … … … … … … … … … … … 51 4.13 Difficultés rencontrées par les jeunes dans l’etablissement d’une petite entreprise … … … … 52 4.14 Entreprenariat des jeunes par l’éducation … … … … … … … … … … … … … … 53 4.15 Entreprenariat des jeunes dans des secteurs à faible productivité … … … … … … … … . 54 4.16 Entrepreneuriat par secteur … … … … … … … … … … … … … … … … … . . 55 5.1 Bénéficiaires du programme financé par le FNE 2011 … … … … … … … … … … … 63 5.2 Connaissance des programmes actifs du marché du travail urbain vs. rural … … … … … 64 5.3 Sensibilisation par éducation des programmes actifs du marché du travail… … … … … … 64 5.4 Participation dans les programmes actifs du marché de l’emploi urbain vs. rural … … … . . 65 5.5 Participation dans les programmes actifs du marché de l’emploi par éducation … … … … . . 66 5.6 Participation aux programmes actifs du marché du travail, par NEET … … … … … … . . 67 5.7 La notoriété des programmes d’entreprenariats urbain vs. rural … … … … … … … … 68 5.8 Connaissance des programmes d’entreprenariat par éducation … … … … … … … … . . 69 5.9 Participation dans les programmes d’entreprenariat urbain vs. rural… … … … … … … 69 5.10 Participation dans les programmes d’entreprenariat par éducation … … … … … … … . . 70 5.11 Matrice des Interventions sur le marché du travail… … … … … … … … … … … … 76 6.1 Politique multidimensionnelle pour l’inclusion des jeunes … … … … … … … … … … 83 viii | Table des matières
A2.1 Confiance dans les institutions publiques et religieuses par les NEET (urbains)… … … … . 95 A2.2 Confiance dans les institutions publiques et religieuses par les NEET (ruraux) … … … … . 95 A2.3 L’Importance des organisation de développement communautaire pour le
développement local … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . 95 A2.4 Confiance dans les organisations communautaires rural vs. urbain … … … … … … … . 95 A2.5 Jeunes volontariat (Tunisie urbaine) par genre … … … … … … … … … … … … . 96 A2.6 La participation des jeunes dans les élections … … … … … … … … … … … … … . 96 A2.7 Engagement actif en politique … … … … … … … … … … … … … … … … … 96 A3.1 L’éducation supérieure parmi les NEETs par genre (age 30-59) … … … … … … … … . . 97 A3.2 L’éducation supérieure parmi les NEETs par genre (age 3059), ventilées … … … … … … 97 A3.3 Les NEET par région … … … … … … … … … … … … … … … … … … … . 97 A3.4 L’éducation supérieure parmi les NEETs par genre (age 15-29), ventilées … … … … … … 97 A3.5 L’éducation supérieure parmi les NEET par région (age 15-29) … … … … … … … … . . 98 A3.6 Les NEET inscrits comme chômeurs, par eégion … … … … … … … … … … … … . 98 A4.1 Types de contrat des adultes employés (age 30-59) … … … … … … … … … … … . 108 A4.2 L’emploi des adultes dans les secteurs de faibles productivités … … … … … … … … . . 108 A4.3 L’emploi des adultes par secteur… … … … … … … … … … … … … … … … . 109 A4.4 Intention de travailler dans le secteur publique … … … … … … … … … … … … . 109 A4.5 Le travail indépendant chez les adultes, rural vs. urbain … … … … … … … … … … 110 A5.1 Connaissance des programmes actifs : par région et genre … … … … … … … … … . . 111 A5.2 Adopter les programmes actifs sur le marché de l’emploi par région … … … … … … … 111 A5.3 Connaissance des programmes en entrepreneurship : par région … … … … … … … … 112 A5.4 Connaissance des programmes en entrepreneurship (par NEET et genre) … … … … … . . 112 A5.5 Adopter les programmes sur l’entrepreneurship (par région) … … … … … … … … … 113 A5.6 Adopter les programmes sur l’entrepreneurship (par NEET) … … … … … … … … … 113 A5.7 Adopter les programmes sur l’entrepreneurship (par pauvreté) … … … … … … … … . 113
Tableaux
A3.1 Le modèle Probit d’abandon rapide de l’école … … … … … … … … … … … … … 99 A4.1 Modèle probit pour l’emploi … … … … … … … … … … … … … … … … … 101 A4.2 Rémunération régressive … … … … … … … … … … … … … … … … … … 102 A4.3 Probabilité des jeunes pour être dans l’emploi informel ou chômeurs (15-29 ans) … … … . . 103 A4.4 Model probit pour mesurer le taux de scolarité … … … … … … … … … … … … . 104 A4.5 Rémunérations régressives par secteur … … … … … … … … … … … … … … . . 105 A4.7 Modèle probit sur l’auto emploi … … … … … … … … … … … … … … … … 107 Acronymes et abréviations
PAMT Programme Actif du Marché du Travail INS Institut National de la Statistique ANETI Agence Nationale de l’Emploi MVTE BTS Banque Tunisienne de Solidarité Ministère de l’Emploi et de la CAIP Plate-forme Système d’Information sur MYS Formation professionnelle l’Eau NEET CES Contrat Emploi Solidarité Ministère de la Jeunesse et des Sports CIDES Programme pour l’emploi en faveur des OECD diplômés universitaires PAPPE Ni dans le système d’éducation ni dans CNSS Caisse Nationale de Sécurité Sociale SCV l’emploi, ni en formation. CSO Organisation de la Société Civile SIPJ DT Dinar Tunisien OCDE FNS Fonds National de Solidarité SIVP FONAPRA Fonds National de Promotion de THSYRA Programme de Microfinance l’Artisanat et des Petits Métiers ILO OIT THSYUA Service Civil Volontaire GDP PIB USD Services locaux intégrés en faveur de la jeunesse
Programme de stages professionnels
jeunesse dans les zones rurales
jeunesse dans les zones urbaines
Dollar US
ix Préface
L’intégration des jeunes est le thème central du programme de Le présent rapport tente d’identifier les causes de la large développement post-2015. Les jeunes représentent un quart inactivité des jeunes au vu des résultats de l’enquête quan- de la population mondiale et depuis le Printemps arabe, les titative ainsi que de la recherche qualitative approfondie et jeunes ont façonné un renouveau socio-économique contes- des consultations directes avec les jeunes et les prestataires tant les normes et valeurs sociales, et poussant à l’innova- de services concernés et les décideurs politiques. L’analyse tion. Plus connectés que jamais, les jeunes femmes et jeunes quantitative et qualitative est combinée avec un examen hommes sont de plus en plus influents sur le cours de leurs des programmes internationaux de l’emploi des jeunes. Les communautés et pays. En même temps, cette jeune généra- conclusions tirées de cette recherche analytique approfondie tion doit faire face à de nombreux obstacles telles que la dis- forment la base d’une série de propositions pour de nouvelles crimination, la marginalisation ainsi que le manque d’accès politiques et approches axées sur les jeunes Tunisiens. aux opportunités, et de voix dans la prise de décision. Au niveau mondial, alors que plus d’un quart des jeunes hommes La Tunisie continue de subir d’importants changements. et femmes ne sont pas inclus dans l’éducation, l’emploi ou la Avec le nouveau gouvernement et la nouvelle Constitution, le formation (NEET), leur nombre est très élevé dans la région moment est propice pour initier une réflexion sur la meilleure Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) s’élevant à 41%. façon de soutenir les jeunes femmes et jeunes hommes dans la réalisation de leur plein potentiel. « Surmonter les Obsta- Pour répondre à cette crise grandissante de l’exclusion des cles à l>Inclusion des Jeunes » sera un guide essentiel sur la jeunes, l’attention doit se porter au-delà du chômage. Le rap- voie à suivre. Ce rapport bien documenté et comportant une port présente un cadre global pour l’inclusion des jeunes qui analyse de fond fournit un excellent point de départ pour un met en évidence la façon dont les dimensions économiques, dialogue entre le Gouvernement et la Jeunesse de la Répu- sociales, politiques et culturelles doivent être abordées simul- blique Tunisienne. tanément pour développer des solutions qui pouvant aider les jeunes Tunisiens à reprendre confiance en leur avenir en Simon Gray profitant des avantages d’une éducation de qualité, où ils Directeur Maghreb pourront trouver du travail ou démarrer une entreprise, en Département Maghreb collaboration avec des voix qui se font entendre, et participer Région Moyen Orient et Afrique du nord activement à la société civile et politique aux niveaux local, régional et national.
x Remerciements
Ce rapport a été préparé par la Banque mondiale en parte- Le rapport a également bénéficié des premiers commen- nariat avec l’Observatoire National Tunisien de la Jeunesse taires fournis par le professeur Ben Hafaiedh Abelwahab, (ONJ). La préparation a été menée conjointement par Gloria Consultant, Kamel Braham, Spécialiste principal de l’édu- La Cava, SR. Spécialiste en sciences sociales, Région Moyen- cation ; Balakrishna Menon Parameswaran, Spécialiste Orient et Afrique du Nord et le professeur Mohamed Jouili principal en développement social, Nina Bhatt, Spécialiste , directeur de l’ONJ, en étroite collaboration avec Tobias principale en développement social ; Diego Angel-Urdinola, Lechtenfeld, économiste, Banque Mondiale, Région Moyen- Economiste principal, Nina Arnhold, Spécialiste principal en Orient et Afrique du Nord, après de vastes consultations au- éducation ; Niall O’Higgins, Université de Salerne, Emma près des parties-prenantes et des universitaires. L’équipe du Murphy, Université de Durham ; et Paul Dyer, Directeur du projet était aussi constituée de : Ahmed Khouja, Université de programme de connaissances à Silatech. Les pairs examina- Tunis ; Hayet Moussa, Université de Tunis ; Houcine Abaab, teurs du projet étaient Wendy Cunningham, Spécialiste de spécialiste de la politique publique ; et Sofia Trommlerova, la protection sociale, Région Amérique latine et Caraïbes et IHEID Institut universitaire de Genève. Pour la collecte des Sarah Michael, Spécialiste principal en sciences sociales du données sur les ménages ruraux, l’équipe est reconnaissante à développement, Europe de l’Est et Asie centrale. l’équipe d’enquête de terrain à Emrhod Tunis, et notamment Nebil Belaam. L’équipe tient à exprimer sa gratitude pour les contribu- tions techniques de (i) les membres du Comité de pilotage En outre, d’importantes contributions ont été faites par comprenant des représentants des ministère tunisien de la Jeu- Tara Vishwanath, économiste en chef ; Nandini Krishnan, nesse et des Sports, le Ministère de la Formation profession- économiste principal ; Irene Jillson, Université de Geor- nelle et de l’emploi, et l’Observatoire national de l’emploi ; getown ; Imed Melliti, Université de Tunis ; Paul François, (ii) la contribution méthodologique de l’Institut National de consultant ; et Atsuko Muroga, consultante. L’équipe est Statistique, qui a fourni la base de sondage des enquêtes ur- reconnaissante pour le soutien continu de Franck Bousquet, baines et rurales ; et (iii) les contributions financières géné- Responsable du secteur urbain et du Développement social, reuses et apports de la recherche de Silatech (une initiative Moyen-Orient et Afrique du Nord ; Simon Gray, Directeur sociale basée au Qatar qui travaille à créer des emplois et du Département Maghreb ; et Eileen Murray, Représentante d’accroître les possibilités économiques pour les jeunes dans résidente de la Banque mondiale en Tunisie. le monde arabe).
xi Résumé
Aperçu privé sera essentiel pour pouvoir résoudre les obstacles les plus urgents à l’inclusion des jeunes. Faciliter l’intégration Plus de trois années se sont écoulées depuis la Révolution des jeunes permet la mobilisation de la nouvelle génération tunisienne. Pourtant, la jeune génération qui avait déclen- comme ressource économique et sociale, pouvant contribuer ché des changements radicaux à travers le Moyen-Orient et directement au maintien de la stabilité et la croissance éco- Afrique du Nord, voit toujours ses aspirations insatisfaites. nomique du pays. La prise de décision participative dans la Le chômage des jeunes âgés de 15 à 29 ans a augmenté après conception et la mise en oeuvre des politiques et programmes la Révolution, avec un taux de chômage officiel des jeunes pour les jeunes et, ainsi que dans la gestion des ONG, bénéfi- de 33,2% en 2013, selon la plus récente enquête de l’Orga- ciera à toutes les parties prenantes, et permettra d’augmenter nisation International du Travail (OIT) sur la transition de l’impact des investissements publics. l’école au travail. (OIT 2014)Même si les jeunes ont joué un rôle de premier plan dans le changement de régime, ils ont Ce rapport identifie les catégories de jeunes exclus et les été incapables d>obtenir un rôle dans la prise de décision et caractérise en fonction de multiples facteurs, y compris les se plaignent de n’être pas consultés sur les questions qui les disparités régionales, les inégalités liées au genre, et l’accès touchent directement. Néanmoins, la période post-révolution limité à l’éducation, à l’emploi et les biens sociaux. Les résul- montre quelques signes positifs. La nouvelle Constitution tu- tats permettent d’identifier les obstacles essentiels à l’inclu- nisienne, adoptée en Janvier 2014, consacre la participation sion des jeunes rencontrés par les jeunes femmes et hommes des jeunes en tant que pilier essentiel du développement so- d’horizons divers, en particulier dans les régions défavori- cial, économique et politique du pays.1 Cependant, compte- sées, et de décrire la perception et la réalité de l’exclusion des tenu du temps nécessaire pour traduire et mettre en oeuvre jeunes, des opportunités sociales, économiques et politiques les principes constitutionnels, la participation des jeunes de- qui sont à l’origine de la révolution tunisienne.2 Dans l’en- meure encore embryonnaire. semble, le rapport note aussi que, bien que la situation des diplômés chômeurs ait jusqu’ici souvent dominé le débat po- L’étude fournit une analyse des aspirations et des besoins litique, d’autres groupes socio-économiques des jeunes sont des jeunes Tunisiens, en tenant compte à la fois des mesures confrontés à des défis et obstacles à l’inclusion, exigeant éga- non économiques et économiques de l’exclusion qui étaient à lement l’attention et les actions des décideurs. l’origine de la révolution. Il souligne en particulier : Le présent rapport met l’accent sur la condition des jeunes
- l’expansion continue de l’activisme des jeunes en de- de la catégorie NEET laquelle est la plus affectée par l’ex-
hors des institutions politiques formellement établies, clusion. Cette catégorie, principalement constituée de jeunes ainsi que la nécessité de soutenir la transition de la inactifs découragés, est plus préoccupante que le problème jeunesse tunisienne, d’une participation virtuelle à une général du chômage qui n’inclut pas la jeunesse désengagée vraie citoyenneté ; et découragée qui a renoncé à chercher un emploi dans le secteur formel ou autre.3 En Tunisie, les jeunes femmes sont
- les jeunes qui ne sont pas dans l’éducation, l’emploi ou plus susceptibles de figurer parmi les NEET. Les jeunes ayant
de formation (NEET) en tant que catégorie la plus tou- reçu une éducation supérieure même touchés par l’exclusion, chée par l’exclusion économique et la nécessité d’as- constituent moins d’un cinquième de l’ensemble des jeunes surer leur intégration socio-économique à travers des NEET. Les jeunes en situation de décrochage scolaire sont politiques et des programmes adaptés. les plus fortement représentés dans le sous-groupe des NEET, sans distinction de genre. La citoyenneté active et la participation citoyenne chez les jeunes Tunisiens seront essentielles pour soutenir l’élan Une approche multidimensionnelle est utilisée pour iden- du pays. Un dialogue constructif entre les jeunes Tunisiens tifier et éliminer les obstacles sociaux, économiques, po- et les institutions publiques, et également avec une plus litiques et culturels rencontrés par les jeunes Tunisiens. Le large société civile, les organisations politiques, et le secteur phénomène de marginalisation associé à l’exclusion sociale
xiii xiv | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
tendant à se produire simultanément sur plusieurs axes, les quelconque forme de participation politique, à l’exception politiques ne portant que sur un aspect de la marginalisa- toutefois de la mobilisation pour les manifestations. Le faible tion, comme l’amélioration de l’accès à l’éducation, sont taux de participation des jeunes aux élections nationales tu- trop étroites pour pouvoir lutter contre l’exclusion en géné- nisiennes d’octobre 2011 était particulièrement inquiétant. ral.4 Aussi une approche mixte combinant les méthodes de Moins de la moitié des jeunes de moins de trente ans a voté. recherche quantitative et qualitative est-elle ici utilisée, ac- En outre, très peu de jeunes Tunisiens sont actifs dans les par- compagnée également d’une évaluation des programmes et tis politiques, ce qui reflète le fossé entre la jeune génération des services actuels destinés à la jeunesse, basée sur un large et la classe politique. La plupart des jeunes Tunisiens disent éventail de questions, entre autres : Pourquoi les jeunes conti- qu’ils ne suivent pas la politique intérieure, et la connaissance nuent-ils à être actifs en dehors des lieux institutionnels for- de soi-déclarés de la politique est faible, en particulier dans mels, au lieu du contraire ? Quels sont les canaux nécessaires les zones rurales. Une disposition de la jeunesse dans la nou- en vue d’accroître la confiance des jeunes dans les institu- velle loi électorale, qui incite les partis politiques à désigner tions et la voix dans la prise de décision? Pourquoi certains au moins un jeune candidat moins de 35 ans parmi les quatre groupes de jeunes sont-ils surreprésentés chez les inactifs et meilleurs candidats sur une liste électorale, offre un point les chômeurs ou ceux qui travaillent dans le secteur informel? d’entrée important pour la participation politique.6 Dans quelle mesure la politique publique se penche-t-elle sur les contraintes auxquelles font face les jeunes? Tout en s’ap- Les jeunes Tunisiens en général ont peu confiance dans puyant également sur des mesures quantifiées, l’analyse bé- les institutions publiques et seulement 8,8% des jeunes ru- néficie également des interprétations qualitatives et solutions raux et 31,1% de confiance de la jeunesse urbaine, le système qui émergent de jeunes répondants, tentant ainsi d’éviter des politique. La confiance est également faible vis-à-vis de la prescriptions technocratiques, qui ne reflètent pas le discours police, notamment en milieu rural. En comparaison, le mili- des jeunes eux-mêmes. Cette approche permet une analyse taire, l’imam local, et les organisations religieuses reçoivent de la diversité de l’exclusion économique, sociale et poli- plus confiance note de la jeunesse de jusqu’à 80%, ce qui est tique, ainsi que l’examen de la manière dont ils se renforcent presque le même niveau de confiance accordée à la famille. mutuellement. Comme leurs homologues en Egypte et en Libye, les jeunes Tunisiens expriment peu de confiance dans la presse, qu’ils Principaux résultats considèrent comme commerciale et manipulatrice.
Participation des jeunes, voix et Les jeunes Tunisiens privilégient Internet comme moyen citoyenneté active d’accès à l’information. Environ 50% de tous les utilisateurs d’Internet (43,3% en milieu rural, 53,2% en milieu urbain) Très peu nombreux sont les jeunes Tunisiens actifs dans la utilisent Internet pour des recherches dans le domaine de société civile, bien que les organisations de la société civile l’éducation, et entre un quart et la moitié de tous les jeunes se soient multipliées. Depuis la révolution, les groupes de la utilise Internet pour chercher un emploi (45,9% en milieu société civile ont émergé, de même qu’un nombre croissant rural, 26,8% en milieu urbain). En outre, plus de 9 jeunes Tu- d’organisations axées sur l’engagement civique. Cependant, nisiens sur 10 en zone rurale possèdent un téléphone mobile. seule une petite fraction de jeunes Tunisiens sont actifs dans Toutefois, pour faire progresser la citoyenneté d’une manière les organisations de la société civile (OSC), et seulement 3% durable, les jeunes doivent aller au-delà de la «citoyenneté des jeunes ruraux.5 Malgré les faibles taux de participation à virtuelle» et parvenir à une participation politique «réelle» des associations, 9 sur 10 jeunes Tunisiens accordent de l’im- aux niveaux local et national. portance au bénévolat au sein des OSC, bénéficiant à leurs communautés. Parmi les rares jeunes actifs dans la société ci- Chômage des jeunes, Inactivité et NEET vile, les types de bénévolat les plus fréquemment mentionnés concernent les OSC dans les domaines du développement ré- L’un des obstacles les plus urgents pour l’inclusion des jeunes gional, de la charité et de la pauvreté, les affaires religieuses, est la grande proportion de jeunes inactifs qui ne sont ni dans et également les sciences. Les clubs sportifs et de loisirs sont l’éducation, ni dans l’emploi ni dans la formation (NEET). aussi fréquemment mentionnés dans les entretiens qualitatifs. Cette catégorie comprend tous les jeunes chômeurs officiels entre 15 et 29 ans, ainsi que les jeunes Tunisiens découra- Bien que la participation politique soit un pilier de la ci- gés qui ne sont plus à la recherche d’emplois, malgré leur toyenneté active, très peu de jeunes Tunisiens se livrent à une jeune âge. Cette catégorie NEET a été proposée comme un Résumé executive | xv
indicateur de base pour le programme de développement dans les écoles augmente la responsabilité des enseignants et post-2015 pour mesurer le degré d’une transition efficace des administrateurs scolaires, tout en donnant aux étudiants pour les jeunes sur le marché du travail.7 davantage de possibilités d’influencer la façon dont les pro- grammes sont conçus.9 Les initiatives prises au niveau de Les taux de NEET affichent d’importantes disparités de l’école secondaire et supérieure pourraient être soutenues par genre et aussi régionales, et dans les zones rurales de plus de un programme de subventions compétitif pour les élèves et deux jeunes sur cinq sont des NEET, par rapport à la Tunisie les ONG de jeunes. urbaine (presque un sur trois). Les différences dans la dispo- nibilité du travail conduisent un nombre croissant de jeunes Opportunités économiques Tunisiens à quitter la campagne pour migrer vers les zones urbaines désolées. Et des milliers de jeunes travailleurs non Capacité, opportunité, et dignité sont les conditions essen- qualifiés viennent se disputer les maigres revenus des quelques tielles pour l’inclusion des jeunes. La capacité et les com- emplois informels disponibles. En Tunisie, et notamment pétences sont nécessaires pour réussir dans l’économie en zone urbaine—la première destination urbaine pour de d’aujourd’hui et de maîtriser les défis et les risques d’un nombreux jeunes demandeurs d’emploi—la catégorie NEET monde globalisé. L’accès à l’égalité des chances est important concerne un cinquième de tous les jeunes hommes (20,3%) de réduire les obstacles sociaux et économiques à l’inclusion et près d’un tiers des jeunes femmes (32,4%). Les écarts liés des jeunes, et il est essentiel à la prospérité partagée pour la au genre sont importants parmi les NEET et ils concernent prochaine génération. La dignité était l’une des principales une jeune Tunisienne sur deux en milieu rural (50,4%) et un revendications durant les manifestations du Printemps arabe jeune homme sur trois en milieu rural (33,4%). Bien que ces dans la région, notamment en Tunisie. taux soient plus faibles en Tunisie que dans d’autres pays de la région, tels que le Maroc, ils mettent en évidence un riche Le principal obstacle aux possibilités économiques pro- potentiel inexploité pour l’inclusion économique. vient des disparités régionales entre les gouvernorats dans les régions côtières, intérieures et du sud, dont les nom- Les taux élevés d’abandon scolaire semblent être fortement breux aspects économiques les rendent plus préoccupantes liés au chômage et à l’inactivité. Les obstacles systémiques af- que la fracture urbaine-rurale. L’exclusion des régions fectant les transitions à la fin de la 6e année et 9e années sont de l>intérieur et du sud de la Tunisie est un facteur fonda- cause des taux élevés d’abandon et empêchent de nombreux mental de l>exclusion socio-économique, culturelle et po- jeunes de terminer leurs études secondaires. La majorité des litique. Les jeunes Tunisiens n’ont que très peu de chance jeunes Tunisiens quitte l’école bien avant l’obtention d’un di- de trouver un emploi, en particulier dans l’intérieur et le plôme du niveau secondaire. Sur les quelque 140 000 élèves Sud, selon un récent rapport sur la fracture spatiale des ré- quittant l’école chaque année, 80 000 d’entre eux sortent sultats sur le marché du travail.10 En fait, parmi les causes sans avoir terminé leur formation de base (niveaux 1-9) sous-jacentes de la Révolution de 2011 est la marginalisa- . Comme pour les autres indicateurs, les différences spatiales tion spatiale, économique et politique de la société dans abondent : plus de quatre sur cinq en milieu rural et un sur certaines parties du pays tout au bénéfice de la région cô- deux jeunes citadins ne terminent pas l’école secondaire. tière.11 Les jeunes ruraux continuent de migrer vers les villes C’est ce groupe qui comprend la majeure partie des NEET : qui tentent d’échapper à des zones rurales, malgré le manque 83% en milieu rural et 57% dans les zones urbaines. D’autre de bons emplois dans les zones urbaines. Près de 90,2% des part, les filles ont tendance à rester à l’école plus longtemps ménages ruraux signalent que les membres de la famille12 que les garçons et sont plus susceptibles de terminer leurs directe ont migré vers les zones urbaines, même si les bons études secondaires et universitaires. Les femmes représentent emplois y sont rares. Quelque 90.2 % des ménages ruraux 62% des étudiants universitaires et 26% complètent leur for- disent avoir un membre de leur famille qui a migré vers la mation universitaire, contre 16,8% des jeunes hommes. ville.
Les organisations de jeunesse et d’étudiants devraient Les écarts de genre restent d’importants obstacles limitant avoir la possibilité d’exprimer leurs préoccupations et de pro- l’égalité d’accès aux opportunités économiques. Malgré les poser des solutions sur les politiques et règlements de l’édu- politiques d’égalité de genre de la Tunisie, étonnamment peu cation. L’expérience internationale d’autres pays à revenu de jeunes femmes tunisiennes travaillent. Moins d’une femme intermédiaire montre que, en dehors de sa valeur immédiate sur cinq en Tunisie rurale (18,5%) et moins de deux femmes dans la lutte contre la corruption et les malversations dans le sur cinq en Tunisie urbain (39,8% du) ont un emploi. Le système scolaire, une plus grande participation des étudiants xvi | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
salaire des jeunes femmes est à peu près équivalent au quart jeunes travailleurs, comme analysé dans la recherche qualita- des salaires de jeunes hommes. En outre, l’exclusion liée au tive pour le présent rapport. genre demeure un défi de taille pour les jeunes Tunisiennes candidates sur le marché du travail. Près des deux tiers La grande majorité des jeunes Tunisiens employés tra- (61,4%) des femmes interrogées indiquent que les femmes vaillent dans des emplois peu qualifiés dans les secteurs sont victimes de discrimination lors de la recherche de tra- à faible productivité : 82,5% des jeunes en milieu rural et vail dans le secteur privé. Même dans le secteur public, la 67,0% en milieu urbain dans des emplois qui ne nécessitent discrimination contre les femmes est confirmée par près de la pas un diplôme secondaire. Les jeunes femmes sont parti- moitié (44,4%) de tous les répondantes tunisiennes. Dans les culièrement susceptibles de travailler dans les secteurs peu zones rurales, du sud, seulement 8,3%, de jeunes femmes tra- qualifiés : 69,0% en milieu urbain et 85,9% en milieu rural. vaillent et dans la région intérieure, 15,4% ; alors que 23,6% Notamment, le secteur public fournit relativement peu d’em- de femmes travaillent dans les régions côtières. plois pour les jeunes Tunisiens, seulement 6,8% des jeunes dans les zones rurales et 12,4% travaillent en milieu urbain Les écoles et les universités ne parviennent pas à trans- sont employés dans ce secteur. L’agriculture reste un secteur mettre les compétences essentielles pour préparer les jeunes important pour l’emploi des jeunes en milieu rural, même si confrontés aux défis du marché du travail, pour assurer la de nombreux jeunes veulent quitter le secteur en raison des transition vers l’âge adulte et la citoyenneté active. Les jeunes conditions de travail difficiles et l’image négative qui lui est souffrent particulièrement de l’orientation trop théorique de associée. Il fournit plus d’un cinquième de tous les emplois en l’enseignement public, qui n’inclut que très minimalement milieu rural pour les jeunes Tunisiens (21,9%). Les industries les compétences requises dans la préparation au marché du manufacturières offrent moins d’un tiers (32,2%) de l’emploi travail. De manière générale, le découragement des étudiants des jeunes en Tunisie urbain et moins d’un quart (23,8%) affecte les relations et interactions entre étudiants et profes- en Tunisie rurale. La plupart des jeunes Tunisiens travaillent seurs. Les possibilités d’orientation professionnelle dans les dans le secteur des services, notamment le tourisme, qui four- écoles secondaires et les universités restent très restreintes, nit également la plupart des emplois dans le secteur informel. et les élèves ne peuvent donc pas bénéficier de conseils pro- fessionnels adéquats sur leurs choix de carrière. Beaucoup La Tunisie est bien placée pour devenir un champion ré- de critiques se sont fait entendre sur les réformes éducatives gional en matière d’innovation et d’entrepreneuriat si elle successives, que les étudiants ont jugées arbitraire et peu reconnaît le potentiel des jeunes femmes et hommes aspi- adéquates d’autant que la majorité enseignante n’était pas rant à devenir entrepreneurs. Le travail indépendant est bien préparée à les mettre en oeuvre. De fait, même les jeunes relativement courant chez les jeunes Tunisiens : un jeune femmes et hommes qui ont achevé leur cursus secondaire et Tunisien sur dix est micro-entrepreneur indépendant. En re- poursuivi des études universitaires sont démunis lorsqu’ils vanche, l’auto-emploi chez les jeunes femmes est pratique- débouchent sur le marché du travail, manquant des compé- ment inexistant : seulement 2,2% des jeunes femmes dans tences pratiques nécessaires. les zones rurales et 1,5% dans les zones urbaines. Toutefois, les technologies modernes devraient faciliter et encourager Le travail informel est omniprésent.13 Peu de jeunes ont les jeunes femmes à se lancer en affaires et de générer des accès à des emplois stables, avec la plupart des offres d’em- revenus. L’auto-emploi pourrait également aider à surmonter ploi disponibles étant informelle, sans contrat, et les quelques les disparités régionales. Actuellement, le travail indépendant emplois formels à venir sous la forme de contrats à durée est plus répandu dans la région côtière (12,1%) et dans le sud déterminée. En conséquence, moins d’un jeune travailleur sur (12,1%), contre seulement 8,1% dans la région intérieure. trois a un contrat de travail sécurisé et l’accès à la protec- tion sociale. Le travail informel est évidemment plus répandu Quelque 30-40% des jeunes entrepreneurs travaillent dans les zones rurales (71,9%), où l’emploi agricole et les dans des secteurs avec les rendements élevés, ce qui démontre contrats informels journaliers restent la forme la plus com- le potentiel de l’entrepreneuriat. Plus de la moitié de tous les mune de l’emploi. Néanmoins, même en région urbaine, plus jeunes de travailleurs autonomes exploitent de petites entre- de la moitié des jeunes qui travaillent ont un emploi infor- prises dans le secteur des services employant les technologies mel (55,4%). Les jeunes Tunisiens n’apprécient pas le travail modernes : 45,4% en milieu rural, 52,1% en milieu urbain. informel à l’emploi informel ; l’informalité et l’exploitation Seulement un jeune entrepreneur urbain sur cinq travaille dans le domaine de l’emploi sont les principaux griefs des dans les secteurs de la fabrication et des industries (20,9%). Dans les zones rurales, 36,4% des jeunes entrepreneurs tra- vaillent dans l’agriculture et la transformation alimentaire, Résumé executive | xvii
10,8% dans les zones urbaines. Cependant, dans les zones urbaines où seulement environ 1 100 jeunes ont participé à rurales, presque tous les jeunes entrepreneurs travaillent de des programmes d’entrepreneuriat. Toutefois, une propor- manière informelle, souvent sur des sites défavorisés. tion importante de jeunes ruraux a déclaré qu>ils ont bénéfi- cié de programmes de micro-prêts. La difficulté d’accéder au financement reste pour le jeune entrepreneur le principal obstacle au succès de son entreprise. La jeunesse tunisienne pourrait grandement bénéficier Les programmes existants de microfinance semble limités et d’une approche innovante qui relierait l’éducation à l’emploi sont largement perçus comme inefficaces. Un tiers des jeunes dans une collaboration tripartite entre le système scolaire, les entrepreneurs se heurte à une lourde bureaucratie, comme collèges techniques, ainsi que des partenaires locaux.14 Beau- notamment les difficultés à obtenir les licences nécessaires, coup de compétences en milieu de travail, y compris le tra- la lenteur des procédures administratives. Le niveau d’édu- vail d’équipe et d’autres compétences sociales, la résolution cation des jeunes entrepreneurs est relativement faible, et de conflits, et les compétences verbales et d’écriture doivent la plupart des jeunes indépendants n’ont pas terminé leurs être intégrées dans le programme. L’apprentissage doit être études secondaires, ce qui rend plus difficile de participer à fondé sur des projets concrets pour permettre aux étudiants des programmes disponibles, de négocier et gérer une aide de travailler en équipe, résoudre des problèmes, travailler les financière. Une formation commerciale supplémentaire et un compétences techniques de présentation, et créer des plans meilleur accès à l’information de l’entreprise seraient utiles à d’affaires. Des visites structurées dans des entreprises par- de nombreux jeunes entrepreneurs. tenaires du programme devraient également faire partie du programme d’apprentissage. En outre, un programme de Compétences pour l’emploi et programmes mentorat pour chaque élève par le partenaire corporatif de d’entrepreneuriat. son école, permettrait à l’élève de bénéficier de conseils pro- fessionnels approfondis, et des possibilités de visiter un lieu La Tunisie a développé un vaste système de programmes ac- de travail, et d’apprendre à travers des stages. tifs du marché du travail au coeur de sa politique du mar- ché du travail, mais les avantages perçus restent limités. Les Principales recommandations PAMT sont pour la plupart inconnus de jeunes Tunisiens. La plupart des programmes renforcent les disparités spatiales en Développer une politique multidimensionnelle se concentrant trop sur les zones urbaines le long de la côte. d’inclusion de la jeunesse Seuls quelques programmes sont disponibles pour les jeunes des régions intérieures et du Sud. Les PAMT sont également Une politique multidimensionnelle est nécessaire pour ré- adaptés pour les jeunes diplômés de l’université, malgré le duire les obstacles à l’inclusion des jeunes et faciliter la fait que le nombre absolu de jeunes Tunisiens sans emploi et contribution des jeunes à la société tunisienne. L’approche de sans diplôme secondaire ou à l’université est d’environ 3,5 développement de la jeunesse est maintenant prête à passer fois plus élevé que le nombre de diplômés universitaires. En d’initiatives ponctuelles à un ensemble intégré de politiques outre, la plupart des programmes ne disposent pas de sys- et d’investissements, optimisant l’utilisation des ressources tèmes rigoureux de suivi ou d’évaluation. Enfin, le manque financières. de rigueur dans la coordination inter-agence et l’application des critères entrave la motivation de jeunes dans leurs re- Dans une perspective d’équité, les politiques nationales de cherches d’emploi. la jeunesse et des réformes connexes incluront tous les sec- teurs, ayant comme objectif commun l’inclusion des jeunes. L’entrepreneuriat pour les jeunes peut jouer un rôle im- portant dans la lutte contre l’exclusion des jeunes, tout en Elles devront également compléter les politiques de sec- renforçant la génération de revenus et la réduction du chô- teurs spécifiques, tels que l’enseignement, l’emploi le déve- mage des jeunes. Un certain nombre de programmes sont loppement régional en vue de mieux répondre aux besoins conçus pour soutenir les entrepreneurs ou les entrepreneurs des jeunes. Ces politiques doivent être reformulées avec la potentiels. Toutefois, la connaissance des programmes d’en- participation des parties prenantes de la jeunesse, en parti- trepreneuriat existants reste faible, et seulement un tiers des culier les instances représentatives de la jeunesse, en tant que jeunes ruraux et environ la moitié des jeunes en milieu urbain partenaires dans la prise de décision. La mise en oeuvre de sont informés des programmes existants. La participation la politique, en outre, doit être prise en charge par des ins- aux programmes est très faible, en particulier dans les zones titutions adoptant une gestion basée sur les performances et renforcée par des mécanismes pour une coordination étroite entre les organisations gouvernementales et les associations xviii | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 0.1 : Politique multidimensionnelle pour l’inclusion des jeunes
Participation 1. Participation et Citoyenneté active
- Developpement de communautés de jeunes
NEETs Opportunités · Conseils de jeunes pour la participation et l’expression économiques · Droits de l’homme Services- 2. Accès aux Opportunités économiques Jeunes femmes jeunesse · Orientation pour l’emploi dans le secondaire et le supérieur Jeunes des régions locaux · Apprentissages/stages périurbaines · Placement défavorisées · Entrepreneuriat de jeunes
- Formation aux compétences de vie
- TIC et compétences linguistiques
de jeunes, et bénéficiant des informations résultant de la col- Niveau national lecte systématique de données, ainsi que des systèmes de suivi et d’évaluation participatifs. Comme le souligne la figure · Soutien pour renforcer la capacité des ONG nationales ci-dessous 0.1, une politique de la jeunesse multidimension- de jeunes ; nelle comprendrait les trois piliers suivants : (i) participation et citoyenneté active ; (2) accès aux opportunités écono- · Programme de subventions concurrentiel pour soute- miques ; et (3) services-jeunesse locaux. nir les associations de jeunes et étudiants ;
Participation, voix, et citoyenneté · Organes consultatifs étudiants au niveau de l’enseigne- ment secondaire et supérieur ;
- Voix dans la politique et des réformes nationales, par
- Développement communautaire mené par les jeunes ; exemple, par le biais des Conseils Nationaux de la
- Programme de subventions concurrentiel pour soute- Jeunesse.
nir la capacité des ONG en faveur des jeunes exclus ; Opportunités économiques
- Voies institutionnelles influant sur la politique locale.
C.à.d. les associations locales de jeunes ;
- Protection juridique pour les jeunes défavorisés en · Services d’orientation pour l’emploi dans les écoles
secondaires en partenariat avec le secteur privé et les conflit avec la police ; ONG ;
- Confiance/renforcement de la confiance entre les
- Développement communautaire dirigé par des jeunes
jeunes, les autorités locales et la police ; tenant compte des considérations de genre, prévoyant
- Initiatives conjointes des organisations religieuses et aussi des mesures incitatives comme des transferts de
petites sommes d’argent liquide ; non religieuses en faveur des jeunes.
- Placement des travailleurs ;
Résumé executive | xix
- Entrepreneuriat individuel ou de groupe, grâce à des pleinement à ce processus de renouvellement, et aussi en bé-
subventions et assistances financières ; néficier. Les enjeux pourraient difficilement être plus élevés : la possibilité d’une économie productive et équitable, et de
- Apprentissage et stages adaptés aux jeunes moins ins- la société politique et civile dynamique contre une polarisa-
truits, les NEET grâce à des approches tenant compte tion croissante, la frustration et le cynisme. Le déplacement des considérations de genre. vers une issue constructive est la promesse d’une multitude de bénéfices y compris l’énergie, la sensibilisation, la bonne Niveau national volonté et l’engagement des jeunes Tunisiens, comme en té- moigne le présent rapport.
- Services d’orientation pour l’emploi au sein des univer-
sités grâce à un partenariat avec les ONG/ les secteurs Notes 1. Article 8 de la nouvelle Constitution Tunisienne, 27Janvier, 2014.
- Accès à l’information, entre autres par une évaluation
et un suivi rigoureux des données, ainsi qu’une poli- 2. Habib Ayeb. 2011. “Géographie sociopolitique de la Révolution tunisi- tique de dialogue sur l’emploi et les programmes actifs enne : la révolution de l’alfa.” Revue de politique économique africaine 38 du travail (PAMT) ; (129) : 467-79.
- Consultations et participation des jeunes y compris vir- 3. Nations Unies. 2013 Un nouveau partenariat mondial : éradiquer la pau-
tuelles sur les réformes du marché du travail ; vreté et transformer les économies par le développement durable. Le rap- port du Groupe d’éminentes personnalités de haut niveau sur l’Agenda 2015
- Feedback des bénéficiaires, suivi et évaluation. Poster développement. New York. New York.
Services en faveur de la jeunesse 4. Banque mondiale. 2013. Inclusion Matters : The Foundation of Shared Prosperity, Social Development Department. Washington DC. 5. Enquête Agora 2013. Observatoire National de la Jeunesse. Tunis.
- Services visant spécifiquement les jeunes NEET et
les autres jeunes défavorisés, en particulier les jeunes 6. L’Assemblée nationale tunisienne a adopté la nouvelle loi électorale sur femmes inactives, incluant la participation des jeunes le 1 mai 2014. Source : Jasmine Foundation. 2014. Tunisia’s New Electoral (c.-à-d. compétences de vie, TIC et enseignement à Law 2014. JF Briefing. distance, entrepreneuriat, compétences-employabilité, services de soutien juridique, mentorat par les pairs, 7. L’indicateur est préférable à des mesures de chômage traditionnelles, car activités culturelles, bénévolat et sport). il montre l’ampleur des problèmes potentiels sur le marché du travail des jeunes. 8. Mahmoud Ben Romdhane. 2010. L’éducation en Tunisie : une centralité
- Renforcement des capacités des ONG pour la jeunesse ; historique menacée. In Guemara R. (Ed). Mélanges offerts au professeur
- Normes de qualité ; Abdelmajid Charfi, Tunis, Université de Tunis, 2010. p. 127.
- Certification des compétences ;
- Évaluations des bénéficiaires et suivi. 9. Gloria La Cava et Sarah Michael. 2006. Youth in the North Caucasus :
From Risk to Opportunity, [Jeunes dans le Caucase du Nord : du risqué à Alors que la Révolution a donné aux jeunes Tunisiens l’opportunité]. Banque mondiale, Région Europe et Asie centrale pp.58-60. un aperçu des possibilités d’un nouvel avenir, la tâche de construire cet avenir reste largement à faire. Cette tâche ne 10. Banque mondiale. 2013. Bridging the Spatial Divide. peut être accomplie par les jeunes seuls, pas plus qu’elle ne peut s’effectuer sans eux. Un gouvernement ne pouvant rien 11. Habib Ayeb. 2011. “Géographie sociale et politique de la révolution tu- faire seul, de nouvelles formes de partenariats entre le gou- nisienne : L’Alfa Révolution Herbe Review of African Political Economy 38 vernement, le secteur privé, la société civile et les communau- (129) : 467479. Le terme «Révolution du Jasmin» est sans doute un abus tés s’imposent pour mener à bien tous les programmes mis de langage, car il se réfère à la plante liée aux régions prospères du Nord. en chantier dans le pays , incluant les réformes politiques, Ayeb suggère que l’alfa Révolution herbe pourrait être un meilleur terme, économiques et sociales. Les jeunes devraient participer sur la base de la plante qui pousse dans la région intérieure défavorisée de la Tunisie.
-
14 Le concept de la famille directe comprend les enfants, le conjoint, et les parents de la chef de ménage.
-
Ce rapport se réfère à l’emploi informel basé sur les réponses de l’enquête d’avoir un contrat de travail écrit officiel.
-
Litow, Stanley (2013) “Innovating to Strengthen Youth Employ- ment”,[Innovations pour renforcer l’Emploi des jeunes], 8(2), pp. 27-33. CHAPITRE 1
Introduction
1 2 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Qu’est-ce qu’une révolution? Pourquoi sommes-nous sortis dans la rue? Pour l’emploi, la liberté et la dignité nationale! Mais si nous étions à disséquer ces slogans, que trouverions-nous? Nous voulons une distribution équitable des richesses, un plan de développement équitable entre les régions [en] les régions
de l’intérieur, entre la Tunisie première classe et l’autre Tunisie. Étudiant -Université de Tunis1
1.1 Contexte et objectif âgés, le taux a effectivement diminué. Ainsi, le chômage des 15-24 ans est passé de 28 à 31 %, et celui des 25-34 ans est Avant la Révolution, la Tunisie était félicitée par toutes les passé de 17 à 19 %. Les sondages d’opinion ont souligné institutions internationales pour ses progrès substantiels dans l’importance politique de ces tendances : dans un sondage la croissance économique et la réduction de la pauvreté. Le réalisé après la révolution de janvier 2011, la majorité des taux de croissance annuel moyen du PIB était de de 5 pour répondants déclaraient que la Révolution avait été induite cent entre 1997 et 2007, plaçant la Tunisie parmi les prin- par les jeunes (96 %), les chômeurs (85,3 %) et les personnes cipaux acteurs de la région MENA (moyenne de 4,3 pour défavorisées (87,3%).6 cent). Puis, en 2009, le revenu par habitant des Tunisiens s’est légèrement dégradé s’élevant à $ 7.200, proche du niveau de Toutefois, le chômage était loin d’être le seul facteur de dé- 2005, mais la baisse globale n’était pas dramatique pour au- clenchement. Les observateurs arabes ont vu le soulèvement tant et le niveau restait plus élevé que les pays voisins, sauf de la jeunesse en Tunisie comme une réponse à un sentiment la Libye, dépassant l’Algérie ($ 6.600), le Maroc ($ 3.800) et d’impasse engendré par le manque d’opportunités, et l’im- l’Egypte ($ 4.900). L’espérance de vie et le taux d’alphabé- possibilité pour les jeunes d’exprimer leur voix et exercer une tisation sont également plus élevés que dans les autres pays citoyenneté active.7 L’enquête 2005 de l’Observatoire Natio- arabes. nal de la Jeunesse (ONJ), qui couvrait 10.000 jeunes (15-29 ans), a révélé un faible taux de participation des jeunes aux Or, la Tunisie a connu la révolution en janvier 2011, la- décisions qui affectent leur vie, leur adhésion restant limitée quelle fut largement exacerbée par des griefs de longue date à des associations ; et a été souligné également le manque de liés à l’exclusion sociale, économique et politique. De ma- structures à travers lesquelles ils pourraient exprimer leurs nière plus précise, le mouvement révolutionnaire a été allumé opinions. Selon l’étude, les jeunes seraient aujourd’hui géné- par la colère et le désespoir d’un jeune de 26 ans, petit ven- ralement moins optimistes qu’une décade plus tôt. De même, deur de rue au chômage dans l’un des gouvernorats les plus un rapport de l’ONU a souligné en 2007 l’absence de parti- défavorisés de la Tunisie, Sidi Bouzid. Cette résonance avec cipation active des jeunes dans la prise de décision au niveau les nombreux Tunisiens qui ont fait face au quotidien à des communautaire, municipal, régional et national, le manque défis semblables a déclenché des vagues de protestations dans d’engagement de la jeunesse dans la conception, la mise en le pays.2 Ces manifestations ne sont pas nouvelles : dès 2008, oeuvre et l’évaluation des services et des programmes desti- les jeunes chômeurs avaient déjà participé à des manifesta- nés aux jeunes ; les possibilités limitées de bénévolat ou de tions à Gafsa, une région minière pauvre qui souffre encore service communautaire ; et le manque de consultations.8 Par de l’un des taux de chômage les plus élevés dans le pays.3 conséquent les demandes de la jeunesse pour le respect de leur dignité doivent être prises dans un contexte plus large L’une des causes profondes de cette désaffection pour- d’absence d’opportunités pour pouvoir exprimer leur voix rait faire remonter les possibilités de manque d’opportunités sur la direction du pays, et le manque de responsabilité des pour les jeunes. Le taux de chômage des jeunes Tunisiens est pouvoirs publics. particulièrement élevé à 30,7 % (pour les 15-24 ans), alors que le taux de chômage global était de 14 %, ce qui donne un Dans ce contexte, l’objectif de cette étude de la politique ratio chômage adulte-jeunes de 3,2.4 L’Enquête 2005-2009 menée en 2012/2013, se décline en trois volets : (i) identifier sur la population active (EPA) a montré que 85 % des chô- et analyser les principaux obstacles à l’inclusion des jeunes meurs ont entre 15 et 35 ans.5 L’EPA a également révélé que rencontrés par les jeunes hommes et femmes (15-29 ans) en le chômage parmi les groupes d’âge plus jeunes avait aug- Tunisie, avec une mention spéciale pour la participation, la menté entre 2005 et 2009, tandis que pour les groupes plus Introduction | 3
Graphique 1.1 : Carte de Tunisie
4 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
citoyenneté active et les possibilités économiques ; (ii) évaluer 1.2 Qu’est-ce que l’inclusion des jeunes? l’accès, la qualité et l’impact de divers services publics et des programmes pour les jeunes, y compris les programmes actifs Ce rapport utilise une approche multidimensionnelle pour du marché du travail, et (iii) fournir des recommandations en identifier et éliminer les obstacles sociaux, économiques, po- matière de politique et de programmation sur la façon d’éli- litiques et culturels rencontrés par les jeunes Tunisiens. Une miner ces obstacles variété de paradigmes ont été utilisés pour définir et expli- quer la jeunesse arabe, allant d’expressions telles que d’«ex- L’étude fournit une analyse des aspirations et des besoins plosion» démographique et «dividende» ou de cadres de des jeunes Tunisiens, en tenant compte des mesures non éco- formation de capital humain, y compris les échecs scolaires nomiques et économiques essentielles de l’exclusion qui sont et d’emploi ; à un état de transition à l’âge adulte, où la jeu- à l’origine de la révolution. Elle souligne en particulier : nesse arabe est représentée comme en phase d’attente à un ensemble d’identités de la jeunesse et de sous-cultures.9
- l’expansion continue de l’activisme des jeunes en de-
hors des institutions politiques formellement établies, Pris individuellement, ces paradigmes présentent certaines ainsi que la nécessité de soutenir la transition de la jeu- limites analytiques, du fait que la marginalisation associée nesse tunisienne du virtuel à une citoyenneté réelle ; à l’exclusion sociale tend à se produire le long de plusieurs axes simultanément (voir graphique 1.1). Selon une interpré-
- les jeunes qui ne sont pas dans l’éducation, l’emploi tation convaincante des soulèvements de la jeunesse arabe,
ou de formation (NEET) en tant que la catégorie la les jeunes partagent «un récit générationnel de l’exclusion, plus affectée par l’exclusion économique et la nécessité comme une expérience qui traverse leur vie publique et privée, d’assurer leur intégration socio-économique à travers et les résultats des échecs politiques, économiques et sociaux une programmation adaptée.
Graphique 1.2 : Dimensions de l’exclusion
Introduction | 5
des régimes autoritaires.»10 Les politiques qui ne portent que Graphique 1.3 : Population tunisienne par groupe sur un aspect de la marginalisation comme l’amélioration dâge de l’accès à l’éducation peuvent-être trop étroites pour lutter contre l’exclusion en général.11 600 500 400 300 200 100 0 100+ Cette étude utilise une approche combinée de recherche quantitative et qualitative ainsi que l’évaluation des pro- 9094 Femme Homme grammes et des services à la jeunesse actuelle posant une 8084 série de questions telles que : Pourquoi les jeunes conti- nuent-ils d’être actifs hors des lieux institutionnels formels 7074 à l’extérieur? Quels seraient les canaux nécessaires pour accroître leur voix dans le processus décisionnel? Pourquoi 6064 certains groupes de jeunes sont-ils surreprésentés parmi les inactifs et les chômeurs ou les personnes travaillant dans le 5054 secteur informel? Dans quelle mesure la politique publique se penche-t-elle sur les contraintes auxquelles font face les 4044 jeunes? Tout en s’appuyant sur des mesures quantifiées, le rapport présente également d’abondantes interprétations et 3034 des solutions de jeunes répondants eux-mêmes, en essayant d’éviter ainsi des prescriptions technocratiques détonnant 2024 avec le discours de la jeunesse. 1014 Favoriser l’intégration des jeunes implique la prise en compte des multiples dimensions de l’exclusion. La gamme 04 de la dynamique d’exclusion qui touche les jeunes Tunisiens est présentée dans la graphique 1.1. Tous les jeunes ne sont 0 100 200 300 400 500 600 pas soumis à toutes les dynamiques d’exclusion, mais certains jeunes souffrent de l’exclusion entre plusieurs ou tous les do- Source : Division des Nations Unies pour la population. 2010 World Pop- maines politiques, économiques, sociaux et culturels. Par exemple, les jeunes qui ne sont pas dans l’éducation, l’emploi ulation Prospects. ou la formation peuvent être simultanément désengagés de la Note : Measureé en `000, anné 2010, variante moyenne. vie communautaire, provenir d’un ménage pauvre et manque de réseaux sociaux qui à son tour empêchent leur accès à des active comme des ressources-clés pour lutter contre l’exclu- opportunités sur le marché du travail. Ceux-ci peuvent être sion socio-économique des jeunes. les jeunes les plus marginalisés et impuissants. Il est impor- tant d’identifier et de reconnaître l’hétérogénéité des expé- Dans ce rapport, les jeunes Tunisiens appartiennent à la riences de cibler les interventions plus efficaces aux personnes catégorie des 15 à 29 ans. Ce segment plus large permet de les plus exclues. Néanmoins, l’amélioration d’une source mieux saisir les problèmes liés à l’exclusion et à la transi- d’exclusion ne mènera pas nécessairement à l’inclusion si la tion tardive à l>autonomie socio-économique comparé à la dynamique d’exclusion persiste dans d’autres sphères. Favo- tranche des 15 à 24 ans, groupement utilisé dans d’autres riser l’intégration des jeunes nécessite des interventions qui études et enquêtes.12 Selon les estimations récentes de la po- répondent simultanément une gamme de dynamique d’exclu- pulation, les jeunes âgés de 15 à 29 ans représentent 29 % sion, notamment pour permettre une plus grande voix de la de la population totale de la Tunisie et de 43 % de la popu- jeunesse et de la participation dans les processus de prise de lation en âge de travailler (de 15 à 59), voir graphique 1.2.13 décisions qui affectent leur vie. Les données présentées dans Les jeunes d’aujourd’hui représentent l’un des plus grands ce rapport indiquent que les interventions sont nécessaires groupes sociaux de Tunisie faisant face à des défis sociaux, pour rétablir la confiance entre les jeunes et les institutions économiques, culturels et politiques très spécifiques, dont publiques à favoriser un sentiment d’agence et de la propriété beaucoup restent à régler. chez les jeunes. Le rapport souligne donc l’importance de la promotion de la voix, de la participation et de la citoyenneté Les jeunes Tunisiens ne sont pas un groupe homogène. Alors que la situation des diplômés chômeurs a souvent do- miné le débat politique national, d’autres groupes socio-éco- nomiques des jeunes sont confrontés à des défis distincts à l’inclusion. Ce rapport identifie les catégories de jeunes exclus et les caractérise selon les disparités régionales, les différences de genre, d’accès et d’opportunités, d’emploi et le niveau d’éducation, ainsi que et le cursus scolaire. Cette analyse permet d’identifier les obstacles décisifs pour l’inclu- sion rencontrés par les jeunes femmes et hommes d’horizons différents. Elle contribue également à une meilleure compré- hension de la frustration de la jeunesse et de la perception 6 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
de l’exclusion des opportunités sociales, économiques et po- jeunes femmes sont presque deux fois plus souvent touchées litiques qui ont conduit la révolution tunisienne. C’était en par NEET que les jeunes hommes. Sur une note positive, les effet un jeune vendeur de rue de la région intérieure de Sidi taux de NEET parmi les jeunes femmes sont légèrement plus Bouzid, dont l’auto-immolation a catalysé la révolte par la faibles par rapport aux femmes de plus de 29 années suggé- jeune génération de régions marginalisées.14 rant un changement dans les rôles sociaux des femmes plus jeunes. Néanmoins, les taux de NEET restent très élevés pour Cette mesure va au-delà de la définition étroite du chô- les jeunes femmes (60,2 % en milieu urbain et 81,5 % en mage des jeunes, qui ne comprend pas les jeunes qui ont été milieu rural). découragés de chercher du travail. L’indicateur NEET assure une évaluation plus précise de l’inactivité, qui comprend Dans l’ensemble, ce rapport contribue à une recherche jeunes découragés et dégagés qui ont renoncé à chercher du analytique sur les jeunes dans les domaines de la participa- secteur formel (ou autre) emploi.15 La Tunisie dispose actuel- tion, de l’éducation, de l’emploi et de la politique du mar- lement de l’un des plus hauts taux de NEET dans la région ché du travail en Tunisie. Les concepts de l’inclusion et MENA, estimée à environ 33 % du nombre total des jeunes l’exclusion sociale sont rarement utilisés dans l’abondante entre 15 et 29 ans, selon les calculs de la Fondation euro- documentation, francophone ou arabophone, existante sur péenne pour la formation.16 Très instruits, les jeunes, bien le sujet, en Tunisie. Alors que les ouvrages arabophones ont que toujours en situation d’exclusion, sont moins suscep- tendance à se concentrer sur les traditions locales, l’identité tibles de devenir NEET que les personnes moins scolarisées. et le patrimoine culturel, la documentation en langue fran- Les décrocheurs scolaires sont le plus fortement représentés çaise concerne plus la recherche sociale dominante franco- dans le sous-groupe des NEET et, selon une analyse récente phone, et la question de l’inclusion / exclusion sociale a été de l’Observatoire national de l’emploi et de la formation et articulée principalement à travers le prisme de l’intégration de l’OIT, il y a actuellement très peu d’instruments de poli- économique ou la marginalisation des jeunes. Le décrochage tique portant sur NEET.17 graphique 1.3 présente un aperçu scolaire, le chômage, l’inactivité et le travail précaire sont dé- des taux NEET pour les Tunisiens en âge de travailler, en peints comme des résultats de la marginalisation. Une partie comparant les jeunes Tunisiens (âgés de 15 ans à 29 ans) des ressources documentaires existantes, principalement par pour les personnes âgées de 30 et plus.18 Les jeunes hommes le biais d’entrevues en profondeur, permet aussi de cerner sont environ 2,5 fois plus susceptibles d’être NEET que les l’expérience subjective et de vivre la vie d’un vulnérable, d’un hommes au-dessus 29 années dans tout le pays19. En outre, les jeune chômeur, ou d’une personne marginalisée.20 Un concept
Graphique 1.4 : Taux des NEET parmi la population en âge de travailler par jeunes/âge
90 88,6
81,5
70 69,0 60,2 34,6 50 46,9 13,1 Jeune homme Jeune femme 40 Urbain Homme: 30 ans et plus Femme: 30 ans et plus
20 20,6
0
Note : Jeunes 15-29. Comparaison avec le groupe des 30-59. Introduction | 7
connexe est celui de la reconnaissance publique à la diffé- L’analyse s’appuie également sur deux enquêtes distinctes en rence de l’invisibilité vécue par un jeune chômeur ou inac- Tunisie urbaine et rurale. tif.21 Le sort des diplômés chômeurs est également considéré en termes de justice sociale comme la rupture d’un contrat 1.4 Structure du rapport social avec un État qui a encouragé l’enseignement supérieur comme moyen d’accéder à un emploi stable.22 Le rapport est organisé autour des différentes dimensions de l’inclusion des jeunes, le Chapitre 2 étudie la voix et la 1.3 Données et approche méthodologique participation des jeunes Tunisiens, identifiant les contraintes et les opportunités pour leur engagement dans la vie civique Cette étude s’appuie sur des données primaires issues de mé- et politique. Le Chapitre 3 met en évidence les opportunités thodes qualitatives et quantitatives et sur des sources secon- économiques disponibles pour les jeunes Tunisiens, et pré- daires. Une vue d’ensemble des sources de données peut être sente le statut de l’emploi et de l’entrepreneuriat, y compris trouvée dans l’annexe 1 : Les principales sources primaires dans le secteur informel, ainsi que les disparités liées au genre sont les suivantes : et aux régions, et les données socioéconomiques et éduca- tives. Le Chapitre 4 traite de l’exclusion économique par le
- Une étude quantitative de la jeunesse urbaine de 4.214 chômage et l’inactivité, et met en évidence la gravité de la
ménages urbains menée en 2012-2013 : « Enquête-mé- situation vécue par les jeunes Tunisiens qui ne sont pas dans nages en Tunisie sur la jeunesse dans les zones ur- l’éducation, l’emploi ou la formation (NEET). Le Chapitre 5 baines » (THSYUA). traite des programmes et des services pertinents pour l’em- ploi, par exemple, le travail des programmes actifs du marché
- Une étude quantitative de la jeunesse rurale de 1.400 (PAMT), y compris la qualité et l’impact des programmes.
ménages à travers la Tunisie entreprise en 2012-2013 : Enfin, le Chapitre 6 présente les conclusions et recomman- « Enquête ménages Tunisie sur la jeunesse dans les dations, tout en reconnaissant la nécessité de tenir compte zones rurales » (THSYRA). de l’interdépendance des différentes dimensions en associant l’importance de la politique inclusive de la jeunesse et les ins-
- Un volet qualitatif, destiné à recueillir les perceptions titutions, avec un appel à la participation dans la prise de
des jeunes concernant leur expérience en matière d’in- décision. clusion et d’exclusion sociale. Ce volet sert à compléter et à renforcer l’explication des résultats quantitatifs. Notes Cette composante comprend 21 groupes de discussion et 35 entretiens individuels réalisés en 2012 avec un 1. Tel que cité dans le British Council et l’Université américaine du Caire. total de 199 jeunes dans sept régions de Tunisie. 2013. La promesse révolutionnaire : Perceptions des jeunes en Egypte, la Libye et la Tunisie. Le Caire, p. 34.
- Une étude théorique et l’analyse des institutions et pro-
grammes en faveur des jeunes ont été entreprises en 2. “Taux de chômage élevé à l’origine des émeutes”, Financial Times, 21 2012. décembre 2010.
Ce rapport compare les jeunes vivant dans les zones ru- 3. Jean-Pierre Filiu, la Révolution arabe ; Arab Revolution : Ten Lessons rales et urbaines et également les régions géographiques. La from the Democratic Uprising, [la Révolution arabe ; 10 enseignements tirés Tunisie compte 24 gouvernorats agrégés en sept régions ad- du soulèvement démocratique] Oxford University Press, novembre 2011. ministratives, chacune comprenant plusieurs gouvernorats limitrophes. La graphique 1.4 présente une carte régionale de 4. Banque mondiale. (2010) ” Les jeunes des Pays Arabes : Promouvoir Tunisie. Aux fins du présent rapport, les gouvernorats sont les opportunités et la participation ” Article Banque mondiale, Conférence regroupés en trois régions distinctes de l’enquête : la zone cô- Marseille, 28-30 avril 2010. tière, la région intérieure, et le Sud, sur la base des différences structurelles auxquelles le pays est confronté en termes de 5. Diego F. Angel-Urdinola, Stefanie Brodmann, et Anne Hilger, Tendances disparités régionales et d’inclusion sociale et économique.23 du marché du travail : Options récentes de politiques, MNSHD, Banque mondiale, 2012.
-
Sondage d’Opinion Exclusif SIGMA Post, 2011.
-
Mohamed Bamyeh. (2011) La Révolution tunisienne : premières réflex- ions. Sociologie de l’Islam et des sociétés musulmanes.
-
ONU (2007) Adolescents et jeunes en Tunisie : données et défis. 8 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
-
Les contributions suivantes illustrent les différents paradigmes utilisés 15. United Nations. 2013. A New Global Partnership : Eradicate Poverty pour analyser la dimension de la jeunesse : R. Assad and F. Roudi-Fahimi. and Transform Economies through Sustainable Development, The Report 2009. Les Jeunes dans la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord : Op- of the High Level Panel of Eminent Persons on the Post 2015 Development portunité ou Défi démographique? Washington, DC : Population Reference Agenda. New York. Bureau ; Banque mondiale. 2007Développement et Générations Futures. Rapport Banque mondiale ; Naytej Dhillon et Tariq Yousef. 2009. Gen- 16. ETF. 2014. Young People Not in Employment, Education or Training in the EU Neighboring Countries. Turin : European Training Foundation. eration in Waiting : The Unfulfilled Promise of Young People in the Mid- dle East. Washington, DC : Brookings Institute Press ; British Council and 17. Observatoire National de l’Emploi et des Qualifications. 2014. Tran- American Université du Caire, ibid., can only be used when previous citation sition vers le Marché du Travail des jeunes femmes et hommes en Tunisie. is exact. Genève : Bureau International du Travail. Avril 2014.
-
E. Murphy. 2012. “Problematizing Arab Youth : Generational Narra- 18. L’âge officiel pour la retraite est 60 ans pour les hommes et les femmes. tives of Systemic Failure.” Mediterranean Politics 17 (1). 19. En milieu rural, 20,6% des homes plus âgés sont des NEET contre 11. Banque mondiale. 2013. Inclusion Matters : The Foundation of Shared 46,9% parmi les jeunes hommes, ce qui donne un ratio de 2.3. En région Prosperity. Social Development Département, Washington DC. Le rapport urbaine, le même calcul donne un ratio de 2.6 (Le NEET affecte 13,1% des s’appuie également sur le cadre des contraintes socio-économiques (c’est-à- hommes plus âgés contre 34,6% de jeunes) dire les compétences professionnelles pertinentes contraintes, l’absence de demande de travail et les contraintes sociales sur le côté de l’offre) et les in- 20. Dorra Mahfoudh-Draouti et Imed Melliti. 2006. ” De la difficulté de terventions identifiées par Wendy Cunningham, Maria Laura Sanchez Puerta grandir. Pour une sociologie de l’adolescence en Tunisie. ” Tunis : Centre de et Alice Wuermli (2010), ” Programmes actifs du marché du travail pour les Publication Universitaire. jeunes : un cadre pour guider l’emploi interventions destinées aux jeunes ”, Banque mondiale. PPE, N.16. 21. Imed Melliti. 2011. Perspectives internationales sur le travail des jeunes. Québec : Les Presses de l’Université Laval. 12. Banque mondiale. 2012. Enquête ménages Jeunes, Maroc : Promouvoir les Opportunités et la Participation. Population Council and Information 22. Navtej Dhillon and Tarik Yousef. 2009. Generation in Waiting : The and Decision Support Center of the Egyptian Cabinet of Ministers. 2011. Unfulfilled Promise of Young People in the Middle East. Brookings Institu- “[2009] Survey of Young People in Egypt (SYPE) : Final Report.” Rev. Ed. tion : Washington, DC. Population Council, West Asia and Africa Office, Caire. 23. Pour les fins du présent rapport, le Nord-Ouest, Centre Ouest et du Sud- 13. Source : ONU- Population Base de données des Perspectives de pop- Ouest sont collectivement appelés les régions de l’intérieur ou de l’intérieur. ulation. 2010. Note : les Jeunes de 15-24 représentent près de 20 % de la Le Nord-Est, qui comprend le Grand Tunis, est traité séparément du reste du population totale. Sud-Est aux fins de certaines analyses de l’étude. Le Centre-Est est la côte ou dans les régions côtières. 14. H. Ayeb. 2011. “Géographie sociale et politique de la révolution tunisi- enne : l’Alfa Révolution.” Revue d’Economie Politique Africaine 38 (129) 467-79. CHAPITRE 2
Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse
9 10 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Nous devons avancer main dans la main pour atteindre les objectifs de la Révolution. Nous devons être actifs dans la société, en travaillant dans des associations. Nous ne devons pas être divisés, car les enjeux sont très élevés pour notre pays. Les gens doivent être réveillés, et c’est là le rôle de la classe politique. Ils doivent être conscients de la phase critique par laquelle passe le pays et contribuer à le renforcer. Il leur faut être moins égoïstes et garder en tête les objectifs du triomphe de la révolution.
Lycéenne, Mahdia (zone côtière, Tunisie)
Depuis 2010, les jeunes Tunisiens et Tunisiennes ont lutté en la citoyenneté active peut être considérée comme un engage- première ligne, appelant sans relâche à un changement social ment social pour réaliser les idéaux de la Révolution. et exprimant leur désir de jouer un rôle actif dans la sphère publique. Pourtant, comme le montre ce chapitre, lorsque la En outre, la corrélation positive entre l’exercice de la collecte des données pour cette étude avait été achevée au citoyenneté et les résultats économiques d’une jeunesse ac- début de l’année 2013, les jeunes Tunisiens déploraient tou- tive, en particulier les NEET, est illustrée par de nouveaux jours l’absence de voies institutionnelles nécessaires pour exemples internationaux. Ainsi une récente analyse éco- participer efficacement à la Tunisie postrévolutionnaire, et ils nométrique montre que l’amélioration des libertés civiles, avaient exprimé leurs doutes concernant les institutions poli- conjuguée aux libertés économiques, telles la réduction de la tiques et publiques de pays.1 fiscalité et la stabilité des prix, conduit à une réduction signi- ficative de l’inactivité des jeunes (notamment les NEET), sur L’inclusion des jeunes a des implications directes, écono- le long terme. En conséquence, la Banque mondiale estime miques, politiques, sociales et culturelles et elle implique la que l’amélioration du niveau des libertés dans les différentes disponibilité des canaux institutionnels pour une participa- régions en développement au niveau des pays développés est tion active dans la vie publique et communautaire. D’une susceptible de réduire l’inactivité des jeunes de plus de 50% manière générale, l’inclusion des jeunes signifie la possibi- (Moyen-Orient et Afrique du Nord et Afrique subsaharienne) lité de faire des contributions sociales, ce qui leur apportera ou de 30% (en Amérique latine).2 Bien que les données de reconnaissance et dignité. Cela veut dire également avoir l’enquête quantitative disponibles pour la Tunisie ne per- confiance et s’engager dans une initiative économique. Cette mettent pas une évaluation rigoureuse de la relation de cause inclusion est la citoyenneté efficace active, qui est en outre à effet entre les libertés civiles —permettant la citoyenneté ac- définie dans l’encadré 2.1. Dans le contexte tunisien récent, tive des jeunes—et la diminution de l’inactivité des jeunes au
Encadré 2.1 : Définition de la citoyenneté active
Le Forum Européen de la Jeunesse, une des plateformes de plaidoyer de la jeunesse les mieux établies et les plus influentes du monde, a défini la citoyenneté active comme un statut juridique et un rôle. Une combinaison d’attitudes spécifiques et des accords institutionnels doivent être mis en place pour permettre aux individus d’exercer leur “engagement, par- ticipation et influence”. Cette définition de la citoyenneté englobe également les relations de l’individu avec les autres et le marché du travail, ainsi que les questions de l’identité culturelle, étant donné que les individus appartiennent et participent à de nombreuses communautés différentes sociales, économiques et culturelles. La citoyenneté définie comme un statut dans une communauté politique, juridique, sociale est basée sur un ensemble de règles juridiques qui définissent l’appartenance à la communauté politique. Ces règles incluent les droits juridiques, par exemple, les libertés : d’expression, de pensée, de croyance religieuse, le droit à la propriété, etc., et les droits politiques, par exemple, le droit de participer et d’exercer le pouvoir.
Sources : Forum Européen de la Jeunesse. 2002. «Position sur l’apprentissage pour la Citoyenneté Active.» Adopté en Conseil des Membres, Brux- elles 26-27 avril. Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse | 11
niveau des pays, il est prouvé que lorsque les libertés civiles se de la région MENA et des régions subsahariennes sont à la développent dans un pays, notamment à la suite de nouvelles traîne par rapport aux autres régions, pour ce qui concerne le dispositions constitutionnelles, l’une des principales consé- niveau de vie, l’évaluation de la vie, le bien-être social, l’atta- quences est la diminution du nombre de jeunes NEET. chement à la communauté, le bénévolat et la confiance dans le gouvernement national. Cependant, la région MENA a eu Même si les perspectives pour la Tunisie semblent pro- plus jeunes évoquant la dégradation des conditions de vie en metteuses, le présent chapitre montre que les jeunes Tuni- 2013 (par rapport à 2012) et moins de confiance dans le gou- siens rencontrent encore des obstacles importants à leur plein vernement national, que la jeunesse africaine.3 exercice de la citoyenneté active. Lors des interviews, les jeunes ont parlé de déceptions et de rêves brisés, du fait qu’ils Les jeunes Tunisiens comptent beaucoup sur leurs familles doivent toujours faire face à l’injustice sociale, au manque de et les institutions religieuses. Le militaire, l’imam local, et les possibilités d’engagement civique et politique et aussi parce organisations religieuses reçoivent le plus de confiance de la que le chômage leur semble exacerbé par le favoritisme et le part de la jeunesse, plus de 80%, ce qui est presque le même régionalisme. Le profond écart entre l’ancienne génération niveau de confiance que celui accordée à la famille (voir la qui domine la prise de décision et les jeunes qui se sentent graphique 2.1). En revanche, la confiance dans les institu- exclus de toutes opportunités et n’ont pas voix au chapitre tions politiques était extrêmement basse lors de la collecte pour façonner leur propre avenir est aussi une question es- de données dans le cadre de l’enquête : seulement 8,8% des sentielle qui doit être résolue pour assurer à long terme la jeunes ruraux et 31,1% des jeunes en milieu urbain avaient stabilité du pays. confiance dans les institutions politiques. En région urbaine les écoles et universités sont des espaces publics de dialogue En même temps, la recherche qualitative montre que quels jugés dignes de confiance pour quelque 80% des jeunes. De que soient le genre et la région, les jeunes ont élaboré un en- nettes différences toutefois existent entre les jeunes ruraux semble de stratégies d’adaptation. Ces stratégies combinent et urbains. Dans l’ensemble, les jeunes dans les zones rurales la famille et la religion comme un refuge contre l’instabilité, ont beaucoup moins confiance en la police, le gouvernement, tout en se concentrant sur les valeurs du mérite, le travail, le système de justice, la presse, et le pays.4 Pour ce qui est de l’innovation, la recherche de soi, et les efforts pour renforcer l’ensemble des institutions, le niveau de confiance en général l’autonomie. Les possibilités de participation aux processus en zone rurale est en moyenne inférieur de 20% comparé aux politiques à plusieurs niveaux -local, communautaire et natio- zones urbaines. Les niveaux de confiance sont indépendants nal-sans être très répandues, existent et se développent. Deux facteurs-clés de l’engagement dans la société sont la confiance Graphique 2.1 : Confiance dans les institutions dans les institutions et l’utilisation des médias sociaux. publiques et religieuses
2.1 A propos de la confiance dans les Banque ONG institutions Universités 100%
La citoyenneté active dépend de la confiance et de la volonté 80% de s’engager de manière constructive avec les institutions. Sans un minimum de confiance dans les institutions, les- Écoles 60% Pays quelles incluent les politiciens locaux, les tribunaux, la police et les groupes politiques ou religieux, il est difficile pour les Organisation 40% Famille jeunes de collaborer de façon constructive. La confiance est religieuse une condition requise pour la citoyenneté active, et essentielle 20% pour engager les jeunes dans les questions qui touchent leur 0% communauté ou un pays. La confiance doit être gagnée par les institutions. Les traitements iniques, l’injustice ou la vio- Press Imam lence de la police sape la confiance dans les institutions. Sans cette confiance, les sociétés ne feront qu’engendrer conflits et Politics Justice Rural confrontation. Police Militaire Urbain
Comme les autres jeunes de la région MENA, les jeunes Source : Banque mondiale 2012d ; 2012e. Tunisiens ont peu de confiance dans les institutions publiques. Note : La graphique inclut les jeunes 15-29 ans. Selon le Gallup World Poll 2013 les perceptions des jeunes 12 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
du statut de l’emploi, pour les régions rurales et urbaines Encadré 2.2 : Les jeunes artistes et la (voir annexe 2, graphiques A2.1 et A2.2). Les niveaux de liberté d’expression confiance de la jeunesse dans les banques et la presse sont légèrement plus élevés chez les jeunes travailleurs Tunisiens, Les arts et notamment la musique rap, ont permis mais sinon le niveau de confiance est le même que celui des aux jeunes d’exprimer leur colère contre le chômage, jeunes inactifs NEET. la pauvreté et la répression politique. Le rappeur El General a émergé comme l’une des icônes de la révo- Le mécontentement en général et le manque de confiance lution. Sa chanson “Rais Lebled” (Chef de l’Etat) est dans les institutions publiques sont exprimés par les jeunes considéré comme l’hymne” de la révolution. Tunisiens à travers les canaux culturels, comme par exemple la musique rap. Depuis le début des manifestations en dé- Depuis la révolution, les rappeurs ont continué à cembre 2010, le rap a été la musique de fond de la révolution donner de la voix pour transmettre la désillusion jeune. tunisienne, avec également le pop, le folk, le rock et autres Outre les journalistes, de nombreux musiciens déçus genres musicaux (voir encadré 2.2). par le nouveau gouvernement élu en 2012, ont conti- nué à critiquer la brutalité de la police, pour exprimer Comme les autres Jeunes Tunisiens ou Libyens, les Tu- leur désillusion après la révolution, et plaider la liberté nisiens expriment une confiance très limitée vis-à-vis de la d’expression. Sept rappeurs avaient été arrêtés au presse considérée comme commerciale voire manipulatrice. cours des six premiers mois de 2012. Le rappeur Weld Alors que les medias sociaux sont vus comme principal canal El 15 avait reçu une peine d’emprisonnement de 21 de sensibilisation et de soutien social durant la révolution ils mois par contumace après un spectacle jugé insultant sont parfois perçus de manière assez ambiguë comme l’ex- pour la police dans la ville orientale de Hammamet. prime ci-dessous un jeune professeur des écoles.5 Après avoir été remis aux autorités, il a été rejugé et condamné à une peine de quatre mois, contre laquelle Facebook a joué un rôle important au début de la Révolu- il a fait appel. Le rappeur Klay BBJ a finalement été acquitté en appel en Septembre 2013, après avoir été tion, mais depuis il est utilisé par les différents partis pour accusé et jugé deux fois pour avoir critiqué la police.
présenter leurs programmes. Il est même devenu courant de Sources : Al Jazeera. 2013 “Rappeur tunisien emprisonné pour outrage à fonctionnaire de police” ; Libération. 2013 “Tunisie : le s’y insulter ce qui au lieu de servir la Révolution a contribué Rap en sourdine.”
à son recul. Facebook, l’une des sources du succès de la cellulaire. En comparaison 1 tiers des jeunes répondants de l’enquête avaient utilisé internet le mois précédant l’enquête. Révolution, est devenu depuis un espace de polémiques et (40% jeunes hommes contre 26% de jeunes filles, voir gra- d’insultes. Jeune professeur Tunis phique 2.3). Un quart des jeunes Tunisiens interviewés dans le cadre de l’enquête sont membres de réseaux comme Face- 2.2 Accès à l’information book qui est surtout un instrument privilégié pour contacter les groupes d’amis et diffuser les informations. La télévision Plus que tout autre moyen, les jeunes Tunisiens utilisent In- reste la principale source d’information (68%) suivie d’In- ternet pour accéder à l’information. Internet est principale- ternet (13%) et des forums de discussion personnelle (12%). ment utilisé pour le divertissement, le courrier électroinque, et l’actualité mais les jeunes hommes et les femmes passent Peu nombreux sont les jeunes qui utilisent la radio (6%) et aussi une partie de leur temps en ligne pour étudier, travailler encore moins les journaux (1%). L’accès Internet est encore ou chercher un emploi (voir graphique 2.2). Environ 50 pour limité dans beaucoup de zones rurales, et l’accès restreint à cent de tous les utilisateurs d’Internet (43,3 pour cent en mi- l’information affecte principalement les chercheurs d’emploi. lieu rural, 53,2 pour cent en milieu urbain) utilisent Internet Toutefois le niveau élevé de connectivité en Tunisie a encou- pour l’éducation, et de nombreux jeunes l’utilisent pour cher- ragé l’émergence d’une « culture jeunesse » avec ses propres cher un emploi (45,9 pour cent en milieu rural, 26,8 pour tendances, styles, espaces, et canaux de communication, ainsi cent en milieu urbain). Près d’un jeune sur six Tunisiens uti- lise également l’Internet pour le travail (14,4 pour cent en milieu rural, 15,9 pour cent en milieu urbain).
L’accès aux technologies de l’information et de la commu- nication (TIC) de base est largement répandu chez les jeunes Tunisiens. Plus de 9 jeunes sur 10 possèdent un téléphone Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse | 13
Graphique 2.2 : Accès à l’information sur Internet positive envers les TIC qu’ils considèrent comme première source d’information, de communication- de réseau virtuel Travail Education Email connexions avec des jeunes du monde entier, loisirs et comme 100% principal outil de recherche d’emploi. Un étudiant en cycle de maitrise à Sidi Bouzid (centre Ouest Tunisie) parle d’Internet 80% comme d’une « seconde famille » pour les jeunes. Toutefois 60% les jeunes répondants perçoivent également une dimension 40% spatiale à l’accès internet- une division digitale qui exacerbe 20% le sentiment d’exclusion d’une large partie de la société chez les jeunes habitants des régions intérieures du pays. Les gens dans les régions intérieures n’ont rien excepté le Actualité Loisirs foot et les cafés. Les étudiants s’ennuient à l’école et ne peu- vent développer leurs compétences à travers des activités Recherche Rural créatives ou festives. l’emploi Urbain Pour trouver un emploi, il faut aller sur Internet. Notam- Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. ment dans les régions où il n’y a pas d’agences pour l’em- Note : La graphique inclue les jeunes de 15-29 ans. Les réponses multiples ploi. Il y a les « cybercafés publinets »6 mais seulement étaient autorisées lors de l’enquête. quelques-uns au centre de Medenine ; il faut environ une heure pour y aller et cela coûte environ 2 TND [USD (PPP) que les activités de loisir indépendamment de la « culture of- 2.76] juste pour s’inscrire à un bureau pour l’emploi. Com- ficielle de la jeunesse » qui avait été mise en place sous l’an- ment peut-donc accéder à l’information dans ces condi- cien régime. tions ? Jeune chômeur, non diplômé, Médenine
Les jeunes dotés de diplômes récents et moins récents Pour faire avancer la citoyenneté active d’une manière du- ont tous mentionné Internet dans les groupes de discussion rable, les jeunes doivent progresser et passer d’une `virtuelle et interviews individuels. Les jeunes ont une attitude très citoyenneté active’ à une « réelle » participation politique aux niveaux local et national. Alors que les jeunes étaient très enthousiastes concernant l’engagement politique et la vie
Graphique 2.3 : Accès aux TIC rural vs. urbain
100 92,4 92,8 Rural homme 90 85,2 82,4 Urbain homme Urbain femme 55,8 pour cent 70 64,3
50 36,5 31,9
0
Cellulaire Internet
Note : La graphique inclut tous les jeunes. Utilisation du téléphone cellulaire le mois précédant l’enquête. 14 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
associative, lesquels restent à être mis en place de manière du pays. Le Centre d’Information sur la Formation, l’Etude adéquate et pleinement active. Alors que les aspirations des et la Documentation des Associations (IFEDA) estime que le jeunes liées à la Révolution étaient au départ très idéalistes, nombre d’ONG enregistrées a augmenté de près de 50% de- les citations suivantes montrent le danger d’un engagement puis la Révolution, de près de 10.000 à environ 15.000.8 Les exclusivement virtuel. organisations religieuses de charité notamment ont augmenté dans les quartiers urbains et dans les régions intérieures les Je passais au peigne fin toutes les informations sur Face- plus touchées par la pauvreté et l’exclusion book pour découvrir les points faibles de l’administration. Sur Facebook, je prends une position critique, je suis libre Néanmoins, seulement un petit groupe de jeunes Tuni- et neutre, et si je n’aime pas quelque chose, j’attaque. La siens sont actifs au niveau des organisations civiles (OSC). Révolution du 14 Janvier, c’est avant tout une révolution Selon une enquête récente, seulement 3% de jeunes ruraux psychique, une transition d’une situation à une autre. Nous participent dans des OSC.9 Parmi ces jeunes actifs dans les pensons liberté après la répression, la liberté de communi- OSC, le bénévolat le plus répandu concerne les OSC oeuvrant quer nos idées… Après le 14 Janvier Internet est devenu pour le développement social régional, les bonnes oeuvres, la complètement libre de toute censure. Chômeur diplômé lutte contre la pauvreté, les affaires religieuses et les sciences. Homme, Médenine, Tunisie -SE Les clubs sportifs et récréatifs ont aussi été mentionnés par les jeunes lors de l’enquête. En dépit du faible taux de par- Nous regardons la télévision. Nous surfons sur Internet. ticipation aux activités des OSC, 9 jeunes Tunisiens sur 10 Nous allons vérifier nos pages Facebook à Publinet. Nous considèrent que le bénévolat dans les OSC est très impor- contactons nos amis à Tunis. Nous suivons les informa- tant pour les communautés. En Tunisie rurale, quelque 92% tions. Nous savons ce qui se passe. Je voudrais participer, de femmes et 82,2% d’hommes identifient les organisations exprimer mon point de vue, mais je ne sais pas com- communautaires comme des facteurs très importants pour ment faire. Diplômée, sans emploi, Mahdia, Tunisie du le développement local (voir graphique 2.3). Le niveau de Centre-Est confiance est relativement bas : le niveau de confiance vis- à- vis des organisations communautaires est plus faible en Assurer la transition du virtuel à la citoyenneté active, re- zone rurale, sans doute affecté par l’hétérogénéité en termes quiert de nouvelles compétences associatives, qui sont aussi de qualité et de degré d’orientation politique affichée par les importantes que les compétences entrepreneuriales, si l’on organisations. Seulement 40,7% de jeunes femmes et 39,9% veut obtenir une combinaison efficace. Les jeunes peuvent de jeunes hommes en milieu rural disent avoir confiance dans bénéficier d’opportunités, apprendre à créer et gérer des asso- les organisations communautaires (voir graphique 2.4). La ciations, y compris la compréhension de l’environnement ju- confiance est beaucoup plus élevée en milieu urbain, avec ridique, la gestion des budgets, la responsabilité financière et 63,6% de jeunes femmes et 60,7% de jeunes hommes. la transparence, un lobbying efficace, les relations publiques et stratégies de communication, la cartographie des processus Le taux de bénévolat des jeunes en Tunisie est très faible, démocratiques internes, les structures de gestion en vigueur, avec moins de 1,5% de tous les jeunes en milieu urbain soute- et également le réseautage stratégique. nant les OSC. En conséquence il est nécessaire d’adopter une politique publique plus efficace soutenant la participation 2.3 Participation des jeunes dans la des jeunes dans la société civile et notamment le bénévolat. société civile Le bénévolat chez les jeunes hommes en milieu urbains (2, 12%) est près de deux fois plus répandu que chez les jeunes Depuis la Révolution les groupes religieux ou autres groupes citadines (0,89%) (voir graphique 2.5). Près des trois quarts de la société civile ont pu s’inscrire officiellement et un grand de tous les jeunes volontaires en milieu urbain vivent dans la nombre d’associations oeuvrant pour l’engagement civique région côtière (graphique 2.4). En comparaison, seulement ont été enregistrées. Les syndicats et les associations d’étu- un petit groupe de 13,2% de jeunes bénévoles vivent dans diants jouent un rôle particulièrement important dans la la région intérieure de Tunisie, suivie par 14,2% des jeunes société civile.7 Par exemple, le dialogue national entre les bénévoles qui vivent dans les régions du Sud. Le faible ni- factions politiques du pays incluait quatre organisations in- veau global de bénévolat et ses disparités régionales illustrent fluentes de la société civile, y compris le plus grand syndicat l’étendue et la nécessité de soutenir le volontariat des jeunes en Tunisie, en particulier dans l’intérieur et les régions du Sud Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse | 15
Graphique 2.4 : Distribution du bénévolat des jeunes Les jeunes Tunisiens doutent que leur voix soit entendue par région au niveau local. A la question de savoir si le maire ou le gou- verneur sont à l’écoute des préoccupations locales, seulement 14,2% Région côtière 1 jeune Tunisien sur 8 en zone rurale répond par l’affirma- 13,2% Région intérieure tive. Seulement 11,5% des jeunes hommes et 12,4% des Région Sud jeunes femmes en Tunisie rurale disent qu’ils sentent que les politiciens locaux sont à l’écoute (voir graphique 2.6). L’in- 72,5% fluence de la jeunesse perçue sur le développement local est trois fois plus élevée dans les zones urbaines, où 38% des Source : Banque mondiale 2012c. jeunes hommes et 38,9% des jeunes femmes ont répondu que Note : les chiffres se rapportent à la jeunesse en milieu urbain. Pas de don- les préoccupations locales sont importantes pour le maire ou nées disponibles pour la jeunesse rurale. le gouverneur. Ces disparités régionales soulignent l’intensité de l’exclusion des jeunes, notamment en Tunisie rurale. Bien que la participation des jeunes dans la société civile soit encore limitée, notamment pour ce qui est de la partici- Les jeunes Tunisiens pensent qu’ils ne peuvent pas fa- pation menée par des jeunes, elle semble prometteuse et la cilement influencer le processus politique ou la transition participation des jeunes dans la citoyenneté active, devrait post-révolution. Faute de voies pour s’engager de manière se renforcer rapidement au vu de la perception positive asso- constructive dans le processus politique, les jeunes Tunisiens ciée au bénévolat. La participation des jeunes dans la société expriment leurs frustrations dans les rues par des manifesta- civile, et en particulier dans le bénévolat, pourrait être prise tions qui caractérisent la Tunisie postrévolutionnaire. Le café en charge comme moyen de promouvoir une plus grande reste le lieu principal pour discuter de politique, selon une inclusion sociale, en particulier au niveau local et parmi les autre étude récente de la jeunesse ; 72% des personnes inter- jeunes défavorisés, qui sont actuellement les moins engagés. rogées disent avoir discuté essentiellement politique dans le Le bénévolat devrait également inclure les moins instruits, café, et la politique s’impose aussi comme un thème impor- les jeunes inactifs (NEET) y compris les jeunes femmes, les tant de la conversation au sein de la famille (50%) (Obser- jeunes des régions marginalisées et zones péri-urbaines. L’en- vatoire National de la Jeunesse-Social Science Forum 2013). cadré 2.3 décrit un projet mondial financé par la Banque qui offre des incitations pour les jeunes défavorisés à faire du bé- 2.4 Participation politique névolat dans leur collectivité, tout en offrant des possibilités d’acquérir des compétences liées à l’emploi. La participation politique est un pilier de la citoyenneté ac- tive, laquelle implique de prendre part à la politique du pays, En général, les jeunes ont déclaré avoir un contrôle li- y compris par le vote lors des campagnes électorales, adhérer mité sur le cours de leur vie, y compris les décisions concer- à un parti, faire campagne ou se présenter aux élections. La nant l’éducation et le travail. Cela peut être un reflet de leur participation englobe plus que des élections ; il s’agit de par- manque d’engagement dans la société civile ou dans les af- ticiper au débat public par la voie organisée, des pétitions, faires politiques. Moins de jeunes femmes que d’hommes dé- et d’autres formes d’expression. Néanmoins, la participation clarent avoir une influence sur les décisions importantes de la aux élections en Tunisie postrévolutionnaire est un indicateur vie. Cette différence est beaucoup plus marquée sur les sujets important de la confiance du public dans les institutions poli- du travail et du mariage qu’en matière d’éducation (voir gra- tiques et l’exercice de la citoyenneté active des jeunes, compte phique 2.5). tenu notamment de leur rôle central dans la révolution.
Le faible taux de participation des jeunes aux élections nationales tunisiennes d’octobre 2011 a été particulièrement inquiétant. Seulement la moitié des moins de 30 ans avaient voté. La participation dans les zones urbaines était légèrement plus élevée que dans les zones rurales (voir graphique 2.6). Le taux de jeunes électrices et électeurs était très similaire. Seulement 17% des jeunes âgés de 18 à 25 ans sont inscrits pour voter, selon un sondage réalisé par le British Council et 16 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Encadré 2.3 : IDMEJ : Un projet d’investissement dans l’inclusion des jeunes dans les régions défavorisés
Conception du projet : Après la Révolution tunisienne, le gouvernement tunisien a lancé le projet IDMEJ en vue de renforcer l’inclusion des jeunes, avec le soutien d’un don du Fonds japonais de développement social de la Banque mondiale. Le projet IDMEJ « littéralement en arabe : inclusion et de coopération » fournit une alternative évolutive aux programmes nationaux existants. Il favorise le développement et la participation communautaire dirigé par des jeunes, tout en offrant aux participants des petites bourses.
Le Projet offre un soutien financier d’urgence et d’emploi à court terme pour 3000 jeunes qui ont un niveau d’études secondaire ou moins, en faveur des NEET, dans les gouvernorats défavorisés de Kasserine et Siliana dans la région du Centre-Ouest de la Tunisie. Exécuté par l’Observatoire national de la jeunesse (ONJ) le projet combine la formation pro- fessionnelle au bénévolat communautaire, l’apprentissage et les opportunités d’auto-emploi. Le projet est relativement rentable, avec un coût par bénéficiaire de moins de 1.000 USD qui pourrait être encore réduit si le projet se développe à plus grande échelle.
Résultats : Dans le cadre du projet, les jeunes entre 15 et 29 ans reçoivent une formation aux compétences de vie, y compris une formation financière. Les bénéficiaires font jusqu’à cinq mois de bénévolat dans des projets communautaires gérés par des organisations de la société civile locale. Les résultats initiaux du projet montrent que plus de 85% trouvent la formation utile. De nouvelles compétences techniques et sociales ont été acquises respectivement par 76% et 80% des répondants. Ces résultats positifs sont en ligne avec une évaluation de plus de 200 programmes de la fonction publique internationale, qui a montré une augmentation des compétences de travail, les possibilités de carrière et d’éducation, ainsi que l’estime de soi et le sens de la responsabilité civique.a IDMEJ a en effet permis d’améliorer les relations entre les ONG de jeunes et les autorités locales. Des fonds supplémentaires ont déjà été mobilisés par les gouvernements locaux à Siliana et Kasserine gouvernorats de reproduire et d’étendre cette composante en fonction de son succès sur le terrain. Dans l’ensemble, le projet bénéficie aux jeunes en les aidant à briser le cycle de l’inactivité, en apportant un soutien aux jeunes femmes, et en assurant la promotion de l’inclusion sociale et la confiance.
Gestion et Suivi &Evaluation : Le projet est soutenu par une approche innovante en termes de rapport coût-efficacité pour le suivi et l’évaluation (S & E), en utilisant une plate-forme en ligne qui permet l’entrée de données en temps réel et l’analyse accessible par de multiples intervenants. Le projet recueille les commentaires de bénéficiaire directement via les téléphones mobiles sur la qualité des services et de leur impact sur l’employabilité.
Source : Observatoire National de la Jeunesse et Banque mondiale, 2014. a. Amanda Moore McBride, Michael Sherraden, and Carlos Benítez. 2003. The forms and nature of civic service : a global assessment, research report. St. Louis : Washington University. Center for Social Development.
l’Université américaine de Gerhart Centre du Caire, (Parker l>optimisme enflammé suscité par la révolution. La révolu- 2013). tion n’ayant engendré que de maigres résultats, le niveau de désillusion était élevé, doublé d’un sentiment de trahison. La Les faibles niveaux de participation politique par les faible participation aux élections était une indication claire jeunes reflètent le peu de place que les jeunes perçoivent pour de la désillusion de la jeunesse et de leur manque de confiance eux-mêmes au sein des partis établis. Au cours des discus- dans les partis politiques officiels, comme illustré dans la ci- sions organisées dans le cadre de l’enquête, les jeunes ont dé- tation ci-dessous : claré à plusieurs reprises que la Révolution avait été initiée par les jeunes, mais vite cooptés par les «anciens» politiciens, C’est une révolution de la jeunesse a produit un ensemble ou ceux solidement établis. La persistance du chômage, l’ag- de personnes très âgées. Young Tunisian activist (Parker gravation de l’injustice sociale, et le patronage continue ainsi 2013) que le régionalisme de l’ancien régime ont contribué à freiner Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse | 17
Graphique 2.5 : Influences sur les décisions des jeunes Tunisiens concernant leur vie, les études et l’emploi
90 Côte homme Côte femme 80 79,6 78,9 Intérieur homme 73,2 Intérieur femme 70 65,4 63,5 68,2 68,7 65,5 Sud homme 68,8 Sud femme
60 56,6 58,0 54,3 51,5
pour cent 50 47,4 43,5 47,3 48,5 43,2
0 Travail Mariage Education
Note : Cette graphique inclut tous les jeunes. Question : “Est-ce que votre famille a un rôle important dans les décisions concernant : (i) votre formation; (ii) votre lieu de travail; (iii) le choix de votre conjoint?”
Les jeunes Tunisiens sont largement sous-représentés à confus et des opérations sans hiérarchie ni structure organi- l’Assemblée constituante. Seulement 4% des 216 membres de sationnelle. Aussi de nombreux jeunes ont-ils été rapidement l’Assemblée constitutionnelle ont moins de 30 ans. Alors que déçus par la fonction de la politique électorale. Par ailleurs, 17% des membres sont âgés entre 30 et 40 ans, les 79% res- le manque de transparence entre les partis établis, et les mar- tants sont âgés de plus de 40 ans. Tous les partis inscrits aux chés à huis clos allaient à l’encontre des principes d’équité élections de 2011 devaient inclure un quota de jeunes can- et de transparence, excluant de fait la génération même qui didats sur leurs listes. Le fait que peu ont été effectivement avait initié les changements politiques. Une jeune militante a élus prouve aux jeunes que le système traditionnel demeure observé : privilégié malgré les nouveaux textes de loi. La Révolution a surtout représenté une explosion de mécontentement, en J’ai beaucoup d’amis qui ont rejoint les partis politiques particulier par les jeunes, et une rupture avec les formes an- après la Révolution, mais juste après les élections, ils se sont térieures d’activisme. La dissidence a été amplifiée par des retirés parce qu’ils étaient déçus des programmes présentés, communications directes horizontales, un réseau vague et il n’y avait en effet aucune collaboration entre les jeunes et les aînés du parti. Activiste politique tunisienne, Tunis
Graphique 2.6 : Influence des jeunes sur le Une nouvelle loi électorale concernant la jeunesse, requé- développement local rant désormais des partis politiques de désigner des jeunes candidats constitue un point d’entrée important pour la par- 50 ticipation politique.10 Plus précisément, l’article 25 exige que chaque liste de candidats comprenne les quatre meilleurs 40 38,0 38,9 candidats parmi lesquels au moins un candidat de moins de 35 ans. L’article 25 affecte surtout les élections nationales, pour cent 30 Homme régionales et locales, car elle applique toutes les listes élec- Femme torales pour les circonscriptions avec au moins quatre sièges 20 ou plus. Toutefois, cette disposition n’est pas une obligation, 11,5 12,4 mais plutôt formulé comme une incitation financière. Toute liste électorale ne répondant pas à l’exigence de la jeunesse 10 verra la moitié de son financement public retenu.
0 Urbain
18 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 2.7 : Connaissances politiques de la Graphique 2.8 : Connaissances politiques des jeunes jeunesse rural vs. urbain Tunisiens rural vs. urbain
40 40 34,3
30 30,0 Homme 30 25,6 24,2 23,4 Côte 24,0 20,3 Femme Intérieur pour cent Sud 20 pour cent14,42017,2 15,7
10 10
0 Urbain 0 Urbain Rural Rural
Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. Note : La graphique inclut tous les jeunes. Note : La graphique inclut tous les jeunes
La plupart des jeunes Tunisiens affirment ne pas vraiment qui signalent la plus haute connaissance de la politique, où 1 suivre la politique intérieure. En Tunisie rurale, moins d’un jeune sur 3 se considère bien informé. quart des hommes (24,0%) et moins de 1 jeune femme sur 7 déclarent être bien informés sur la politique tunisienne (voir Peu de jeunes Tunisiens sont actifs dans les partis poli- graphique 2.7). La connaissance de la politique est un peu plus tiques, avec toutefois un grand écart entre la jeune génération élevée dans les zones urbaines, où quelque 30% des jeunes et le pouvoir. Seulement 1,6% des personnes interrogées dans hommes et 20,3% des jeunes femmes ont dit qu’ils étaient l’enquête en milieu rural ont été activement engagées dans au fait de tout ce qui se passait sur la scène politique. La part la politique en tant que membres de partis politiques (voir relativement faible des jeunes qui se considèrent bien infor- graphique 2.7). Seulement 11% ont exprimé l’intention de més sur la politique même en ces temps politisés met en se joindre à un parti politique, alors que la grande majorité évidence la difficulté de suivre les développements quotidiens (82%) n’avait même pas un parti politique préféré.11 Seule- tortueux dans les processus politiques et accès à l’information ment la moitié environ des jeunes Tunisiens ruraux (54%) politique indépendante. La recherche qualitative suggère éga- affirme leur l’intention de voter à la prochaine élection, en lement que les jeunes n’ayant pas une solide connaissance de raison de taux de participation à l’élection précédente.12 Ces la scène politique peuvent être vulnérables à la manipulation. résultats sont compatibles avec un sondage d’opinion réalisé par l’Observatoire national de la jeunesse en Avril 2013, qui a Oui, j’ai voté, et j’ai remarqué deux choses après les élec- montré que la participation des jeunes à la vie politique était très faible : l’engagement des jeunes ne dépasse pas 2,7%, tions : les gens ont leurs croyances religieuses, et ils ne com- tandis que la préférence pour un parti politique ne dépasse pas 19% de personnes interrogées.13 prennent pas vraiment la politique. Ceux qui ont voté pour Malgré ce décalage entre les grands courants politiques Ennahda ont fait un lien entre le parti et leur religion. Les et les réalités vécues par les jeunes Tunisiens, la situation de la jeune génération est en pleine mutation, et les aspirations gens qui étaient croyants sincères, mais pas politisés, ont démocratiques s’expriment désormais plus clairement appe- lant à la reconstruction de la société tunisienne. Peu de temps cru que c’était la bonne chose à voter pour le triomphe de après l’élection de l’Assemblée nationale constituante (ANC) l’Islam. Jeune étudiant, Mahdia, Tunisie Centre-Est de Tunisie, l’organisation I Watch dirigée par des jeunes et mise en place après la révolution, a organisé un «modèle L’autoévaluation des connaissances sur la politique NCA», dans lequel 217 jeunes Tunisiens proposent une lé- montre qu’elle est environ un tiers inférieur dans les zones gislation pour l’avenir de la Tunisie. Des suggestions ont été rurales par rapport aux centres urbains. Les jeunes Tuni- ensuite mises sous forme de recommandations aux membres siens des zones rurales dans les provinces côtières (17,2%) de la NCA élus. Trois des six suggestions de jeunes auraient et de l’Intérieur (15,7%) ont une connaissance relativement été choisis par les membres de la NCA à mettre en oeuvre. 14 limitée sur la politique (voir graphique 2.8). Leurs homolo- En outre, un nouveau mouvement propose à un groupe de gues dans les zones urbaines déclarent être mieux informés (25,6% en zone côtière et 24,2% dans la région intérieure). L’exception semble être les jeunes Tunisiens dans le Sud rural Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse | 19
Encadré 2.4 : Houkoumetna : Notre gouvernement
Le mouvement connu sous le nom de « La Jeunesse Décide » appelle les jeunes à jouer un rôle à part entière dans la politique nationale. L’utilisation des médias sociaux est au coeur des efforts. En décembre 2013, Tarec Cheniti, un mi- litant des droits de l’homme, s’est lui-même nommé au poste de Premier ministre en affichant son curriculum vitae sur Facebook. D’autres jeunes Tunisiens ont rapidement suivi le mouvement, y compris Bassem Bouguerra, le président de « Réforme », une organisation qui cherche à réformer les forces de police tunisiennes. Bouguerra lui s’est nommé vice-mi- nistre de la réforme de la sécurité. Bientôt, dans plusieurs pages créées par “La jeunesse décide” les jeunes Tunisiens ont posté leur CV en ligne et se désignent comme volontaires pour faire partie du gouvernement.
Le mouvement est une expression claire de la frustration de la jeunesse, l’absence de voix les empêchant de participer à la nouvelle configuration politique. Tous les premiers ministres après la révolution avaient plus de 50 ans-l’un était même âgé de 92 ans. Rached Ghannouchi, le leader du parti Ennahdha au pouvoir, a 72 ans, et Béji Caïd Essebsi, le chef de l’opposition Nidaa Tounes partie, est âgé de 87 ans. La jeunesse tunisienne voit ces problèmes comme une simple résurgence des idéologies politiques dépassés et les rivalités alignées avec les intérêts acquis de l’ancien régime.
Comme l’a expliqué Cheniti, “Il y a des milliers de jeunes hommes et femmes tunisiennes qui ont acquis assez d’édu- cation et d’expérience pour être en mesure de diriger notre pays. Ces personnes méritent d’être données une chance de mener la transition démocratique, car après tout, la révolution est à eux. “Selon Bouguerra,” Il est temps que la jeunesse commencé à décider pour elle-même, au lieu d’être utilisé par des politiciens plus âgés pour des intérêts politiques. ”
Source : Al Jazeera. 2013 candidats Facebook de la Tunisie ; Poétique Blog Politico. 2013 Pourquoi le monde devrait écouter jusqu’à mouvement de jeunesse de la Tunisie ; Tunisie Live. 2013 jeunes tunisiens décide qu’il est temps ils prennent en charge.
jeunes Tunisiens à participer à titre bénévole dans le nouveau 2.5 Promouvoir la participation inclusive gouvernement (voir encadré 2.4). des jeunes dans la participation à la vie publique En Janvier 2014, l’approbation de la nouvelle Consti- tution a permis de retrouver un certain degré d’optimisme. La nouvelle Constitution ouvre la possibilité d’une nouvelle Après deux années de travail de l’Assemblée constituante, un phase dans l’histoire politique de la Tunisie, y compris la pos- projet de constitution a été achevé et mis au vote le 26 Jan- sibilité d’augmenter la participation des jeunes dans la prise vier 2014 L’Assemblée a adopté le document avec une ma- de décision un rôle de la société civile que les jeunes sont jorité de 200 à 12 et 4 abstentions. Élaboré en période de prêts à remplir. Le moment est venu d’envisager des interven- troubles et de violences sporadiques, la nouvelle Constitution tions pour soutenir les aspirations des jeunes, de favoriser tunisienne semble avoir négocié avec succès les différences leur participation aux niveaux local et national, et à recons- politiques y compris le rôle de la religion dans le gouverne- truire leur confiance dans les institutions de prise de décision ment pour produire une Constitution progressive et large- qu’ils atteignent vers les rôles qu’ils cherchent depuis long- ment accepté. La nouvelle Constitution donne à la Tunisie un temps et la voie d’accès désormais ouverte. Les recommanda- gouvernement décentralisé et ouvert, tout en reconnaissant tions suivantes visent donc à donner des pistes concrètes pour l’islam comme religion d’Etat, tout en protégeant la liberté de soutenir l’engagement des jeunes de bas en haut, en commen- croyance. Tout aussi important, l’article 8 consacre l’intégra- çant par le niveau local. tion des jeunes sur plusieurs dimensions comme un principe clé de la construction de la nation : Fournir des incitations aux ONG dirigées par des jeunes pour le bénévolat La jeunesse est une force motrice dans la construction de Alors que plusieurs organisations internationales fournissent la nation. L’État veille à ce que la jeunesse a les conditions des dons aux ONG de jeunes, la complexité des critères est souvent à l’avantage des jeunes diplômés des zones ur- nécessaires pour le développement de leurs capacités, de baines côtières. Ces efforts peuvent être complétés par des
leur prise de responsabilités, et à l’élargissement et à l’ex-
pansion de leur participation dans le développement cul- turel et politique sociale, économique.15 Tunisie Live. 2013. 20 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
programmes de subventions concurrentielles permettant de Construire des institutions menées par des jeunes développer la capacité des ONG de jeunes au niveau local pour renforcer leur voix dans les prises de décision pour servir et impliquer les jeunes dans les zones périur- et les droits de l’homme baines, rurales et les régions défavorisées. Les demandes de dons devraient être simplifiées pour permettre un plus grand Les représentants des jeunes Tunisiens ont tenté d’établir ces accès à un large éventail de parties prenantes. En outre, il canaux institutionnels dans le passé, mais ceux-ci n’ont pas devrait y avoir des incitations claires pour établir des parte- encore été formalisés ni soutenus de manière appropriée afin nariats avec les institutions publiques locales, des organismes d’assurer leur viabilité à long terme. Par exemple, en Sep- de bienfaisance et les fondations pour assurer échelle et la tembre 2012, les représentants des jeunes avaient rencontré durabilité des activités des ONG menées par des jeunes et le la Direction de l’Assemblée nationale constituante et l’ancien bénévolat communautaire. Enfin, le régime de la subvention ministre des droits de l’homme et la justice transitionnelle doit également offrir le renforcement des capacités en ce qui pour transmettre un rapport contenant des recommandations concerne la façon de gérer les associations, en assurant leur sur la création d’un Conseil consultatif de la jeunesse. Préparé responsabilité financière et la mesure des résultats. par 217 jeunes de tous les gouvernorats à travers le pays, le rapport contient également les résultats de cinq groupes de Développer les initiatives de développement travail : (i) la lutte contre la corruption et la réforme adminis- communautaire des ONG menées par des jeunes trative, (ii) des martyrs et des victimes de la révolution, (iii) la planification, du développement et des finances, (iv) principe Les initiatives de développement communautaire menées et les principes généraux de la Constitution, et (v) la structure par des jeunes ont été pilotées avec succès en Tunisie. Ces de la Constitution. Bien que le rapport et l’initiative globale activités incluent des petites améliorations concrètes de aient été bien accueillis par les représentants tunisiens de haut l’infrastructure locale, la gestion environnementale, les ini- niveau, les représentants de la jeunesse soulignent qu’il n’y a tiatives d’Ecotourisme, les activités génératrices de revenus pas eu de suivi ultérieur.17 adaptés aux jeunes filles et jeunes hommes et activités visant à améliorer la gouvernance locale. Le projet IDMEJ est l’un Les canaux institutionnels appropriés devront être créés des exemples mis en oeuvre dans les gouvernorats de Kas- pour renforcer la participation des jeunes dans le développe- serine et Siliana par l’Observatoire national de la jeunesse ment et la mise en oeuvre de la politique nationale de la jeu- (voir encadre 2,3). Ces activités, qui visent principalement nesse. Dans la plupart des pays européens, par exemple, les les jeunes inactifs, avec un niveau d’étude inférieur ou égal jeunes et leurs organes représentatifs sont reconnus comme au secondaire, en contrepartie d’une bourse mensuelle sont parties prenantes dans la mise en oeuvre des politiques natio- identifiées et mises en oeuvres par les ONG de jeunes ou les nales de jeunesse, un système appelé cogestion. Cela signifie groupes de jeunes locaux avec le soutien d’ONG locale et des engager diverses organisations de jeunes et d’étudiants ainsi autorités. Parmi tous les résultats positifs du projet IDMEJ, que des conseils de la jeunesse aux niveaux national et local, la confiance des jeunes s’est améliorée vis-à-vis des ONG et qui peuvent servir de canaux pour transmettre la voix des des administrations locales malgré les tensions qui se sont jeunes sur les questions essentielles de politique publique. En aggravées après la Révolution en 2011. Les résultats de pro- Tunisie, la création de tels organes représentatifs de jeunes grammes internationaux similaires illustrent l’impact plus pourrait faciliter l’efficacité et la coordination des services à important après le programme d’engagement civique et l’em- la jeunesse et d’autres programmes liés à la jeunesse et leur ployabilité sur le marché qu’avec des programmes nationaux articulation avec les décideurs politiques nationaux et / ou intensifs pour l’emploi.16 Plus spécifiquement, il serait oppor- les autorités de la commune ou au niveau provincial. Un tel tune de réallouer les ressources financières des programmes processus pourrait être également soutenu par le Forum Eu- intensifs nationaux pour le développement des projets Jeunes ropéen de la Jeunesse et ou conseils nationaux de jeunesse / d’initiatives communautaires comme outil plus efficace. bien établis grâce à l’apprentissage par les pairs et par des échanges. Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse | 21
Notes 8. Ibid ; IFEDA Centre d’Information, de Formation, d’Etudes et de Doc- umentation sur les Associations en Tunisie, comme mentionné in Khouja, A. 1. . Tunisie Live. 2013. Jeunesse tunisienne : Entre Exclusion Politique et and H. Moussa. 2012. Engagement Civique 9. Enquête Agora, 2013. Observatoire National de la Jeunesse. Tunis. 2. Maros Ivanic and Gloria La Cava, The Implication of improving Social and Economic Opportunities for reducing youth inactivity, Banque mondi- 10. L’Assemblée nationale tunisienne a adopté la nouvelle loi électorale, le ale (forthcoming). 1er mai 2014 Source : Fondation Jasmin. 2014 Tunisie. Tunisia’s Nouvelle loi électorale 2014. JF Briefing. URL : http ://www.jasmine-foundation.org/ 3. Gallup World Poll 2013 presented at the Banque mondiale Internal Brain- en/?p=936, accessed June 8, 2014. storming “Unbundling the Youth Inclusion Agenda”, March 12, 2014. 11. Agora Survey 2013, ONJ Tunisia. 4. “La justice s’acharne sur les jeunes révolutionnaires tunisiens ”, Le Monde, 16 juin 2014, rapporte que les jeunes qui ont participé à la révolution ont été 12. Ibid. continuellement accusés et poursuivis pour violence et incendies criminels contre des postes de police. Après les grèves de la faim et la pression des 13. Observatoire National de la Jeunesse-Social Science Forum. 2013. Youth familles de ces manifestants, une loi d’amnistie a été adoptée le 2 juin 2014 and Participation in Public Life, Youth Barometer 2013. Tunis. couvrant la période du 17 décembre 2010 au 28 février 2011. Toutefois les affrontements avec la police ont continué à se produire après février 2011. 14. Tunisia Live. 2013. Tunisian Youth : Between Political Exclusion and Civic Engagement. 5. Ces résultats d’ensemble sont confirmés par le British Council et le Centre Gerhart Center for Philanthropy and Civic Engagement’s study. 2013. The 15. Constitution de la République Tunisienne, Traduction non-officielle, Revolutionary Promise : Youth perceptions in Egypt, Libya and Tunisia, Edition Finale 26/01/2014. Cairo, May. 16. Wendy Cunningham, Maria Luisa Sanchez Puerta and Alice Wuermli. 6. Publinet est un service internet subventionné, pour les régions rurales. 2010. Active Labor Market Programs for youth : A framework to Guide Youth Employment Interventions, Banque mondiale Employment Policy 7. British Council. 2013. The Revolutionary Promise : Youth Perceptions in Primer, November, No. 16. Egypt, Libya and Tunisia. 17. Actualités Tunisie News. L’association I Watch propose un projet à Me- herzia Laâbidi et Samir Dilou. 7 Septembre 2012. http ://bit.ly/1niyEPW. CHAPITRE 3
Inactivité et chômage des jeunes
23 24 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Pour nous, le chômage est une sorte de malédiction ; un chômeur n’est pas une personne, la société elle-même ne pas l’accepter, il ne fait pas partie du cercle de la société. C’est le vrai sens de «sans emploi» :
une personne qui n>est pas actif dans le coeur de la société. Dis-moi à quoi sert cette personne. Chômeur diplômé, Sidi Bouzid
3.1 Inactivité ; Jeunes qui ne sont ni dans de trouver du travail un jour et de commencer leur carrière. l’education ni dans l’emploi ni dans L’emploi formel s’éloigne de plus en plus des chômeurs de une formation ; et chômage aperçu longue durée sans connexion et rares sont ces jeunes qui trou- veront un emploi. Ce chapitre présente les principaux défis L’inactivité des jeunes est un problème majeur en Tunisie. Les liés au chômage et à l’inactivité ; il présente également l’ex- jeunes qui ne sont ni employés, ni inscrits dans l’enseigne- clusion du travail des jeunes dans un ordre décroissant et ce ment ou la formation (NEET) représentent une proportion chapitre commence par l’inactivité des jeunes (NEET) et le importante de la main-d’oeuvre jeune potentielle en Tunisie chômage suivi par les volets consacrés au sous-emploi ainsi (voir la graphique 3.1 et encadré 4.1). Les jeunes sans emploi, qu’à l’emploi informel et enfin la jeunesse employée dans le qui ne sont pas inscrits dans un programme d’études ou de secteur formel. formation passent en moyenne plus de trois ans à chercher un emploi avant de trouver. Ils ne sont pas seulement en proie Un jeune Tunisien sur trois dans le milieu rural Tunisien à des difficultés économiques, la jeunesse tunisienne est mar- (33,4%) et un jeune Tunisien sur cinq en milieu urbain appar- ginalisée et victime d’une exclusion économique. Beaucoup tiennent à la catégorie des NEET. Le taux est plus élevé chez de jeunes femmes et hommes sans emploi ont peu d’espoir les jeunes femmes que chez les hommes. Une jeune femme sur deux en milieu rural appartient à la catégorie NEET contre
Graphique 3.1 : Cadre de l’emploi des jeunes et des NEET
- Statut pop. active 2. Type 3. Statut poste 4. Statut emploi 5. Formalité
Salarié Formal
Employé temps partiel Indépendant
Inclus dans population Non rémunéré ou travail familial Employé active Bénévolat
Employé plein temps Sous-emploi involontaire Informal
Chercheur d’emploi Sans emploi
Inactivité ou foyer Découragé NEET Inactif Etudiant Hors population active
Education/formation Etudiant
Source : Adapté de l’OCDE. 2012. Economie Africaine- Promouvoir l’Emploi des Jeunes. Inactivité et chômage des jeunes | 25
Encadré 3.1 : NEET Un indicateur commun pour le chômage des jeunes et de l’inactivité
L’acronyme NEET réfère à des jeunes qui ne sont ni dans le système d’éducation ni dans l’emploi, ni en formation. NEET est composé de tous les jeunes qui sont au chômage ou inactifs. En allant au-delà de l’objectif étroit du chômage, le concept NEET aide les décideurs à tenir compte des besoins de tous les jeunes qui ont terminé l’éducation et de la formation et devrait faire partie de la population active. L’indicateur NEET est un outil puissant pour analyser l’exclusion des jeunes en mettant l’accent sur tous les jeunes qui éprouvent des difficultés à faire la transition de l’école à la vie professionnelle.
NEET est importante parce qu’elle définit de façon plus complète l’inactivité des jeunes qui est généralement in- cluse dans les statistiques standard du chômage. Les jeunes inactifs sont des jeunes hommes et femmes qui en dépit de leur jeune âge sont déjà découragés dans leur recherche d’emploi. L’indicateur NEET permet d’attirer l’attention des décideurs sur l’importance de ne pas négliger ces jeunes, et considérer que les jeunes découragés ont autant besoin du soutien du gouvernement que les chômeurs. Les jeunes découragés,Äî souvent qualifiés d’inactifs,Äîsont particulièrement vulnérables. Le règlement de la situation des jeunes inactifs est le moyen décisif de tester l’efficacité des politiques de la jeunesse visant à favoriser l’inclusion sociale.
NEET est un concept bien établi. De nombreux pays membres de l’Organisation de Coopération et de Développe- ment Economiques (OCDE), et dans un nombre croissant de pays en développement, utilisent désormais l’indicateur NEET pour compléter les statistiques de chômage des jeunes. Il est systématiquement mesuré par l’Organisation Inter- nationale du Travail (OIT) et a présenté dans son rapport annuel phare sur les tendances mondiales de l’emploi pour les jeunes.a L’OCDE prend aussi en considération les NEET et appliqué l’indicateur dans son récent numéro de Perspectives économiques en Afrique 2012, qui portait sur la promotion de l’emploi des jeunes en Afrique du Nord et Afrique sub- saharienne, dont la Tunisie,b et dans l’Étude sur le Chômage mondial des Jeunes au Forum Economique International.c Récemment, un groupe de haut niveau des Nations unies a proposé que la catégorie NEET figure aux Objectifs de Développement post-2015.d Créé par le gouvernement du Royaume-Uni, l’acronyme NEET est actuellement utilisé de manière officielle par les organismes statistiques du Canada, l’Irlande, le Japon, le Mexique, l’Espagne et la Corée du Sud. Davantage d’efforts étant nécessaires pour mesurer la catégorie NEET à un niveau global, la plupart des enquêtes sur la main-d’oeuvre incluent déjà les variables nécessaires à l’établissement de taux fiables de NEET
Source : Banque mondiale, 2014. a. OIT. 2013. Tendances mondiales de l’emploi des jeunes. Genève. b. OCDE. 2012. Perspectives économiques africaines. c. WEF. 2013. Le défi du chômage des jeunes. d. Nations unies 2013. Nouveau Partenariat Mondial : Eradiquer la pauvreté et transformer les économies grâce à un développement durable. New York.
une sur trois en milieu urbain (32,4%) (voir graphique 3.2). La gravité de l’impact régional des NEET reflète l’étendue Les pertes économiques par le manque d’activités productives du désespoir chez les jeunes, particulièrement aigu dans les est énorme. Tout aussi importante, cependant, est l’exclusion régions intérieures et du Sud qui ont été le berceau la Ré- sociale de millions de jeunes Tunisiens qui représente un gas- volution 2011. NEET affecte plus d’un quart des jeunes des pillage de compétences, de créativité et de potentiel. régions côtières (23,6% urbain, 37,3% rural), plus d’un tiers dans la région Sud (35,9% urbain, 47.9% rural), et près d’un De nombreux jeunes Tunisiens quittent la campagne pour tiers des jeunes dans la région intérieure du pays (31,4% ur- émigrer vers des zones urbaines défavorisées. Les proportions bain, 42,4% rural, voir graphique 3.1). Ces jeunes exclus du de NEET en milieu urbain sont moins importantes qu’en marché du travail sur de longues périodes sont désignés sous zone rurale. Toutefois dans les régions urbaines, la destina- le terme : “Génération chômeurs.”1 Les jeunes de la région tion prioritaire pour beaucoup de Jeunes en quête d’emploi, intérieure sont particulièrement affectés par le fossé abyssal plus d’un cinquième de jeunes hommes (20,3%) et près d’un de la transition qui a perduré pendant des années entre l’école tiers de jeunes femmes (32,4%) appartiennent à la catégorie et le marché du travail. Comme révélé lors des groupes de de NEET (voir graphique 3.2). discussion, les jeunes accordent peu de valeur à leurs propres 26 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
compétences et qualifications, et se préoccupent plus de correspondent aux attentes d’une société plutôt tradition- s’orienter dans un système qu’ils perçoivent comme glauque nelle. Plus d’une jeune femme sur deux appartient à la ca- et corrompu. La région intérieure est aussi celle qui a connu tégorie de NEET dans la région Sud (53,7%). Le taux de le plus de manifestations pour l’emploi et une meilleure gou- NEET parmi les femmes est aussi élevé dans la région inté- vernance durant la période de transition politique. rieure (45,4%) et affecte aussi une jeune femme sur trois dans la région côtière (31,3%) (voir graphique 3.3). Les longues Le taux de NEET est plus élevé dans la région Sud, re- périodes sans travail pour des centaines de milliers de jeunes flétant une quasi-absence d’opportunités adéquates qui femmes ayant un niveau d’études relativement élevé risquent de renforcer davantage les rôles de genre traditionnels, et Graphique 3.2 : Jeunes NEET en milieu rural et urbain même de retarder la progression nécessaire vers l’égalité des sexes et la participation au marché du travail des femmes 60 Homme pour les décennies à venir. Aider les jeunes femmes sans tra- 50,4 Femme vail à obtenir un emploi ou un emploi indépendant nécessite des efforts renouvelés du gouvernement, des investissements 50 et des stratégies innovantes.
pour cent 40 33,4 32,4 3.2 Jeunes chômeurs découragés 20,3 30 Le népotisme et les disparités régionales sur le marché du Urbain travail, ont convaincu de nombreux chercheurs d’emploi po- 20 tentiels que toute recherche serait vaine sans le coup de pouce du piston, de la corruption, de liens familiaux, ou certaines 10 affiliations régionales. En outre, les diplômés préfèrent sou- vent ne retenir que les offres d’emploi en rapport avec leur 0 niveau d’éducation ou de leurs qualifications professionnelles Rural ou qui offrent un certain potentiel pour la sécurité d’emploi à long terme et la stabilité financière. En plus d’être intellec- Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. tuellement et personnellement gratifiant, un poste qui cor- Note : La graphique inclut les jeunes de 15-29 ans. respond directement aux études d’un diplômé et / ou une expérience professionnelle de fond permettra d’améliorer ses Graphique 3.3 : Jeunes NEET par région compétences même dans une position temporaire, pour éviter qu’elles ne s’atrophient pour cause de trop longue inactivité. pour centa. Rural 50,3 63,0 Homme A l’inverse, un poste qui ne correspond pas au niveau d’édu- 35,5 32,3 Femme cation ou de l’expérience professionnelle mais qui offre un di- 80 plômé une certaine forme de sécurité d’emploi à long terme et Homme la stabilité financière, offre en plus aux jeunes gens diplômés 60 Femme une respectabilité sociale certaine, des ressources financières 44,1 et des perspectives professionnelles permettant aussi de réus- sir aux niveaux personnel et familial. 40 31,3 Bien que les emplois temporaires peu qualifiés ne four- 20 nissent pas la même stabilité ou le même potentiel d’avance- ment dans la carrière, de nombreux jeunes chômeurs tunisiens 0 Intérieur Sud commencent à porter un autre regard sur ces positions et les Côte considérer désormais une option viable à part entière parmi 37,4 48,2 les rares offres d’emploi sur le marché. Les jeunes chômeurs b. Urbain 25,2 23,2 tunisiens qui acceptent ces emplois le font surtout pour entrer immédiatement sur le marché du travail. Les jeunes hommes 60 notamment font en effet le calcul que, pour ce qui concerne les perspectives de mariage, un salarié diplômé ou non, percent 40 28,3
18,8
0 Côte Intérieur Sud
Note : La graphique inclut les jeunes de 15-29 ans. Inactivité et chômage des jeunes | 27
l’emportera toujours sur un chômeur, avec ou sans diplôme. Graphique 3.4 : Découragement des NEET concernant Par conséquent, une telle position peut au moins apporter un le marché du travail certain minimum de reconnaissance sociale et de validation personnelle, impossible à réaliser sans emploi. Néanmoins, pour cent 100 ces avantages sont modestes et les changements en perspec- 85,0 tive encore insuffisants, comme décrit ci-dessous par un jeune homme : 80
Lorsque je commencerai mon travail, je serai quelqu’un. 60 58,3 Homme Je ne sais pas exactement quand mais j’ai bon espoir, cela 46,0 42,2
viendra. Je ne veux pas d’un emploi subalterne, je choisirai 40
un poste en rapport avec mes études, sinon ça ne vaut pas 20 le coup. Jeune homme sans emploi, Médenine 0 Urbain Près de la moitié des NEET semble découragée de cher- Rural cher du travail et ce pour plusieurs raisons. L’aide aux jeunes femmes et hommes découragés doit être encore plus renforcée Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. que pour les jeunes chômeurs durant la période de transition Note : La graphique inclut les NEET âgés de 15-29 qui se présentent eux- vers le marché du travail afin de briser le cycle de l’exclu- mêmes comme découragés. sion des jeunes. Le découragement est particulièrement élevé chez les jeunes femmes NEET en Tunisie rurale : 85% (voir Beaucoup de jeunes femmes sont dissuadées de chercher graphique 3.4). En outre, les jeunes hommes NEET en mi- un emploi par les normes et les attentes de la société, en par- lieu rural sont aussi en proie au découragement : 58,3%. Le ticulier dans l’intérieur et le Sud du pays où les traditions découragement des jeunes NEET concernant le marché du patriarcales sont profondément enracinées. Alors que les travail est inférieur en Tunisie urbaine avec 46% des jeunes hommes tunisiens sont totalement libres de choisir leur em- hommes 42,2% des jeunes femmes. ploi et le lieu de travail, les femmes tunisiennes se trouvent souvent poussées vers l’enseignement ou l’infirmerie. Une Beaucoup de jeunes demandeurs d’emploi qui passent jeune femme a déclaré que son souhait de travailler en tant des années de transition entre leur vie scolaire et de travail que réceptionniste de l’hôtel n’était pas «acceptable du point sont finalement découragés de poursuivre la recherche d’em- de vue de la morale» à sa famille. Les jeunes femmes diplô- ploi, bloqués par des sentiments d’exclusion, l’humiliation, mées ont peu d’occasions de socialiser et créer des contacts et le jugement des autres. Beaucoup de jeunes dénoncent ce au-delà des limites de la maison et du marché. Le choix d’une qu’ils perçoivent comme un manque total d’empathie de la femme de travailler à l’extérieur de la maison peut être consi- part des employeurs potentiels, qui selon un jeune «, vous déré comme subversif et en tant que tel, et fortement diminuer traitent comme un mendiant ou vous disent, `Dieu pourvoira ses perspectives de mariage. Une jeune femme tunisienne doit à vos besoins.» Ils n’écoutent même pas. En outre, les jeunes donc peser soigneusement les avantages financiers et profes- d’avoir l’opportunité d’utiliser les compétences ou les qualifi- sionnels de recherche d’un emploi et les conséquences so- cations obtenues. Ils se disent confrontés à un système qu’ils ciales potentielles pour elle et sa famille. Avant la Révolution, perçoivent comme semé d’obstacles à leur inclusion sociale. la famille était la principale raison qui poussait les femmes à Certains déclarent avoir été témoins de l’échec des jeunes plus se retirer du marché du travail (graphique 3.5). brillants ou plus talentueux qu’eux-mêmes, dans la recherche d’un emploi stable et de la déchéance qui a suivi l’apathie Si une fille décidait de travailler comme secrétaire dans un autodestructrice chez ces jeunes. hôtel, ce choix serait difficilement acceptable, d’un point Il y a des gens vraiment brillants et qui sont sans emploi. de vue moral. Jeune femme diplômée, Médenine (Région Sud, Tunisie) Ce sont des génies et ils chôment. Et moi qui suis moyen, je m’inquiète beaucoup et l’avenir me fait peur. Jeune homme Des périodes prolongées de chômage des jeunes ont des ayant abandonné l’école, Sidi Bouzid (Région intérieure conséquences négatives aux niveaux financier, social et Tunisie) psychologique. Lorsque des centaines de milliers de jeunes Tunisiens et Tunisiennes sont incapables de trouver du tra- vail, la production économique et la cohésion sociale s’en trouvent rapidement affectés. Une longue dépendance maté- rielle à la famille approfondit leur sentiment de frustration et 28 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 3.5 : Raisons de l’exclusion du marché du les zones urbaines, plus de la moitié des NEET ne possèdent travail, par genre (2010) pas de diplôme secondaire (58,8% d’hommes, 55,8% de femmes). Notamment, environ un cinquième des NEET en pour cent 80 Homme milieu rural n’ont pas terminé l’enseignement primaire (15% 70 Femme de jeunes hommes 24,7% de jeunes femmes, voir graphique 60 Les raisons Ilness/invalidité 3.2), comparativement à 6,2% de NEET hommes en milieu 50 familiales Autre urbain et 8,4% des NEET femmes en milieu urbain.2 30 Très peu de jeunes NEET Tunisiens ont terminé l’enseigne- 20 ment secondaire ou supérieur. Dans les zones urbaines, seule- 10 ment un quart des NEET urbains 15-29 ans ont un diplôme universitaire (25,0% au total, 19,4% des hommes, 28,4% 0 chez les femmes), comme le montre la graphique 3.6. L’en- Étudiant seignement secondaire (Bac) reste aussi le plus haut niveau d’études pour 10,0% des jeunes en milieu urbain (10,4% des Source : Banque mondiale, Enquête population active en Tunisie, 2010. hommes, 9,8% de femmes), suivie par la formation profes- sionnelle dans les zones urbaines (8,0% au total, 11,4% des l’exclusion, car elle empêche les jeunes découragés de déve- hommes, 6,0% de femmes).Ensemble, ces jeunes hommes et lopper leur indépendance, de se marier, de fonder une famille, femmes qui représentent 43,0% de tous les NEET urbains d’emménager dans leur propre appartement, et d’affirmer sont considérés comme qualifiés, mais restent incapables de avec confiance leur propre vision du monde. De longues pé- trouver du travail. En comparaison, dans les zones rurales riodes sans travail ou en dehors des études ont également une seulement 17,1% de tous les NEET sont qualifiés : 13,2% de influence sur les jeunes et la façon dont ils apprécient leur vie l’enseignement secondaire, et 3,8% avec un diplôme profes- et les décisions qu’ils prennent. La dépendance économique sionnel, principalement parce que les jeunes qualifiés migrent des parents va à l’encontre de l’attente culturelle que les en- vers les zones urbaines.3 fants devenus adultes doivent rembourser leurs familles pour la prise en charge qui leur été donnée. Les jeunes se sentent Cependant, plus le niveau d’études est élevé et plus le taux humiliés de devoir solliciter financièrement les parents pour de chômage l’est également. Ainsi, il est particulièrement leurs besoins personnels, comme l’achat d’une carte de télé- élevé chez les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, en phone, de tickets d’autobus, ou des vêtements. Graphique 3.6 : Plus haut niveau d’études parmi les Vous parlez de chômage, eh bien il nous a brisés, en essay- NEET, par genre (Age 15-29) ant de trouver du travail. Maintenant, notre seul but est trouver du travail. À un âge où nous devrions rembourser 100 40,7 3,2 11,4 6,0 ce que nous devons notre famille, nous devenons un fardeau 0,2 pour eux. Diplômé sans emploi, Mahdia 80 13,8 12,8
3.3 Education et inactivité 19,4 28,4 Professionnel
La plus grande proportion de jeunes inactifs est trouvé parmi pour cent 60 10,4 9,8 Universitaire les moins instruits les jeunes dans les zones rurales et urbaines, Secondaire même si la part rurale de jeunes inactifs est sensiblement plus élevée. Dans les zones rurales, plus de quatre jeunes NEET Sous secondaire sur cinq n’ont pas de diplôme secondaire (81,5% d’hommes, 83,8% de femmes, voir la graphique 3.6). Cependant, dans 40 81,5 83,8
20 58,8 55,8
0 Rural Urbain Urbain Rural femme homme femme
Note : La graphique inclut tous les NEET, âgés de 15-29. Inactivité et chômage des jeunes | 29
particulier dans l’intérieur et la région du Sud du pays où les Abandon scolaire précoce taux de chômage atteignent près de 40% chez les diplômés universitaires, (graphique 3.7). La grande majorité des NEET qui n’ont jamais obtenu un diplôme secondaire, va affecter la prochaine génération Ce taux inclut les jeunes gens sans aucun niveau d’études : qui sera handicapée pour affronter le marché du travail 20,2%, et les jeunes ayant abandonné l’école avant d’ache- de demain. Parmi les jeunes Tunisiens qui ne fréquentent ver le cycle secondaire : 55,7% dans la région intérieure du pas l’école (c.à.d. activité salariée, emploi indépendant ou pays. Ensemble, elles représentent de jeunes non qualifiés NEET), quatre jeunes sur cinq ont abandonné leurs études pour 75,9% de tous les NEET dans la région intérieure de la secondaires dans les zones rurales (80,7% des hommes, Tunisie (voir graphique 3.3). 85,3% de femmes, voir graphique 3.9). En comparaison, un jeune Tunisien sur deux dans les zones urbaines a cessé d’aller Les niveaux d’études parmi les NEET dans d’autres ré- à l’école avant la fin de l’enseignement secondaire (50,6% des gions ne sont que légèrement plus élevés. Dans le Sud, 68,0% hommes, 47,0% chez les femmes).4 Ces abandons scolaires de tous les jeunes sans emploi n’ont pas suivi le cycle secon- posent un sérieux problème. Les abandons scolaires précoces daire : 11,5% n’ont pas fait d’études et 56,5% seulement laisseront la prochaine génération handicapée, notamment un degré primaire. Même dans la région côtière plus per- au niveau des du secteur des TIC que la mondialisation de formante, 64,6% de tous les NEET ne sont pas qualifiés ; l’économie ne tardera pas à apporter. Les autres problèmes 10,2% n’ont aucune éducation et 54,4% n’ont pas de di- liés aux jeunes des régions rurales sont aussi confirmés par plôme secondaire. La création de possibilités d’emploi pour l’analyse de régression sur l’abandon scolaire précoce. (gra- ces centaines de milliers de jeunes femmes et hommes moins phique 3.4).5 Les résultats économétriques mettent également scolarisés reste un défi alarmant. en évidence les rôles-clés joués par le niveau d’études des pa- rents et la richesse des ménages. Les faibles niveaux d’études des nombreux jeunes Tuni- siens sans travail montrent qu’une formation professionnelle L’abandon scolaire est un phénomène qui affecte autant les supplémentaire sera nécessaire pour permettre aux jeunes jeunes hommes que les femmes. Plus de la moitié des jeunes NEET de trouver un emploi. Sans une formation pour aider Tunisiens quittent l’école sans avoir achevé le deuxième cycle les jeunes femmes et les hommes à acquérir les compétences secondaire : sur environ 140.000 élèves qui quittent l’école nécessaires pour participer à une économie moderne, les chaque année, 80 000 d’entre eux n’ont pas achevé leur for- NEET aujourd’hui risquent de devenir une génération per- mation de base.6 Deux tiers de ces jeunes n’obtiennent au- due qui aura des difficultés à trouver un emploi tout au long cune autre formation, et en général se retrouvent dans des de la vie active.
Graphique 3.7 : Taux de chômage par niveau d’études
0,45 En deçà du primaire 0,40 Primaire 0,35 1er cycle secondaire 0,30 Secondaire 0,25 Supérieur 0,20 Professionnel 0,15 0,10 Northeast Tunis Midwest Mideast Southwest Southeast 0,05
0 Northwest
Source : Banque mondiale. 2013. Note : Réduire la fracture spatiale. 30 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
formes plus ou moins abusives de travail occasionnel. Sou- Graphique 3.8 : Niveau d’études le plus élevé vent, ils expriment leur amertume voire regret d’avoir quitté dans la catégorie NEET par genre l’école en raison de circonstances familiales sur lesquelles ils (Age 25-29) n’avaient aucun contrôle, par exemple, la pauvreté, l’insta- bilité familiale, ou la distance géographique de leur village 100 3,4 20,,96 11,1 7,0 natal. Ces jeunes sont aussi vulnérables et à la merci des or- 0,1 11,2 ganisations religieuses radicales ou ils peuvent également se tourner vers l’émigration clandestine, comme l’a souligné un 80 15,8 jeune homme ayant abandonné l’école. 27,1 36,2 Sous secondaire L’un d’entre nous a abandonné l’école pour céder la place Secondaire à un autre membre de la famille. Ainsi la famille ne s’en- pour cent 60 11,1 Universitaire dettera pas. C’est mieux que l’un de nous se sacrifie, et je le Professionnel répète, il s’agit bien là d’un sacrifice. 9,7
Il est remarquable de voir comment l’état ignore ses jeunes 40 80,7 85,3 C’est pourquoi l’émigration clandestine a pris tellement d’ampleur. Jeune homme ayant abandonné l’école, Mahdia 20 50,6 47,0 (CE) 0 Rural Urbain Urbain Les filles restent plus longtemps à l’école que les garçons Rural femme homme femme et représentent 62% des étudiants universitaires. La scolari- homme sation des filles aux niveaux scolaire et universitaire a aug- menté a nettement augmenté depuis les années 1960 et 1970, Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. et leurs résultats ont dépassé ceux des garçons. En région ur- Note : La graphique rapporte le plus haut niveau de scolarité parmi tous les baine, plus d’un tiers de toutes les jeunes femmes ont achevé jeunes de 25-29 ans qui ont quitté le système éducatif, y compris ceux qui leurs études universitaires (36,2%), un chiffre beaucoup plus ont un emploi et les NEET. élevé que la proportion de jeunes hommes 27,1%. (graphique 3.9).7 Toutefois, les inscriptions universitaires des jeunes de savoir qu’un grand nombre de jeunes tunisiens ne pour- femmes reflètent l’absence d’opportunités d’emploi pour la ront pas bénéficier de la croissance économique future axée plupart d’entre elles. La recherche qualitative a révélé que sur la productivité. En conséquence, les travailleurs continue- de nombreuses jeunes femmes ont choisi de prolonger leurs ront à recevoir de faibles salaires et l’insécurité de l’emploi études pour différer le contact avec la réalité du chômage. augmentera ainsi que l’inégalité des revenus.
Je voudrais terminer mes études. Que vais-je faire si je reste Qualité des études à la maison? Regarder la télévision? C’est juste une forma- tion, mais cela permet de m’occuper. Etudiante universi- Malgré des taux d’inscription très élevés, les résultats sco- taire, Tunis laires sont médiocres dans le pays. Les résultats de l’enquête TIMSS 2011 indiquent que 75% des élèves de huitième Une fois que les réformes économiques commencent à année en Tunisie sont «faibles» voire «très faibles» en mathé- porter leurs fruits et améliorer la croissance économique, les matiques, en dépit des améliorations depuis 2003. Comme la entreprises évoluent vers des secteurs très productifs avec des plupart des pays de la région MENA, la Tunisie a des résul- exigences plus élevées concernant les qualifications du per- tats plus faibles que les autres pays à revenus intermédiaires sonnel. Les besoins d’une main d’oeuvre sans qualification similaires dans d’autres régions. 8 Dans l’ensemble, les écoles vont baisser au profit de besoins en compétences créative ca- secondaires ne semblent pas fournir aux étudiants les com- pacité d’innovation et spécialisations techniques, lesquelles pétences de base nécessaires pour être compétitif dans une requièrent au moins le niveau secondaire ou une formation économie mondialisée9 professionnelle. C’est donc un grave sujet de préoccupation L’école est incapable de transmettre les compétences de vie qui permettront aux jeunes de faire la transition entre le mi- lieu scolaire et la citoyenneté active. Les formations aux com- pétences pratiques font largement défaut dans les écoles ainsi que les activités parascolaires qui permettent le développe- ment de compétences sociales, personnelles, communicatives qui permettent aux jeunes de se réaliser pleinement et acqué- rir les valeurs du travail et de la citoyenneté active. Selon une Inactivité et chômage des jeunes | 31
étude réalisée par CNIPE en 2008, parmi les facteurs liés à De vives critiques se sont élevées contre les réformes suc- la régression des standards, figure l’abandon des évaluations cessives de ces dernières décennies qui ont affecté le secteur sous forme de concours10 en fin de sixième année secondaire. de l’enseignement et que les étudiants perçoivent comme ar- Les réformes successives des programmes n’ont pas réussi à bitraire et peu adéquates. Ces réformes ont donné lieu à des améliorer l’apprentissage des compétences de base dispensées politiques auxquelles les enseignants étaient mal préparés aux étudiants tunisiens. Comme le dit un étudiant : pour les intégrer dans leurs classes. Ainsi la très contestée politique d’arabisation qui a institué la langue arabe comme Avant, ils n’étaient pas comme nous ; ils savaient la valeur langue unique d’enseignement dans le primaire, une partie du des choses. Ils savaient ce que les sciences humaines étaient. secondaire et du supérieur y compris pour les matières scien- Maintenant, il y a beaucoup de livres, mais rien dans la tête. tifiques.11 Initiée dans les années 1980, la politique d’arabi- Nous étudions beaucoup de sujets complexes, mais ils ne sation est critiquée par les jeunes qui reprochent la manière servent à rien. Etudiants, Zaghouan (Nord-Tunisie) péremptoire et abrupte. Une jeune femme raconte sa propre expérience : La qualité des enseignants est aussi perçue comme impor- tante pour la qualité de l’enseignement. L’étude qualitative Pendant trois ans, j’ai étudié à l’école secondaire, de la 6e suggère que les problèmes de formation des enseignants com- à la 9ème année, j’ai étudié les mathématiques, la physique mencent au niveau le plus bas du système scolaire, où trop et les sciences en arabe. Mais nous avions des professeurs d’enseignants de l’école primaire sont recrutés de l’univer- formés en français. Personnellement, étant parmi les meil- sité, sans formation pédagogique adéquate. Comme le dit un leurs élèves, je pense que l’enseignant était perdu. Il ne jeune répondant : pouvait pas communiquer, et je ne pouvais pas compren- dre son cours en arabe, qu’il semblait faire à contrecoeur. Ce n’est pas une question de formation ou de recrutement ; Il est compréhensible que si l’enseignant n’avait pas étudié il y a des enseignants qui ne peuvent tout simplement en arabe avant, il ne serait pas en mesure d’enseigner les pas contrôler leurs classes, qui sont tout simplement pas connaissances dans cette langue. […]. Cela n’aide ni l’élève, adaptés à la profession. Femme chômeur diplômée, Mah- ni le professeur. C’était épuisant. Etudiante diplômée, Sidi dia (Tunisie Intérieur) Bouzid (Tunisie Intérieure)
La plupart des enseignants n’expliquent pas à leurs élèves L’examen de fin du secondaire (baccalauréat) st une autre l’approche à adopter. Ils donnent l’équation et le résultat source de discorde. Environ 25% de l’évaluation finale est Infirmier, 28, Tunis (Région côtière) basée sur le contrôle continu, ce qui signifie que les ensei- gnants peuvent attribuer des notes arbitrairement. Ce sys- L’orientation professionnelle dans les écoles secondaires tème de classement est ouvert à toutes sortes de problèmes et l’université est quasi-inexistante et les étudiants n’ont pas tels que la manipulation et le favoritisme et autres. En outre, d’orientation sur d’importantes de décisions de carrière qu’ils le calendrier et les modalités de l’introduction des langues doivent prendre. Beaucoup de jeunes soulignent l’absence de étrangères dans le programme est critiquée par de nombreux soutien et des conseils sur le choix de cours et les implications étudiants. sur la carrière. En outre, le système d’admission de l’univer- sité est centralisé et rigide et il limite le choix offert aux futurs Alors que la plupart des pays industrialisés poursuivent étudiants et ainsi que l’accès à de nombreux cours très popu- une stratégie d’apprentissage à vie, les possibilités de for- laires. Comme ce jeune homme : mation complémentaire en Tunisie sont très limitées après avoir quitté l’école. Il n’y a pratiquement pas de formation J’ai demandé comme premier choix sociologie et anglais pour les jeunes travailleurs ; seulement un jeune Tunisien et j’ai obtenu l’arabe. Je n’avais pas rempli les neuvième salarié sur dix a reçu une formation professionnelle dans et dixième choix sur la forme, et le garçon assis à côté de l’année écoulée. Selon l’enquête sur la transition de l’école moi a suggéré la mise en arabe. […] J’ai laissé tomber. Jeune au travail (SWTS) de l’Observatoire National de l’emploi de homme entrepreneur, Tunis l’OIT, 2013, seulement 10,4% des jeunes Tunisiens employés avaient pris part à la formation professionnelle, surtout pour un supplément de spécialisation.12 Près de la moitié de ces 32 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
activités de formation ont été financées par des programmes à introduire des jeunes médiateurs et médiatrices dans plu- publics (40,8%). L’accès à ces activités de formation est simi- sieurs universités, des évaluations de la qualité de l’enseigne- laire pour les jeunes hommes et les femmes. ment ainsi que des changements au niveau de la gouvernance touchant les ministères de l’éducation ainsi que les adminis- Conseils pour une meilleure transition entre trateurs universitaires et les professeurs.14 l’école et le travail Au Royaume-Uni, tous les départements universitaires Compte-tenu du nombre élevé d’abandons scolaires dans ont des comités consultatifs composés de jeunes étudiants l’enseignement secondaire, des services de conseil doivent chargés de tout examiner, des recherches stratégiques, à la être mis en place, en particulier pour les élèves des classes les qualité des programmes de la qualité, à la demande des étu- plus touchés par ce problème. Pour être efficaces, ces services diants. Les étudiants passent en revue tous les points internes doivent être gérées de manière professionnelle par des presta- de l’université et les représentants des étudiants u niveau de la taires du secteur privé en partenariat avec des ONG dirigées direction de l’Université. L’inclusion des syndicats d’étudiants par des jeunes pour sensibiliser les enseignants, les parents, est extrêmement bénéfique pour le suivi. Des initiatives simi- et favoriser surtout le mentorat par les pairs. Un service de laires au niveau de l’enseignement secondaire pouvaient être conseil pour l’orientation des jeunes pourrait être introduit prises en charge en Tunisie à travers un programme de sub- progressivement dans les écoles secondaires publiques dans ventions compétitives pour lesquels élèves et ONG de jeunes toute la Tunisie pour fournir une orientation professionnelle, peuvent poser leurs candidatures. des informations pertinentes, des compétences de vie et un soutien psychopédagogique pour faciliter la transition de 3.4 Voies menant à l’emploi et obstacles l’école au travail, y compris l’identification des opportunités d’apprentissage. En développant l’information et l’orienta- Inscription au chômage tion et le coaching des jeunes Tunisiens pour atteindre un objectif de travail à long terme en particulier les jeunes Malgré les taux élevés de NEET, peu de jeunes Tunisiens sont défavorisés à risque de décrochage scolaireles services de inscrits au bureau de chômage. Dans la région rurale, seule- conseil serviraient également comme mesure préventive pour ment 14,5% des jeunes hommes et 8,1% des jeunes femmes réduire le nombre d’abandons scolaires. Cette réforme pro- sans travail sont inscrits au chômage (voir graphique 3.10). posée vise à compléter les réformes structurelles nécessaires, Les taux d’inscription sont un peu plus élevés en Tunisie ur- à long terme dans le secteur de l’enseignement en Tunisie. bain : 46,0% d’hommes, 63,3% de femmes, mais loin d’être universelle. Les bureaux de chômage de la Tunisie ont grand Une recommandation-clé finale est de s’assurer que les besoin d’être améliorés et développer des services pour at- organisations de jeunes ont la possibilité d’exprimer leurs teindre les jeunes NEET, leur fournir des services utiles, et préoccupations et de proposer des solutions concernant les de soutenir efficacement les jeunes chômeurs dans leur quête problèmes d’enseignement. L’expérience des autres pays à re- d’emploi, notamment dans les zones rurales. Le système ac- venu intermédiaire montre que, en dehors de sa valeur immé- tuel atteint à peine un jeune rural sans travail, et seulement diate dans la lutte contre la corruption et les malversations un sur deux NEET urbains dans le système scolaire, une meilleure participation des étu- diants et des parents dans les écoles augmente la responsabi- Obstacles pour trouver un emploi lité des enseignants et des administrateurs scolaires, tout en donnant aux étudiants davantage d’opportunités pour influer Les bureaux de chômage ne fournissent qu’un support limité sur la conception des programmes. En Tunisie, cela permettra et la plupart des NEET ne sont même pas inscrits au chô- probablement une mise au point sur l’introduction de compé- mage, en particulier dans les régions rurales de Tunisie. Infor- tences utiles pour le marché du travail.13 mation sur les nouvelles offres d’emploi est difficile à obtenir notamment si l’on n’a pas de connexions. Dans un marché Les organisations universitaires de la jeunesse peuvent du travail ou le chômage affecte la plupart des familles, les jouer un rôle constructif dans l’amélioration du système édu- quelques emplois disponibles sont d’abord réservés aux pa- catif. Par exemple, un réseau régional d’organisations d’étu- rents et amis, avant les candidats réguliers qui postulent. diants de plusieurs pays de l’Europe du Sud-Est, établi à la suite des conflits en Yougoslavie, a aidé à mettre en oeuvre Le système tunisien d’inscription au chômage exige des plusieurs réformes cruciales. Ces organisations ont réussi investissements importants et une assistance technique. Le système actuel atteint à peine les jeunes ruraux sans travail, Inactivité et chômage des jeunes | 33
et seulement un NEET urbain sur deux. Le manque de ser- Graphique 3.9 : Taux de NEET inscrits comme vices pour l’emploi renforce les disparités rurales-urbaines. chômeur rural vs. urbain L’analyse régionale plus détaillée révèle que peu de variations régionales existent ; même si les inscriptions dans la région 70 63,3 intérieure sont les plus importantes (voir graphique 3.5). 46,0 Pour trouver du travail, il est nécessaire de consulter Inter- 50 Homme net, se rendre dans un bureau de l’emploi, mais c’est l’une Femme des rares régions où il n’y a pas de bureau de l’emploi. Il en coûte … 2 dinars pour l’accès Internet d’une heure … et 10 dinars pour vous inscrire au bureau de l’emploi. Diplômé 20 14,5 sans emploi, Sidi Maklouf, Médenine 10 8,1 Les processus de recrutement sont largement considérés comme discriminatoires, en particulier pour les emplois du 0 Urbain secteur public. Les concours qui sont la voie officielle du re- Rural crutement public, sont considérés comme une simple façade, selon les jeunes ayant participé aux groupes de discussion Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. lors des entretiens qualitatifs. Les facteurs suivants ont été Note : La graphique inclut tous les NEET. considérés comme une pratique courante pour influencer le recrutement, notamment : (i) le piston (ii) la corruption, (iii) Ils n’emploient jamais les gens d’ici. Ils recrutent des gens le népotisme, et (iv) le régionalisme. Bien que ces types se de Tunis ou Sousse, parce que les patrons et les professeurs aient de nombreux points communs, ils ont aussi leurs spéci- d’université ne sont pas d’ici. Comme tout le monde, ils ficités respectives. ne prennent que des gens parmi leurs connaissances. Étudiante, Zaghouan (Tunisie côtière) Toutefois, la corruption et le népotisme sont considérés comme une nécessité pour réellement obtenir un emploi. In- Le manque de contacts personnels est l’un des obstacles terrogés sur les deux aspects les plus importants dans leur majeurs dans la recherche d’emploi chez les jeunes Tunisiens, recherche d’emploi, les jeunes Tunisiens ont souligné l’impor- avec l’absence générale d’opportunités. Interrogés sur les tance des relations : 53,6% en milieu rural, 62,6% en milieu deux principales difficultés à trouver du travail, le manque de urbain (voir graphique 3.13). Présomptions tout aussi impor- possibilités et le manque de contacts au niveau le plus élevé tantes sont les qualifications, exprimées par le niveau d’édu- en milieux urbain et rural, (graphique 3.14). D’autres aspects cation : 50,2% en milieu rural ; 56,9% en milieu urbain, et importants souvent cités sont le manque de moyens finan- l’expérience de travail : 20,9% en milieu rural, 14,7% en mi- ciers et les qualifications ils sont interdépendants, créant lieu urbain. Dans les entretiens de groupes de discussion, les participants ont identifié un cercle vicieux : le manque d’ex- Graphique 3.10 : Principales raisons de trouver périence de travail qui rend difficile de percer dans le marché de l’emploi, en particulier dans le secteur privé. des opportunités d’emploi
Le régionalisme décrit le favoritisme des jeunes de la ré- 80 rural vs. urbain gion côtière pour de nombreux emplois du secteur privé le régionalisme qui est très répandu et contribue aux inéga- 70 62,6 lités. Le favoritisme peut être dû à la capacité perçue de la jeunesse du littoral de tirer parti des réseaux interrégionaux pour cent 60 53,6 56,9 de patronage. Dans de nombreux établissements du secteur 50,2 privé, notamment les banques et les usines, les décisions 50 d>embauche sont fortement influencées par les élites régio- Rural nales. Ceci n’est pas seulement une caractéristique de l’in- 40 Urbain térieur. Une étudiante à Zaghouan, à seulement 15 km de Tunis, parle d’une usine qui y est établie : 30 20,9 14,7
0 Niveau Expérience Relations et d’études népotisme
Note : La graphique inclut tous les jeunes. Parce que les réponses multiples étaient autorisées, les pourcentages ne totalisent pas 100%. 34 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 3.11 : Principaux obstacles pour trouver un emploi rural vs. urbain
70 67,5 67,8
60 52,8 45,4 pour cent 50 Rural Pas de Urbain 40 relations
30 23,5 16,4 20 17,7 16,2 8,4 12,2 11,9 Pas de Recrutement Pas de travail 6,7 10 ressources qual. difficile dans la Pas 0 fin. spécialité d’information Pas
opportunités
Note : La graphique inclut tous les jeunes. Parce que les réponses multiples étaient autorisées, les pourcentages ne totalisent pas 100%.
plusieurs séries d’obstacles. Dans les entrevues de groupes de et 44,8% des jeunes en milieu urbain comptent sur l’agence discussion, les participants ont identifié un cercle vicieux, à pour l’emploi pour obtenir des informations sur de nouveaux savoir le manque d’expérience de travail rendant difficile la emplois. En revanche, plus de deux tiers des jeunes en milieu percée dans le marché de l’emploi, en particulier dans le sec- rural (67,2%) et près de la moitié des jeunes en milieu urbain teur privé. (42,3%) en utilisent les réseaux et de contacts personnels (voir la graphique 3.12). Ces inégalités d’accès à l’informa- Trois ans après le début de la Révolution, le gouverne- tion sont cause que beaucoup de jeunes qualifiés contribuent ment tunisien continue à faire face aux énormes défis de dé- qualifiés ne sont pas informés des offres d’emplois ; ce qui veloppement de l>accès des jeunes aux opportunités de travail contribue à rallonger les périodes de chômage et diminuer le selon une approche inclusive tenant compte de l’égalité liée nombre de placements. au genre et aux régions. Les jeunes Tunisiens considèrent les réseaux informels et d’autres pratiques déloyales comme des Parmi les jeunes Tunisiens, Internet est devenu la deu- obstacles aux postes disponibles. En particulier les jeunes xième plus importante source d’informations sur les offres Tunisiens issus de familles pauvres et les jeunes défavorisés d’emploi. Dans les zones urbaines, 43,3% des jeunes utilisent n’ayant pas achevé le cycle secondaire, passent des années Internet pour trouver un emploi, par rapport à un niveau à chercher du travail. Aller de l’avant, procéder à l’intégra- encore beaucoup plus faible de 27,6% dans les zones rurales tion des jeunes marginalisés (NEET) sur un marché du travail (voir graphique 3.12). L’Internet a dépassé les médias tradi- largement marqué par les disparités régionales, les relations tionnels tels que la télévision et la radio : 14,3% en milieu personnelles, les normes traditionnelles et les préférences de rural, de 2,5% en milieu urbain et des journaux : 23,9% en la famille, devrait être une préoccupation centrale pour ren- milieu rural, 21,9% en milieu urbain. Cependant, de nom- forcer la voie vers la croissance économique et la stabilité. breux jeunes Tunisiens n’ont pas accès à Internet, en parti- Les chapitres suivants mettront en lumière les mesures à envi- culier les jeunes défavorisés, et les jeunes femmes et hommes sager pour réduire l’exclusion parmi les catégories de jeunes en Tunisie rurale. Les technologies alternatives, telles que le les plus touchés. service de messages courts (SMS) des services fournis par les initiatives publiques et privées, ont le potentiel d’atteindre Au lieu de s’appuyer sur l’agence de l’emploi pour obte- beaucoup plus de jeunes Tunisiens. Le taux actuel de l’abon- nir des informations sur les possibilités d’emploi, la plupart nement service SMS pour les nouveaux emplois reste très des jeunes utilisent les réseaux sociaux informels pour trou- faible : 0,9% en milieu rural, de 1,3% en milieu urbain. ver un emploi. Seulement 31,0% des jeunes en milieu rural Inactivité et chômage des jeunes | 35
Graphique 3.12 : Sources d’Information concernant les opportunités d’emploi rural vs urbain
70 67,2
pour cent 50 42,3 44,8 43,3 31,0 27,6 40 Rural Agence pour Internet Urbain 30 l’emploi 23,9 21,9 Presse 20 14,3 imprimée 2,5 10 0,9 1,3 Radio SMS 0 et TV Réseau de relations
Note : La graphique inclut tous les jeunes. Parce que les réponses multiples étaient autorisées, les pourcentages ne totalisent pas 100%.
Notes année] International Mathematics Report : Findings from IEA’s Trends in International Mathematics and Science Study at the Fourth and Eighth 1. Economist. 2013. “Youth Unemployment : Generation Jobless.” [Jeunes Grades] Chestnut Hill, MA : TIMSS & PIRLS International Study Center, sans emploi, génération chômeurs] April 27. Boston College.
- Ces taux de réussite scolaire ne sont que légèrement supérieurs à ceux 9. Banque mondiale. 2012. Rapport sur le Développement mondial 2013 : des générations plus âgées. La proportion de travailleurs tunisiens d’âge de Jobs. Washington, DC ; Banque mondiale, Créer des bonnes opportunités plus de 29 années sans avoir complété leurs `études secondaires sont 89,1% d’emplois en Tunisie : Revisiting Labor Market Outcomes, Constraints and (hommes) et 98% (femmes) dans les zones rurales, par rapport à 64,3% (hommes) et 70,4% (femmes) dans les zones urbaines (voir graphique Institutions, Background Report to the Tunisia Development Policy Review, A4,9). May 2013, [Revisiter résultats sur le marché du travail, contraintes et insti- tutions, Rapport sur la politique de développement en Tunisie, mai 2013 3. L’enquête n’a pas saisi suffisamment de population de jeunes diplômés mimeo]. pour pouvoir évaluer précisément leur proportion. 10. Etude du CNIPE, 2008 (Le Centre National d’Innovation Pédagogique 4. Ces résultats incluent les jeunes gens vivant respectivement dans les ré- et des Recherches sur l’Education) a révélé qu’une bonne partie des étudiants gions rurale et urbaine, et ne sont pas comptabilisées pour la migration. de 7e et 8e années, qui ont dû abandonner l’école suite à la suppression de la pratique de redoublement en 1996, étaient incapables de lire et écrire en 5. Le tableau présente les résultats d’un modèle Probit de l’abandon sco- arabe et aussi en français. Source : CNIPE 2008. laire précoce et confirme largement les résultats constatés pour le niveau d’instruction dans son ensemble. Comme précédemment, les coefficients très 11. Officiellement, l’arabe est la langue d’enseignement au niveau de l’éd- larges et statistiquement très significatifs rendent plausibles que la richesse ucation de base et le français est enseigné comme une langue étrangère. Le des ménages joue un rôle causal important dans la détermination des résul- français devient la langue d’enseignement pour les disciplines techniques, tats scolaires. Parmi les raisons celles suggérées ci-dessus. scientifiques et mathématiques, tandis que toutes les autres classes sont en- seignées en arabe. Cependant, les groupes de discussion indiquent que les 6. Ben Romdhane, Mahmoud. 2010. L’éducation en Tunisie : une centralité mathématiques et certains cours de sciences sont enseignés en arabe dans des historique menacée. In Guemara R. (Ed). Mélanges offerts au professeur endroits à travers le pays. Abdelmajid Charfi, Tunis, Université de Tunis. 12. OIT. 2014. Transition vers le marché du travail des jeunes femmes et 7. The rural sample did not include enough university graduates to make a hommes en Tunisie. Work4Youth Publication Series Nr. 16. Geneva. meaningful comparison. 13. Gloria La Cava, et Sarah Michael. 2006. Youth in the North Caucasus : 8. I.V.S. Mullis, M.O. Martin, P. Foy and A. Aurora. 2012. TIMSS 2011 International Mathematics Report : Findings from IEA’s Trends in Inter- From Risk to Opportunity, The Banque mondiale, Europe and Central Asia national Mathematics and Science Study at the Fourth and Eighth Grades, Region, pp. 58-60. [Les jeunes dans le Caucase du Nord : transformer le [Rapport International Mathematics : Résultats de Tendances de l’AIE Inter- risque en opportunité, Banque mondiale]. nationale sur les mathématiques et les sciences à la quatrième et la huitième 14. Ibid. CHAPITRE 4
Opportunités économiques
37 38 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Que vous soyez une jeune femme ou un jeune homme, vous vous dites : “Tout de même, après toutes ces années d’études et de sacrifice, vous vous retrouvez à rester à la maison. Même si en dépit de tout, vous essayez de travailler, cela vous affecte psychologiquement … cette vie, vous ne satisfait pas.
Vous préféreriez vivre dans de meilleures conditions, dans un meilleur environnement.” Jeune femme diplômée, sans emploi, Tataouine (Sud de la Tunisie).
Ce chapitre met en évidence les opportunités économiques Les chances des jeunes pour trouver un emploi dépend accessibles aux jeunes femmes et jeunes hommes tunisiens, et d’abord et avant tout de leurs antécédents familiaux. L’ana- présente l’état général de l’emploi et de l’entrepreneuriat, à la lyse de régression montre que l’éducation paternelle compte fois dans les secteurs formels et informels. Les résultats sou- plus que la scolarisation d’un jeune pour déterminer si ce der- lignent que d’importantes disparités régionales et de genre nier pourra trouver un emploi, de même que la richesse des existent au niveau des perspectives d’emploi des jeunes, ce ménages semble également jouer un rôle important dans la qui a été également documenté dans une étude récente de recherche d’emploi (voir graphique 4.1). Ce qui suggère que la Banque mondiale sur les résultats du marché de l’emploi les facteurs qui ne peuvent être contrôlés directement par la en Tunisie.1 La plupart des emplois disponibles n’offrent pas régression telles que les connections familiales et la qualité de contrat formel, ce qui a pour conséquence une sécurité de l’éducation, qui sont tous deux susceptibles d’être en cor- de l’emploi ou un accès à la sécurité sociale limité.2 Enfin, rélation avec l’éducation paternelle jouent un rôle prépon- une section séparée sur l’auto-emploi met en évidence le po- dérant dans la recherche d’emploi chez les jeunes. tentiel entrepreneurial important des jeunes Tunisiens, tout en notant l’accès limité au financement et des implications Exclusion Régionale quant à la réglementation excessive pour les jeunes travail- leurs indépendants. [Président] Bourguiba a développé la région de Monastir, [le président] Ben Ali a développé Sousse, mais les régions 4.1 Opportunités d’emploi de l’intérieur ont été oubliées. L’État doit traiter les régions de manière équitable. Compte tenu du taux de chômage à Malgré les politiques de la Tunisie sur l’égalité des genres, Sidi Bouzid qui s’avère être le double de celui de Sousse, ils peu de jeunes femmes tunisiennes sont employées. Moins devraient cesser d’investir à Sousse jusqu’à ce que les autres d’un cinquième des jeunes femmes en Tunisie rurale (18,5%) régions aient rattrapé, alors, tout le monde serait heureux. et moins de deux sur cinq jeunes femmes en Tunisie urbaine Avec de telles mesures, l’égalité pourrait être établie entre (39,8%) ont un emploi.3 Parmi la jeunesse tunisienne qui les régions. Jeune homme chômeur diplômé, Sidi Bouzid. a terminé ses études et se trouve sans emploi (NEET), les taux sont nettement plus faibles chez les femmes que chez Les jeunes Tunisiens sont confrontés à de faibles opportu- les hommes (voir graphique 4.1).4 L’emploi des femmes est nités d’emploi, en particulier à l’intérieur et dans le Sud, selon particulièrement faible dans le Sud (8,3% en milieu rural, un récent rapport sur les résultats de la fracture spatiale sur le 17,2% en milieu urbain) et à l’intérieur (16,1% en milieu marché de l’emploi.5 En fait, parmi les causes sous-jacentes de rural, 34,3% en milieu urbain), comparé aux jeunes femmes la révolution de 2011, l’on note la marginalisation spatiale, qui travaillent dans la région côtière (27,5% en milieu rural, économique et politique de la société dans certaines parties 45,9% en milieu urbain). L’emploi des jeunes hommes est très du pays en faveur de la région côtière.6 Une analyse plus ré- faible dans l’ensemble, même dans la région côtière (58,1% cente affirme que les soulèvements se sont répandus entre les en milieu rural, 68,0% en milieu urbain), suivi par le Sud communautés marginalisées à travers le pays, dans ce qui a (53,6% en milieu rural, 60,3% en milieu urbain), et à l’Inté- été décrit comme «proximité socio-économique», plutôt que rieur (48,9% en milieu rural, 56,6% en milieu urbain). Dans proximité géographique.7 l’ensemble, entre un tiers et la moitié des jeunes hommes qui, en principe pourraient travailler, se retrouve sans em- La migration des jeunes renforce davantage les dispari- ploi, ce qui implique une perte importante de la production tés régionales et les divisions urbaines et rurales existantes. économique. La migration des jeunes prive les zones rurales d’une jeune Opportunités économiques | 39
Graphique 4.1 : L’emploi chez les jeunes Tunisiens b. Urbain
pour cent80 48,9 53,6 80 56,6 60,3 Homme pour cent60 58,116,168,0 34,3 17,2 Femme 8,3 Homme 40 Intérieur Sud Femme 60 Intérieur 27,5 45,9 20 40
0 20 0
Note : Ce graphique exclut tous les jeunes inscrits dans des programmes éducationnels ou des formations.
main-d’oeuvre qualifiée limitée, tout en alimentant les ban- rurale (voir graphique 4.4). En revanche, relativement peu de lieues pauvres sans cesse croissantes de la Tunisie urbaine. En jeunes femmes migrent vers le Grand Tunis (16,7%), d>autres fait, la migration démontre l’incapacité de l’arrière-pays rural villes (32,2%), ou à l’étranger (2,4%). Près de la moitié des de s’aligner sur un modèle économique de haute productivité. frères et soeurs des femmes qui ont migrés ont déménagé dans Dans ce cercle vicieux, les jeunes de l’intérieur se considèrent d’autres zones rurales (48,8%). comme victimes de négligence et d’inégalités régionales. La migration des jeunes ajoute encore à la pression sociale dans Les jeunes chômeurs se disputent les quelques emplois qui les zones urbaines, incapables d’absorber le nombre rapide- sont disponibles. Il est parfois perçu que les jeunes migrants ment croissant de jeunes travailleurs non qualifiés. Les jeunes ruraux acceptent de travailler pour des salaires beaucoup tunisiens ne migrent pas seulement pour des questions d’em- plus faibles que ceux des travailleurs non qualifiés en Tunisie ploi, mais également pour sortir de la pression sociale dans urbaine. les communautés rurales, ce qui retarde dans la prise de nom- breuses décisions importantes et résulte en des frustrations Ceux qui viennent de zones rurales sont prêts à travailler supplémentaires chez les jeunes. Pour de nombreux jeunes, pour des salaires nettement inférieurs. Tunis est envahie par la migration est perçue comme une expérience traumatisante, les migrants, alors que d’autres régions du pays sont vides, un exil de la famille ou de la communauté. Les jeunes dé- et les habitants de Tunis ne peuvent pas trouver d’emploi. crivent le fait de quitter la maison et le soutien affectif et Je pense qu’un visa ou titre de séjour pour vivre en ville matériel de la famille, des amis, du voisinage et du café pour devrait être mis en place, afin d’éviter un surpeuplement. une zone urbaine comme un sacrifice « où personne ne me A Tunis, il n’y a pas plus d’espace nulle part. Travailleur voit», plutôt que comme une aventure. informel, Tunis (zone côtière de Tunisie)
Les jeunes du milieu rural continuent à migrer vers les Exclusion basée sur le genre villes, espérant échapper aux zones rurales, malgré le manque de bons emplois dans les zones urbaines. Près de 90,2% L’exclusion basée sur le genre reste un défi de taille pour les des ménages ruraux signalent que des membres directs de jeunes femmes tunisiennes qui tentent d’accéder au marché famille8 ont migré vers les zones urbaines, en majorité des de l’emploi. La Tunisie a accompli des progrès considérables jeunes frères et soeurs ruraux. L’exode rural continue d’être pour réduire les écarts entre les genres tant au niveau des une voie de sortie importante pour les jeunes ruraux, en par- résultats scolaires que dans le secteur de la santé, mais les ticulier pour les hommes. Près d’un quart des migrants de investissements dans le développement humain ne se sont pas sexe masculin se sont dirigés vers le Grand Tunis (24,6%), encore traduits par des taux plus élevés de participation des 31,7% dans d’autres villes, ou 15,3% à l’étranger. Un peu femmes à la vie économique.9 Plusieurs méthodes établies plus d’un quart (28,4%) des migrants de sexe masculin ve- sont disponibles afin de mieux comprendre la discrimination nant des ménages ruraux a déménagé dans une autre zone 40 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 4.2 : Destinations des migrants ruraux par genre
a. Homme b. Femme
15,3% Grand Tunis 2,4% Grand Tunis Autre urbain 16,7% Autre urbain Rural Rural 24,6% Etranger Etranger
28,4% 48,8% 32,2%
31,7%
Source : Banque mondiale 2012d. Note : Ce graphique reflète tous les migrants existants qui sont apparentés aux jeunes des milieux ruraux.
entre les genres, y compris l’expérience et les perceptions au- sur le genre dans le secteur public. Une grande partie de to-déclarées et l’analyse de régression de salaire en vigueur. jeunes hommes conviennent que la discrimination contre le Le graphique 4.3 présente les perceptions des jeunes gens et recrutement des femmes existe : 44,1% dans le secteur privé, des jeunes femmes du milieu rural en Tunisie sur la discrimi- et de 32,4% dans le secteur public. nation basée sur le genre sur le marché du travail.10 Près des deux tiers (61,4%) des femmes interrogées indiquent qu’elles La discrimination à l’égard des femmes est préjudiciable sont victimes de discrimination lors de la recherche d’emploi à leur participation sur le marché de l’emploi et au potentiel dans le secteur privé. Un nombre plus restreint, mais encore de développement de la Tunisie. Comme le souligne le Rap- considérable (44,4%) constatent une discrimination basée port Mondial sur le Développement de 2012, « l’égalité des genres est une économie intelligente » et impacte le dévelop- Graphique 4.3 : Perception de discrimination basée pement.11 Donner aux femmes et aux hommes un accès égal sur le genre dans le secteur privé à l’éducation, aux opportunités économiques, et aux actifs a par rapport au secteur public en le potentiel de stimuler la productivité. La recherche qualita- Tunisie rurale tive démontre que de nombreux jeunes hommes ne croient pas qu’il est important pour les femmes d’avoir un emploi, 70 car l’homme est traditionnellement considéré comme le chef 61,4 de famille. Cependant, il s’avère de plus en plus nécessaire d’avoir deux revenus pour maintenir les ménages, et l’em- 60 ployabilité peut être un atout pour les jeunes femmes, tel que le commente un diplômé. 50 44,1 44,4 Homme 32,4 Femme Aujourd’hui, les homes ne cherchent plus une femme au foyer, mais préfèrent une femme qui travaille et rapporte 30 de l’argent. Et ils ont raison. Femme diplômée sans emploi, Tunis Les préoccupations familiales concernant la sécurité des 10 femmes et la bienséance sociale continuent de limiter la par- ticipation des jeunes femmes sur le marché de l’emploi. Il 0 Secteur public Secteur privé
Source : Banque mondiale, 2012d Note : Ce graphique se réfère aux jeunes ruraux Tunisiens. Opportunités économiques | 41
existe moins d’opportunités pour les femmes de travailler à peuvent faire face à des années de chômage en attendant leur l’extérieur de la maison, en particulier dans la région du Sud, transition supposée dans les rôles d’épouses et de mères. en raison d’un manque de diversification économique d’une part, et d’autre part à cause du nombre limité d’emploi consi- Nos parents nous ont encouragés à étudier et travailler. déré comme approprié pour une jeune femme par sa famille. Mais c’est toujours dans des limites qui ont été définies Les données qualitatives montrent que les normes sociales pour nous, et au-delà desquelles nous ne pouvons aller. continuent de limiter la mobilité des jeunes femmes pour tra- C’est une question de mentalité. Les gens ici pensent que vailler (voir encadré 4.1 sur la formation de la famille). Vivre les filles ne peuvent travailler que comme professeur ou une loin du milieu familial serait toléré par certaines familles si le infirmière ; ce sont des professions respectables, décentes. travail était considéré comme socialement acceptable et s’il Je suis seulement autorisée à être une enseignante et rien augmentait les perspectives de mariage de la jeune femme : d’autre. Je ne pourrais pas travailler comme guide touris- ce serait un emploi approprié à sa formation et de préférence tique, ou dans une usine, ou quoi que ce soit d’autre. Et dans le secteur public. Certaines des jeunes femmes partici- pire encore, le travail devrait se trouver dans le Sud de la pant au sondage ont indiqué que le fait de rester dans leur Tunisie. Je ne pourrais même pas rêver de travailler loin de région d’origine pourrait être considérée comme une impo- la maison. Femme diplômée, Médenine (Sud tunisien) sition plutôt qu’une aspiration. Contrairement aux jeunes hommes, elles ne peuvent accepter des emplois à court terme Cependant, poussé par les besoins économiques de leur comme des «des remplacements», qui pourraient déboucher famille, un nombre important de jeunes femmes issues de l’in- sur des compétences pertinentes. Compte tenu de la rareté des térieur et des régions du Sud travaillent. Ces jeunes femmes emplois considérés comme appropriés, les femmes diplômées travaillent généralement dans des usines situées sur la côte,
Encadré 4.1 : Formation de la famille
Certains segments de la société tunisienne perçoivent la possession d’un diplôme d’une institution d’enseignement supé- rieur comme un fardeau, en particulier chez les jeunes femmes, et ce à plusieurs égards. Ces jeunes femmes deviennent effectivement restreintes par leur propre initiative et leur réussite scolaire du fait que les hommes pourraient percevoir les femmes diplômées comme possédant une plus grande autonomie que celle qui leur est promise dans une culture pa- triarcale et par conséquent, risquent de les considérer comme inappropriée en tant qu’épouses potentielles. En outre, si le diplôme ne résulte pas en un l’emploi, la jeune femme doit retourner à la maison à ce qui, dans certains cas, équivaut en grande partie à une vie isolée, en particulier dans les régions de l’intérieur et du Sud. En outre, le secteur d’emploi de la femme détermine en grande partie si oui ou non elle reste appropriée pour le mariage. Considérant que les normes sociales en vigueur permettent à une jeune femme de travailler comme infirmière ou enseignante, elles s’opposent à la plupart des emplois dans la plupart des autres domaines.
Néanmoins, les jeunes femmes tunisiennes estiment que l’éducation et les qualifications professionnelles sont des atouts importants pour un mariage potentiel étant donné que les conditions économiques rendent de plus en plus difficile la gestion d’un ménage avec un seul salaire. Cette notion que les deux époux peuvent travailler est tout aussi fréquente chez les jeunes femmes non-diplômées qui ont exprimé l’importance de contribuer aux finances du ménage. Selon les mots d’une jeune femme « La vie est encore plus difficile de nos jours. Il est nécessaire que les deux membres du couple travaillent ».
Le statut professionnel et les diplômes affectent les perspectives de mariage pour les jeunes hommes tunisiens éga- lement, quoique d’une manière différente. Sur le plan social, de nombreuses familles préfèrent que leurs filles épousent un homme qui a un emploi, quel que soit le diplôme. Par conséquent, les hommes chômeurs diplômés possèdent peu ou pas d’avantage comparatif par rapport aux chômeurs non-diplômés. Ce qui résulte au manque de statut social qui est attribué aux hommes chômeurs diplômés et qui risque de dissuader les couples potentiels de se fiancer par crainte d’être refusé par la belle famille ou, pire encore, les fiançailles pourraient être rompues prématurément en raison d’un chômage prolongé et d’une pression intense sur l’homme de pourvoir pour sa fiancée.
Source : Banque mondiale ONJ, Données de l’Enquête Qualitative, 2012. 42 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
dans des villes comme Sfax, où elles partagent leur logement. arrangements de travail journaliers. Plus d’un cinquième des Dans ce cas, il y a un compromis entre d’une part les normes jeunes provenant à la fois du milieu rural (20,1%) et urbain qui régissent le type de travail considéré comme approprié (20,9%) ont des contrats de travail à durée déterminée, ce qui pour une diplômée universitaire, et d’autre part, le besoin de assure une sécurité de l’emploi limitée.12 Il est par conséquent revenus de la famille et le désir de la jeune femme d’échap- prévisible, que le travail informel est plus fréquent chez les per à l>ennui de l’ambiance domestique. Comme le dit cette jeunes en milieu rural ; plus de la moitié d’entre eux (51,7%) femme diplômée : travaillent comme journaliers. Dans l’ensemble, malgré l’in- sécurité de l’emploi qui prévaut chez les jeunes tunisiens, leur J’ai travaillé dans une usine une fois mon diplôme décro- stabilité contractuelle est beaucoup plus élevée que chez les ché. J’ai remarqué que la majorité des diplômées font de générations précédentes, qui détiennent une part beaucoup même et n’arrivent pas à trouver un emploi adéquat dans plus faible de contrats à durée indéterminée.13 leur domaine de compétence. Jeune femme diplômée, Sfax Les jeunes Tunisiens sont en majorité mécontents de l’em- L’informalité de l’emploi ploi informel et du risque d’exploitation qui y est associé. Cet aspect du travail informel est corroboré par les jeunes Le travail informel est fréquent parmi la jeunesse tunisienne : hommes et femmes interrogés, qui citent fréquemment la moins d’un jeune travailleur sur trois possède un contrat nature à court terme des contrats comme un aspect majeur de travail à durée indéterminée avec accès à la sécurité so- de l’insécurité de l’emploi. Les jeunes femmes et hommes ciale. En vertu de la règlementation qui régit le marché du associent les contrats à court terme avec l’exploitation par travail tunisien, les contrats de travail permanents sont les les employeurs. Par contre, un emploi stable, y compris un seuls qui donnent un accès complet à la sécurité sociale et contrat à moyen ou à long terme, associé à l’accès à la sécu- à une sécurité de l’emploi prolongée. Cependant, seulement rité sociale, sont parmi les principales aspirations profession- 15,3% des jeunes en milieu rural et 38,8% des jeunes en mi- nelles les plus cités. Etre inscrit dans le système de sécurité lieu urbain ont des contrats de travail à durée indéterminée. sociale, la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), est Le graphique 4.2 montre les types de contrats détenus par souvent cité comme l’avantage le plus important de tout em- les jeunes qui travaillent dans les zones rurales et urbaines. ploi, même parmi les travailleurs sans contrat formel. Pour Le marché de l’emploi pour les jeunes tunisiens est dominé de nombreux jeunes travailleurs, être inscrit dans le système par des contrats temporaires et saisonniers, ainsi que des de sécurité sociale est perçu comme un moyen de maintenir
Graphique 4.4 : Type de Contrat des jeunes Employés (Age 15-29)
a. Rural b. Urbain
15,3% CDI 19,1% CDI 20,1% CDD 3,9% CDD Temporaire 17,2% Temporaire Saisonnier Saisonnier Journalier Journalier
38,8%
51,7%
6,0% 20,9% 6,9%
Note : Le graphique concerne les jeunes qui sont employés, à l’exclusion de ceux qui travaillent pour leur propre compte. Opportunités économiques | 43
une certaine dignité face à la perte d’emploi. Tout emploi qui le côté pratique était presque inexistant. Jeune Femme Em- ne répond pas à ce critère est considéré comme un « faux ployée de banque Femme, 28ans, Tunis. travail », acceptable uniquement pour des raisons de survie. L’histoire récente au cours de laquelle la Tunisie a fourni Je n’ai pas d’objectifs en ce qui concerne le choix de une éducation de base à travers tout le pays est impression- nante, atteignant presque un taux d’alphabétisation uni- l’emploi. Je n’ai pas d’ambition. J’accepte ce que je trouve. verselle. En 2008, le taux d’alphabétisation officiel était de 96,1% chez les jeunes femmes et 98,2% chez les jeunes La chose la plus importante pour moi est que je sois inscrit hommes, bien que les taux dans les zones rurales aient ten- légalement à la CNSS. Travailleur informel de 21ans, Gafsa dance à être plus bas.19 De même, le taux de scolarisation (sud de la Tunisie) dans l’enseignement du troisième cycle a augmenté de 6% en 1987 à 35% en 2007, avec près d’un demi-million de jeunes La prédominance de l’emploi informel des jeunes peut tunisiens qui participent actuellement à l’enseignement su- être due en partie aux distorsions du marché du travail, ce périeur.20 Une grande partie de l’augmentation a eu lieu au qui pourrait être corrigés à travers une réforme. Selon une cours des dernières années, par exemple lorsque le nombre récente étude sur les réglementations du marché de l’emploi annuel de diplômés de l’université a plus que doublé en cinq en Tunisie, plusieurs facteurs semblent encourager le travail ans passant de 24.500 en 2001 à 52.300 en 2006.21 informel.14 Tout d’abord, la réglementation rigide, associée à des contrats à durée indéterminée, rendent difficile toute Malgré l’atteinte d’un taux élevé d’alphabétisation et fin d’emploi et incite les entreprises à recourir à la place, aux d’enrôlement universitaire, le secteur de l’éducation de la contrats informels à court terme.15 Deuxièmement, les im- Tunisie ne parvient pas à répondre aux besoins et aux as- pôts élevés sur les salaires (avoisinant les 29%), poussent les pirations de la jeune génération. Les jeunes sont de plus en travailleurs et les employeurs pour des raisons financières, plus déçus par les connaissances trop théoriques qu’ils ont à éviter les contrats formels. Troisièmement, les cotisations absorbé, et qui ne les préparent pas pour le marché du tra- à la sécurité sociale, sont perçues comme un impôt supplé- vail, et il en va de même pour les jeunes des autres pays de mentaire, puisque les paiements ne sont pas liés aux bénéfices la région MENA.22 Cette section présente les points de vue respectifs.16 Une réforme équilibrée de la réglementation du des jeunes sur le système éducatif, qu’ils considèrent comme marché du travail est nécessaire pour donner davantage de synonyme de salles de classe mal équipés, d’enseignants mal flexibilité aux entreprises, tout en augmentant la protection formés, un curriculum académique obsolète sans pertinence sociale des jeunes travailleurs. En particulier, les droits et les pour le marché du travail contemporain, le manque d’orien- règles de licenciement associés aux contrats à durée déter- tation sur les mesures pratiques nécessaires pour obtenir un minée et aux contrats à durée indéterminée afin qu’ils soient emploi et l’incapacité à promouvoir l’esprit d’entreprise et le conformes aux normes internationales.17 potentiel du secteur privé (voir l’encadré 4.2 pour un aperçu du système de l’éducation). De plus, l’éducation limitée est l’un des principaux mo- teurs du secteur informel. L’analyse de régression montre que Le niveau de scolarité est fortement lié aux antécédents l’emploi informel en milieu rural, est fortement lié au manque familiaux. Comme on pourrait s’y attendre, l’éducation de qualifications (voir graphique 4.2). Parmi des facteurs in- paternelle, ainsi que la richesse des ménages jouent un rôle dividuels, le secteur informel semble être particulièrement important. Les estimations sur l’achèvement de la scolarité prononcé dans les gouvernorats du Sud.18 Les estimations suggèrent que la richesse des ménages joue un rôle impor- montrent également que les jeunes femmes sont moins sus- tant pour déterminer le niveau d’achèvement de la scolarité ceptibles d’avoir des contrats informels. Compte tenu des (voir graphique 4.4)23 et ce, peut-être à travers la relation normes sociales concernant le cadre d’emploi approprié pour entre la richesse de la famille, la qualité de l’éducation, et le les jeunes femmes, l’absence d’emploi formel semble exclure coût d’opportunité élevé pour les familles à faible revenu qui les jeunes femmes du marché du travail. laissent leurs enfants poursuivre des études. Cependant, cela peut aussi être dû à l’importance de connections mentionnées Education et emplois peu qualifiés ci-dessus. Faire partie d’une famille riche peut être un facteur clé dans la réalisation du potentiel et des rendements décou- Ce que j’ai étudié à l’université n’a aucun rapport avec ce que lant de l’enseignement supérieur. je fais maintenant , même si c’est pratiquement dans le même domaine. Nous avons eu beaucoup de cours théoriques, mais Malgré les progrès accomplis en matière d’alphabétisation et de scolarisation, la qualité et la performance du système 44 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
d’éducation sont parmi les domaines les plus difficiles de la Graphique 4.5 : Satisfaction avec le système politique publique en Tunisie. La qualité limitée de l’éduca- d’education et l’achèvement tion, telle que mesurée par des critères objectifs, et la capacité limitée de l’Etat à fournir une éducation et des formations 80 73,9 pour l’emploi, demeurent des questions de politiques pu- blique les plus urgentes à résoudre. Selon la perception des 70 jeunes tunisiens, la qualité de l’éducation et de la formation, et leur valeur sur le marché du travail, semblent s’être dé- 60 gradé avec le temps. pour cent 50 43,9 Rural Ma mère, lorsqu’elle a passé le concours de 6ème année Urbain pouvait parler le français correctement. Aujourd’hui, les 40 33,1 35,8 élèves qui atteignent ce niveau savent même pas écrire. J’ai eu a donné des cours de français à des élèves du primaire 30 qui ne savaient même pas écrire leur nom. Jeune femme sans emploi, possédant une maîtrise, Madhia (CE) 20
Près des deux tiers des jeunes Tunisiens sont insatisfaits 10 de leur système d’éducation nationale. Les taux de satisfac- tion sont très faibles tant chez les jeunes dans le milieu rural 0 Satisfait de la qualité (33,1%) que dans le milieu urbain (35,8%) (voir graphique Satisfait de son du système de 4.5). Ceux qui ont été interrogés dans les zones rurales sont l’enseignement particulièrement insatisfaits de leur niveau de scolarité, avec propre niv. d’études seulement 43,9% se déclarant satisfaits de leur niveau d’édu- cation, ce qui reflète la qualité médiocre des écoles en zones Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. rurales. Malgré des taux de satisfaction plus élevés dans les Note : Ce graphique exclut tous les jeunes inscrits dans des programmes zones urbaines, plus d’un jeune sur quatre sont insatisfaits de éducatifs ou de formation. leur niveau de scolarité. Bien que la mauvaise qualité de l’éducation ait été déplo- Les étudiants et les anciens élèves, y compris les diplô- rée pendant des années, cette question a désormais atteint un més, ont été particulièrement critiques de l’orientation trop point critique en Tunisie. Aux yeux de la jeunesse tunisienne, théorique de la plupart des cours scolaires et universitaires, les écoles sont devenues des « usines à fabriquer des chô- qui, selon eux, ne parviennent pas à leur fournir l’éventail de meurs. »25 Bien qu’elles produisent chaque année un nombre compétences nécessaires pour affronter le marché du travail. croissant de diplômés, une culture s’est développée, dans la- L’école imparti peu de connaissances concernant le marché quelle les diplômes ont plus de valeur que les compétences. du travail et fourni peu des compétences nécessaires pour y Les diplômes des étudiants sont dévalorisés par leur multi- entrer. Le système éducatif ne forme pas les esprits et n’in- tude, la détérioration de leur qualité et de leur manque de culque pas la logique de raisonnement et les compétences es- crédibilité. Les disparités régionales dans la qualité de l’édu- sentielles pour les ingénieurs et les scientifiques.24 Comme l’a cation sont omniprésentes. Les zones urbaines et côtières noté un diplômé : ont bénéficié de l’héritage colonial de l’enseignement fran- co-arabe, qui fait défaut dans les zones rurales, à l’intérieur J’ai étudié à l’école secondaire technique de Mahdia. et dans les zones montagneuses. Le résultat, c’est qu’il y a un Je pense que les douze années d’étude qui ont menés au système d’éducation « à deux ou trois vitesses » qui s’est mis baccalauréat étaient trop théoriques. Le côté pratique était en place. De plus en plus fracturé par la hausse de l’ensei- quasi inexistant. Même le voyage d’étude n’était que pour gnement privé aux frais de scolarité considérables et par les la galerie. Les professeurs ne connaissaient rien. Je m’en variations régionales, le système éducatif reflète et amplifie suis rendu compte plus tard, une fois entré dans le monde les disparités générationnelles, spatiales et sociales de la Tu- du travail. Il y avait tellement de lacunes. Nous n’avions nisie. Un étudiant a commenté sur la qualité de l’éducation, jamais essayé d’appliquer ce que nous avions appris. Jeune particulièrement sur «l’arabisation» de l’éducation : étudiant, Mahdia (CE) La chose la plus importante que je voudrais faire remar- quer, c’est l’histoire de mes trois années d’école secondaire, de la 7ème à la 9ème année. J’ai étudié les maths, la phy- sique et les sciences en arabe, et nous avions des professeurs qui enseignaient ces matières en français. Personnellement, et basé sur le fait que j’étais parmi les meilleurs élèves, je pense que le professeur était confus, et qu’il ne parvenait Opportunités économiques | 45
Encadré 4.2 : L’education en Tunisie
L’éducation de base,a qui va des classes du cour élémentaire (CE1) à la 9ème est obligatoire et comprend six années d’en- seignement primaire et trois années d’études préparatoires communément appelé l’école secondaire ou intermédiaire. A la fin de la sixième année, les élèves ont besoin d’obtenir plus de 50% aux examens pour passer à l’école moyenne. Traditionnellement, de nombreux étudiants doivent répéter la sixième année de l’enseignement primaire, ce qui a conduit à une augmentation des taux d’abandon après seulement six années d’études. Au début des années 1990, environ un cinquième des jeunes Tunisiens ont dû redoubler la sixième année et alors que le taux de répétition a lentement diminué au cours des vingt dernières années, il est encore relativement élevé (8% en 2012),b le taux de décrochage scolaire officiel au niveau primaire était de 12 % en 2000 et 6% en 2009.c Les écoliers du primaire qui ne parviennent pas à l’éducation préparatoire générale, se voient offrir la possibilité d’accéder aux écoles préparatoire technique qui pourrait conduire soit à l’enseignement secondaire ou des programmes de formation professionnelle. A la fin de la neuvième année, des décrochages scolaires supplémentaires auront lieu car les étudiants sont obligés d’obtenir le diplôme d’achèvement de l’éducation de base.
L’enseignement secondaire.d La réussite à l’examen de neuvième année est obligatoire pour pouvoir s’inscrire aux quatre années d’enseignement secondaire, de la 10ème à la 13ème (anciennement 10-12). A la fin de la 11ème, les élèves de l’enseignement secondaire doivent choisir entre neuf programmes d’orientation axés sur les études universitaires et spécialisées. Alors que ceux-ci sont destinés à aider les étudiants à se préparer à entrer à l’université ou à rejoindre la population active, le contenu des cours est principalement conçu pour préparer les étudiants à l’examen final de l’ensei- gnement secondaire. La réussite à l’examen final de l’enseignement secondaire est obligatoire pour aller aux universités publiques, étant donné que l’examen est à la fois un examen de fin de cycle secondaire et un examen d’entrée à l’univer- sité.e Jusqu’en 2000, entre 60-70% des élèves du secondaire échouaient à l’examen final chaque année, un résultat lié à un certain nombre de facteurs, y compris mais non limité à ceux qui sont associés au système éducatif et à l’engagement des jeunes. Les améliorations observées depuis 2000 dans les taux de réussite au Baccalauréat (de 32% en 2000 à 64% en 2011) est principalement dû à un changement dans les règles de l’examen. Le taux d’échec met également en évidence le fait que les jeunes n’ont pas acquis les connaissances suffisantes pour les préparer à un emploi.
La formation professionnelle. Trois différents types de formation technique sont offerts aux étudiants. La formation technique de base est une alternative à l’enseignement secondaire et dure deux ans.f Le diplôme technique profession- nel nécessite au moins deux années d’enseignement secondaire suivies de deux ans de formation pratique.g Le diplôme professionnel et technique de pointe est disponible aux étudiants de formation professionnelle en ajoutant deux autres années d’études au diplôme technique de pointe, à savoir, deux ans d’école secondaire et quatre années de formation tech- nique.h En 2007, environ 10% des étudiants tunisiens étaient inscrits dans un programme de formation professionnelle.i
L’enseignement supérieur. La Tunisie a rapidement élargi l’accès à l’enseignement supérieur au cours de la dernière dé- cennie, accueillant actuellement plus de 35% des jeunes tunisiens et dépensant plus de 2% de son PIB dans les universités publiques. L’enseignement supérieur qui était structuré en trois périodes de deux ans chacune, a récemment été trans- formé pour adopter le système européen et anglo-saxon de License (3 ans), de Maîtrise (2 ans), et de Doctorat (3-5 ans).j
Sources : Banque mondiale. 2008. The Road Not Traveled Education Reform in the Middle East and North Africa, MENA Rapport de Développe- ment, Washington, D.C. a. Désigné en français comme Enseignement de base. b. Ministère de l’Education. 2012. Statistiques scolaires 2011/2012, République Tunisienne. c. Banque mondiale. 2009. L’Éducation en Bref : Tunisie. Washington, DC. d. Désigné en français comme Enseignement secondaire. e. L’examen est désigné en français comme Examen National du Baccalauréat. f. Certificat d’Aptitude Professionnelle en français. g. Brevet de Technicien Professionnel en français. h. Brevet de Technicien Supérieur en français. i. Banque mondiale. 2007. EdStats : Statistiques de l’Éducation. Washington, DC. j. Licence-Mastère-Doctorat (LMD) en français. 46 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
pas à communiquer l’information de la façon dont il le fais- rurales et urbaines ayant des formations différentes ; et (iii) des outils pour assurer la transparence des informations et ait auparavant, et c’était difficile à le comprendre. Parce l’appariement entre les employeurs et les étudiants en forma- tion.29 Compte tenu des besoins de l’environnement général que c’était en arabe, et j’avais l’impression que cela lui avait de la règlementation et la coordination nécessaire à travers les nombreuses entités gouvernementales, les organisations été imposé. Si la matière n’avait pas été enseignée en arabe de la société civile et le secteur privé peuvent avoir un rôle im- portant à jouer dans l’organisation, le suivi ou la prestation depuis le début, et que la personne n’avait pas enseigné de services d’éducation et de jumelage cruciaux.
en arabe auparavant, cette personne ne parviendrait pas à Pour être en mesure d’offrir un emploi adéquat aux di- plômés et les autres jeunes qualifiés, l’économie tunisienne a faire passer l’information. Donc, au cours de ces trois an- besoin de beaucoup plus d’emplois dans les secteurs de haute qualification et dans les secteurs de faible et compétence. La nées, j’avais l’impression que je faisais de l’interprétation… plupart des tunisiens hautement qualifiés, ayant une éduca- tion secondaire, professionnelle ou universitaire travaillent Dans l’éducation de base, l’arabisation dans les sciences ne actuellement dans des emplois peu qualifiés, qui sont généra- lement définis comme des emplois dans des secteurs dont la bénéficie ni aux étudiants, ni à l’enseignant parce ce que productivité est limitée et les salaires relativement bas. D’une c’est fatiguant. Jeune étudiante universitaire, 26 ans, Sidi manière générale, la plupart des entreprises à faible pro- Bouzid ductivité qui offrent la majorité des emplois peu qualifiés se trouvent dans l’agriculture, les industries de base, la fabrica- Les jeunes de même que les employeurs potentiels, de- tion à faible valeur ajoutée, la construction, les mines, l’éner- mandent une éducation de meilleure qualité. De nombreux gie, et une grande partie de l’industrie textile.30 La plupart des fabricants ont besoin de compétences techniques et analy- emplois dans ces secteurs nécessitent peu de formation spé- tiques, tandis que le secteur des services a besoin de jeunes cialisée et ont tendance à payer de faibles salaires. Graphique ayant des compétences non techniques.26 Les jeunes tunisiens 4.5 présente des preuves supplémentaires sur les éléments qui expriment de sérieux doutes sur la qualité et la pertinence des déterminent le niveau des salaires, et met en évidence le statut programmes d’études. Beaucoup de jeunes gens sont prêts de l’emploi des jeunes dans les secteurs qui peuvent être ca- à payer pour une éducation plus pratique afin d’améliorer ractérisées par les entreprises à faible productivité. leurs opportunités d’emploi et en fait, certains le font. Selon les employeurs du privé, pas même la moitié des nouveaux La majorité des jeunes employés tunisiens travaillent diplômés sont prêts pour le monde du travail au moment de dans des secteurs qui peuvent être considérés comme ayant leur embauche.27 Par conséquent, de nombreux employeurs une productivité limitée : 82,5% en milieu rural et 67,0% sont dans l’obligation d’offrir une formation approfondie à dans la Tunisie urbaine.31 Le graphique 4.6 montre la part leurs nouvelles recrues afin d’assurer leur aptitude au travail. des emplois occupés par les jeunes tunisiens entre 15-29 ans dans les secteurs qui sont largement à faible productivité. Les Le défi de pourvoir une meilleure éducation ne peut être jeunes femmes sont particulièrement susceptibles de travail- l’affaire du seul Gouvernement tunisien. Pour obtenir une ler dans ces secteurs à faible productivité : 69,0% en milieu meilleure qualité de l’enseignement à tous les niveaux, des urbain et 85,9% en milieu rural. Toutefois, la situation des efforts importants doivent être fait pour réunir toutes les par- jeunes hommes n’est que légèrement meilleure, avec 65,9% ties prenantes. Il s’agit notamment de prestataires publics et des jeunes hommes travaillant dans les secteurs à faible pro- privés dans l”éducation, la société civile, les décideurs du sec- ductivité dans les zones urbaines, et 81,4% dans les zones teur public et les administrateurs, les employeurs du secteur rurales. Les jeunes femmes, particulièrement dans les zones privé, et surtout, les jeunes de la Tunisie. urbaines (69%) ont une plus forte probabilité de travailler dans des secteurs à faible productivité que les femmes plus Il existe peu de partenariats entre les employeurs et les âgées dans les zones urbaines (58%), alors que les taux sont établissements d’enseignement. Alors que la dualité des sys- similaires dans tous les groupes d’âge pour les hommes en tèmes d’apprentissage de l’Allemagne, de l’Autriche et de la zone urbaine.32 Suisse s’est révélée difficile à mettre en oeuvre de manière ef- ficace dans d’autres pays ; dans de nombreux pays indus- trialisés, les systèmes éducatifs modernes sont régulièrement combines avec une expérience de travail et des stages pour étudiants.28 Les facilitateurs clés pour de tels partenariats, qui pourraient favoriser la qualité et l’adéquation de l’éduca- tion sont absents. Sur cette question, trois points faibles res- sortent : (i) les normes et l’assurance qualité indépendante ; (ii) les mécanismes de financement tels que des bourses de formation adaptés aux besoins des jeunes tunisiens des zones Opportunités économiques | 47
Graphique 4.6 : L’emploi des jeunes dans les secteurs à Graphique 4.7 : Niveaux d’éducation des jeunes faible productivité travailleurs Tunisiens rural vs. urbain 80 81,4 85,9 100 3.2 2,6 0,1 0,4 65,9 69,0 12,1 10,6 8,8 6,4 pour cent 31,1 15,4 23,1 pour cent60Homme80 9,5 11,3 Professionnel Femme 29,0 40,1 27,4 25,8 Université 40 15,2 Secondaire 60 Rural 33,2 26,4 Collège 20 femme 5,6 7,0 Primaire 40 Urban Urban Een deça du niv. 0 Urbain 42,5 homme femme élémentaire Note : Ce graphique concerne seulement les jeunes employés, à l’exclusion 13,1 de ceux qui travaillent pour leur propre compte. 0
L’économie de la Tunisie, dont le modèle repose sur des Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. faibles qualifications et compétences, offre des emplois qua- Note : Ce graphique concerne les jeunes employés, y compris les jeunes lifiés en nombre insuffisant pour les jeunes diplômés.33 Bien travailleurs indépendants et exclut ceux qui sont en formation ou qui que de nombreux jeunes diplômés cherchent du travail, les poursuivent leurs études. entreprises continuent d’employer des jeunes non qualifiés.34 Dans les zones urbaines, 59,6% des jeunes qui travaillent faible. Par conséquent, de nombreux jeunes tunisiens aban- ne sont pas qualifiés. La proportion est encore plus élevée donnent l’école puisque leurs investissements dans l’éducation dans les zones rurales à savoir, 83,7%. La quasi-absence de a peu de rendements. À court terme, les jeunes tunisiens jus- l’enseignement secondaire et universitaire parmi les jeunes tifient le décrochage scolaire, même avant la fin de l’enseigne- travailleurs témoigne de la prédominance des emplois peu ment secondaire. Cependant, à moyen terme, le grand nombre qualifiés générés par l’économie tunisienne. La pénurie d’em- de jeunes non qualifiés reflète un grave sous-investissement plois qualifiés explique pourquoi les diplômés universitaires national dans le capital humain, qui peut avoir des répercus- sont confrontés à de graves difficultés pour trouver un emploi sions sur les individus et affecté le potentiel du pays sur le long qualifié. terme. Les jeunes femmes et les gens non qualifiés auront du mal à profiter de la future croissance économique poussée par La plupart des jeunes salariés tunisiens n’ont pas terminé l’accroissement de la productivité. Le défi posé par l’absence le cycle d’enseignement secondaire et promouvoir leur parti- d’une main-d’oeuvre qualifiée est mentionné ci-dessous. cipation dans une économie globale moderne restera un défi. Dans les zones rurales, près de trois sur quatre (71,5%) des Le message important qui ressort de l’analyse est que toute jeunes qui travaillent ont quitté l’école avant la fin des études future tentative de réforme du système d’éducation doit être secondaires (le lycée). De plus, 13,5% des jeunes travailleurs fondée sur un partenariat solide avec le secteur privé et avec en milieu rural n’ont pas terminé l’école primaire ; beaucoup les jeunes eux-mêmes. Le défi, pour l’ensemble de ces parties d’entre eux n’ont jamais fréquenté d’école (voir graphique prenantes, sera de travailler ensemble pour lutter contre la 4.7). De même, dans les zones urbaines, plus de la moitié pratique consistant à imposer des réformes générales et des des jeunes qui travaillent n’ont pas un diplôme d’école secon- barrières artificielles à l’éducation, tout en promouvant l’es- daire (57,6%), en plus des 6,1% qui n’ont pas d’éducation. prit d’entreprise et des solutions innovantes, mais surtout, en Toutefois, une économie moderne basée sur les connaissances essayant de respecter les promesses faites à une génération de génère des emplois qualifiés nécessitant un personnel ayant jeunes. Bien que la recommandation d’une réforme complète la capacité de développer des produits techniques complexes de l’éducation soit au-delà de la portée de ce rapport, les jeunes qui dépendent de la connaissance et de l’innovation créative. tunisiens devraient jouer un rôle actif dans le processus d’iden- tification des défis, du développement des solutions et du suivi L’économie tunisienne est sous-équipée pour la croissance de la mise en oeuvre des réformes, pendant que les entités du future.35 En raison du manque d’emplois à haute productivité secteur privé pourraient faire partie de l’éventail de solutions de la Tunisie, la demande pour des travailleurs qualifiés est 48 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Le sous-emploi des Jeunes passant d’environ 46%37 en 2009 à moins de 5%38 en 2012, ce qui semble refléter un changement d’appréciation chez les Le sous-emploi est un problème important en Tunisie urbaine, jeunes Tunisiens qui, malgré la sécurité de l’emploi, le secteur touchant deux sur trois jeunes urbains salariés. Le sous-em- public n’a plus le même attrait que par le passé. A présent, ploi est défini comme un travail à temps partiel avec des jour- n’employant seulement qu’un jeune travailleur tunisien sur nées de travail de six heures ou moins. C’est la norme pour dix, y compris les enseignants, les médecins et les infirmières, la plupart des jeunes qui travaillent dans les zones urbaines. le secteur public ne figure plus au haut des aspirations des Selon cette définition, 65,7% de tous les jeunes hommes et jeunes chômeurs. 70,6% de toutes les jeunes femmes dans les zones urbaines sont sous-employés (voir le graphique 4.8).36 Les niveaux Le secteur agricole demeure un employeur important pour de sous-emploi ne sont que légèrement plus élevés chez les les jeunes tunisiens dans les zones rurales, en fournissant plus femmes, ce qui suggère que le travail à temps partiel chez d’un cinquième de tous les emplois des jeunes en milieu rural les jeunes femmes est le résultat des conditions du marché (21,9%). Cette part reste cohérente avec les données de 2009, du travail plutôt que par choix. Les taux de sous-emploi les lorsque l’agriculture générait 12% du PIB, pourvoyant du tra- plus élevés chez les jeunes femmes se trouvent dans les villes vail à 22% du total des effectifs, et contribuant pour environ du Sud (84,8%). La région de l’intérieur comprend la plus 5,4% de la croissance économique globale.39 Cependant, de forte proportion de jeunes hommes sous-employés en zones nombreux jeunes tunisiens ne sont pas intéressés par la vie urbaines (74,6%). Par contraste, il n’y a quasiment pas de et le travail en milieu rural, même si l’agriculture est un des sous-emploi dans les zones rurales, où seulement 7,6% des plus grands secteurs pourvoyeurs d’emplois (voir graphique jeunes hommes et 7,4% des jeunes femmes travaillent pen- 4.9). La recherche montre que quatre sur cinq jeunes tunisiens dant six heures ou moins par jour travaillant en milieu urbain sont employés dans le secteur des services (37,9%). En Tunisie rurale, la plupart des emplois, y L’emploi des jeunes par secteur compris les emplois dans l’informel, sont dans le secteur des services, qui représente 29,7% de tous les emplois des jeunes. Le secteur public offre relativement peu d’emplois pour les jeunes tunisiens : seulement 6,8% des jeunes travailleurs en Le secteur des services de la Tunisie dispose d’un avan- zones rurales et 12,4% des jeunes travailleurs en milieu ur- tage comparatif important et un potentiel important pour les bain. Ces faibles pourcentages remettent en question la no- exportations, en particulier dans les technologies de l’infor- tion que les jeunes tunisiens choisissent de rester au chômage mation et de la communication (TIC), les services profession- en attendant un emploi dans le secteur public. En fait, la nels, le transport et la logistique, le tourisme et la santé.40 proportion de jeunes qui souhaitent travailler dans le secteur Les services commerciaux, en particulier avec l’Union euro- public a diminué, notamment au cours des dernières années, péenne (UE), est l’un des secteurs les plus prometteurs pour la création d’emplois et la croissance économique, notamment Graphique 4.8 : Le sous-emploi des jeunes en pour les jeunes qualifiés.41 Actuellement, plus de la moitié des zone urbaine jeunes tunisiens en milieu rural (52,8%) et près des deux tiers en milieu urbain (64,9%), aspirent à travailler dans les ser- 100 84,0 84,8 vices (voir graphique 4.6). Le secteur du tourisme a été dure- 74,6 70,6 ment touché par la transition politique en cours, ainsi que les 80 hôtels et restaurants qui offrent actuellement peu d’emplois pour cent 64,0 67,9 pour les jeunes (6,9% en milieu urbain, de 5,4% en milieu rural).42 Cependant, le tourisme va récupérer. De nouveaux 60 services, tels que l’éco-tourisme, pourraient offrir des oppor- tunités importantes pour les jeunes dans les lieux de villégia- 40 Homme ture non traditionnels. Cependant, la jeune génération de la Tunisie travaille dans 20 des secteurs plus productifs que leurs parents que ce soit dans les zones rurales comme urbaines. Comme démontré dans 0 Côte Intérieur Sud graphique 4.9 le secteur d’emploi 32,2% des jeunes travail- leurs tunisiens âgés entre 30-59 ans dans les zones rurales Source : Banque mondiale 2012c. travaillent dans l’agriculture, suivi par 22,4% dans les ser- Note : Ce graphique se réfère aux jeunes travaillant en zone urbaine et vices, de 22,0% dans la construction, 12,9% en usine et 10.5 exclut les jeunes travailleurs indépendants. Le sous-emploi est défini comme des journées de travail de six heures ou moins. Opportunités économiques | 49
Graphique 4.9 : L’emploi des jeunes par secteur b. Urbain
6,8% Agriculture 12,4% 6,8% Agriculture 29,7% Construction 10,6% Construction 21,9% Industrie et Industrie et 17,8% manufacture manufacture Services Services Sector public Secteur public
37,9% 32,2%
23,8%
Note : Ce graphique se réfère aux jeunes travailleurs et exclut les travailleurs indépendants. Le secteur agricole comprend des emplois dans l’industrie agro-alimentaire.
% dans le secteur public. Dans les zones urbaines de Tunisie Turquie au 59ème rang, qui est souvent considérée comme urbain, (35,1%) de ceux âgés de plus de 29 ans travaille prin- un champion de la compétitivité. La législation sur la mi- cipalement dans les services, suivi de (29,0%) dans le secteur crofinance récemment approuvée par la Tunisie, permet aux public, de (17,3%) dans l’industrie et en usine, (12%) dans institutions de microfinance internationales de donner accès la construction et (6,6%) dans l’agriculture. En dehors du aux financements aux régions et les communautés mal des- secteur public important dans les zones urbaines, ces parts servies, et permettra probablement d’introduire de nouveaux montrent que la jeune génération de Tunisie a en moyenne de produits de microfinance. meilleurs emplois que leurs parents. Stimuler l’innovation économique par une combinaison 4.2 L’auto-emploi / Le travail indépendant judicieuse de règlements et d’incitations économiques ciblés présente des défis de politique pour la majorité des gouver- Les pauvres ont également le droit d’acheter et de vendre. nements du monde entier. Les innovations peuvent être gé- Salem Bouazizi, frère de Mohamed Bouazizi, Sidi Bouzid, néralement définies comme toute nouvelle méthode, idée ou région de l’intérieur.43 produit, et l’innovation permanente est largement considérée dans les économies modernes, comme l’ingrédient essentiel à Innovation et entrepreneuriat la croissance économique. Pour mieux favoriser l’innovation et l’esprit d’entreprise dans les secteurs de haute performance, La Tunisie est relativement bien placée pour devenir un fer différentes approches ont été développées, à savoir, la fabri- de lance de l’innovation et de l’esprit d’entreprise, à condi- cation de produits complexes dans des centres d’innovation ; tion qu’elle reconnaisse le potentiel et de l’aspiration de sa soutenir l’intégration verticale et horizontale du secteur des génération de jeunes travailleurs indépendants.44 Comparé à TIC dans les secteurs économiques existants et nouveaux ; d’autres pays de la région MENA, la performance de la Tuni- et soutenir les industries de services, tels que le secteur ban- sie est au-dessus de la moyenne en termes d’innovation (voir caire qui est crucial pour la réussite économique. La Tunisie graphique 4.10). L’indice de compétitivité globale, qui classe se vante déjà de certaines réalisations sociales telles que le la compétitivité de 142 pays à travers plusieurs dimensions centre de dialogue Cogit, et d’autres comme le Mania Digital sur une échelle à sept niveaux, a classé la Tunisie au 40ème Studio sont aussi parmi les nombreuses start-ups de la région rang, bien avant le Maroc au 73ème rang, l’Algérie au 87ème MENA et qui ont obtenu un succès commercial sur le marché rang, l’Egypte au 94ème rang, la Jordanie au 71ème rang, le depuis le printemps arabe.46 Liban au 89ème rang.45 La Tunisie a également surclassé la 50 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 4.10 : Index de Compétivité Global vif intérêt à démarrer leurs propres activités génératrices de 2011-2012 revenus. En tant que jeune femme qui a reçu un micro-crédit à travers l’institution de microfinance Enda a dit : Innovation Institutions Infrastructure Sophistication Environnement Il est réconfortant, particulièrement pour une jeune femme, 7 de travailler pour son propre compte. Personnellement, je des affaires 6 macroéconomique déteste avoir un patron. J’ai travaillé dans un nettoyage à 5 Santé et sec, dans une compagnie de taxi, et comme vendeuse dans La taille 4 une boutique. Dans chaque cas, il y avait énormément de du marché 3 éducation primaire pression…et pas de compassion. Ça été un choc pour moi 2 de travailler dans de telles circonstances. A présent, je tra- 1 vaille pour mon compte après avoir été au chômage pen- 0 dant deux ans. Jeune femme au chômage dans le secteur informel, Tunis Préparation Formation en santé technologique et de l’éducation Dans l’ensemble, le travail indépendant est plus fréquent dans la région côtière et dans le Sud. La région de l’intérieur Développement L’efficacité du Egypte a le plus faible taux de travail indépendant des jeunes, et seu- du marché L’efficacité marché des Jordanie lement 8,1% des jeunes hommes sont des travailleurs indé- financier du marché marchandises Maroc pendants (voir graphique 4.12). En comparaison, 12,1% des du travail Tunisie jeunes hommes sont des travailleurs indépendants dans la ré- gion côtière et dans les gouvernorats du Sud. Tel que souligné Source : WEF. 2011. The Global Competitiveness Report 2011 2012. ci-dessus, l’auto-emploi parmi les jeunes femmes est un phé- nomène rare et même dans la région côtière qui a la plus forte Les jeunes travailleurs indépendants de Tunisie proportion de jeunes femmes travaillant indépendamment, le taux n’est que de 2,1%. L’auto-emploi est relativement courant chez les jeunes hommes où 1 sur 10 sont des travailleurs indépendants. Par- Presque tous les jeunes autonomes travaillent sans aucune ticulièrement dans la Tunisie urbaine, environ 13,1% de tous documentation officielle, les privant ainsi d’accès au finan- les jeunes hommes sont des travailleurs indépendants, un taux cement et les laissant souvent vulnérables à l’exploitation et qui est presque deux fois plus élevé que dans des régions ru- aux extorsions par la police et d’autres fonctionnaires. Le fait rales de la Tunisie (7,9%) (graphique 4.11). Le taux relative- que pratiquement tous les jeunes autonomes travaillent de ment élevé d’entrepreneuriat chez les jeunes hommes montre un énorme esprit d’entreprise, combiné au manque d’oppor- Graphique 4.11 : Auto-emploi des jeunes tunités d’emploi. En comparaison, l’auto-emploi chez les gé- rural vs. urbain nérations plus âgées est beaucoup plus élevé, surtout chez les hommes entre 30-59 ans, allant de 18% dans les zones rurales 14 13,1 à 22,7% dans les zones urbaines (voir graphique 4.11). 12 Homme En revanche, l’auto-emploi chez les jeunes femmes est pra- Femme tiquement inexistant : 2,2% dans les zones rurales et 1,5% 10 dans les zones urbaines. Ces résultats sont confirmés par une 1,5 analyse de régression (voir graphique 4.7).47 La recherche qua- pour cent 8 7,9 Urbain litative montre que les investissements publics et privés dans l’entreprenariat féminin pourraient donner des rendements 6 élevés et conduire à des entreprises viables, particulièrement compte tenu des opportunités limitées dans l’emploi formel. 4 La combinaison d’un large éventail d’opportunités de marché, 2,2 un niveau d’éducation relativement élevé, et de solides com- pétences en informatique qui sont susceptibles de permettre 2 aux jeunes femmes travaillant à domicile, dans les bureaux ou dans les magasins de créer des entreprises à valeur ajoutée. 0 Les femmes dans les zones rurales et urbaines ont exprimé un Rural
Note : Ce graphique exclut tous les jeunes inscrits dans des programmes éducatifs ou de formation. Opportunités économiques | 51
manière informelle démontre la complexité des procédures les plus importantes rencontrées par les jeunes entrepreneurs administratives et de la règlementation qui sont nécessaires par rapport à celles rencontrées par les entreprises en général. pour légaliser une petite entreprise. La recherche qualitative Comme l’indique le récent Rapport d’Évaluation du Climat démontre également le scepticisme généralisé des jeunes sur des Investissements, l’accès au financement est également le rôle du secteur public et des banques en ce qui concerne le considéré comme un obstacle majeur par 39% des petites et soutien aux petites entreprises. moyennes entreprises tunisiennes.48
L’Etat devrait trouver une solution, mais au lieu de nous Les programmes de microfinance existants ont une portée encourager à lancer une petite entreprise, ils mettent des limitée et sont largement perçus comme étant inefficaces. Des barrières sur notre chemin. Étudiant en agriculture, 22 ans. produits bancaires spécialisés, adaptés aux jeunes, ne sont Zaghouan (Côtes de Tunisie) pas disponibles, bien que la loi de 2014 sur la microfinance ait été élaborée pour faciliter l’augmentation du nombre Les diplômés de 1992 ou 1996 n’ont toujours pas réussi à d’institutions offrant de nouveaux services tels que l’épargne, trouver d’emploi. Que reste-t-il? Le secteur privé. Je pour- le transfert et l’assurance.49 Le manque de financement dis- rais vous parler de l’exploitation qui s’y passe, le favorit- ponible pour les jeunes entrepreneurs a été mentionné dans isme, les soudoiements… Les gens sont arrivés au bout de plusieurs discussions de groupes. tout. Il ne reste rien d’autre à faire que de travailler pour son propre compte. Jeune employé autonome, Tunis Lorsque toutes les autres portes sont fermées, il vaut mieux avoir son propre projet, être son propre patron, et réaliser Les jeunes travailleurs indépendants rencontrent des diffi- ses propres rêves. Mais il y a un problème de financement et cultés pour accéder au financement, ce qui constitue un défi de marché. Jeune femme entrepreneur, diplômée en ingén- majeur au lancement réussi d’une entreprise. Lors de l’enquête ierie biomédicale. Tunis (Côte de la Tunisie) en zone rurale, il a été demandé aux jeunes entrepreneurs quelle était la plus grande difficulté rencontrée pour établir Lorsqu’une bonne idée est présentée aux agences de crédit, une entreprise. Comme il l’est démontré dans le graphique elles trouveront des excuses pour ne pas octroyer de finance- 4.15, « l’accès au financement » est considéré comme l’obs- ment. Ensuite, elles revendent cette même idée à quelqu’un tacle le plus fréquent pour 93,7% sur la côte, 95,4% à l’inté- d’autre. C’est ainsi que vous verrez une idée pour un pro- rieur, et 94,5% au Sud. Ces résultats démontrent les barrières jet à Zaghouan, se retrouver à Sousse. Chômeur diplômé, Zaghouan (Côte de Tunisie)
Graphique 4.12 : L’entreprenariat des jeunes par région
18 17,0
16 5,1 2,0 14 12,5 12,5 0
12 11,1 6,1 Sud 2,2 pour cent 10 0,9 Homme urbain Homme rural 8 Intérieur Femme urbain Femme rural 6 5,1
4
2 1,3
0
Note : Ce graphique exclut tous les jeunes inscrits dans des programmes éducatifs ou de formation. 52 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 4.13 : Difficultés rencontrées par les jeunes dans l’etablissement d’une petite entreprise
100 93,7 95,4 94,5 90
pour cent 60 Côte 50 43,9 Sud
40 34,6 36,7
30 26,4 29,0 26,9
10 6,7 10,1 4,8 6,0 9,9 2,3 4,2 5,0 7,4 Information Corruption 0 Accés au Bureaucratie Lieu Formation
financement
Source : Banque mondiale 2012d. Note : Ce graphique réfère aux jeunes travaillant pour leur propre compte.
La loi modifiée sur la micro-finance va ouvrir le marché signifier que les jeunes diplômés ne pourront pas avoir accès financier à de nouveaux intermédiaires financiers et per- au micro-crédit à moyen terme si leur profil de risque finan- mettra d’offrir des produits plus innovants et adaptés aux cier est au-dessus du plafond réglementaire. petites entreprises dirigées par des jeunes. En Juillet 2014, l’Assemblée nationale a modifié la loi de 2011 sur la micro- Toutefois, un tiers des jeunes travailleurs indépendants finance avec l’objectif de renforcer la supervision et la régu- sont en prise avec le fardeau de la bureaucratie, y compris lation des institutions bancaires de micro financement tout les coûts, les difficultés et les retards inhérents à l’obten- en ouvrant le secteur à la concurrence internationale. Cela tion des licences nécessaires. L’enquête sur la jeunesse rurale pourrait signifier que jusqu’à une demi-douzaine de nouvelles constate que la bureaucratie représente un défi majeur pour institutions pourraient commencer à offrir des produits dans plus d’un tiers des jeunes travailleurs indépendants dans la les prochains mois, d’autres suivront. L’accroissement de la région côtière (34,6%), plus d’un tiers dans le Sud (36,7%), concurrence va exiger que les fournisseurs de micro-crédit et plus d’un quart à l’intérieur (26,9%), comme il l’est dé- deviennent plus innovants et flexibles dans la conception de montré dans le graphique 4.15. Surtout pour les petites en- leurs produits financiers, y compris les garanties, les taux treprises, la bureaucratie représente un lourd fardeau parce d’intérêt, des plans de remboursement différés, et d’autres que ces entreprises manquent généralement de moyens pour aspects essentiels pour les entreprises dirigées par des jeunes. embaucher du personnel qualifié pour traiter les questions Pour mieux gérer le risque et de portefeuille, les prestataires administratives. En conséquence, la lourdeur bureaucratique de services et de produits financiers vont probablement ci- incite les petites entreprises à rester informelles. Autrement bler des groupes spécifiques, telles que les femmes rurales, dit, le fardeau bureaucratique impose une taxe de facto sur ou certains secteurs tels que les petites entreprises de TIC. la compétitivité des entreprises, et les force à utiliser le crédit Des sources de financement non traditionnels, tels que le informel et de travailler sans License.50 Ces résultats ont été crowd-funding pourrait compléter le marché du crédit pour confirmés par la récente Évaluation du Climat d’investisse- les jeunes travailleurs indépendants de la Tunisie. Cepen- ment en Tunisie qui indique que les entreprises dépensent en- dant, bien que cette nouvelle loi aura un impact immédiat viron 13% des ventes annuelles pour répondre aux questions et à court terme sur l’accès au financement, particulièrement de réglementation.51 Cette dépense révèle le coût cumulatif dans les zones rurales où se trouvent la plupart des petites d’interagir avec l’administration y compris le temps pour res- associations de microfinance, il pourrait aussi produire des ter dans la conformité. effets négatifs sur le marché et sur la stabilité, ce qui pourrait Poussé par l’informalité, de nombreux jeunes travailleurs indépendants exploitent leur entreprise dans des endroits Opportunités économiques | 53
défavorables pour éviter les amendes et les extorsions de niveau d’éducation. Ces résultats sont également soutenus fonds, un peu comme le jeune homme indépendant de l’inté- par une analyse de régression de l’auto-emploi qui montre rieur de la Tunisie qui a déclenché le printemps arabe. L’em- que le manque d’éducation secondaire et tertiaire sont des placement de leur entreprise est la principale préoccupation facteurs clés qui augmente les probabilités de devenir travail- chez la moitié des jeunes de travailleurs indépendants dans leur indépendant (voir graphique 4.7). les gouvernorats du Sud (49,9%), suivie de (43,9%) dans la région de l’intérieur, et de (26,4%) dans la région côtière, La plupart des jeunes entrepreneurs travaillent dans des comme indiqué dans le graphique 4.15. La recherche qua- secteurs à faible productivité et aux rendements écono- litative met en évidence les jeunes qui tentent d’éviter des miques limités. Cependant, 30-40% des jeunes entrepre- problèmes avec les forces de l’ordre, ce qui peut résulter à neurs travaillent dans des secteurs à haute productivité, ce des amendes ou demandes de corruption. Beaucoup de jeunes qui démontre le potentiel de l’entrepreneuriat.53 Les secteurs travailleurs indépendants, particulièrement les vendeurs de à faible productivité sont caractérisés par de faibles retours rue mobiles et autres micro-entreprises plus flexibles choi- sur les investissements, ce qui limite la capacité des jeunes sissent par conséquent, de travailler dans des endroits éloi- entrepreneurs à obtenir les ressources nécessaires pour se gnés de la base de leur clientèle. Cette question cruciale est grandir et se développer. De nombreuses entreprises dans des au coeur de cette réglementation et de ces règles conçues sous secteurs à faible productivité ont des difficultés d’expansion l’ancien régime et qui visaient principalement les grandes en- au-delà des petites ou moyennes entreprises. Même si cer- treprises. La vulnérabilité qui en résulte pour les jeunes indé- taines entreprises à faible productivité parviennent à survivre pendants est une question qui doit être abordée en priorité, à relativement long terme, elles ont tendance à faire face à et pas seulement parce qu’elle a sans doute déclenché le prin- de nombreux défis et souffrent des faibles rendements. En temps arabe dans la région.52 Tunisie rurale, 67,5% des jeunes entrepreneurs travaillent dans des secteurs à faible productivité : 57,3% dans les zones Une formation commerciale supplémentaire et un meil- urbaines (voir graphique 4.17). Néanmoins, les données de leur accès à l’information de l’entreprise seraient utiles à de l’enquête montrent que, même si près de 90% des jeunes en- nombreux jeunes indépendants. Les résultats de l’enquête trepreneurs ne sont pas qualifiés, environ 30-40% de leurs démontrent que « l’accès limité à l’information », ainsi que entreprises opèrent dans les secteurs productifs. Bien que les « le besoin de formation supplémentaires en compétences » activités commerciales spécifiques n’aient pas été abordées sont en train de retenir les jeunes travailleurs indépendants dans l’enquête, il semble que près d’un tiers des entreprises (voir graphique 4.15). La formation en entreprise est un do- qui sont dirigées par de jeunes tunisiens sont dans des do- maine d’investissements important pour les jeunes, qui peut maines à fort potentiel de croissance. être dynamisé grâce à des partenariats public-privé, et qui a le potentiel de renforcer les économies locales et de créer des Graphique 4.14 : Entreprenariat des jeunes par emplois pour les jeunes. l’éducation
Niveaux de Compétences des Jeunes Indépendants 100 3,6 4,8 10,7 17,1 0 0 Les niveaux d’éducation des jeunes indépendants sont très 8,7 6,4 3,5 faibles, et la plupart n’ont pas terminé leur éducation secon- 14,2 7,2 daire. Les niveaux d’éducation sont les plus faibles dans les 80 Professionnel zones rurales où la plupart des jeunes indépendants (83,0%) Université quittent l’école avant d’avoir atteint l’enseignement secon- 31,1 39,3 23,4 Secondaire daire. Environ un sur 10 jeunes indépendants en Tunisie ru- 60 Collège rale n’ont aucune éducation formelle (voir graphique 4.16). pour cent 27,3 Elémentaire Dans les zones urbaines, les niveaux d’éducation sont en En deça du niv. moyenne légèrement plus élevés, bien que certains diplômés 40 33,0 41,8 39,5 élementaire universitaires exploitent des petites entreprises en zones ur- 41,1 baines, en particulier les jeunes hommes (6,4%). Dans l’en- 14,1 6,5 10,0 semble, il semble que l’auto-emploi est principalement poussé 20 Femme Homme 6,6 par l’exclusion économique créé par le manque d’opportuni- rural urbain Femme tés d’emploi, particulièrement chez les jeunes ayant un faible 0 10,0 urbain Homme rural
Note : Ce graphique réfère aux jeunes travaillant pour leur propre compte et exclut ceux inscrits dans des programmes éducatifs ou de formation. 54 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 4.15 : Entreprenariat des jeunes dans des Dans les zones rurales, 36,4% des jeunes entrepreneurs secteurs à faible productivité travaillent dans l’agriculture et l’agro- alimentaire, 10,8% dans les zones urbaines. Le secteur agricole a un potentiel 80 important pour les jeunes entrepreneurs. Néanmoins, la re- cherche qualitative souligne que les aspirations des jeunes 70 68,8 entrepreneurs à développer les fermes familiales sont souvent étouffées en raison d’un manque de financement 60 60,1 57,2 58,9 Ce serait bien de pouvoir offrir du travail aux gens d’ici pour cent 50 Homme et de participer ainsi au développement du village, mais Femme les conditions sont difficiles. Pour obtenir un crédit, il faut 40 mettre sa propriété en garantie, ou ses propres fonds. Mais nous sommes pauvres. Jeune homme ayant abandonné 30 l’école, Mahdia (Côte de Tunisie)
20 Un jeune sur cinq entrepreneurs urbains travaille dans le secteur manufacturier et dans les industries (20,9%), compa- 10 rativement à seulement 7,9% des entrepreneurs ruraux. Cette différence est le reflet de la disparité des investissements entre 0 Urbain les régions rurales et urbaines en Tunisie et qui est à la base des Rural niveaux élevés de chômage et d’inactivité en Tunisie rurale.55
Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. Jeune Entreprenariat : Défis et Opportunités Note : Ce graphique réfère aux jeunes travaillant pour leur propre compte. d’Investissement
La moitié des jeunes entrepreneurs exploitent de petites Il est réconfortant, particulièrement pour une jeune femme, entreprises dans le secteur des services, y compris les techno- de travailler pour son propre compte. Personnellement, je logies de l’information et de la communication : 45,4% en déteste avoir un patron. J’ai travaillé dans un nettoyage à milieu rural, 52,1% en milieu urbain (voir graphique 3.18). sec, dans une compagnie de taxi, et comme vendeuse dans La priorisation des services est importante pour la croissance une boutique. Dans chaque cas, il y avait énormément de future, puisque les services constituent l’épine dorsale des pression…et pas de compassion. Ça été un choc pour moi économies modernes et sont essentiels pour la croissance en- de travailler dans de telles circonstances. A présent, je tra- dogène. Un nombre croissant de jeunes entrepreneurs sur- vaille pour mon compte après avoir été au chômage pen- tout urbain en Tunisie, ciblent l’internet et les utilisateurs dant deux ans et subi la pression de la part de ma famille. de smartphone. Cette jeune vague d’entrepreneurs ont un Jeune femme au chômage dans le secteur informel, Tunis. énorme potentiel en raison de l’environnement de haute pro- (Côte de Tunisie) ductivité dans laquelle ces entreprises opèrent, ce qui permet la rapide croissance de l’entreprise et la création d’emplois. Les jeunes entrepreneurs de Tunisie pourraient bénéficier La polyvalence de nombreux produits de technologie de l’in- de centres locaux d’innovation pour créer un environnement formation (TI) favorise l’exportation. Les exemples les plus propice aux affaires et aider les entrepreneurs informels à courants sont les applications de smartphone, qui peuvent s’établir officiellement. De nouveaux pôles d’innovation et être vendus dans le monde entier. Les entreprises de techno- des parcs informatiques, y compris les groupes d’entreprises logie ont commencé à surgir partout dans la région MENA.54 et des espaces de travail qui créent régulièrement des startups compétitives avec ses investisseurs commencent à avoir du La technologie moderne rend plus facile pour les jeunes succès, ce qui inspire les jeunes entrepreneurs.56 Les réseaux femmes de se lancer dans les affaires et de générer des reve- en ligne aident à rassembler les gens et offrent des formations nus. Travaillant majoritairement en arabe, les entreprises de et du mentorat additionnel pour les jeunes entrepreneurs, en technologies appartenant à des femmes aident les familles à particulier dans les zones rurales où des réunions et des for- atteindre un équilibre la vie professionnelle et la vie person- mations en personne sont coûteuses à organiser.57 nelle, offrent des plates-formes de collaboration, et vendent des produits aux femmes. Néanmoins, les défis demeurent car il est plus difficile pour les jeunes femmes d’obtenir des crédits qu’il ne l’est pour les hommes, et les femmes sont éga- lement restreintes par les normes sociales. L’internet ouvre l’esprit des jeunes aux possibilités qui existent et les entre- prises dirigées par des jeunes tunisiens deviendront impor- tantes dans ce domaine. Opportunités économiques | 55
Graphique 4.16 : Entrepreneuriat par secteur b. Urbain
4,8% Agriculture 1,4% Agriculture 45,4% Construction 10,8% Construction Industrie et Industrie et 36,4% manufacture 14,7% manufacture Services Services Secteur public Secteur public
52,1%
20,9%
6,3% 7,1%
Note : Ce graphique réfère aux jeunes travaillant pour leur propre compte.
La formation en ligne peut aider les jeunes travailleurs 6. “La Géographie Sociale et politique de la Révolution Tunisienne : La indépendants à acquérir les compétences qui ne sont pas Révolution de l’Alfa.” La Revue de l’Économie Politique Africaine 38 enseignées dans les écoles et les universités.58 En enseignant (129) : 467-479. Le terme «révolution de jasmin» est sans doute un abus de des compétences en affaires, finance, marketing et les lan- langage, car il fait référence à une plante qui pousse dans la région côtière gues, comme l’anglais et le français, les plates-formes en ligne relativement luxuriante et prospère du Nord. Au lieu de cela, Ayeb fait valoir offrent une solution de l’aval en amont. Les plates-formes, y que la Révolution Alfa serait un meilleur terme, du fait que c’est une plante compris MobiWorks, MobiSouk, et Ta3mal aident pour sur- qui pousse dans la région intérieure de la Tunisie. monter les faiblesses structurelles du système éducatif de la Tunisie, qui produit trop peu de diplômés en sciences, mathé- 7. Daniel Egel and Malek Garbouj. 2013. Les Moteurs Socio-économiques matiques, informatique pour une économie moderne.59 L’ap- de la Propagation de la Révolution Tunisienne. RAND Corporation et l’In- prentissage en ligne peut apporter une éducation de qualité à stitut des Hautes Études, Genève, mimeo. un plus grand nombre de personne, y compris des adultes, et en particulier les jeunes femmes. Toutefois, la fracture numé- 8. Le concept de la famille directe comprend les enfants, les époux, et les rique faible accès à l’internet dans les zones rurales peut parents du chef de famille. être un obstacle à la formation en ligne. 9. Ce constat est aligné sur le récent Rapport de Développement 2013 de Notes la Banque mondiale sur l’égalité des genres dans la région MENA : Banque mondiale. 2013 Ouverture : Égalité entre les Genres et le Développement 1. Banque mondiale. 2013 Réduire L’Écart Spatial : Résultats du marché de au Moyen-Orient et Afrique du Nord. Washington, DC. Ces conclusions l’Emploi dans les Régions Urbaines en Tunisie. Washington, DC. sont appuyées par les résultats de l’analyse de régression, étayées dans les différentes formes du rapport sur l’emploi dans l’annexe 4. 2. L’emploi est défini comme un travail rémunéré. Les résultats quantitatifs sont fondés sur les questions de l’enquête sur l’histoire récente de l’emploi. 10. L’enquête comportait la question suivante : “Pensez-vous que les femmes qui cherchent du travail sont confrontées à la discrimination?” 3. Ces statistiques sur l’emploi ne tiennent pas compte des jeunes inscrits dans des programmes d’éducation ou dans des formations. 11. Banque mondiale. 2011. Égalités des Genres et Développement, Rap- port Mondial de Développement 2012. Washington, DC. 4. L’analyse de régression indique simultanément des différences d’âge, de niveau d’éducation, la situation des parents, et les disparités régionales. Le 12. Il y a une discussion en faveur des contrats à durée déterminée, puis- caractère endogène de la variable suggère de ne pas donner trop d’impor- qu’une plus grande flexibilité permettrait aux employeurs d’embaucher tance aux valeurs des coefficients liés à la richesse des ménages. davantage de jeunes. Cependant, sans accès à la sécurité sociale, les con- trats à durée déterminée sont largement perçus par les jeunes comme de 5. Banque mondiale. 2013. Réduire l’Écart Spatial. l’exploitation.
-
Voir graphique 3.2 sur les Types de Contrat des Travailleurs Adultes (30-59 ans).
-
Banque mondiale. 2013. Créer de Bons Emplois en Tunisie : Revue des Résultats du Marché du Travail, Contraintes, et Institutions en Tunisie, Rap- port sur la Situation pour la Revue des Politiques de Développement de la Tunisie. Washington, DC. 56 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
-
Ibid. Bien qu’à l’origine, elle était destinée à protéger les travailleurs, on 33. Banque mondiale. 2014. Revue des Politiques de Développement de la peut faire valoir que la réglementation du travail a favorisé l’informalité. Tunisie. Washington, DC. Pour permettre une plus grande flexibilité dans l’adaptation de la dotation à la conjoncture économique, les contrats à durée déterminée ont été intro- 34. Les emplois qualifiés sont définis comme ceux nécessitant au moins un duits au début des années 2000. Les contrats à terme peuvent être utilisés diplôme de l’enseignement secondaire ou une formation professionnelle. pour embaucher des travailleurs sous contrats à court terme flexibles, qui Pour une analyse plus détaillée, se référer à la Revue des Politiques de Dével- sont renouvelables pour un maximum de quatre ans. Pour les travailleurs, oppement de la Tunisie, Banque mondiale. 2014. Washington, DC. ces contrats ne permettent que des améliorations limitées par rapport à l’em- ploi informel, puisque les deux sont caractérisées par une forte précarité de 35. Pour une analyse plus détaillée, se référer à la Revue des Politiques de l’emploi. En outre, en raison de la flexibilité des contrats à durée déterminée, Développement de la Tunisie, Banque mondiale. 2014. Washington, DC. les entreprises ont tendance à éviter les contrats à durée indéterminée toute nouvelle recrue. 36. Pour de nombreux jeunes, en particulier ceux qui sont encore à l’école ou qui s’intéressent à la recherche sur le marché du travail, un emploi à 16. Ibid. temps partiel peut être un choix optimal et doit être encouragé. Cependant, la recherche qualitative montre que la majorité des jeunes ne choisissent pas 17. Pour une discussion approfondie sur les réformes suggérées du marché le travail à temps partiel. du travail, prière de voir le Rapport 2013 de la Banque mondiale Créer de Bons Emplois en Tunisie. 37. Basé sur les données du Gallup dans le rapport de l’OCDE 2012. Per- spectives Économiques Africaines : Promouvoir l’Emploi des Jeunes. Paris. 18. L’estimation Probit comprend des indices pour les différences d’âges, de niveau d’éducation, de situation parentale, et des disparités régionales. 38. Seulement 4,3% en milieu rural et 2,2% des jeunes tunisiens en milieu urbain souhaitent travailler dans le secteur public. 19. 15-24 ans. UNICEF. 2012. Statistiques de la Tunisie. 39. Rapport de Oxford Business Group. 2009 L’agriculture pourrait devenir 20. 15-25 ans. Le nombre total d’étudiants est prévu d’atteindre 449,000 en une source importante de croissance et d’emploi pour les jeunes, en particu- 2014. Source : Voir Haouas, Sayre, et Yagoubi. 2012. lier dans les zones du nord fertiles de la Tunisie. Soutenir la production des cultures à haute intensité de main-d’oeuvre pour les nombreux petits agricul- 21. Ibid. teurs dans les zones de l’intérieur pourrait également contribuer à réduire les disparités regionals. De plus, la Tunisie pourrait tirer parti des zones dites 22. Banque mondiale. 2008. La Route non Empruntée : Réforme de l’Édu- d’exportations agricoles vers l’UE, qui ne subventionne pas sa production de cation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, MENA Rapport de Dével- fruits et légumes. oppement, Washington, DC. 40. ITEQ (Tunisian Institute of Competitiveness and Quantitative Studies). 23. Comme précédemment, le modèle a des contrôles pour le genre, l’âge, la 2010. Annual report on the competitiveness of the Tunisian economy. Tunis. situation des parents, et de la région. Une fois de plus, le caractère endogène de la richesse peut jouer un rôle. Cependant, l’importance et la force de la 41. Banque mondiale. 2013. Pousser l’Intégration Mondiale de la Tunisie : relation, ainsi que le faible rôle joué par la richesse dans la détermination de les options de réforme dans le contexte de l’intégration profonde avec l’emploi, suggère que la richesse de la famille joue un rôle clé. l’Union Européenne. Washington, DC.
-
TIMSS. 2007. Tendances dans les Études Internationales de Mathéma- 42. Le tourisme est inclus dans le secteur des services. tiques et des Sciences. Chestnut Hill, MA : Boston College. 43. Tel que cité par Hernando De Soto, “Le Marché Libre Secret des Révo- 25. Haouas, Sayre, et Yagoubi. 2012. lutions Arabes,” The Financial Times, le 8 novembre, 2011.
-
IFC. 2012. Éducation pour l’Emploi : Réaliser le Potentiel de la Jeunesse 44. Ibid. Banque mondiale. 2010. Revue des Politiques de Développement : Arabe, Washington, DC. Vers une Croissance Poussée par l’Innovation. Washington, DC.
-
Ibid. 45. WEF. 2011. Rapport de Compétitivité Globale 20112012, Forum Économique Mondial, Davos. 28. OCDE. 2012. Meilleures Compétences, Meilleurs Emplois, Meilleures Vies : Approche Stratégique aux Politiques de Compétences. Paris, OCDE. 46. Jacob Korenblum. 2013. “Frustration, Témérité et la Chance : Com- ment les Startups des Jeunes Redéfinissent l’Entreprenariat.” Innovations. 29. Ibid. (Septembre) : 4954.
-
Banque mondiale. 2014. Revue des Politiques de Développement de la 47. En plus du genre, le model Probit d’auto-emploi contrôle l’âge, la situa- Tunisie. Washington, DC. tion familiale, et la région.
-
Dans ce rapport, la productivité est classée par secteur. Les secteurs ayant 48. Banque mondiale. 2013. Evaluation du Climat des Investissement en principalement des entreprises de haute productivité incluent le commerce, Tunisie. Washington, DC. L’évaluation conclut que le secteur bancaire de les communications, le tourisme (hôtels et restaurants), les banques et les as- la Tunisie est relativement fragmenté, en dehors des trois grandes banques surances, les services sociaux et culturels, et les services immobiliers. Le sec- publiques, qui représentent près de 40% de toute l’activité financière. Mal- teurs ayant en majorité des entreprises à faible productivité sont comprenant gré le grand nombre de banques, le niveau de concurrence dans le secteur des activités économiques, par exemple, l’agriculture et la pêche, l’industrie bancaire tunisien est inférieur à la moyenne régionale, et manque d’institu- alimentaire, les matériaux de construction, la céramique et le verre, la mé- tions bancaires très compétitives et innovantes. En conséquence, le système canique, la chimique et les industries électriques, les industries du textile et bancaire tunisien a tendance à exclure les petites entreprises, et l’innovation de chaussures, d’autres industries, la construction et les travaux publics, les des produits et la qualité des services sont généralement faibles. mines et l’énergie, le transport, la réparation et la fabrication. 49. Chapitre 5 présente une revue plus détaillée des programmes de micro- 32. Voir graphique 3.6 sur l’Emplois des Adultes dans les Secteurs à Faible finance existants. Productivité Banque mondiale. 2014. Revue des Politiques de Développe- ment de la Tunisie, Washington, D.C. 50. Hernando De Soto. 2012. Les Racines Économiques du Printemps Arabe. Lecture at the Council on Foreign Relations, le 23 avril, extrait, New York. Opportunités économiques | 57
-
Banque mondiale. 2013. Evaluation du Climat des Investissement en 55. Voir par exemple, Banque mondiale. 2013. Bridging the Spatial Di- vide ; Banque mondiale. Development Policy Review : Towards Innovation Tunisie. Driven Growth. Washington, DC.
-
Hernando De Soto. 2012. Les Racines Économiques du Printemps 56. Tunisia Live. 2012. “Business Incubator Boosts Entrepreneurial Talent Arabe. in Tunisia.”
-
Les secteurs à faible productivité sont l’agriculture et de la pêche, de 57. Banque mondiale. 2013. “Études de Faisabilité : Micro-Travail pour les l’industrie alimentaire, les matériaux de construction, céramique et verre, Territoires Palestiniens”. Washington, DC. mécanique, chimique et des industries électriques, les industries du textile et de chaussures, d’autres industries, la construction et les travaux publics, les 58. G. La Cava, C. Rossotto, et C. Paradi-Guilford. 2011. “Les TIC pour les mines et l’énergie, le transport, la réparation et la fabrication . Les secteurs Jeunes dans la Région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord : Politiques de haute productivité incluent le commerce, les communications, les hôtels et pour la Promotion de l’Emploi et de l’Intégration Sociale” Arab Brief, no. 1 les restaurants, les banques et les assurances, les services sociaux et culturels, (février). Banque mondiale, Washington, DC. et les services immobiliers. 59. Pour plus de détails, consulté www.ta3mal.org. 54. Christoph Schroeder. 2013. La Montée des Startup : La Révolution En- trepreneuriale Révolution Refaire le Moyen-Orient. New York : Palgrave Macmillan. CHAPITRE 5
Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes 60 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Ces programmes pour l’emploi sont les instruments d’une politique qui a pour objectif
d’apaiser les demandeurs d’emploi qui se rebellent. Il n’y a pas de solution durable. Jeune chômeur, Jendouba, Nord-Ouest de la Tunisie
Ce chapitre donne un aperçu de l’accès aux opportunités éco- 5.1 Programmes du Ministère de la nomiques par le biais de Programmes actifs pour le Marché Formation Professionnelle et de du Travail offerts par le Ministère de la Formation Profes- l’Emploi sionnelle et de l’Emploi ainsi que par d’autres services dis- ponibles aux jeunes. Il introduit également les jeunes aux En réponse au chômage des jeunes et à l’inactivité, le Minis- avantages et à la qualité de la programmation. L’efficacité tère de la Formation Professionnelle et de l’Emploi (METP) des programmes est évalué à la fois en termes d’impact sur a mis en place un certain nombre de mesures actives visant l’employabilité et l’inclusion sociale et un ensemble de recom- à faciliter la transition des jeunes vers le marché du travail. mandations sont présentées pour rendre la programmation et L’Agence Nationale pour l’Emploi et le Travail Indépendant les services de jeunes plus efficaces et inclusifs. (ANETI) est responsable de la mise en oeuvre des grands pro- grammes et services d’emploi dans le pays. L’ANETI est en La Tunisie a investi une part importante de son PIB dans particulier responsable de : les programmes actifs pour le marché du travail (PAMT), mais les bénéficiaires considèrent les avantages de ces pro- · Offrir des conseils et orienter les demandeurs d’emploi grammes limités. Les PAMT représentaient près de 1 pour- · Donner des informations sur les opportunités d’em- cent du PIB en 2011, le taux plus élevé dans la région MENA au moment de la révolution, qui s’est par la suite stabilisé plois aux demandeurs d’emploi, autour de 0,5 pourcent.1 La plupart des jeunes tunisiens ne · Mettre en contact les demandeurs d’emploi avec les connaissent pas bien ces programmes, leur participation à ces programmes est assez faible, et surtout, les programmes opportunités d’emplois disponibles ont tendance à se concentrer principalement dans les zones · Mettre en oeuvre des programmes de travail actifs urbaines le long de la côte. Peu de programmes sont dispo- · Promouvoir les petites entreprises et soutenir l’au- nibles pour les jeunes à l’intérieur et dans les régions du Sud, renforçant ainsi les disparités spatiales. to-emploi/ travail indépendant.
La majorité des PAMT ont été conçus pour les jeunes L’ANETI tombe sous le METP et comprend 91 bureaux diplômés. Le favoritisme actuel envers les diplômés devrait répartis sur 24 gouvernorats de Tunisie. Son budget était être révisé pour que les jeunes tunisiens sans diplômes uni- de 420 millions de DTN (579 millions $ EU (PPP) en 2012. versitaires, en particulier les NEET, puissent avoir un accès Au total, ces programmes soutiennent actuellement près de équitable à des programmes adaptés à leurs besoins et aux 270 000 demandeurs d’emploi chaque année.2 Le nombre de opportunités du marché du travail. En 2011, les diplômés bénéficiaires a plus que doublé en cinq ans, et l’ANETI est universitaires représentaient 66 pourcent du nombre total de en train de planifier l’expansion de ses activités.3 L’ANETI bénéficiaires, alors que les jeunes ayant une éducation limitée emploie près de 900 conseillers en matière d’emploi, dont et qui constituent le plus grand groupe de jeunes sans emploi, plus de 70 pourcent d’entre eux aident les diplômés univer- représentaient environ 34 pourcent. Dans l’absolu, le nombre sitaires.4 En moyenne, les conseillers de l’emploi en Tunisie de jeunes tunisiens sans emploi et sans un diplôme secondaire sont responsables de 1 200 jeunes chômeurs, ce qui est bien ou universitaire est environ 3,5 fois plus grand que le nombre au-dessus du ratio recommandé par l’Organisation Interna- de diplômés universitaires. tionale du Travail (OIT), qui est d’environ 100 demandeurs d’emploi par conseiller.5
Les programmes de l’ANETI visent à préparer les de- mandeurs d’emploi pour le marché du travail et à les placer grâce à une combinaison de formation en cours d’emploi, d’incitations de l’employeur, d’une subvention de la sécurité Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 61
sociale, et des petites allocations mensuelles. La plupart de les choses. Supprimé en 2013, l’AMAL a donné des ces programmes se focalisent sur les diplômés au chômage.6 leçons utiles pour réorganiser les PAMT en Tunisie, en Bon nombre des programmes de l’ANETI se chevauchent particulier pour éviter de coûteuses subventions ayant ou ont des approches similaires. En outre, ces programmes un impact limité sur l’employabilité. Il est néanmoins manquent généralement de cohérence, de suivi et d’évalua- intéressant de noter qu’AMAL était un programme de tion.7 Le système de suivi de l’ANETI n’est pas basé sur transition, qui a été adapté ultérieurement pour servir les résultats et ne fournit des données que sur les taux de les jeunes défavorisés. Aucune preuve n’est disponible participation comme par exemple, la production. Il y a eu pour mesurer les résultats de ce programme.12 quelques tentatives d’évaluation des programmes d’emploi · Programme de stages professionnel (Stage d’Initiation de l’ANETI, mais les résultats ne sont pas mis à jour, spora- à la Vie Professionnelle).13 Le SIVP subventionne les diques, influencés par les donateurs, et manque de crédibilité coûts de l’embauche de diplômés universitaires dans scientifique.8 les entreprises et vise les diplômés universitaires qui restent demandeurs d’emploi six mois après l’obtention 90 pourcent des bénéficiaires de l’ANETI se sont enrôlés de leurs diplômes. Le programme cherche à introduire dans l’un des trois principaux programmes:9 les demandeurs d’emploi diplômés nouvellement sur le marché du travail en les plaçant dans des stages et en
- AMAL (qui signifie «espoir» en arabe) avait été conçu leur donnant une allocation, qui est généralement per-
à l’origine, pour fournir des services d’emploi pour cevable pendant une année. Le SIVP est l’un des plus un maximum de 12 mois aux diplômés universitaires grand PAMT de Tunisie, avec près de 47 000 bénéfi- au chômage. Lancé par le Gouvernement intérimaire ciaires en 2011, dont environ 60 pourcent étaient des en réponse à la révolution de 2011, AMAL est rapi- jeunes femmes. Le programme donne aux bénéficiaires dement devenu le plus grand projet de l’ANETI, qui une allocation de 300 DTN / mois ($ EU (PPP) 414 / a depuis, été abandonné en raison de son manque de mois) et couvre les cotisations de sécurité sociale, et durabilité.10 Le programme était censé offrir aux bé- jusqu’à 200 heures de coûts de formation.14 Les bénéfi- néficiaires du coaching de carrière, des formations en ciaires SIVP sont fortement concentrés dans les régions compétences de pointe, des formations en entreprise, côtières / industrielles. La plupart des contrats de SIVP de l’aide à la recherche d’emploi, et une allocation (25 pourcent) sont signés à Tunis, suivis par (10 pour- mensuelle de 200 DTN ($ EU (PPP) 275,70). Bien cent) à Ariana et à Sfax respectivement. Une évaluation que conçu à l’origine comme un programme d’activa- de la performance du SIVP a révélé que les bénéficiaires tion, dans la pratique AMAL fourni principalement du programme ont de très faibles taux d’insertion pro- un soutien financier aux chômeurs diplômés. Les dé- fessionnelle après la fin du programme (23,7 pourcent fauts de conception et les conditions difficiles à faire en 2010).15 respecter signifient que les incitations à la recherche · Programme d’accès au marché du travail et à l’inser- d’emploi et les acceptations des offres d’emploi ont tion professionnelle (CAIP).16 Le Contrat d’Adaptation été effectivement réduites. Le programme a été conçu et d’Insertion à la Vie Professionnelle (CAIP) a com- pour offrir aux participants une allocation de 200 mencé en Janvier 2009 pour les diplômés et non-diplô- DTN ($ EU (PPP) 275,70) équivalent à 80 pourcent més. Le CAIP est le troisième plus grand programme du salaire minimum et une série de services, allant de de PAMT de Tunisie avec environ 40 000 bénéficiaires la formation en compétences de vie et en compétences par an, dont environ 90 pourcent sont des non-diplô- techniques, des conseils, de l’aide à la recherche d’em- més. Le CAIP paie de petites allocations mensuelles de ploi, et des subventions salariales. En pratique, seuls 100 DTN ($ EU (PPP) 138) ainsi que la couverture 20 000 participants ont reçu l’allocation et bénéficié de sécurité sociale. Essentiellement, le CAIP donne des des divers services, tandis que 120 000 autres n’ont subventions pour embaucher des travailleurs non qua- reçu que l’allocation. Le concept du programme, n’a lifiés et des cols bleus. Le programme a été conçu pour pas tenu compte des contraintes de capacité de l’ANETI offrir de la formation en capacités pour aider les jeunes qui l’ont empêché de prévoir un encadrement et des tunisiens à acquérir des qualifications professionnelles stages dans le secteur privé pendant la mise en oeuvre. dans le but de favoriser leurs perspectives d’emploi en Manque de leadership technique aux niveaux central et adaptant la formation à des emplois spécifiques. En local et l’absence de réelle coordination entre l’agence d’exécution ANETI et le METP n’a fait qu’empirer11 62 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
réalité, ce genre de formations a rarement eu lieu.17 opère principalement dans les villes de Monastir et de Bien que le taux d’insertion du CAIP soit de loin le Tunis. La plupart des participants, environ 90 pour- plus élevé parmi les PAMT, le taux de résiliation des cent, sont des non-diplômés. contrats reste également très élevé. La principale raison · Le programme de Prise en Charge de cinquante pour invoquée par les entreprises et les dirigeants syndicaux cent par l’Etat des subventions salariales (de PC50)25 est le manque de compétences appropriées et le peu de vise à encourager les entreprises privées à embaucher correspondance entre les candidats et les entreprises, des demandeurs d’un premier emploi ayant un diplôme qui passent par l’ANETI. Une formation supplémen- universitaire en payant la moitié de leur salaire avec un taire pour les jeunes travailleurs pourrait être utile maximum de 250 DTN ($ EU (PPP) 344,63) par mois pour combler le manque de compétences des jeunes pour un maximum de 12 mois. Le programme est li- chômeurs et les postes vacants.18 mité aux zones de développement régional (tel que dé- fini dans le Code des investissements) et ne s’applique L’ANETI gère également un certain nombre de petits pro- qu’aux nouvelles entreprises actives dans certaines ac- grammes dont les objectifs et les catégories de bénéficiaires de tivités à forte valeur ajoutée avec une forte composante jeunes se chevauchent. de connaissance. Le PC50 est un programme relative- ment limité avec seulement quelques 500 diplômés en
- Le Service Civil Volontaire (SCV)19 subventionne les 2011.
coûts de l’embauche de diplômés universitaires dans les organisations de la société civile. Le programme or- En 2012, un décret a été adopté en vue de fondamenta- ganise jusqu’à 12 mois de stages, et offre une allocation lement modifier les PAMT sous l’ANETI et introduire une mensuelle de 200 DTN ($ EU (PPP) 276). En 2011, le «indemnité de salaire» et un «chèque-formation», fusionnant programme comptait environ 8000 participants.20 Les ainsi de manière efficace tous les programmes existants en associations n’ont pas à satisfaire aux critères de qua- deux interventions.26 En principe, le décret permet à l’ANETI lité pour participer au programme.21 En effet, la plu- de sous-traiter avec les ONG et les prestataires du secteur part des associations qui participent sont très petites, et privé pour offrir des services d’emploi, y compris des for- ont souvent de faibles capacités, ce qui réduit l’attrait mations d’intermédiation et compétences et elle introduit un du programme. mandat pour la promotion d’un meilleur suivi et une meil- leure évaluation des PAMT. Ce nouveau cadre réglementaire
- Programme d’emploi pour les diplômés de l’enseigne- de l’ANETI signale une évolution positive et la simplifica-
ment supérieur. Le Contrat d’Insertion des Diplômés tion des PAMT en Tunisie. Toutefois, la lenteur de la réforme de l’Enseignement Supérieur (CIDES)22 cible les diplô- soulève des questions quant au niveau d’engagement des més universitaires qui sont au chômage depuis plus de décideurs et autres parties prenantes directes concernant la deux ans. Le programme subventionne les salaires et poursuite cette réforme. verse des allocations mensuelles de 150 DTN ($ EU (PPP) 207) pour des stages et des emplois.23 En plus En dehors de l’ANETI, plusieurs programmes parallèles des allocations, le programme paie une partie de la existent, comme le Programme de solidarité emploi. Le contribution de l’employeur à la sécurité sociale pour Contrat Emploi-Solidarité (CES),169 qui comprend des tra- au moins sept ans, qui va décroître au fil du temps. vaux publics à haute intensité de main-d’oeuvre. Avec un cer- Le programme a atteint environ 3.000 bénéficiaires en tain nombre de programmes régionaux, le CES est financé 2011 En théorie, les employeurs sont obligés d’embau- par le Fonds 21-21 du Ministère de la Formation profession- cher des bénéficiaires à la fin du programme, même nelle et de l’Emploi (MFPE). Le CES fournit des emplois à si dans la pratique, les taux de placement sont très court terme pour les jeunes tunisiens qui ont quitté l’école. faibles : 21 pourcent en 2010. Il ne vise pas un groupe spécifique de personnes sans em- ploi. Au lieu de cela, le CES vise à intégrer les chômeurs dans
- Le Contrat de Réinsertion dans la Vie Active (CRVA)24 le cadre des initiatives régionales et locales de promotion de
donne aux bénéficiaires une allocation mensuelle de l’emploi. La principale activité du CES fournit des emplois 200 DTN ($ EU (PPP) 276) et la couverture de sécurité à haute intensité de main-d’oeuvre à court terme dans des sociale supplémentaire. En outre, le programme couvre projets de travaux publics, qui ont soutenu environ 14.000 jusqu’à 200 heures de frais de formation ainsi que les jeunes en 2010.28 Le programme comprend également un frais de déplacement. Le programme est relativement limité, comptant environ 1.000 stagiaires en 2011, et Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 63
certain nombre de petites initiatives qui ciblent les jeunes En dehors de l’ANETI, le gouvernement tunisien met éga- non qualifiés. Cependant, de nombreux CES manquent de lement en oeuvre un certain nombre de programmes de for- cohésion avec les autres programmes. Certains instruments mation par le biais de l’Agence Tunisienne de la Formation du CES se chevauchent en grande partie avec les programmes Professionnelle (ATFP).31 L’ATFP a été créé en 1993 sous le existants de l’ANETI comme par exemple, les programmes MFPT en charge de la formation professionnelle. Son budget de stages pour les jeunes diplômés, tandis que d’autres re- est de 200 millions de DTN (276 millions de $ EU (PPA)), produisent des programmes similaires mis en oeuvre par le provenant entièrement des fonds publics. L’ATFP gère 137 Ministère du développement régional et d’autres bailleurs centres de formation à travers tous les gouvernorats de la Tu- de fonds, tels les travaux public à haute intensité de main- nisie, y compris les centres spécialisés de formation dans des d’oeuvre. Il y a eu des cas de projets de travaux publics qui secteurs particuliers, par exemple, la construction, l>électro- n’ont jamais été achevés ou qui ont rémunéré des salaires nique, la mécanique, le tourisme, le textile (48 centres), ainsi à des travailleurs qui ne se sont pas présenté au travail. En que des centres d>apprentissage (61), pour les jeunes femmes outre, il a été prouvé que les programmes du CES n’ont pas en milieu rural (15), et des centres pour l>artisanat (13). Ces de cadres clairs de gouvernance ou des procédures, ni une centres forment près de 60 000 étudiants par an et emploient allocation transparente des fonds.29 Les programmes du CES environ 7300 personnels. L’ATFP propose une gamme de for- manquent largement de suivi et les bénéficiaires ne sont gé- mation, y compris (i) des cours résidentiels dans les centres néralement pas soumis à une vérification avec les références de formation ; (ii) des contrats d>apprentissage impliquant des dossiers de l’ANETI, permettant à certains individus de des entreprises, où l>apprenti passe jusqu>à la moitié de son bénéficier de divers programmes simultanément. L’impact des temps en formation ; et (iii) des cours adaptés à l>industrie programmes de travaux publics sur le marché du travail à d>une région particulière. long terme peut être insignifiant et la recherche a démontré qu’un certain stigma test associé aux emplois des travaux pu- Le graphique 5.1 illustre la répartition 2011 des jeunes blics, ce qui peut diminuer l’employabilité des participants bénéficiaires des PAMT, dont la majorité était des diplômés sur le long terme.30 D’autres approches dont l’expansion d’un universitaires, à savoir, 66 pourcent contre 33 pourcent de projet employant des jeunes chômeurs sans diplôme de l’en- jeunes moins instruits. Le nombre de bénéficiaires était su- seignement secondaire (en majorité des NEET), sont présen- périeur à la moyenne en 2011 à cause de ceux qui étaient tés dans le chapitre suivant. couverts sous le programme AMAL aujourd’hui abandonné.
Graphique 5.1 : Bénéficiaires du programme financé par le FNE 2011
450.000 Principalement destinée aux 405.500 400.000 jeunes hautement qualifiés Total 350.000 300.000 Principalement destinés aux personnes peu qualifiées 250.000 200.000 155.000 113.500 90.000 30.000 17.000 150.000 Programme ANETI Micro-crédits Programmes ANETI 100.000 (Encourager les régionaux de (coaching pour AMAL programmes d’insertion l’esprit d’entreprise) 50.000 dans l’emploi salarié) l’emploi 0
Source : Fonds National de l’Emploi, Données Administratives, 2011. 64 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 5.2 : Connaissance des programmes Graphique 5.3 : Sensibilisation par éducation actifs du marché du travail des programmes actifs du marché urbain vs. rural du travail
Progr. régional AMAL SCV Programme AMAL SCV CES 50% SIVP régional CES 100% SIVP Travaux 30% Travau 80% publics 20% publics 60% 10% 20%
Autres progr. CAIP Non-diplômé rural emploi Non-diplômé urbain Rural Diplômé Autres progr. CAIP empl. Source : THSYUA, THSYRA. Source : Banque mondiale 2012c ; 2012d. Note : Ce graphique exclut tous les jeunes inscrits dans des programmes Note : Ce graphique fait référence à tous les jeunes. éducationnels ou des formations. L’échantillon rural ne comprend pas suffisamment de diplômés pour permettre une comparaison.
Néanmoins, ce chiffre constitue une bonne base de comparai- en milieu urbain et 21,1 pourcent des jeunes ruraux ont en- son des jeunes bénéficiaires par catégorie. tendu parler du programme. Les deux programmes les plus connus dans les zones rurales sont le Programme de Travaux Perceptions des programmes actifs du narché publics à haute intensité de main-d’oeuvre (35,2 pourcent) et du Travail d’autres activités PAMT prévues sous le programme de déve- loppement régional CES (35,2 pourcent).33 La notoriété des Dans l’ensemble, il semble que l’information limitée sur les programmes chez les jeunes tunisiens ne varie pas beaucoup programmes de l’ANETI a conduit à de très faibles taux de par région ou par genre, bien que les jeunes dans le Sud rural participation des jeunes éligibles. Un tiers des jeunes pensent connaissent mieux le Programme des Travaux publics (voir ne pas être éligibles à ces programmes et selon les résultats graphique 5.1). de l’enquête récente présentée ci-dessous, plus d’un quart ne savent pas comment s’y inscrire.32 Le manque d’informations Les jeunes non-diplômés urbains sont peu informés sur la façon de s’inscrire semble encore plus problématique des programmes d’emploi existants, même concernant les dans le cas des programmes qui ne sont pas gérés à l’échelle quelques programmes qui sont ouverts aux non-diplômés. nationale. Seul un sur cinq jeunes tunisiens non-diplômés en zone ur- baine est informé sur le Programme de travaux publics (20,4 L’information sur les programmes existants est très faible, pourcent), et seulement un sur 10 est informé sur l’ACFI en particulier dans les zones rurales. Quelques-uns des pro- (10,1 pourcent), tel que démontré dans le graphique 5.3. grammes conçus pour aider les jeunes chômeurs dans leur re- D’autres programmes, y compris AMAL, SIVP, et SCV sont cherche d’emploi sont connus par plus d’un quart des jeunes beaucoup mieux connus des jeunes diplômés. Mais surtout, participants (voir graphique 5.2). Même le plus grand pro- les programmes qui sont ouverts aux jeunes tunisiens sans gramme, AMAL, qui a fourni des subventions salariales pour diplôme universitaire, comme les travaux publics ou l’ACFI, les diplômés universitaires sans emploi, n’était connu que de sont en grande partie inconnus de leur groupe cible dans la 42,5 pourcent des participants en milieu urbain, et seulement Tunisie rurale et urbaine. 20,5 pourcent des jeunes en milieu rural. De même, le SIVP, un autre programme qui subventionne les salaires des diplômés Dans l’ensemble, les jeunes qui connaissent PAMT ont une chômeurs est seulement connu de 33,2 pourcent des jeunes vague notion de ces programmes, comme en témoigne l’ana- participants en zone urbaine, et de 19,5 pourcent des jeunes lyse qualitative. Les programmes, y compris AMAL, sont tunisiens en zone rurales. Le CAIP, qui cible les non-diplômés, considérés comme une sorte de sinécure, mis en oeuvre pour reste largement inconnu : seulement 10,7 pourcent des jeunes des raisons politiques. Les jeunes accordent peu de crédibilité à ces programmes. Ils sont considérés comme inefficaces et Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 65
même perçus comme «une imposture» et une panacée visant Que fait l’entreprise ? Elle profite du système de recrute- à réduire artificiellement le nombre de chômeurs.34 ment de personnel sous le SIVP, les rémunère mal, les con- Je ne les ai pas essayé [les programmes]. Je n’ai plus aucune confiance dans l’Etat. Même lorsqu’il y a une bonne oppor- gédie à la fin du contrat et transfère l’argent gagné hors du tunité d’emploi, ceux qui travaillent au bureau de l’emploi pays. Jeune chômeur diplômé, Zaghouan, Nord-Est de la le revendent chèrement. Jeune chômeur diplômé, Mahdi, Tunisie Côte tunisienne Participation dans les programmes actifs Je connais beaucoup de gens qui parviennent à décrocher du marché du travail un boulot grâce à leurs contacts ou à leurs parent qui tra- vaillent au bureau de l’emploi. Jeune Femme Chef d’un La participation aux programmes est très faible. À peine un Département bancaire 28 ans, Tunis jeune sur 10 interrogés n’a jamais participé à un programme important comme l’AMAL ou le SIVP. Dans l’ensemble, la Les cours de travaux publics et de SIVP ne sont pas des participation au programme est faible dans les zones ur- solutions ayant des répercussions à long terme. Il y a une baines, et encore plus faible dans les zones rurales (voir grande différence entre les travaux publics, la formation graphique 5.4). Les programmes ayant la plus grande parti- ou le programme AMAL, comme par exemple, la création cipation étaient AMAL (11,0 pourcent en milieu urbain, de d’une entreprise qui pourrait employer 700 personnes. 9,8 pourcent en milieu rural), SIVP (12,1 pourcent en milieu Jeune étudiant, Gafsa, sud de la Tunisie urbain, de 8,0 pourcent en milieu rural), et SCV (3,9 pour- cent en milieu urbain, 11,5 pourcent en milieu rural). Tous Les jeunes considèrent les employeurs, et en particulier ces programmes ciblaient les diplômés universitaires, ce qui le secteur privé, comme étant les principaux bénéficiaires explique pourquoi la participation générale des jeunes moins des programmes actifs d’emploi. Les subventions salariales instruits, est si faible. Une répartition par régions montre que sont largement considérées comme des démotivations pour parmi les autres programmes, notamment le programme ré- les entreprises à embaucher des jeunes chômeurs de façon gional, le CES a la plus forte participation dans la région permanente. En particulier, les subventions peuvent pousser côtière rurale et par contraste aux régions de l’intérieur rural davantage les pratiques d’exploitation, comme indiqué par et le sud rural où la participation est faible, ce renforce da- un jeune participant. vantage les disparités régionales (voir graphique 5.2).
Les jeunes qui ont participé à des programmes de forma- tion pour jeunes se sont plaints dans les interviews de classes surchargées, de matériel ancien et obsolète, de la mauvaise gestion et du manque d’opportunités à la fin de la formation.
Graphique 5.4 : Participation dans les programmes actifs du marché de l’emploi urbain vs. rural
14
12
10 Rural 8
6
4
2
0 AMAL SCV SIVP CAIP Autre progr. Travaux Programme emploi publics régional
66 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 5.5 Participation dans les programmes actifs du marché de l’emploi par éducation
35
pour cent 25 Non-diplômé rural Non-diplômé urbain 20 Diplômé urbain
5
0 AMAL SCV SIVP CAIP Autre progr. Travaux Programme emploi publics régional CES
Note : Ce graphique exclut tous les jeunes inscrits dans des programmes éducationnels ou des formations. L’échantillon rural ne comprend pas suffisamment
Un jeune qui a abandonné ses études et qui travaille actuelle- programmes sont perçus simplement comme un outil poli- ment dans la ferme familiale, décrit ses tentatives pour obte- tique qui profite essentiellement au secteur privé. nir une formation complémentaire. La participation aux PAMT en Tunisie est relativement Dans l’atelier de soudure, il y avait huit postes de soudure élevée, mais il existe peu de données sur leur impact sur l’em- pour 35 personnes. L’instructeur n’a donné aucune direc- ployabilité et sur le taux de placement. Par exemple, seule- tive. Il n’y avait aucun matériel disponible, ce qui n’est pas ment 8,2 pourcent des participants précédents au programme inhabituel beaucoup de situations similaires affectent les AMAL en zones urbaines étaient employés au moment de stagiaires. La moitié d’entre nous ont abandonné le cours l’enquête en 2012, ce qui est beaucoup plus bas que le taux avant la fin. Jeune décrocheur scolaire, 23 ans, Sidi Bouzid, moyen d’emploi (voir graphique 5.6). En comparaison, 24,2 Intérieur de la Tunisie pourcent des précédents participants au SIVP en zones ur- baines travaillaient au moment de l’enquête. Bien que les Après la révolution, les diplômés universitaires en zone ur- données ne permettent pas une analyse causale, les corréla- baines se sont inscrits en grand nombre dans les plus grands tions suggèrent que le programme d’apprentissage SIVP est programmes, AMAL et SIVP. Plus d’un tiers des jeunes diplô- nettement plus efficace dans l’amélioration de l’employabilité més urbains (37,2 pourcent) ont dit qu’ils avaient participé comparé aux larges transferts d’argent non ciblés du pro- à AMAL et plus d’un quart (26,5 pourcent) au SIVP (voir gramme AMAL35. A la limite, il semblerait qu’AMAL rédui- graphique 5.5). Environ 6,2 pourcent avait en fait participé rait les chances d’embauche des jeunes inscrits. aux deux programmes. D’autres programmes pour les di- plômés sont moins populaires, comme SCV (6,6 pourcent). Bénéfices des programmes actifs du marché de Étonnamment, un grand nombre de jeunes non-diplômés l’emploi ont déclaré avoir participé à de grands programmes conçus pour les diplômés, comme AMAL (4,5 pourcent en milieu Il est difficile d’évaluer l’impact de ces programmes sur le urbain, de 8,2 pourcent en milieu rural) et SIVP (11,3 pour- marché du travail, à la fois en raison d’un manque de don- cent en milieu urbain, de 7,0 pourcent en milieu rural), sou- nées d’un suivi systématique et également dû à la question de levant des questions sur le mécanisme et la gestion financière l’attribution. Le problème de l’attribution se pose lorsqu’un de ces programmes réservés aux diplômés universitaires. La diplômé peut décrocher un emploi donné, même sans passer conception limitée de ces programmes a également été révélée par un programme. Les rapports sur les taux d’insertion sur par la recherche qualitative, qui a constaté que la plupart des le marché du travail varient selon les sources, et ne sont pas fondées sur une analyse de causalité, mais plutôt des résultats d”enquête auto déclarées. Les taux d’insertion varient entre Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 67
Graphique 5.6 : Participation aux programmes actifs du marché du travail, par NEET
25 Non-NEET rural Non-NEET urbain pour cent 20 NEET rural
5
0 AMAL SCV SIVP CAIP Autre progr. Travaux Programme emploi publics régional
10-20 pourcent pour les trois principaux programmes à sa- peu plus élevé, bien qu’il ne soit pas clair si le programme a voir le CAIP, le CIDES, et le SIVP.36 créé des avantages nets pour les participants.
Le coût par bénéficiaire placé avec succès est élevé pour la 5.2 Les Programmes d’entreprenariat plupart des programmes, et dans certains cas, le coût est ex- trêmement élevé. Par exemple, chaque placement réussi coûte L’entrepreneuriat des jeunes peut jouer un rôle important au SIVP 9,000 DTN ($ EU (PPA) 12 407).37 Les politiques dans la lutte contre l’exclusion des jeunes, tout en renfor- des programmes actifs du marché du travail (PAMT) doivent çant la génération de revenus et la réduction du chômage des être mises en oeuvre plus efficacement pour répondre à l’inac- jeunes. Des projets pilotes ont été lancés récemment dans la tivité et à l’inadéquation des compétences. En effet, avec de région MENA, y compris en Tunisie.40 Bien que beaucoup de plus en plus de travailleurs potentiels découragés et restant ces projets aient des impacts importants, ils sont essentiel- sur le marché du travail, le risque de détérioration et d’ob- lement concentrés sur les diplômés d’université et les autres solescence des compétences augmentent. Toutefois, les im- jeunes qualifiés. Cependant, les jeunes défavorisés sans di- pacts fiscaux de ces vastes programmes ont des répercussions plôme de l’enseignement secondaire, qui constituent la plus macroéconomiques graves pour une petite économie comme grande partie des NEET dans les zones rurales et urbaines, celle de la Tunisie. Même dans les pays de l’OCDE, qui ont n’ont pas accès à la plupart des programmes. Beaucoup de tendance à avoir des institutions et des pratiques relativement ces jeunes hommes et femmes ont déjà une expérience en- avancées à cet égard, moins de 0,6 pourcent du PIB ont été trepreneuriale dans le secteur informel, et une formation consacré aux mesures des PAMT en 2011.38 supplémentaire pourrait permettre aux jeunes défavorisés de développer des entreprises prospères. Les données disponibles montrent que la plupart des PAMT, comme AMAL et SIVP, sont en grande partie régres- Un certain nombre de programmes sont conçus pour sifs et soutiennent principalement les jeunes aisés possédant soutenir les entrepreneurs ou les entrepreneurs potentiels. pour la plupart un diplôme de l’enseignement supérieur. La L’ANETI administre le Programme PAPPE des petites entre- majorité des programmes exclu systématiquement les NEET prises (Programme d’accompagnement des Promoteurs des et des jeunes tunisiens ayant moins d’éducation, dont beau- Petites Entreprises), qui se concentre sur les travailleurs in- coup viennent de milieux pauvres, même si ils constituent dépendants et est ouvert aux diplômés et non-diplômés. Le plus des trois quarts de la population de jeunes chômeurs. En programme offre des prêts allant jusqu’à 100 000 DTN ($ l’absence de toute tentative rigoureuse d’évaluation de l’im- EU (PPP) 137 850) par projet ; bien que la taille moyenne pact des grands PAMT de la Tunisie, l’analyse de base suggère des prêts en 2011 était de 247 DTN ($ EU (PPP) 340,50). qu’AMAL, le plus grand programme du pays, a empiré39 En outre, le programme de PAPPE offre du coaching et un l’employabilité des participants de ce programme. Le taux soutien à la conception de projet et à l’élaboration d’un plan d’employabilité des précédents bénéficiaires de l’AMAL est d’affaires, ainsi que la possibilité d’un stage pratique dans sensiblement plus bas que le taux moyen d’employabilité des un cabinet pendant un an. Une allocation mensuelle de 100 jeunes tunisiens. Le taux de placement du SIVP semble un 68 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
DTN ($ EU (PPP) 137.85) est prévue pour les non-diplômés pourcent), le FONAPRA (33,9 pourcent), le FNS (34,1 pour- pour un maximum de 12 mois. L’allocation pour les diplômés cent), les micro-crédits offerts par la Banque Tunisienne de universitaires est le double de ce montant. Le programme au- Solidarité, BTS (36,5 pourcent), et d’autres micro-prêts (36,2 rait eu 17 000 bénéficiaires en 2011.41 pourcent). Dans les zones urbaines, d’autre part, seuls les FNS (56,9 pourcent) et les micro-prêts de la BTS (42,4 pour- La Banque Tunisienne de Solidarité (BTS)42 gère égale- cent) sont bien connus. Comme pour les autres programmes, ment des programmes de microcrédit et d’entrepreneuriat. moins d’un quart des jeunes en milieu urbain sont conscients Ceux-ci octroient des prêts concessionnels aux entrepreneurs du FONAPRA (23,5 pourcent), un cinquième seulement sont potentiels, notamment les jeunes, que ce soit directement ou à au courant de micro-prêts autres que les prêts de BTS (20,5 travers des associations. Le programme de prêts directs octroi pourcent), et seulement un sur neuf sont familiers avec le pro- des crédits allant jusqu’à 100 000 DTN ($ EU (PPP) 137 850) gramme de petites entreprises (Pappé) (11,3 pourcent). Les remboursables entre six mois et sept ans, avec une période niveaux de sensibilisation des jeunes tunisiens sur les pro- de grâce de six mois à trois ans, et un taux de 5 pourcent43 grammes ne diffèrent pas beaucoup d’une région à l’autre, à d’intérêt. Les objectifs opérationnels de la BTS comprennent l’exception des jeunes dans le Sud rural qui semblent avoir (i) la facilitation de l’accès au financement pour les petits dé- une plus grande conscience de PAPPE par rapport à leurs veloppeurs disposant de ressources limitées et d’aucune ga- pairs, bien qu’en même temps, ils ont peu de connaissance rantie bancaire, et (ii) le financement de projets générateurs des programmes de micro-crédits autres que les prêts de la de revenus et la création d’emplois dans différents secteurs, BTS (voir graphique 5.3). comme par exemple, les petits métiers, l’artisanat, l’agricul- ture, et les services à travers le pays (rural et urbain).44 La notoriété des programmes est très faible chez les jeunes tunisiens non diplômés universitaires en zone urbaine. La Perceptions des programmes d’entreprenariat plupart des programmes d’entrepreneuriat sont beaucoup mieux connus par les jeunes diplômés que par des jeunes La notoriété des programmes d’entrepreneuriat existants bien sans diplôme universitaire, comme le démontre le graphique qu’elle dépasse celle sur les PAMT, reste faible. Tel que dé- 5.8. La différence de prise de conscience de ces programmes montré dans le graphique 5.7, environ un tiers de la jeunesse est plus faible pour les autres programmes de micro de prêt rurale est au courant des programmes d’entrepreneuriat, (10,3 points de pourcentage) et plus élevé pour micro-prêts comme le Programme des petites entreprises (PAPPE) (34,0 de la BTS (23,4 points de pourcentage). L’information sur ces programmes chez les non-diplômés dans les zones rurales est Graphique 5.7 : La notoriété des programmes toujours élevée d’environ un tiers, tandis que chez les non-di- d’entreprenariats urbain vs. rural plômés en zone urbaine, le FNS est le plus connu, particuliè- rement par plus de la moitié des participants (53,0 pourcent). Programme Petites Enterprises Bien que les programmes ciblent les jeunes chômeurs, (PAPPE) les jeunes tunisiens sans emploi sont moins conscients des 60% programmes existants que les jeunes qui ont un emploi. Les jeunes NEET tunisiens sont moins conscients des pro- Micro-crédit, 40% FONAPRA grammes existants par rapport à leurs pairs qui ne sont pas autre 20% des NEET. Ce manque d’information est important, en par- ticulier pour les micro-crédits et les petits programmes d’au- 0% to-emploi, car cela a conduit à une plus grande exclusion économique des jeunes tunisiens issus de milieux défavorisés. Rural En ce qui concerne le sexe, très peu de différences existent. Urbain Néanmoins, il semble que dans les zones urbaines, les jeunes femmes ont une plus grande conscience des FONAPRA et des Micro-crédit, FNS autres micro-crédits autres que les prêts offerts par les BTS. BTS Dans les zones rurales, il n’existe pas de différence claire dif- férence (voir graphique 5.4). Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 69
Graphique 5.8 : Connaissance des programmes d’entreprenariat par éducation
60 Non-diplômé rural
pour cent 50 Non-diplômé urbain
Diplômé urbain
0 FONAPRA FNS Micro-crédit, Micro-crédit, Programmes BTS autre Petites Enterprises
Note : Ce graphique exclut tous les jeunes inscrits dans des programmes éducationnels ou des formations. L’échantillon rural ne comprend pas suffisamment
Participation dans les programmes est sensiblement plus élevée chez les jeunes sans diplôme uni- d’entreprenariat versitaire, en particulier pour les programmes de micro-crédit PAPPE (1,9 pourcent en milieu urbain, de 3,8 pourcent en La participation au programme est très faible, en particulier milieu rural), le FNS (1,7 pourcent en milieu urbain, de 4,7 dans les zones urbaines où seule un jeune sur 100 a parti- pourcent en milieu rural) et la BTS (3,0 pourcent en milieu cipé à des programmes d’entrepreneuriat. Dans l’ensemble, la participation au programme est faible dans les zones rurales, Graphique 5.9 : Participation dans les programmes et encore plus faible dans les zones urbaines (voir graphique d’entreprenariat urbain vs. rural 5.9). Les programmes ayant le plus de participation étaient le FNS (4,7 pourcent en milieu rural, 1,6 pourcent en milieu Micro-crédit, Programme Petite FONAPRA urbain), le Programme pour les petites entreprises (3,8 pour- autre Enterprises (PAPPE) cent en milieu rural, 5% 0,8 pourcent en milieu urbain), et d’autres micro-prêts 4% (4,6 pourcent en milieu rural, 3,4 pourcent en milieu ur- 3% bain). Une ventilation par région montre que les programmes 2% PAPPE, FONAPRA, et FNS ont la plus haute participation 1% sur la Côte rurale et à l’intérieur. Quant aux jeunes tunisiens 0% dans le Sud rural, ils sont plus intéressés par les programmes de micro-prêts que leurs pairs sur la côte (voir graphique Micro-crédit, FNS Rural 5.5). Dans l’ensemble, l’esprit d’entreprise des jeunes de- Urbain vrait être plus largement utilisé dans les régions en retard de développement. BTS
Les diplômés universitaires urbains, un groupe prioritaire Source : Banque mondiale 2012d ; 2012e. pour les décideurs politiques, se sont à peine inscrits à un Note : Ce graphique fait référence à tous les jeunes. quelconque programme d’entrepreneuriat. Les Programmes de micro-prêts enregistrent la plus forte participation de la jeunesse urbaine sans diplôme universitaire. Seul un sur 100 diplômés universitaires s’inscrit dans l’un des programmes d’entrepreneuriat publiquement disponibles. La participation 70 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique 5.10 : Participation dans les programmes d’entreprenariat par éducation
7
6
5 Nongraduate rural
percent 4 Nongraduate urban
3 Graduate urban
2
1
0 Program for small FONAPRA FNS Microloans, Microloans,
enterprises (PAPPE) BTS other
Note : Ce graphique exclut tous les jeunes inscrits dans des programmes éducationnels ou des formations. L’échantillon rural ne comprend pas suffisamment
urbain, de 3,0 pourcent rural), comme le montre le graphique programmes de micro-prêts (5,4 pourcent), au FNS (3,9 pour- 5.10. Ce résultat suggère que les diplômés universitaires sont cent), au Programme des petites entreprises (3,7 pourcent), plus enclins à chercher un emploi rémunéré, et que les jeunes aux micro-prêts de la BTS (3,5 pourcent), et la FONAPRA. moins instruits sont plus susceptibles de poursuivre l’au- to-emploi, malgré le fait que ces programmes d’entrepreneu- 5.3 Autres services pour jeunes riat disponibles excluent les jeunes qui sont des travailleurs indépendants dans le secteur informel. Programmes du Ministère de la Jeunesse et des Sports La participation au Programme parmi les jeunes tunisiens sans emploi est sensiblement plus élevée dans les zones ru- Le Ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) dispose d’une rales. Bien que la participation chez les NEET et les jeunes gamme de programmes pour les jeunes ; le plus ancien et le travailleurs approche des niveaux similaires en zones rurales, mieux connu est celui de la Maison des jeunes. Ces centres les NEET urbains participent à des programmes d’entrepre- visent à promouvoir des modes de vie sains et à faire la pré- neuriat avec une probabilité nettement plus faible que les vention des comportements à risque. Le premier centre a été jeunes travailleurs urbains. Par exemple, 6,7 pourcent des créé en 1963. Ils offrent une gamme d’activités de loisirs et jeunes travailleurs tunisiens dans les zones urbaines ont par- de formation professionnelle dans la technologie, les langues ticipé à des programmes de micro-prêts autres que les mi- et les arts, et visent à promouvoir la citoyenneté et l’intégra- cro-prêts de la BTS (3,8 pourcent de micro-prêts de BTS), tion des jeunes dans la société. Il existe 316 centres perma- comparé à seulement 2,2 pourcent des NEET urbains (0,6 nents avec des terrains de sport et d’autres installations dans pourcent de micro-prêts de la BTS) (voir graphique 5.6). En les villes à travers le pays, 224 centres ruraux (Maisons des outre, nous observons différents schémas de participation Jeunes Rurales), 14 des complexes plus vastes, en plus de 44 liés au niveau de pauvreté et au lieu de résidence (voir gra- clubs mobiles (Clubs de Jeunes Mobiles) apportant des acti- phique 5.7). Alors que dans les zones urbaines, la participa- vités dans des milieux ruraux autrement mal desservis. tion est nettement plus élevée chez les jeunes issus de familles pauvres, il existe une hétérogénéité importante dans les zones L’image des Centres de jeunes a été ternie par l’utilisation rurales. En particulier, les jeunes tunisiens des pauvres fa- qui en a été faite pour les événements de propagande sous l’an- milles rurales participent majoritairement au FNS (6,1 pour- cien régime. Peu de temps après la révolution, le décret 119 cent), au Programme des petites entreprises (4,1 pourcent), de 2011 a desserré le contrôle central des Centres de jeunes, et à d’autres programmes de micro-prêts (3,0 pourcent). Par permettant des systèmes de gestion plus démocratiques, et contre les jeunes des familles rurales plus riches, tendent à une plus grande autonomie financière qui leur permettra de participer à tous les programmes d’entrepreneuriat : d’autres répondre plus efficacement aux besoins et aux préférences locales. Du personnel supplémentaire, notamment des jeunes Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 71
diplômés, a également été recruté. Les statistiques officielles in- situation.49 Plusieurs organisations religieuses d’aide sociale diquent que les centres de jeunes permanents ont attiré près de se sont développées dans les zones péri-urbaines depuis la ré- 90 000 usagers en 2011 et les centres ruraux et mobiles ont volution avec des bannières et des panneaux de signalisation attiré 390 000 jeunes. Mais compte tenu du manque d’un sys- partout. Beaucoup de ces organisations remplissent le vide tème de suivi rigoureux, il est peu probable que ces chiffres laissé par l’effondrement de l’ancien régime, qui dominait reflètent le nombre réel d’utilisateurs. Selon le ministère de la la société civile à travers les activités de son parti politique. Jeunesse et des Sports, les activités les plus populaires sont le Comparé aux autres organisations de la société civile beau- sport et l’accès à l’internet. Un rapport indique que la fréquen- coup plus établies, les nouvelles organisations religieuses de tation des centres semble avoir chuté de 36 pourcent depuis bienfaisance ont tendance à être mieux financées.50 Il semble- 2010, ce qui reflète une tendance à la baisse de fréquentation rait également que certains organismes d’aide sociale aient sur un certain nombre d’années. Le financement reste l’un des commencé à offrir des bourses d’études pour financer des principaux problèmes auxquels sont confrontés les centres cours particuliers aux élèves du secondaire, pour des services de jeunes, ainsi que le manque d’infrastructures adéquates médicaux, et dans certains cas, offrent de petites sommes et d’équipements, y compris les ordinateurs. Plus important pour les jeunes qui souhaitent se marier.51 Pour l’avenir, de encore, les Centres de jeunes nécessiteraient un ensemble plus nouvelles mesures devraient être mises en place pour favori- complet de services axés sur les jeunes, avec un contenu per- ser les partenariats entre les gouvernements locaux, les ONG tinent et l’engagement direct des jeunes dans la prestation de soutenant l’intégration des jeunes, et les organismes d’assis- services afin d’attirer le nombre optimal d’utilisateurs. tance sociale de s’appuyer sur leur efforts de sensibilisation efficace envers les jeunes défavorisés au niveau communau- Services de jeunes offerts par les Organisations de taire, intégrer leurs approches, et de les rapprocher des autres Bienfaisance Religieuses institutions qui opèrent au niveau local.52
Depuis 2011, les organisations religieuses de bienfaisance 5.4 Conclusions et recommandations ont développé une approche alternative pour la prestation de services envers les jeunes exclus des communautés mar- Défis majeurs ginalisées, comblant par-là certaines lacunes laissées par les services publics et les programmes. En chiffres absolus, les Les programmes qui visent à promouvoir les opportunités organisations religieuses de bienfaisance se sont multipliées pour les jeunes en Tunisie sont actuellement confrontés à un et développées après la révolution.45 Dans les quelques mois certain nombre de défis, qui ne peuvent pas être relevés par qui ont suivi la révolution, les organisations religieuses de les seuls ministères et les organismes centraux. Comme il l’a bien-être sont intervenus pour combler le vide créé par la été démontré par les bonnes pratiques en Tunisie et à l’étran- détérioration des services publics dans les zones marginali- ger, ces défis peuvent être relevés plus efficacement en enga- sées, et devenant les principaux acteurs économiques46 dans geant directement le secteur privé, le secteur émergent des certains endroits. Il a été signalé que certains de ces groupes ONG concernés par les questions de l’emploi des jeunes, les ont commencé à apporter une aide à la scolarisation, à ser- collectivités locales, et les jeunes en tant que partenaires. Avec vir de médiateurs dans les conflits locaux, à assister sur des près de 100 000 jeunes tunisiens qui arrivent sur le marché du questions administratives, et à donner des conseils dans les travail chaque année,53 la réforme des PAMT est urgente.54 problèmes conjugaux.47 Dans plusieurs villages pauvres ainsi que dans les zones urbaines, des organisations religieuses de Les défis majeurs qui empêchent la bonne performance bienfaisance sont également impliquées dans l’économie in- des PAMT sont : formelle, et dans certains cas, ont commencé à accorder des prêts sans intérêt aux jeunes49 travailleurs indépendants. · Plusieurs programmes actifs du marché du travail coû- teux se sont «multipliés» au fil du temps, ce qui a créé La plupart des nouvelles associations opèrent dans les des répétitions, menant à une insuffisance de capacités zones péri-urbaines pauvres à proximité des grandes villes pour les gérer, et un manque de résultats mesurables le long des régions côtières de la Tunisie, où l’exclusion éco- sur le terrain.55 Le gouvernement a déjà adopté un nomique et sociale est largement répandue. La recherche décret qui intègre tous les programmes existants en qualitative dans la banlieue d’Ettadham-Douar à Tunis, qui quatre types d’interventions : (i) la formation et la re- comprend une population d’environ 600 000, confirme cette cherche d’emploi ; (ii) des subventions salariales ; (iii) le soutien à l’entrepreneuriat ; et (iv) les programmes 72 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
de soutien de l’emploi régional, notamment les ou- avec d’autres programmes, influent sur les résultats du mar- vrages publiques / programmes de travail obligatoire. ché du travail pour les jeunes.59 Si elle est mise en pratique, cette intégration pourrait se traduire par des économies substantielles. Cependant, Zones stratégiques pour plus d’actions les PAMT continuent d’offrir le même nombre d’acti- vités, souvent de manière inefficace. La stabilité politique de la Tunisie offre une occasion unique
- Les PAMT sont régressifs et s’adressent principalement de réformer son large éventail de programmes et de services
aux diplômés universitaires. Environ 80 pourcent des de jeunes, tout en les rendant plus inclusifs, rentables et res- dépenses des programmes de soutien à l’emploi sont ponsables. Comme le montre l’analyse dans ce rapport, la en faveur des titulaires d’un diplôme de l’enseignement jeunesse tunisienne n’est pas un groupe homogène. Il existe supérieur,56 bien qu’ils ne constituent environ qu’un plusieurs sous-groupes, chacun avec son propre ensemble de quart des jeunes sans emploi, sans éducation ou qui contraintes pour accéder aux opportunités économiques et ne sont pas en formation.57 Les PAMT existants ont sociales et les PAMT et les services de jeunes doivent tenir tendance à exclure les jeunes des milieux moins édu- compte des besoins des différents sous-groupes dans leur qués, aux faibles revenus, et résidant dans les zones programmation. Les recommandations suivantes visent à péri-urbaines, les zones rurales et les régions sous améliorer l’efficacité et la couverture des programmes et des développées. services de jeunes des PAMT, en s’appuyant sur le dialogue
- Le monopole légal de l’État sur l’intermédiation de politique permanent depuis 2011 entre le Gouvernement de
l’emploi restreint le choix et l’entrée d’un plus large la Tunisie et de divers organismes, dont la Banque mondiale. éventail de prestataires et de services sur le marché, particulièrement les prestataires du secteur privé.58 Améliorer les services d’emploi de l’ANETI
- Les PAMT ont tendance à être trop centralisés. Il y
a un manque d’opportunité pour l’appropriation et la Assurer la couverture de tous les sous-groupes de jeunes participation des administrations locales, des ONG, et concernés nécessite les actions suivantes, qui s’appuient des organisations caritatives ayant une forte présence sur les recommandations de plusieurs rapports techniques. locale dans les zones défavorisées, et les organisations D’autres rapports ont souligné les mesures visant à améliorer de jeunes concernés. La centralisation de la prestation la capacité de l’ANETI d’offrir à ses bénéficiaires des services des programmes entrave l’innovation et l’adaptation de l’emploi dans la forme de l’art, y compris des conseils, de aux diverses circonstances de la Tunisie la formation en hautes compétences, et l’intermédiation du
- Les modalités de suivi et d’évaluation actuelles conti- travail. Ils ont également recommandé de simplifier l’admi-
nuent d’être sporadiques, manquent de rigueur, et ne nistration et la prestation des PAMT.60 Les actions suivantes sont pas suffisamment développées pour évaluer les sont essentielles pour l’avenir, à savoir : impacts respectifs des différents programmes. L’assis- tance aux anciens bénéficiaires et le suivi après la fin de · Enlever les contraintes réglementaires pour permettre leurs activités fait souvent défaut. au secteur privé de participer à la prestation de ser- vices d’intermédiation. L’importance d’inclure le sec- La prochaine génération de politiques actives sur l’em- teur privé dans la prestation des services de l’emploi, ploi des jeunes doit s’appuyer sur une connaissance de base notamment l’intermédiation, est confirmée par La accrue. Une conception du programme informée doit se Convention des Bureaux de Placement Privés, qui a été concentrer sur trois tâches fondamentales, à savoir : (i) une adoptée par l’Organisation Internationale du Travail meilleure compréhension des causes et conséquences des ré- en 1997, et que la Tunisie devrait ratifier (Convention sultats du marché du travail pour les jeunes pauvres ; (ii) le 181 soutenue par la Recommandation 188). En outre, développement d’outils pour guider la conception et la mise le code du travail doit être modifié pour permettre aux en oeuvre des programmes d’emploi des jeunes ; et (iii) in- agences d’intermédiation privés d’opérer. troduire une nouvelle ère de l’évaluation d’impact qui met l’accent sur l’évaluation de la façon dont les différentes carac- · Développer des partenariats public-privé et avec les téristiques d’un programme donné, y compris les interactions ONG à travers des contrats basés sur la performance pour offrir des services d’emploi aux jeunes qui soient alignés sur les exigences du marché du travail, tout en atteignant les jeunes défavorisés dans les zones Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 73
péri-urbaines, rurales et les régions intérieures. Les permettant un accès à l’information sur les progrès des partenariats permettraient à l’ANETI d’offrir des com- programmes, qui peuvent guider les réaffectations et / pétences plus adaptées, de la formation en entrepre- ou des coupures budgétaires des PAMT basées sur des nariat, des stages à (a) des diplômés chômeurs et (b) à preuves. d’autres jeunes, comme les jeunes hommes et femmes moins éduqués et inactifs, qui peuvent ne pas être ins- Établir des services de jeunes intégrés locaux avec la crits au chômage. Dans tous les cas, l’ANETI ne de- participation des jeunes vrait plus fonctionner comme un monopole pour la prestation de services d’emploi et d’intermédiation en Des services de jeunes intégrés offrant un guichet unique pour Tunisie, car cela limite sa capacité à servir efficacement les jeunes tunisiens peuvent être établis au niveau local, ser- les besoins des jeunes vant en particulier les moins éduqués et les NEET. Les services
- Améliorer et élargir les services de placement par l’uti- de jeunes locaux intégrés peuvent être fournis en s’appuyant
lisation systématique des nouvelles technologies. Les et en développant les services de l’ANETI, et en utilisant les programmes de l’ANETI pourraient être connectés sites existants du ministère de la Jeunesse et des Sports. Ces aux récentes plateformes en ligne ou mobiles tels que services peuvent offrir aux jeunes des compétences de vie, des Ta3mel et Najja7ni, pour la formation, les services informations pertinentes et des conseils sur les opportunités d’intermédiation et des compétences d’emploi (voir en- économiques locales, le travail d’intermédiation, la formation cadré 5.1). Pour le moment, le personnel de l’ANETI aux TIC, ainsi que l’accès à des activités sociales, culturelles est limité en nombre et en capacités, pour répondre et sportives, les services de protection juridique, de modes de aux divers besoins des jeunes à la recherche d’emploi vie sains, des opportunités de bénévolat, et d’autres utilisa- ou pour les connecter aux employeurs du privé. Les tions constructives du temps de libre. Ces services devraient Solutions des TIC peuvent constituer un complément créer des relations avec d’autres institutions intéressées, telles abordable, responsable, et favorable aux jeunes pour que les ONG locales dirigées par des jeunes, les associations augmenter la sensibilisation et le nombre de bénéfi- caritatives, les gouvernements locaux et les services d’emploi ciaires servis. En outre, la Tunisie dispose de groupes afin de maximiser la sensibilisation des jeunes, en particulier très dynamiques de jeunes entrepreneurs en TIC que les jeunes défavorisés dans les zones péri-urbaines, rurales l’ANETI pourrait embaucher pour développer des so- et dans les régions sous développées. Les expériences inter- lutions de TIC dans cette zone. nationales les plus réussies comprennent un fort élément de
- Développer des systèmes de suivi de qualité grâce à des participation des jeunes dans la gestion des services intégrés
solutions en ligne et/ou mobiles. Des plates-formes en de la jeunesse locale, en plus de partenariats structurés avec ligne comme celle utilisée pour faire le suivi des résul- les autorités locales pour assurer leur viabilité à long terme. tats en temps réel par le projet Idmej61 pourraient être En plus des résultats positifs pour l’employabilité des jeunes, facilement adaptées par l’ANETI et d’autres presta- il est prouvé que les services de jeunes intégrés locaux ont taires de services pour jeunes pour saisir et analyser les contribué à une plus grande cohésion sociale et à restaurer données relatives à plusieurs PAMT à travers le pays. la confiance avec les autorités locales en favorisant la partici- La plate-forme en ligne pourrait fournir des informa- pation active des jeunes et l’engagement transversal avec une tions précieuses comme par exemple, savoir si les fonds variété d’institutions locales.62 sont dépensés correctement, si les activités de forma- tion et si les stages en entreprises ont bien lieu et quel Donner la priorité aux programmes de « Formation genre et combien de jeunes en profitent. En outre, les Plus » inclusifs et globaux réactions des bénéficiaires pourraient être facilement accessibles via les téléphones mobiles pour donner Les programmes « Formation Plus » combinent avec succès des informations sur la qualité et la pertinence de la une formation technique avec une formation en comporte- formation et du stage, sur la ponctualité des transferts ment, des stages, des services d’emploi, et l’accréditation de en espèces aux jeunes bénéficiaires, et sur l’impact de projet. Il met l’accent sur la formation professionnelle axée l’employabilité de ces interventions sur les bénéficiaires sur la demande fondée sur des accords avec des partenaires au fil du temps. Ce sont des solutions à faibles coûts, du secteur privé pour offrir des stages à leurs clients. Les 74 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Encadré 5.1 : Plateforme en ligne Najja7ni et Tounes Ta3mal
La plate-forme en ligne “Tounes Ta3mal” dispose d’un centre de carrière et d’entreprenariat virtuel pour la jeunesse tunisienne. Co-financée par Silatech et Microsoft, cette initiative vise à offrir aux jeunes arabes de ressources allant de l’orientation de carrière en ligne, à l’employabilité et à l’éducation en entreprenariat, l’expérience professionnelle, et les opportunités d’emploi. Lancé en Octobre 2013, le site “Tounes Ta3mal” (Tunis Travaux) offre un accès gratuit, sans publicité à plus de 600 cours d’apprentissage en ligne disponibles en arabe, en anglais et en français. L’intégration avec le service mobile “Najja7ni” est en cours pour en élargir la portée et l’accès.
Les jeunes utilisateurs peuvent s’inscrire et s’engager dans la plate-forme par eux-mêmes. Silatech est en train de tra- vailler pour déployer la plate-forme dans le cadre de partenariats locaux avec des institutions universitaires, des ONG et d’autres organisations au service des jeunes, y compris Tounes Ta3mal qui fera partie intégrale de la programmation des jeunes. Les ressources de la plate-forme complètent et élargissent les services offerts par ces organismes afin de mieux répondre aux besoins de leurs jeunes. Par exemple, les centres de carrière peuvent utiliser le service de jumelage d’em- plois en ligne pour aider les étudiants à trouver des stages ou des emplois correspondants dans leur domaine. D’autres organisations ont utilisé les contenus de l’apprentissage en ligne (e-learning) du site Tounes Ta3mal pour créer des cours d’apprentissage mixtes, qui s’appuient sur le contenu de la plate-forme mais qui en fait, ont lieu dans une salle de classe
«Najja7ni mEmploi” est le premier centre de carrière mobile de la région, offrant un service de soutien à l’employabi- lité qui relie les jeunes n’ayant pas d’accès à l’internet à des ressources relatives à l’employabilité, l’intégration financière et les possibilités d’emploi via les téléphones mobiles de base. Les services gratuits comprennent l’orientation profes- sionnelle, les formations et les opportunités d’emploi, l’apprentissage de l’anglais, la formation financière, la rédaction de CV, la prise de conscience et la création d’entreprise, entre autres. Des tests, alertes SMS, et des tests de personnalité gardent l’utilisateur au courant et informé des opportunités dans les domaines professionnels. Les jeunes peuvent égale- ment prendre contact avec des employeurs potentiels en affichant un mini CV sur Najja7ni emploi.
« Najja7ni mEmploi » est complété par des programmes Meducation et mEnglish. Entre ces trois initiatives, Najja7ni atteint près d’un million d’utilisateurs enregistrés, mais il se pourrait qu’il y ait des réplications à cause de ceux qui s’ins- crivent à plus d’un service. Le service de mEmploi a été relancé en janvier 2014 avec une fonction destinée à faire cor- respondre la recherche à l’emploi ; il est dans son premier trimestre d’opération. Il a déjà acquis une base d’utilisateurs enregistrés de près de 300 000, dont plus de 200.000 qui ont utilisé employabilité mLearning et 96 000 qui ont utilisé les mini-CV créés pour recevoir des alertes d’emplois pour environ 2.500 emplois.
L’initiative est un partenariat entre Silatech, Tunisiana,a ProInvest, et EduPartage et travaille en étroite collaboration avec des initiatives axées sur la jeunesse de la Banque mondiale, l’ANETI et Microsoft Citoyenneté. L’initiative a rem- porté de nombreux prix internationaux, dont le Prix Argent Stevie et le Prix de l’Innovation Global Business Telecom.
Source : Silatech, Mai 2014. a. Tunisiana est un prestataire de téléphonie mobile tunisien faisant partie du groupe Ooredoo.
programmes de formation Plus se sont avérés plus efficaces l’employabilité et les salaires des jeunes à faible revenus dans que les formations traditionnelles dans les salles des cours plusieurs pays d’Amérique latine (voir encadré 5.2). La prio- professionnels.63 Le total des heures passées en salle de for- rité devrait être accordée aux programmes de formation Plus, mation ont eu pour conséquence un impact plus faible sur le tout en éliminant progressivement les programmes coûteux et taux de rendement du programme que le temps passé en for- moins efficaces comme les PAMT, les formations profession- mation pratique.64 Ces programmes ont réussi à augmenter nelle dans les salles de classes et les transferts de fonds de type Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 75
Encadré 5.2 : « Formation Plus » programmes jovenes pour les jeunes défavorisés en Amérique latine
Les programmes Jovenes offrent une formation complète aux jeunes chômeurs et économiquement défavorisés de 16 à 29 ans pour améliorer leur capital humain et social et leur employabilité. Le modèle axé sur la demande a été mis en oeuvre dans huit pays d’Amérique latine, adapté au contexte du marché et de la main-d’oeuvre locale.a La formation et les stages techniques sur le lieu d’emploi sont combinés avec une formation en compétences de base et avec d’autres services de soutien afin d’assurer « l’intégration sociale et la préparation à l’emploi » du bénéficiaire. Les institutions publiques et privées, contractées par des mécanismes d’appels d’offres publics, offrent des formations et organisent des stages. Le programme cible les pauvres, avec plus de 60 pourcent des participants issus de familles à faibles revenus, y compris ceux qui ont abandonnés l’école.
Les évaluations d’impact montrent que les programmes ont augmenté les probabilités des bénéficiaires de trouver un emploi dès leurs diplômes obtenus, particulièrement chez les jeunes femmes. En Argentine, le programme a accru la probabilité d’emploi chez les jeunes femmes adultes (21 ans et plus) d’environ 10 points de pourcentage par rapport au groupe témoin. Au Chili, le programme a augmenté la probabilité d’emploi de 21 points de pourcentage, avec des résultats très importants pour les jeunes âgés de 21 ans et plus jeune. En Argentine, le programme a augmenté le sa- laire mensuel d’environ 10 pourcent par rapport à un groupe témoin, avec des résultats plus favorables pour les jeunes hommes et les femmes adultes.
Sources : AedoM c. and S. Nuñez. 2001. « L’impact des Politiques de Formation en Amérique Latine et dans les Caraïbes : Le Cas du Programme Jovenes. » ILADES-Université de Georgetown Rapport, Ecole d’Economie et des Affaires, Université de Georgetown, Washington, DC. a. Argentine, Chili, Colombie, la République Dominicaine, Panama, le Paraguay, le Péru, et le Vénézuela.
AMAL. En intégrant et en réduisant le nombre des PAMT, aux jeunes bénéficiaires tout au long du cycle d’activité du des économies peuvent être réaffectées à des programmes de projet, si possible grâce à la participation directe d’entrepre- formation Plus visant les jeunes moins instruits des zones pé- neurs existants, recrutés à travers les chambres de commerce ri-urbaines, rurales et les régions sous-développées. par exemple, pour encadrer les futurs entrepreneurs ; (ii) de guider et aider les jeunes entrepreneurs à construire progres- Établir des programmes d’entreprenariat complets sivement les connaissances pratiques et empiriques néces- saires pour démarrer et consolider une nouvelle entreprise, Les Programmes d’entrepreneuriat complets allient les com- ainsi qu’à trouver des opportunités concrètes pour entrer pétences entrepreneuriales acquises pendant la formation, dans les chaînes de valeur existantes ; (iii) de renforcer chez l’accès au capital et le mentorat pour les jeunes qui démarrent les bénéficiaires, leur estime de soi et leur confiance en tant des start-ups avec des entrepreneurs établis. L’entrepreneuriat qu’entrepreneurs ; et (iv) d’accompagner les jeunes entrepre- des jeunes est un autre domaine potentiel d’investissement neurs dans la recherche et la sécurisation de services finan- important en Tunisie, en particulier pour les diplômés du ciers, pour soutenir leurs entreprises.65 L’encadré 5.3 présente secondaire, les diplômés des cours de formation technique, les principales caractéristiques et les résultats positifs du les travailleurs informels urbains et jeunes ruraux ayant des programme de qualification des jeunes micro-entrepreneurs idées d’affaires prometteuses, notamment les jeunes femmes. au Pérou, considéré comme l’une des meilleures pratiques Ces interventions compléteraient l’orientation actuelle du mondiales en matière d’entrepreneuriat des jeunes. Bien que programme de microfinance PAPPE qui profite essentielle- ces programmes recommandés aient donné des résultats lar- ment aux diplômés universitaires. gement positifs, il serait judicieux qu’ils soient introduits de manière progressive en Tunisie pour tester et évaluer la meil- Un certain nombre d’approches différentes utilisées ont leure option avant la mise en oeuvre des programmes à plus réussi à augmenter l’efficacité des programmes d’entrepre- grande échelle. neuriat des jeunes. Il s’agit notamment : (i) d’offrir de nom- breux services de mentorat et de développement des affaires 76 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
En s’appuyant sur les résultats déjà présentés sur l’ex- l’exclusion économique et le manque d’accès aux opportu- clusion des jeunes en Tunisie, ce chapitre donne un aperçu nités. La matrice ci-dessous conclut le chapitre en résumant des programmes et services existants destinés aux jeunes les principales catégories d’obstacles évoquées jusqu’ici et en Tunisiens ainsi que les bonnes pratiques internationales. Il offrant des interventions aux programmes basés sur des don- a mis en évidence les lacunes existantes dans la programma- nées probantes qui contribuent à éliminer ces obstacles.66 tion à l’échelle nationale, qui créent les obstacles et causent
Graphique 5.11 : Matrice des interventions sur le marché du travail
Barrières Politique d’Intervention
Compétences de base insufficientes Orientation professionnelle aux niveaux secondaire et tertiaire, programmes de seconde chance
Contraintes Inadéquation des compétences Programmes « Formation Plus » de techniques Formation en compétence de comportement compétences relatives au Inadéquation des compétences de travail comportement
Compétences entrepreneuriales Formation en entrepreneuriat insuffisantes
Manque de Lente économie de croissance de Programmes de service public/initiatives communautaires dirigées par les demande de l’emploi jeunes main-d’oeuvre Discrimination de l’employeur Action positive
Subventions aux employeurs qui embauchent parmi les groupes cibles
Suivi des employés
Contraintes Emploi adéquat Services d’emplois relatives à la Signalisation des compétences Partage des informations via Internet et téléphone mobile recherche de Certification des compétences travail Centres de Formation accrédités
Contraintes Manque d’accès au capital financier Programmes d’Entreprenariat Complets de démarrage ou social Microfinance d’entreprise
Sensibilisation du genre au niveau des groupes exclus
Contraintes Contraintes d’exclusion, y compris le Formation non traditionnelle des compétences sociale sur base sur genre et le lieu de naissance, etc. Opportunités de formation d’emploi, de revenus pour les femmes l’offre
Ajustement de la conception du programme au besoins du groupe
Source : Adapté à partir de Cunningham et al. “Active Labor Market Program for Youth : A Framework to Guide Youth Employment Interventions,” 2010. Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 77
Encadré 5.3 : Programmes d’entreprenariat des jeunes au Pérou
Le Programa de Calificación de Jóvenes creadores de Microempresas offre une assistance et une formation aux jeunes dans l’élaboration des plans d’affaires et la création d’entreprises rentables. Le programme est mis en oeuvre par l’ONG péruvienne Colectivo Integral de Desarrollo et a été lancé en 1999 comme une initiative visant à lutter contre les impor- tantes carences en compétences entrepreneuriales chez les jeunes peu qualifiés. Son objectif est d’améliorer les revenus et la qualité de vie des bénéficiaires. Les cibles sont les jeunes économiquement défavorisées de 15 à 25 ans, qui possèdent une petite et / ou l’entreprise informelle en activité depuis moins d’un an ou qui font preuves de compétences entrepre- neuriales et résident dans les localités ciblées
Le programme propose différents types de services. Pendant la phase de préparation, les jeunes bénéficiaires de men- torat et des formations intéressés, préparent des plans d’affaires qui seront présentés pour la sélection. Après la sélection, les jeunes ou les bénéficiaires du programme choisis, pourront profiter des services de mentorat, de formation et de stages offerts. Les bénéficiaires du programme peuvent également accéder au microcrédit. Le programme a été rentable, avec un coût par bénéficiaire de moins de 1.000 USD.
Les estimations d’impact suggèrent une augmentation de 7,8 points de pourcentage de probabilité que les bénéfi- ciaires pourraient avoir une entreprise opérationnelle avec une augmentation de 8 pourcent de leurs revenus moyens. Ces estimations montrent également une augmentation de près de 40 points de pourcentage de la probabilité d’une entreprise qui pourrait être opérationnelle pour plus d’un an avec une augmentation du bénéfice de 40 points de pour- centage. Un effet secondaire important a été la création d’emplois. Les bénéficiaires emploient 17,3 pourcent plus de travailleurs que le groupe témoin, composé de collègues intéressés mais non-inscrits au programme. Une évaluation plus approfondie et un suivi sont nécessaires pour évaluer le succès du programme sur une période plus longue, par exemple, un suivi sur les entreprises en activité depuis au moins deux ans. En ce qui concerne sa réplication dans d’autres localités, cela augmenterait l’étendue du programme et pourrait effectivement entraver son efficacité, étant donné que l’agence d’exécution pourrait ne pas avoir une capacité suffisante pour offrir les types et les fréquences des services personnalisés rendus auparavant aux jeunes. La capacité institutionnelle de l’agence d’exécution et / ou des institutions impliquées telle que mesurée par le personnel, les connaissances et les types et la fréquence des services est essentielle. La faiblesse de la fréquence et de la qualité des services réduirait de manière considérable les probabilités de succès du programme.
Source : O.S. Puerto. 2007 « Les interventions visant à soutenir les jeunes travailleurs de l’Amérique latine et les Caraïbes : Rapport régional de l’Inventaire de l’Emploi des jeunes. » Washington DC, Banque mondiale.
Notes une petite allocation mensuelle, et subventionnent les cotisations de sécurité sociale des participants. Le nombre de bénéficiaires des programmes d’inser- 1. Banque mondiale. 2013. “Créer des Emplois en Tunisie : Revisiter Les tion des salaires a sensiblement augmenté ces dernières années passant de 85 Résultats du Marché du Travail, Contraintes, et les Institutions en Tunisie. 889 (2008), à 95 415 (2009), à 138 674 en 2010. Rapport de Situation, La Revue de la Politique de Développement de la Tu- nisie. Washington, DC. 7. En 2011, l’ANETI a pu identifier 100,356 postes vacants (stages et posi- tions permanentes), mais n’a réussi à remplir que 46% de ces postes vacants. 2. Banque mondiale. 2013. “Creating Good Jobs in Tunisia : Revisiting Les postes vacants sont entrés dans une base de données qui est disponibles Labor Market Outcomes, Constraints, and Institutions in Tunisia.” Back- aux chercheurs d’emplois, et tous les postes sont remplis par les individus qui ground Paper Report for the Tunisia Development Policy Review. Washing- prennent directement contact avec l’entreprise et ensuite informe l’ANETI ton, DC. du contact. L’ANETI ne pas systématiquement en contact les candidats avec les postes correspondants disponibles. 3. Ibid. 8. Banque mondiale. 2013. “Créer de Bons Emplois en Tunisie.” 4. Houcine Abaab. 2012. Cartographie des institutions et principaux pro- grammes de soutien à l’emploi des jeunes, en Tunisie. 9. Banque mondiale. 2013. Combler la fracture Spatiale : Les Résultats du Marché du Travail en Tunisie Urbaine. Washington, DC. ; Banque mondiale. 5. Ibid. 2012. “A Partir d’une Revue de la Littérature sur les Jeunes et la Révolu- tion en Tunisie.” Rapport Contextuel sur l’Intégration des Jeunes en Tunisie. 6. En 2009, le Ministère de …et du Travail a entrepris de reformer le por- Tunis. tefeuille des PAMT, les consolidant en six programmes afin d’en faciliter la gestion et le contrôle financier. Tous les programmes d’insertion des salaires sont principalement constitué de formation en entreprise, et comprennent 78 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
-
Robalino et al. 2013. “L’Emploi des Jeunes : Un Agenda de Développe- 41. Banque mondiale. 2013. “Créer de Bons Emplois en Tunisie.” ment Humain pour la Prochaine Décennie.” Banque mondiale, Washington, DC. 42. BTS Banque Tunisienne de Solidarité.
-
Houcine Abaab. 2012. “Cartographie des institutions et principaux pro- 43. Houcine Abaab. 2012. Cartographie des institutions et principaux pro- grammes de soutien à l’emploi des jeunes, en Tunisie.” Document Contex- grammes de soutien à l’emploi des jeunes, en Tunisie. tuel pour le Rapport d’Intégration des Jeunes en Tunisie. Tunis. 44. Ibid. 12. Ibid, p. 23 45. Ibid. Ahmed Khouja and Hayet Moussa. 2013. “L’intégration des jeunes 13. SIVP Stage d’Initiation à la Vie Professionnelle. dans la vie active et citoyenne en Tunisie : possibilités, opportunités et obsta- cles” (Résultats de l’enquête qualitative), Mimeo, Tunis, Juin. 14. Banque mondiale. 2012. Créer des Programmes Efficaces pour les Jeunes Sans Emploi Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, Washington, DC. 46. Groupe Internationale de Crise. 2013. Tunisie : Violence et le Défi Salaf- iste. Moyen Orient et Afrique du Nord. Rapport Nr. 137, Bruxelles. 15. Ibid. 47. Ibid. 16. CAIP Contrat d’Adaptation et d’Insertion a la vie Professionnelle. 48. Ibid. 17. Banque mondiale. 2013. Creating Good Jobs in Tunisia : Revisiting Labor Market Outcomes, Constraints, and Institutions in Tunisia. Back- 49. Ahmed Khouja and Hayet Moussa. 2013. “L’intégration des jeunes dans ground Paper Report for the Tunisia Development Policy Review. Washing- la vie active et citoyenne en Tunisie.” ton, DC., pp. 140, 144. 50. Ibid. 18. Ibid. 51. International Crisis Group. 2013a. Tunisia : Violence and the Salafi 19. SCV Service Civil Volontaire. Challenge. MENA Report Nr. 137, Brussels.
-
Banque mondiale. 2012. Diego Angel-Urdinola, Anne Hilger and Rene 52. International Crisis Group. 2013a. Tunisia : Violence and the Salafi Leon-Solano. “Les Emplois du Secteur Public en Tunisie” dans “Créer des Challenge. Programmes Efficaces d’Emplois pour les Jeunes sans Emplois”. 53. Selon le rapport OIT 2013 sur l’Enquête sur la Transition de l’Ecole- 21. Ibid. au-Travail (SWTS), 94,000 tunisiens entre 15-19 ans projettent d’entrer sur le marché du travail en 2014. Voir OIT 2014. Transition vers le marché du 22. CIDES Contrat d’Insertion des Diplômés de l’Enseignement Supérieur. travail des jeunes femmes et hommes en Tunisie. Work4Youth Publication Series Nr. 16. Genève. 23. Ibid. Banque mondiale 2012. “Les Emplois du Secteur Public en Tunisie.” 54. OIT. 2013. Enquête sur la Transition de l’École-au-Travail (SWTS). 24. CRVA Contrat de Réinsertion dans la Vie Active. 55. Imed Melliti. 2011. Les jeunes et le travail en Tunisie : Perspectives in- 25. PC50 Prise en charge par l’Etat de 50 pourcent des salaires versés. ternationales sur le travail des jeunes. Québec : Les Presses de l’Université de Laval. 26. Décret n° 2012-2369 promulgué le 16 Octobre, 2012. 56. Houcine Abaab. 2012. 27. CES Contrat Emploi-Solidarité. 57. Calculs de la Banque mondiale utilisant les données de la récente enquête 28. Banque mondiale. 2012. Building Effective Employment Programs for THSYUA and THSYRA. Unemployed Youth. 58. Banque mondiale. 2013. “Créer de Bons Emplois en Tunisie.” 29. Banque mondiale. 2013. Créer de Bons Emplois en Tunisie. 59. Robalino et al. 2013. Emploi des Jeunes : Un Agenda de Développement 30. Robalino et al. 2013. Youth Employment : A Human Development Humain pour la Prochaine Décennie. Agenda for the Next Decade. 60. Ibid. 31. ATFP Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle. 61. L’arabe pour l’intégration et la coopération. 32. Estimation des données de la Récente Enquêtes, THSYUA and THSYRA. 62. Banque mondiale. 2007. Implementation Completion and Results 33. Le Programme des Travaux Publics à haute intensité de main-d’oeuvre Report, FYR du Projet de Développement des Enfants et de Jeunes de fait partie des activités du CES. Macédoine.
-
Houcine Abaab. 2012. “Cartographie des institutions et principaux pro- 63. Wendy Cunningham, Maria Luisa Sanchez Puerta and Alice Wuermli. grammes de soutien à l’emploi des jeunes, en Tunisie.” Background Paper 2010. “Programmes Actifs du Marché de l’Emploi des Jeunes.” : Un Cadre for the Tunisia Youth Inclusion Report. Tunis. d’Orientation pour les Interventions dans l’Emploi des Jeunes, Politiques de la Banque mondiale sur l’Emploi, Novembre, No. 16. 35. Les résultats sont seulement descriptifs, et ne tiennent pas compte du niveau d’éducation, de la situation familiale, de l’accès aux réseaux et d’au- 64. Jean Lee, Mattias Lundberg et al. 2013. Emploi des Jeunes : Un Agenda tres facteurs importants parmi les participants du programme. de Développement Humain pour la Prochaine Décennie, Banque mondiale, mimeo 36. Houcine Abaab. 2012. “Cartographie des institutions et principaux programmes.” 65. Cunningham, Sanchez-Puerta, and Wuermli. 2010. “Programmes Actifs du Marché de l’Emploi des Jeunes.” 37. Ibid. 66. Basé sur Cunningham, Sanchez-Puerta, and Wuermli. 2010. “Pro- 38. OIT. 2013. Tendance Globale de l’Emploi pour les Jeunes. Genève : Or- grammes Actifs du Marché de l’Emploi des Jeunes.” ganisation Internationale du Travail.
-
Calculs de la Banque mondiale.
-
Voir par exemple, Premand et al. 2012. “Formations en Entreprenar- iat et Auto-Emploi chez les Jeunes diplômés Universitaires : Constats tirés d’essais aléatoires en Tunisie.” Document No. 6285 de Recherche sur les Politiques, Banque mondiale. CHAPITRE 6
Aller de l’avant : Politiques et institutions pour
l’inclusion des jeunes
79 80 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
La jeunesse tunisienne doit prendre ses responsabilités, prendre sa place à la table des discussions
et ne pas attendre qu’elle lui soit donnée. Mohueb Garoui, Co-fondateur I-Watch, “Débat autour de la jeunesse arabe et du développement”
01 avril 2014 , Tunis
6.1 Inventaire des acquis des jeunes depuis · Exclusion économique. Le chômage des jeunes âgés de la révolution 15 à 29 ans a augmenté après la révolution, avec un taux de 33,2 pourcent en 2013, selon l’enquête la plus Malgré les progrès remarquables sociaux et politiques de la récente de l’OIT sur la transition de l’école au travail. Tunisie, l’intégration des jeunes tunisiens reste un projet large- Cependant le taux des NEET, est beaucoup plus élevé ment inachevé. Répondre de manière efficace aux aspirations et reste un des plus élevés dans la région MENA. Dans légitimes des jeunes sera essentiel pour soutenir la dynamique les zones rurales, 20,6 pourcent des hommes âgés sont positive de la Tunisie. Ce rapport présente les intérêts, les aspi- NEET comparativement à 46,9 pourcent des jeunes rations et les identités des jeunes tunisiens et donne un aperçu hommes, un taux de NEET de 2,3. Dans les zones de la façon dont les jeunes tunisiens vivent la frustration de urbaines, le taux de NEET parmi les plus âgés contre leur situation socio-économique. Bien que l’exclusion écono- les jeunes hommes est de 2,6 (les NEET affectent 13,1 mique soit l’une des questions cruciales, elle n’est en aucun cas pourcent des hommes âgés vs 34,6 pourcent des jeunes la seule forme d’exclusion subie par les jeunes hommes et les hommes). Souvent, les jeunes femmes sont presque femmes. Les jeunes sont soumis à de nombreuses autres formes deux fois plus touchées par les NEET que les jeunes d’exclusion politique, sociale et culturelles, qui peuvent à leur hommes, soit 60,2 pourcent en milieu urbain et 81,5 tour aggraver leur exclusion économique. pourcent dans les zones rurales. De plus, une majorité de jeunes dépendent du secteur informel pour générer
- Exclusion politique. Même si les jeunes ont joué un des revenues, ce qui ne donne pas de revenues stables
rôle de premier plan dans la réalisation du changement ni d’accès à la protection sociale. de régime, ils ont été incapables d’obtenir un rôle dans le Gouvernement formé ultérieurement et ils sentent En outre, l’exclusion continue à se manifester non seule- qu’ils ne sont pas consultés sur les questions qui les ment dans le domaine politique et économique, mais égale- touchent directement. ment en termes sociaux et psychologiques. L’exclusion a une influence inévitable sur l’identité et l’image de soi des jeunes,
- L’Assurance en Soi et la Confiance. Comme leurs pairs qui à son tour a un impact sur leurs capacités à remplir les
à travers le monde arabe, les jeunes Tunisiens ont très rôles sociaux qui leurs sont impartis. Ce rapport a mis en peu confiance dans le Gouvernement et autres institu- évidence la géographie de l’exclusion persistante, à travers tions publiques. À la fin de 2012, seulement 8,8 pour- laquelle les jeunes des régions défavorisées de l’intérieur et cent des jeunes ruraux et 31,1 pourcent des jeunes du Sud, ainsi que ceux des zones péri-urbaines, souffrent citadins interrogés ont déclarés avoir confiance dans disproportionnellement d’exclusion. Les jeunes femmes sont les institutions politiques, selon les résultats de cette particulièrement vulnérables à certaines formes d’exclusion étude. en raison de normes sociales qui limitent leur insertion éco- nomique, sociale et politique. Ensemble, ces multiples formes
- Participation. Malgré un activisme en ligne dynamique, d’exclusion ont un impact sur les individus, les empêchant de
la communauté et l’engagement civique par le biais des contribuer activement à la société tunisienne. institutions officielles continue d’être faible. La majorité des NEET et des jeunes sous-employés, en
- L’exclusion sociale. Les jeunes se sentent socialement particulier ceux aux faibles niveaux de scolarité, ont été lar-
sous-estimés et leur contribution potentielle est contre- gement ignorés par les programmes et les services destinés carrée par des structures politiques et sociales, qui aux jeunes. Au contraire, ils font partie de «l’autre Tunisie », ne sont pas adaptées pour aborder leurs problèmes. Ils n’ont souvent pas les compétences, l’information et l’assurance requis pour contester les pratiques d’exclusion. Aller de l’avant : Politiques et institutions pour l’inclusion des jeunes | 81
celle évoquée au début de ce rapport par un jeune militant une formation dans les compétences de vie et les compétences soulignant le besoin urgent d’une plus grande égalité. Ils sont techniques qui complètent le système d’éducation formelle, à souvent les bénéficiaires des systèmes de soutien alternatifs la création d’organes consultatifs représentatifs de jeunes qui offerts par les organisations religieuses de bienfaisance. Com- contribuent aux décisions gouvernementales bler le fossé avec cette «autre Tunisie » est un impératif ur- gent pour l’égalité. Une stratégie appropriée pour soutenir Compte tenu de l’engagement clair de la Tunisie vers la cette population particulièrement vulnérable de la Tunisie est démocratie, il serait utile d’aligner les institutions tunisiennes d’encourager les partenariats entre les ONG et les organi- avec les bonnes pratiques internationales susceptibles de ren- sations de sécurité sociale, ainsi que les autorités locales, en forcer la participation des jeunes à la conception, la mise en vue de soutenir des interventions communautaires destinées oeuvre et l’évaluation des politiques et programmes perti- aux jeunes pour répondre à leurs multiples besoins. Celles-ci nents. Ces politiques et programmes comprennent l’éduca- comprennent des services tels que des cours de rattrapage tion et la réforme de la politique d’emploi, le développement gratuits, du soutien à l’engagement des jeunes dans la vie économique local, et la prestation des services de jeunes inno- communautaire, créer des espaces et des programmes adap- vateurs avec la participation des jeunes. Pour promouvoir une tés aux jeunes, et promouvoir des interventions sur le marché plus grande confiance dans l’interaction avec les institutions actif du travail portant sur la formation en entreprise et l’en- publiques, il serait essentiel de veiller à ce que les dirigeants trepreneuriat des jeunes. de jeunes sélectionnés selon des procédures transparentes et démocratiques, et qu’ils soient soumis à des limites d’âge et 6.2 Principes directeurs pour le de mandat. Une sélection des représentants de la jeunesse renforcement de l’intégration serait perçue à juste titre comme symbolique et, finalement, et de la participation des jeunes découragerait une véritable participation.
La prise de décision participative dans la conception et la 6.3 Développer une politique d’intégration mise en oeuvre des politiques et programmes pour jeunes, de la jeunesse multidimensionnelle ainsi que dans la gestion des organismes communautaires, vont résulter en des avantages pour toutes les parties pre- Une politique Multidimensionnelle de la jeunes est nécessaire nantes, et est susceptible d’augmenter l’impact des investis- pour réduire les obstacles à l’intégration des jeunes et facili- sements publics. L’un des messages clés du rapport est que la ter leur contribution à la société tunisienne. L’approche de citoyenneté active et la participation citoyenne chez les jeunes développement de la jeunesse est désormais prête à passer tunisiens seront essentielles pour soutenir la dynamique po- des initiatives ponctuelles à un ensemble intégré de politiques sitive retrouvée du pays. Un dialogue constructif entre les et de stratégies d’investissement, permettant une utilisation jeunes tunisiens, les institutions publiques, la société civile efficace des ressources financières. Alors que la Tunisie sort élargie, les organisations politiques, et le secteur privé sera d’une longue récession, les budgets publics vont continuer essentiel pour éliminer les obstacles restants les plus urgents à rester limités, continuant à requérir des allocations judi- et qui entravent l’inclusion des jeunes. Faciliter l’intégration cieuses des ressources et de la sélectivité. L’équité peut être ré- des jeunes permet la mobilisation de la nouvelle génération alisée à travers des politiques nationales de la jeunesse et des comme une ressource économique et sociale, ce qui peut réformes connexes intersectorielles ayant en commun l’inté- contribuer directement au maintien de la stabilité politique gration des jeunes. Celles-ci devront également compléter des et de la croissance économique du pays. La nouvelle Consti- politiques spécifiques à des secteurs tels que ceux de l’en- tution offre un excellent cadre pour des voies innovantes à la seignement, de l’emploi, du développement régional pour participation et l’inclusion des jeunes, à condition que l’esprit répondre aux besoins des jeunes de manière plus efficace. Ces de l’article 8 influence de manière significative, le développe- politiques devraient être reformulées avec la participation des ment des politiques et des programmes, qui sont des priori- parties prenantes de la jeunesse, en particulier les instances tés pour les jeunes tunisiens. La participation est également représentatives de la jeunesse, en tant que partenaires dans l’un des onze principes directeurs d’une politique nationale la prise de décision. En outre, la mise en oeuvre de la poli- de la jeunesse efficace, comme indiqué le Conseil de onze tique doit être soutenue par la gestion des institutions basée principes de politique nationale de la jeunesse de l’Europe sur la performance, le renforcement des mécanismes pour (voir encadré 6.1). Ces principes vont de la nécessité d’offrir une coordination étroite inter-agences qui réunira les orga- nisations gouvernementales et les jeunes, et qui sera informé 82 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Encadré 6.1 : Onze principes de politique nationale de la jeunesse
-
L’apprentissage non formel encourager l’apprentissage actif en dehors du système d’éducation formelle, comme par exemple, dans les compétences de vie, l’apprentissage en langues étrangères, les compétences techniques, etc., à travers les ONG ouvertes et inclusives jeunes.
-
Politique de formation des jeunes promouvoir le développement de bons formateurs dans le secteur de la jeu- nesse, une condition préalable à la formation d’ONG de jeunes efficaces.
-
Législation des Jeunes un projet de loi qui comprend des ONG de jeunes dans la prise de décision politique, et assure l’efficacité des institutions gouvernementales travaillant sur les questions de jeunesse.
-
Budget des Jeunes allouer des budgets administratifs et des subventions de projets d’organisation de jeunes. 5. Politique d’information de la jeunesse informer les jeunes sur les possibilités qui existent pour eux ; assurer
la communication entre tous les acteurs des politiques et la transparence dans la conduite des politiques de la jeunesse. 6. Politique à plusieurs niveaux Souligner les politiques des jeunes à mettre en oeuvre aux niveaux national et local. 7. Recherche des Jeunes identifier régulièrement les questions clés au bien-être des Jeunes et les meilleures pratiques pour répondre à ces questions et le rôle potentiel des ONG des jeunes. 8. La Participation soutenir l’engagement actif des organisations de jeunes dans la conception et la mise en oeuvre des politiques de jeunes. 9. Coopération inter-ministérielle mettre en oeuvre les politiques d’une manière intersectorielle assurer une respon- sabilité ministérielle conjointe, peut-être à travers une agence désignée de coordination des jeunes. 10. Innovation Stimuler les solutions créative et innovantes pour résoudre les problèmes des jeunes. 11. Organes consultatifs de la jeunesse Établir une structure, comme par exemple, des comités consultatifs avec un mandat pour influencer le gouvernement sur les questions des jeunes.
Source : Forum Européen de la Jeunesse. 2002. «11 Indicators of a (National) Youth Policy.» Publication 0762-02 WYD. European Union, Brussels, http ://www.un.org/esa/socdev/unyin/documents/CoE_indicators.pdf.
par la collecte systématique de données et les systèmes de · Protection juridique pour les jeunes défavorisés en suivi et d’évaluation participatives. Comme souligné dans le conflit avec la police ; graphique 6.1, une politique des jeunes multidimensionnelle inclura les trois piliers suivants et leurs mesures respectives · Confiance/renforcement de la confiance entre les jeunes, les autorités locales et la police ; Ces trois dimensions de la politique d”intégration des jeunes concernent la participation, les opportunités écono- · Initiatives conjointes des organisations religieuses et miques et des services de jeunes qui nécessitent un ensemble non religieuses en faveur des jeunes. de mesures spécifiques au niveau national et surtout au ni- veau local, comme indiqué ci-dessous. Niveau national
Participation, voix, et citoyenneté · Soutien pour renforcer la capacité des ONG nationales de jeunes ;
- Programme de subventions concurrentiel pour soute-
- Développement communautaire mené par les jeunes ; nir les associations de jeunes et étudiants ;
- Programme de subventions concurrentiel pour soute-
- Organes consultatifs étudiants au niveau de l’enseigne-
nir la capacité des ONG en faveur des jeunes exclus ; ment secondaire et supérieur ;
- Voies institutionnelles influant sur la politique locale.
- Voix dans la politique et des réformes nationales, par
C.à.d. les associations locales de jeunes ; exemple, par le biais des Conseils Nationaux de la Jeunesse. Aller de l’avant : Politiques et institutions pour l’inclusion des jeunes | 83
Graphique 6.1 : Politique multidimensionnelle pour l’inclusion des jeunes
Participation 1. Participation et Citoyenneté active
- Developpement de communautés de jeunes
NEETs Opportunités · Conseils de jeunes pour la participation et l’expression économiques · Droits de l’homme Services- 2. Accès aux Opportunités économiques Jeunes femmes jeunesse · Orientation pour l’emploi dans le secondaire et le supérieur Jeunes des régions locaux · Apprentissages/stages périurbaines · Placement défavorisées · Entrepreneuriat de jeunes
- Formation aux compétences de vie
- TIC et compétences linguistiques
Opportunités économiques politique de dialogue sur l’emploi et les programmes actifs du travail (PAMT) ; Niveau local · Consultations et participation des jeunes y compris vir- tuelles sur les réformes du marché du travail ;
- Services d’orientation pour l’emploi dans les écoles · Feedback des bénéficiaires, suivi et évaluation.
secondaires en partenariat avec le secteur privé et les ONG ; Services en faveur de la jeunesse
- Développement communautaire dirigé par des jeunes Niveau local
tenant compte des considérations de genre, prévoyant aussi des mesures incitatives comme des transferts de · Services visant spécifiquement les jeunes NEET et petites sommes d’argent liquide ; les autres jeunes défavorisés, en particulier les jeunes femmes inactives, incluant la participation des jeunes
- Placement des travailleurs ; (c.-à-d. compétences de vie, TIC et enseignement à
- Entrepreneuriat individuel ou de groupe, grâce à des distance, entrepreneuriat, compétences-employabilité,
services de soutien juridique, mentorat par les pairs, subventions et assistances financières ; activités culturelles, bénévolat et sport).
- Apprentissage et stages adaptés aux jeunes moins ins-
truits, les NEET grâce à des approches tenant compte des considérations de genre. · Renforcement des capacités des ONG pour la jeunesse ;
- Normes de qualité ;
Niveau national · Certification des compétences ;
- Évaluations des bénéficiaires et suivi.
- Services d’orientation pour l’emploi au sein des univer-
sités grâce à un partenariat avec les ONG/ les secteurs
- Accès à l’information, entre autres par une évalua-
tion et un suivi rigoureux des données, ainsi qu’une 84 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Bien que la révolution ait donné à ces jeunes hommes et la société. Les jeunes doivent participer à ce processus de et femmes un aperçu des possibilités d’un nouvel avenir, la renouvellement, et aussi de bénéficier. Les enjeux pourraient tâche pour le construire reste un défi. Cette tâche ne peut pas difficilement être plus élevés : la possibilité d’une économie être accomplie que par les jeunes seuls, pas plus qu’elle peut productive et équitable, et d’une société politique et civile se faire sans eux. Aucune entreprise de cette envergure ne dynamique contre une polarisation croissante, la frustration peut pas être poursuivie le Gouvernement seul. De nouvelles et le cynisme, tel que décrit dans le présent rapport. Le pas- formes de partenariats entre le Gouvernement, le secteur sage vers une conclusion constructive tient la promesse d’une privé, la société civile et les communautés seront nécessaires multitude de récompenses, y compris l’énergie, la sensibilisa- pour imaginer et accomplir la tâche à laquelle la Tunisie doit tion, la bonne volonté et l’engagement des jeunes Tunisiens, faire face et de reformer à la fois, la politique, l>économie comme en témoigne le présent rapport. Bibliographie
Abaab, Houcine. 2012. “Cartographie des institutions et principaux Ayeb, Habib. 2011. “Social and Political Geography of the Tunisian programmes de soutien à l’emploi des jeunes, en Tunisie.” Back- Revolution: The Alfa Grass Revolution.” Review of African Polit- ground Paper, Tunisia Youth Inclusion Report, Banque mondiale, ical Economy 38 (129): 467479. Tunis. Bamyeh, Mohammed A. 2011. “The Tunisian Revolution: Initial Actualités Tunisie News. 2012. “L’association I Watch propose un Reflections.” Portland State University, Sociology of Islam and projet à Meherzia Laâbidi et Samir Dilou.” September 7. http:// Muslim Societies (blog). http://www.pdx.edu/sociologyofislam/ bit.ly/1niyEPW. the-tunisian-revolution-initial-reflections-mohammed-a-bamyeh.
Addison, John, José Machado, and Pedro Portugal. 2013. “The Res- Banque mondiale. 2004. “An OED Review of Social Development ervation Wage Unemployment Duration Nexus.” Oxford Bulletin in Bank Activities.” Operations Evaluation Department, Banque of Economics and Statistics” 75 (6): 980987. mondiale, Washington, DC.
Aedo, Cristián, and Sergio Núñez. 2001. “The Impact of Training ------. 2006. Tunisia—Agricultural Policy Review. Policy Report Policies in Latin America and the Caribbean: The Case of Pro- No. 35239-TN. Banque mondiale, Washington, DC. http://doc- grama Joven.” Working Paper, Inter-American Development uments.worldbank.org/curated/en/2006/07/7199565/tunisia- Bank, Washington, DC. agricultural-policy-review.
AfDB. 2012a. African Economic Outlook. Promoting Youth Employ- ------. 2007a. “Development and the Next Generation.” World De- ment. OCDE Publishing. DOI: 10.1787/aeo-2012-en. velopment Report, Banque mondiale, Washington, DC.
AfDB. 2012b. Unlocking North Africa’s Potential through Regional ------. 2007b. EdStats: Education Statistics, Banque mondiale, Wash- Integration: Challenges and Opportunities. Tunis: African Devel- ington, DC. http://datatopics.worldbank.org/education/Edstats opment Bank. Home.aspx.
Al Jazeera. 2013a. “Tunisia’s Facebook Candidates.” The Stream, ------ 2007c. “Implementation Completion and Results Report,” December 17. http://stream.aljazeera.com/story/201312172218- FYR of Macedonia Children and Youth Development Project, 0023261. Banque mondiale, Washington, DC.
------. 2013b. “Tunisian Rapper Jailed Over Police Insult.” Decem- ------. 2008. “The Road Not Traveled Education Reform in the ber 6. http://www.aljazeera.com/news/africa/2013/12/tunisian- Middle East and North Africa.” Middle East and North Africa rapper-jailed-over-police-insult-2013125135116658581.html. Development Report. Banque mondiale, Washington, DC.
Angel-Urdinola, Diego F., Anne Hilger, and Rene Leon-Solano ------. 2009. Education at a Glance: Tunisia. Banque mondiale, (editors). 2012.”Public Employment Programs in Tunisia” in Washington, DC. Building Effective Employment Programs for Unemployed Youth. Washington, DC: Banque mondiale. ------. 2010a. “Republic of Tunisia Development Policy Review: Towards Innovation-driven Growth.” Social and Economic De- Angel-Urdinola, Diego F., Stefanie Brodmann, and Anne Hilger. 2012. velopment Group, Middle East and North Africa Region Report. “Labor Markets in Tunisia: Recent Trends and Policy Options.” 50847-TN Banque mondiale, Washington, DC. Middle East and North Africa Human Development Sector Unit (MNSHD), Report, Banque mondiale, Washington, DC. ------. 2010b. “Young People in Arab Countries: Promoting Op- portunities and Participation.” Background Paper of the World Assad, R., and F. Roudi-Fahimi. 2009. Youth in the Middle East and Bank Workshop on Young People in Arab Countries, April 2830, North Africa: Demographic Opportunity or Challenge? Washing- Marseille. ton, DC: Population Reference Bureau. ------. 2011. “Gender Equality and Development: World Develop- Auffray, Elodie. 2013. “Tunisie: le rap en sourdine.” Liberation next ment Report 2012.” Banque mondiale, Washington, DC. Musique. October 4. http://next.liberation.fr/musique/2013/10/04/ tunisie-le-rap-en-sourdine_937142. ------. 2012a. “A Partir d’une Revue de la Littérature sur les Jeunes et la Révolution en Tunisie.» Background Paper, Tunisia Youth Inclusion Report. Banque mondiale, Tunis.
85 86 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
------ 2012b. Building Effective Employment Programs for Unem- Benhafaiedh, Abdelwahab. 2013. “Etude nationale sur l’inclusion ployed Youth in the Middle East and North Africa. Banque mon- diale, Washington, DC. socio-économique et la participation citoyenne des jeunes en Tu- nisie: Trajectoires d’inclusion et d’exclusion des jeunes ruraux.” ------. 2012c. Morocco Household and Youth Survey, Rabat. mimeo, Observatoire National de la Jeunesse, Tunis. ------. 2012d. Tunisia Household Survey on Youth in Rural Areas British Council. 2013. The Revolutionary Promise: Youth Perceptions in Egypt, Libya and Tunisia. Cairo: British Council. (THSYRA). Banque mondiale, Washington, DC. Business News. 2011. “Tunisie—Bac: Un taux de réussite de 52,33 ------. 2012e. Tunisia Household Survey on Youth in Urban Areas pc à la session principale.” Business News.com.tn. June 24. http://www.businessnews.com.tn/Tunisie---Bac—Un-taux-de- (THSYUA). Banque mondiale, Washington, DC. r%C3%A9ussite-de-52,33-pc-%C3%A0-la-session-princi- ------. 2012f. “Jobs: World Development Report 2013.” Banque pale,520,25387,1. Cho, H. J., and M. Honorati. 2013. “Entrepreneurship Programs in mondiale, Washington, DC. Developing Countries—A Meta Regression Analysis.” Policy Re- ------. 2013a. “Advancing Tunisia’s Global Integration: Reform Op- search Working Paper 6402, Banque mondiale, Washington, DC. CNIPE (Le Centre National d’Innovation Pédagogique et des tions in the Context of Deeper Integration with the EU.” Poverty Recherches sur l’éducation). 2008. Le redoublement chez les élèves Reduction and Economic Management Department, Middle East and North Africa Region Report 88361-TN, Banque mondiale, du second cycle de l’enseignement de base et de l’enseignment Washington, DC. secondaire, étude socio-éducative (in Arabic). Tunis : Centre Na- ------. 2013b. Bridging the Spatial Divide: Labor Market Outcomes tional d’Innovation Pédagogique et des Recherches sur l’éducation. in Urban Tunisia. Report. Banque mondiale, Washington, DC. Cunningham, Wendy, Maria Laura Sanchez Puerta, and Alice ------. 2013c. “Creating Good Jobs in Tunisia: Revisiting Labor Wuermli. 2010. “Active Labor Market Programs for Youth: A Market Outcomes, Constraints, and Institutions in Tunisia.” Framework to Guide Youth Employment Interventions.” Employ- Background Paper Report for the Tunisia Development Policy ment Policy Primer 16, Banque mondiale, Washington, DC. Review, Banque mondiale, Washington, DC. David, Anda, and Mohamed Ali Marouani. 2013. “International ------. 2013d. Development Policy Review: Towards Innovation Labor Mobility and Employment Interactions in Tunisia.” Work- Driven Growth. Report. Banque mondiale, Washington, DC. ing Paper 804, The Economic Research Forum. Egypt. ------. 2013e. “Feasibility Study: Microwork for the Palestinian Ter- De Soto, Hernando. 2011. “The Free Market Secret of Arab Revolu- ritories.” Country Management Unit for the Palestinian Territo- tions.” Financial Times (November 8). ries and Information Communication Technologies Unit, Banque ------. 2012. “The Economic Roots of the Arab Spring.” Transcript mondiale, Washington, DC. of lecture at the Council on Foreign Relations, April 23, 2012, New ------. 2013f. Inclusion Matters: The Foundation of Shared Prosper- York. http://www.cfr.org/middle-east-and-north-africa/economic- ity, Social Development Department. Washington DC. roots-arab-spring/p28050. ------. 2013g. Jobs for Shared Prosperity—Time for Action in Dhillon, Naytej, and Tariq Yousef. 2009. Generation in Waiting: The the Middle East and North Africa. Washington, DC: Banque Unfulfilled Promise of Young People in the Middle East. Washing- mondiale. ton, DC: Brookings Institute Press. ------. 2013h. Opening Doors: Gender Equality and Develop- Economist. 2013. “Youth Unemployment: Generation Jobless.” ment in the Middle East and North Africa. MENA Development Economist (April 27). Report. Washington, DC: Banque mondiale. Egel, Daniel, and Malek Garbouj. 2013. “Socioeconomic Drivers of ------. 2013i. “The Unfinished Revolution: Bringing Opportunity, the Spread of the Tunisian Revolution.” RAND Corporation and Good Jobs and Shared Prosperity.” Tunisia: Development Policy the Graduate Institute, Geneva. Review, Banque mondiale, Washington, DC. European Youth Forum. 2002a. “11 Indicators of a (National) ------. 2013j. “Tunisia Investment Climate Assessment.” Report, Youth Policy.” Publication 076202 WYD. European Union, Banque mondiale, Washington, DC Brussels. http://www.un.org/esa/socdev/unyin/documents/CoE_in- ------. 2014. “Tunisia Development Policy Review.” Report, Banque dicators.pdf. mondiale, Washington, DC. Ben Romdhane, Mahmoud. 2010. “L’éducation en Tunisie: une cen- tralité historique menacée.” In Mélanges offerts au professeur Ab- delmajid Charfi, edited by R. Guemara. Tunis: Université de Tunis. Bibliograpie | 87
European Youth Forum. 2002b. “Position Paper on Life-wide Learn- ITCEQ. 2010. Annual Report on the Competitiveness of the Tunisian ing for Active Citizenship.” Adopted at the Council of Members, Economy. Tunis: Tunisian Institute of Competitiveness and Quan- April 2627, Brussels. titative Studies.
Filiu, Jean-Pierre. 2011. The Arab Revolution: Ten Lessons from the Ivanic, Maros, and Gloria La Cava (forthcoming).” The Implication Democratic Uprising. Oxford: Oxford University Press. of Improving Social and Economic Opportunities for Reducing Youth Inactivity, Banque mondiale, Washington, DC. ETF. 2014. “Young people Not in Employment, Education or Train- ing in the EU Neighbourhood Countries,” Report, European Jasmine Foundation. 2014. “Jasmine Foundation Briefing: Tunisia’s Training Foundation, Turin. New Elections Law 2014.” Jasmine Foundation. May 21. http:// www.jasmine-foundation.org/en/?p=936. FMI. 2014. “Arab Countries in Transition: An Update on Economic Outlook and Key Challenges.” International Monetary Fund, Khouja, Ahmed, and Hayet Moussa. 2013. “L’intégration des jeunes dans la vie active et citoyenne en Tunisie: possibilités, opportu- Gallup World. 2013. Gallup World Poll. Presented at the World nités et obstacles: Résultats de l’enquête qualitative.” Background Bank Internal Brainstorming “Unbundling the Youth Inclusion Paper, Tunisia Youth Inclusion Report, Banque mondiale, Tunis. Agenda,” March 12, 2014. Korenblum, Jacob. 2013. “Frustration, Fearlessness and Fortune: How Youth-Led Startups are Redefining Entrepreneurship.” Glaser, B.G., and, A.L. Strauss. 1967. The Discovery of Grounded Innovations (September): 4954. Theory: Strategies for Qualitative Research. Chicago: Aldine Pub- La Cava, Gloria, and Sarah Michael. 2006. “Youth in the North Cau- lishing Company. casus: From Risk to Opportunity.” Environmentally and Socially Sustainable Development (ECSSD), Europe and Central Region, Groh, M., N. Krishnan, D. McKenzie, and T. Vishwanath. 2012. “Soft Banque mondiale, Washington, DC. Skills or Hard Cash? The Impact of Training and Wage Subsidy La Cava, G., C. Rossotto, and C. Paradi-Guilford. 2011. “ICT for Programs on Female Youth Employment in Jordan.” Policy Re- Youth in the Middle East and North Africa Region: Policies to search Working Paper 6141, Banque mondiale, Washington, DC. Promote Employment and Social Inclusion.” Arab Brief 1 (Febru- ary), Banque mondiale, Washington, DC. Haouas, Ilham, Edward Sayre, and Mahmoud Yagoubi. 2012. “Youth Lee, Jean Nahrae, Mattias Lundberg, David Margolis, David Unemployment in Tunisia: Characteristics and Policy Responses.” Newhouse, David Robalino, Friederike Rother, and Afia Tasneem. Topics in Middle Eastern and African Economies 14 (September). 2012. “Youth Employment: A Human Development Agenda for the Next Decade,” Mimeo, Banque mondiale, Washington, DC. IFC. 2012. “Education for Employment: Realizing the Arab Youth Litow, S. 2013. “Innovating to Strengthen Youth Employment,” Potential.” Education for Employment Report, International Innovations, 8 (2): 2733. Finance Corporation, Banque mondiale, Washington, DC. http:// Mahfoudh-Draouti, Dorra, and Imed Melliti. 2006. De la difficulté www.e4earabyouth.com/pdf/MGLPDF136022536640.pdf. de grandir. Pour une sociologie de l’adolescence en Tunisie. Tunis: Centre de Publication Universitaire. International Crisis Group. 2012. “Tunisie: Relever les défis McBride, Amanda, Michael Sherraden, and Carlos Benítez. 2003. économiques et sociaux.” Middle East and North Africa Report “The Forms and Nature of Civic Service: A Global Assessment. 124. International Crisis Group, Brussels. Research Report, Center for Social Development, Washington University, St. Louis. ------. 2013a. “Tunisia: Violence and the Salafi Challenge.” Middle McKenzie, David, and Christopher Woodruff. 2012. “What Are We East and North Africa Report 137. International Crisis Group, Learning from Business Training and Entrepreneurship Evalua- Brussels. tions Around the Developing World? Policy Research Working Paper 6202. Banque mondiale, Washington, DC. ------. 2013b. Tunisia’s Borders: Jihadism and Contraband. Middle Melliti, Imed. 2011. Les jeunes et le travail en Tunisie: Perspectives East and North Africa Report 148. International Crisis Group, internationales sur le travail des jeunes. Québec: Les Presses de Brussels. l’Université de Laval.
ILOSTAT. Database. www.ilo.org/ilostat. INS. 2013. Labor Force Survey—Enquête Nationale sur L’Emploi,
Institut National de la Statistique—Tunisie. http://www.ins.nat.tn/ fr/emploi.php. International Crisis Group. 2013. “Tunisia: Violence and the Salafi Challenge.” Middle East and North Africa Report 137, Interna- tional Crisis Group, Brussels. 88 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Ministère de l’Education. 2012. Statistiques scolaires 2011/2012, Robalino, David, David Margolis, Friederike Rother, David Newhouse, and Mattias Lundberg. 2013. “Youth Employment: République Tunisienne. A Human Development Agenda for the Next Decade.” Social Mullis, I.V.S., M.O. Martin, P. Foy, and A. Aurora. 2012. TIMSS 2011 Protection and Labor Discussion Paper 1308. Banque mondiale, International Mathematics Report: Findings from IEA’s Trends in Saleh, Heba 2010. “High unemployment sparks Tunisian riot.” International Mathematics and Science Study at the Fourth and Financial Times (December 21). Eighth Grades. Chestnut Hill, MA: TIMSS and PIRLS Interna- tional Study Center, Boston College. Samti, Farrah. 2013. “Tunisian Youth Decides It’s Time They Take Muravyev, A., O. Talavera, and D. Schäfer. 2009. “Entrepreneurs’ Over.” Tunisia Live. December 17. http://www.tunisia-live.net/ Gender and Financial Constraints: Evidence from International 2013/12/17/tunisian-youth-decides-its-time-they-take-over/. Data.” Journal of Comparative Economics 37 (2): 270286. Murphy, E. 2012. “Problematizing Arab Youth: Generational Narra- Schroeder, Christoph. 2013. Startup Rising: The Entrepreneur- tives of Systemic Failure.” Mediterranean Politics 17 (1). ial Revolution Remaking the Middle East. New York: Palgrave National Employment Fund. 2011. Administrative data. Tunis. Macmillan. Observatoire National de la Jeunesse-Social Science Forum. 2013. “Youth and Participation in Public Life.” Youth Barometer 2013, Sestito, Paolo, and Eliana Viviano. 2011. “Reservation Wages: Ex- Tunis. plaining Some Puzzling Regional Patterns.” Labour 25 (1): 6388. OCDE. 2012. Better Skills, Better Jobs, Better Lives: A Strategic Approach to Skills Policies. OCDE Publishing. http://dx.doi. Shimer, Robert, and Iván Werning. 2007. “Reservation Wages and org/10.1787/9789264177338-en. Unemployment Insurance.” The Quarterly Journal of Economics OIT. 2013. Global Employment Trends for Youth. Geneva: Interna- 122 (3): 11451185. tional Labour Organization. ------. 2014. “Transition vers le marché du travail des jeunes femmes SIGMA Group 2011. “Sondage d’Opinion Exclusif Sigma Post 14 et hommes en Tunisie.” Work4Youth Publication Series16. Inter- Janvier 2011.” http://www.jeuneafrique.com/images/sondage- national Labour Organization, Geneva. tunisie-sigma.pdf. ONJ. 2013. “Agora Survey,” Observatoire Nationale de la Jeunesse, Tunis. TIMSS. 2007. Trends in International Mathematics and Science Oxford Business Group. 2009. Tunisia 2009—The Report. Oxford. Study. Chestnut Hill, MA: Boston College. Parker, Emily. 2013. “Tunisian Youth: Between Political Exclu- sion and Civic Engagement.” Tunisia Live. June 14. http://www. Tunisia Labor Force Survey 2010. Enquête Nationale sur L’Emploi, tunisia-live.net/2013/06/14/tunisian-youth-between-political- Institut national de la statistique, Tunisia. exclusion-and-civic-engagement. Poetic Politico. 2013. “Why the World Should Listen Up to Tunisia’s United Nations. 2007. “Adolescents et jeunes en Tunisie: données et Youth Movement.” Poetic Politico (blog). http://thepoeticpolitico. défis.” United Nations. wordpress.com/2013/12/18/why-the-world-should-listen-up- to-tunisias-youth-movement/. ------. United Nations. 2010. “World Population Prospects.” United Premand, Patrick, Stefanie Brodmann, Rita Almeida, Rebekka Grun, Nations Population Division, United Nations. and Mahdi Barouni. 2012. “Entrepreneurship Training and Self-Employment among University Graduates: Evidence from a ------. 2013. “A New Global Partnership: Eradicate Poverty and Randomized Trial in Tunisia.” Policy Research Working Paper Transform Economies through Sustainable Development.” Report 6285, Banque mondiale, Washington, DC. of the High-Level Panel of Eminent Persons on the Post-2015 Puerto, O.S. 2007. “Interventions to Support Young Workers in Latin Development Agenda, United Nations, New York. America and the Caribbean: Regional Report for the Youth Em- ployment Inventory.” Banque mondiale, Washington, DC. UNICEF. 2012. Tunisia Country Statistics, UNICEF, Geneva. WEF. 2011. The Global Competitiveness Report 20112012. Geneva,
Switzerland: World Economic Forum. ------. 2013. “The Challenge of Youth Unemployment.” Visuali-
zation, World Economic Forum, Geneva, Switzerland. http://www3. weforum.org/tools/gac/youth-unemployment-visualization-2013/#. World Education Services. 2006. “Tunisia Education System.” World Education News and Reviews 19 (2). Yaros, Bernard. 2012. “Business Incubator Boosts Entrepreneurial Talent in Tunisia.” Tunisia Live. November 28. www.tunisia- live.net/2012/11/28/hothousing-entrepreneurial-talent-picks- up-in-tunisia. Annexes
89 Annexe 1. Sources de données
Cette étude s’appuie sur différentes enquêtes séparées auprès des données sur les perceptions et aspirations des jeunes. Basé des ménages dans les milieux ruraux et urbains tunisiens et sur un questionnaire plus étendu et détaillé qu’un sondage également sur une recherche globale qualitative. sur la main-d’oeuvre, la THSYUA permet une meilleure com- préhension des corrélations des résultats du travail et cherche L’enquête urbaine à mieux comprendre les aspirations de carrière, les percep- tions et les contraintes rencontrées par les jeunes tunisiens Dans le cadre de cette étude, l’Enquête auprès des Ménages dans l’accès aux opportunités économiques et aux services de sur la Jeunesse tunisienne dans les Zones Urbaines (THSYUA) base. Une caractéristique unique de cette enquête est que des a eu lieu en 2012. Le sondage a été conçu par Projet Citoyen, modules spécifiques ont été envoyés à toutes les personnes un groupe de professeurs et d’étudiants tunisiens de diverses âgées de 15 ans et plus, dans chaque ménage échantillonné. universités du pays, en particulier de l’Ecole Supérieure des Contrairement à une enquête typique sur la main-d’oeuvre, Sciences Economiques et Commerciales de Tunis (ESSECT). où seulement des renseignements de base sur l’emploi sont Motivé par les disparités observées entre les différentes par- recueillis, cette enquête permet de saisir les aspects détaillés ties du pays, y compris les quartiers de la région du Grand de la recherche d’emploi, du chômage, des conditions de tra- Tunis, le but de l’enquête est de comprendre d’un point de vail et de la satisfaction au travail. En outre, les membres des vue scientifique, l’inégalité urbaine, avec un accent particu- ménages âgés entre 15 et 29 ans ont participés à un module lier mis sur les possibilités économiques pour les jeunes. Cet pour recueillir des informations sur leurs attitudes à l’égard effort a conduit à une collaboration entre l’Institut National du Gouvernement et l’économie ainsi que leur participation de la Statistique tunisien (INS), le Commissariat Général au aux formations et d’autres programmes pour augmenter les Développement Régional (CGDR), et la Banque mondiale. possibilités d’emploi. L’INS a fourni les échantillons de base, la CGDR en tant que principale contrepartie du gouvernement, a guidé l’orien- Enquête rurale tation urbaine de l’enquête et son envergure, tandis que la Banque mondiale a fourni un appui technique et financier. En s’appuyant sur la collecte de données dans les zones ur- baines, une deuxième enquête a été réalisée en 2012 dans les La THSYUA a été conçue pour être représentative au zones rurales. L’Enquête auprès des ménages sur les jeunes niveau régional. L’enquête représente les sept régions de la tunisiens en zones rurales (THSYRA) comprend 1, 400 mé- Tunisie avec le Grand Tunis comptant comme une région nages soit un échantillon représentatif de l>ensemble de la séparée de la région du Nord-Est. L’enquête porte sur 4214 zone rurale de Tunisie, telle que définie par l>Institut Natio- ménages urbains. L’échantillon a été créé en deux étapes. La nal de la Statistique (INS). À des fins d>échantillonnage et première étape a été la sélection des 352 secteurs de dénom- d’enquête, les gouvernorats administratifs ont été groupés en brement (SD), en utilisant le Recensement Général de la Po- trois régions. Les données sont représentatives de ces régions pulation et de l’Habitat en 2004 comme échantillon de base. d’enquête, qui correspondent en grande partie à des zones ru- La deuxième étape a été la sélection de 12 ménages, au sein rales socio-économiquement et géographiquement distinctes. de chaque SD échantillonné parmi la liste complète. La plu- La première région de l’enquête couvre la côte et comprend part de la collecte de données a eu lieu en mai et Juin 2012, les gouvernorats côtiers dans le Nord et l’Est du pays. La et des visites supplémentaires sont prévues plus tard pendant deuxième région de l’enquête couvre le Sud et comprend les l’année. Les actions sur le terrain ont fait l’objet d’un suivi gouvernorats du Sud. La troisième région de l’enquête Est attentif afin de maximiser le taux de réponse à au moins 85 couvre l’intérieur rural de la Tunisie et comprend les zones re- pourcent dans chaque région. culées de la Tunisie centrale et occidentale, y inclus la région à la frontière avec l’Algérie. L’enquête a été réalisée en Dé- L’enquête auprès des ménages tunisiens sur les jeunes en cembre 2012 et a coïncidé avec certains éléments des données milieu rural (THSYUA), combine de façon unique les données de l’enquête urbaine. Les différences de saison ont peut-être originales objectives sur les caractéristiques des ménages, avec
91 92 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
conduit à des différences systématiques en termes d’emploi la Banque mondiale sur la Jeunesse ont eu lieu à la fin de (qui tend à être plus faible dans les zones rurales au cours 2012. Dans l’ensemble et sur base des estimations de l’OIT, le de l’hiver), mais semble peu susceptible d’affecter les autres chômage des jeunes et des NEET est environ de 5 à 8 points résultats. Les données de l’enquête en milieu rural et urbain de pourcentage plus élevé que les estimations de la Banque n’ont pas été mises en commun pour les besoins de l’analyse. mondiale. Lorsqu’il est tenu compte des différentes périodes d’enquête et des échantillons, les différences restent encore L’échantillon de l’enquête THSYRA a été tiré du dernier dans une fourchette de variations de mesure raisonnable. recensement disponible, à savoir le recensement général de la Dans une publication séparée de l’Observatoire National de population et du logement de 2004 de l’INS. Ce recensement la Jeunesse, basée sur l’enquête OIT de 2013 sur les jeunes a également fourni le cadre d’échantillonnage pour l’enquête en transition, les estimations sont faites pour “les jeunes sans correspondante sur la jeunesse urbaine et péri-urbaine. Pour emploi, ni à l’école, ni en formation» (OIT 2014). Cette déterminer le nombre des ménages ruraux et assurer la repré- définition est semblable au concept NEET de la présente sentativité, les emplacements possibles ont été déterminés par étude, à l’exception d’une différence importante. La catégo- l’usage de la proportionnelle. Le point focal de la recherche rie NEET comprend tous les jeunes au chômage, les décou- étant la jeunesse, le plan d’échantillonnage assure la représen- ragés et ceux qui ne cherchent pas activement un emploi. La tativité de la population des jeunes, qui est définie ici comme définition de NEET est plus inclusive et prend en compte tous ceux âgés entre 15-29 ans. La taille proportionnelle de la po- les jeunes. Etant donné qu’une part importante de la jeunesse pulation des jeunes est basée sur la désagrégation de la Tuni- Tunisienne est découragée ne recherchant pas activement un sie en secteurs de dénombrement (SD). Chaque SD comprend emploi, ces jeunes ne sont pas officiellement “au chômage”. environ 100-120 ménages. Au total, les 70 SD ont été choisis Le concept NEET est plus large et regroupe tous les jeunes, au hasard, avec 29 SD le long de la côte, 10 SD dans le Sud, au chômage et sans emploi, sauf ceux à l’école ou en forma- et 31 SD dans les régions d’enquête de l’intérieur. La distribu- tion. De plus, le principal argument en faveur de NEET est la tion relative entre les régions de l’enquête correspond à leur mise en valeur d’un grand nombre de jeunes qui sont exclus part respective de population de jeunes. De chacun de ces 70 des opportunités économiques. En raison de la définition SD, 20 ménages ont été sélectionnés au hasard, ce qui donne étroite du chômage, les estimations NEET pour le jeunesse un total de 1400 ménages par taille d’échantillon. Tunisienne dans le présent rapport sont presque deux fois plus élevées que les chiffres sur “la jeunesse sans emploi, ni à L’échantillonnage au hasard des PSU a été effectué par des l’école, ni en formation” (OIT 2104). experts de l’INS, également responsables du cadre d’échan- tillonnage de l’enquête urbaine (THSYUA). Le tirage au sort Recherche qualitative des 20 ménages de chaque PSU est effectué selon une ap- proche systématique et clairement définie. Une procédure Les chercheurs ont organisé vingt et un groupes de discus- aléatoire de marche qui a été effectuée par chacune des PSU sion comprenant entre huit et douze participants chacun et de l’échantillon, comprenait deux points de départ distincts ont fait passer trente-cinq entretiens individuels. Au total, la situés aux extrémités opposées Est-Ouest de chaque PSU, et recherche qualitative a impliqué 199 jeunes dans les sept ré- s’est déplacé vers le centre de population des PSU pour per- gions du pays : Tunis (NE), Zaghouan (NE), Mahdia (CE), mettre une couverture complète des ménages de manière à la Jendouba (Nord-Ouest), Sidi Bouzid (CW), Gasfa (SW), et fois centralisée et à distance. Médenine (SE). Afin d’obtenir un échantillon représentatif, les chercheurs ont tenu compte du genre, de la résidence rurale Comparaison d’enquêtes / urbaine, et d’autres caractéristiques des participants, pour développer les groupes suivants : les décrocheurs scolaires, Différences entre les estimations de l’OIT et de la Banque les détenteurs d’un diplôme du cycle d’éducation secondaire, mondiale. Les enquêtes sur les Jeunes en Transition de les étudiants, les détenteurs d’une formation professionnelle, l’OIT et les enquêtes de la Banque mondiale sur la Jeunesse les diplômés chômeurs, les jeunes travaillent dans le secteur (THSYUA et THSYRA), s’appuient sur le même cadre de informel, les micro-entrepreneurs, les jeunes salariés, et les base officiel, fourni par l’Institut National de la Statistique. jeunes entrepreneurs. Les paramètres de l’entrevue ont cou- En principe, les résultats de l’enquête devraient être très si- vert des sujets tels que l’éducation, la réforme de l’enseigne- milaires. Les principales différences entre les enquêtes sont ment et la qualité, l’expérience du chômage et de l’emploi, et la taille de l’échantillonnage (les enquêtes de l’OIT sont plus l’état du pays post-révolution. vastes) et la période pendant laquelle l’enquête a eu lieu (l’en- quête de l’OIT a eu lieu en 2013, alors que les enquêtes de Annexe 1. Sources de données | 93
L’utilisation des relations personnelles, des institutions so- avec l’Observatoire national de la jeunesse ainsi qu’avec 6 ciales et des réseaux professionnels pour identifier et recruter des consultants. Ces consultants ont également eu des entre- des participants, a donné lieu à une préférence en faveur des vues avec des fournisseurs de services individuels travaillant hommes et a résulté en une plus grande proportion de parti- pour des institutions publiques ou des ONG et d’autres qui cipants dans une tranche d’âge plus élevée, dont certains âgés offrent des services aux jeunes dans les quatorze communau- de plus de vingt-neuf ans. Les chercheurs ont craint que l’ex- tés incluent dans l’échantillon. Comme pour la sélection des clusion de diplômés chômeurs âgés de plus de vingt-neuf ans participants aux discussions de groupe, en ce qui concerne risquait de les éloigner de leurs pairs plus jeunes et, ce faisant, les entretiens individuels, les animateurs ont utilisé des cri- perturberait la cohésion entre les jeunes tunisiens vivant dans tères élaborés par l’Observatoire national de la jeunesse en les mêmes villes ou des quartiers. collaboration avec la Banque mondiale. Toutes les entrevues ont été enregistrées sur bande audio avec la permission du Agissant en tant que facilitateur et un preneur de notes, participant interrogé. respectivement, un conseiller pédagogique et étudiants a mené des discussions de groupe en français à l’aide d’un guide Dans le cas des deux groupes de discussion et des entre- et de procédures qui ont été élaborés et testés par la Banque tiens individuels, les enregistrements audio ont été transcrits mondiale en collaboration avec l’Observatoire National de et les consultants locaux, avec l’appui des étudiants, ont ana- la Jeunesse ainsi qu’avec des consultants. Les chercheurs ont lysé les données en utilisant la méthode de la théorie Glaser et obtenu l’autorisation de chacun des participants aux dis- Strauss, en particulier le style d’édition de l’analyse, à l’aide cussions de groupe de faire des enregistrements sonores des la transcription intégrale de la FG et des entretiens indivi- séances. Pendant les discussions de groupe, les participants duels. Grâce à ce processus et en utilisant une forme structu- ont été invités à participer à des entretiens individuels. Ceux rée, le chercheur lit attentivement les réponses pour identifier qui ont exprimé un intérêt à le faire ont donné leurs noms et les mots clés dans chaque réponse, et utilisera ces derniers contacts au facilitateur. pour développer des catégories de réponses provenant des questions, et ensuite utilisera ces catégories pour développer Sur base de critères de sélection, principalement l’évalua- des thèmes à travers les éléments d’interrogation. Il s’agit tion du consultant sur la participation active et le compor- d’un processus hiérarchique, dans lequel les mots clés sont le tement du participant au sein du groupe de discussion dans fondement et les thèmes étant le plus haut niveau de regrou- lequel il / elle a participé, l’animateur a choisi un participant pement des réponses. L’analyse a également été effectuée de parmi ceux qui s’étaient initialement portés volontaires pour manière indépendante par des conseillers de la Banque mon- être interrogés individuellement. L’animateur a ensuite de- diale pour assurer le contrôle de la qualité ; c’est une pratique mandé une information narrative détaillée supplémentaire courante dans la recherche qualitative. Les consultants ont du participant à l’aide d’un guide d’entrevue semi-structu- utilisé le logiciel NUDIST TM pour le processus analytique. rée développée par la Banque mondiale, en collaboration Annexe 2. Participation, voix et citoyenneté active de la jeunesse
Graphique A2.1 : Confiance dans les institutions Graphique A2.2 : Confiance dans les institutions publiques et religieuses par les publiques et religieuses par les NEET (urbains) NEET (Ruraux)
Banque ONG Universités Banque ONG Universités 100% Pays Écoles 100% Pays Famille Organisation Famille Écoles 80% Imam religieuse 80% 60% 60% 40% 20%
Organisation 20% 0% religieuse 0%
Press Press Imam
Politics Justice Politics Justice
Police Militaire Travaux urbain Police Militaire Travaux rural NEET urbain NEET rural
Source : Banque mondiale 2012e. Source : Banque mondiale 2012d. Note : Ce graphique comprend tous les jeunes entre 15-29 qui ne sont ni Note : L’encadré comprend tous les jeunes entre 15-29 qui ne sont ni sco- scolarisés ni en formation. larisés ni en formation.
Graphique A2.3 : L’Importance des organisation de Graphique A2.4 : Confiance dans les organisations développement communautaire communautaires rural vs. urbain pour le développement local
94 70 60,7 63,6 92,0 92
90 Homme 50 39,9 40,7 Homme Femme Femme pour cent88 40 86 85,2 30
84 20
82 10
80 0 Urbain Rural Rural
Source : Banque mondiale 2012d. Source : Banque mondiale 2012d ; 2012e. Note : Ce graphique comprend tous les jeunes entre 15-29 ans. Les données Note : Ce graphique fait référence à tous les jeunes. ne sont disponibles que pour les zones rurales.
95 96 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique A2.5 : Jeunes volontariat Graphique A2.6 : La participation des jeunes dans (Tunisie urbaine) par genre les élections
54 52.9 51.5 2.5 2.12 53
2.0 Male 52 Overall 51 percent1.5 1.50 percent 1.0 0.89 50 Male 49 48.4
0.5 48 47.4
0 47 Volunteering 46
45
Source : Banque mondiale 2012e. 44 Urban Note : Ce graphique fait référence à tous les jeunes. Rural
Note : Ce graphique inclut tous les jeunes entre 15-29 ans.
Graphique A2.7 : Engagement actif en politique
90 82.0 No preferred 80 political party
percent 50
20 11.0 Intention to 10 1.6 join political party 0 Political party member
Source : L’enquête Agora de 2013, ONJ Tunisie. Note : Ce graphique fait référence aux jeunes ruraux âgés entre 15-29 ans. Annexe 3. Inactivité et chômage des jeunes
Graphique A3.1 : L’éducation supérieure parmi les Graphique A3.2 : L’Education supérieure parmi les NEETs par genre (age 30-59) NEETs par genre (age 3059), ventilées
100 40,,06 0,5 4,8 3,4 100 043,,,860 0,5 4,8 3,4 0,2 14,8 7,1 10,,20 14,8 7,1 3,8 1,0 8,7 4,9 9,2 8,7 19,3 80 9,2 80 16.1 21,9 Professionnel Universitaire pour cent 60 Professionnel pour cent Secondaire Collège Universitaire 60 35,7 24,9 Primaire Sous Primaire 91,7 98,3 71,3 80,9 Secondaire
40 Sous secondaire 40 74,1 383 20 39,9 Rural 20 femme 30,8 20,7 0 Urban 0 Rural Urban Urban Rural 15,6 femme Rural femme homme femme homme Urban homme homme
Source : Banque mondiale 2012d ; 2012e. Source : Banque mondiale 2012d ; 2012e. Note : Ce graphique fait référence à tous les NEETs âgé entre 30-59 ans. Note : Ce graphique fait référence à tous les NEET âgés de 30-59 ans.
Graphique A3.3 : Les NEET par région Graphique A3.4 : L’Education supérieure parmi les NEETs par genre (Age 15-29), 60 ventilées
50 42,4 47,9 100 4,7 3,2 11,4 6,0 31,4 35,9 0 0,2 19,4 28,4 pour cent 40 37,3 12,8 10,4 Intérieur Sud 13,8 23,7 20,8 9,8 30 23,6 80 22,1 Professionnel 35,5 31,8 Universitaire 20 Rural pour cent 27,8 6,2 25,2 Secondaire Urbain 60 24,7 Urbain 8,4 Collège Rural homme Urbain Primaire 10 40 femme femme En deça du primaire 38,6 0 Côte 20 15,0 Note : Ce graphique fait référence à tous les NEET. 0
Note : Ce graphique fait référence à tous les NEET âgés de 15-29 ans.
97 98 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique A3.5 : L’éducation supérieure parmi les NEET par région (Age 15-29)
a. Rural b. Urbain
100 04,,12 3,5 04,,23 100 9,3 5,5 6,2 0 25,9 11,3 14,3 13,6 80 8,4 23,6 21,7 80 Professionnel 23,8 28,3 Professionnel 34,2 28,8 27,9 25,9 Universitaire 9,7 Universitaire 24,4 Intérieur pour cent 60 Intérieur Secondaire pour cent 60 10,7 9,1 Secondaire
Collège 19,9 Collège
40 38,0 41,1 Primaire 40 27,1 Primaire
En deça du primaire En deça du primaire
20 20 29,6 20,8
18,4 14,9 0 6,7 8,6 0 Sud Sud
Note : Figure refers to all NEETs.
Graphique A3.6 : Les NEET inscrits comme chômeurs, par eégion
a. Rural b. Urbain
80 80
70 70 63,1 60,1 66,2 40,0 52,1 60 60 pour cent 50 Homme pour cent 50 45,6 Homme Femme Femme 40 40
30 30
20 14,1 9,1 14,9 14,1 8,6 20 10 7,2 Sud 0 0 Sud Côte Côte
Note : Ce graphique se réfère à tous les NEETs. Annex 3. Inactivité et chômage des jeunes | 99
Tableau A3.1 : Le modèle probit d’abandon rapide de l’école
Variables Explicatives Tunisie Urbaine Tunisie Rurale Femelle -0,2459*** -0,3551*** -0,3685*** -0,4262*** -0,2608*** (0,0516) -0,2617*** École Primaire Achevée* (0,0511) -0,2079*** (0,0524) (0,0669) (0,0695) (0,0725) (0,0585) -0,0531 Ecole Secondaire Achevée* -0,1651*** -0,4319*** (0,0608) -0,5171*** -0,2838** (0,0561) (0,1060) -0,1559 Troisième Cycle Achevé* -0,0656 -0,9332*** (0,1090) (0,1249) (0,1251) (0,0748) (0,0999) Formation Professionnelle 2.758 -0,5310*** -0,7071*** Achevée* -1,2092*** -0,8645*** 0,0142 (0,1977) (0,1038) 2ème Quintile de Richesse -0,3689* (0,1519) (0,1569) -0,1490*** (0,1994) 3ème Quintile de Richesse (0,0570) -0,1339 -1,3352*** -0,8738*** -0,0292 (0,0871) 4ème Quintile de Richesse (0,0757) (0,1456) (0,1508) 2.758 -0,4382*** 5ème Quintile de Richesse 0,0431 (0,0877) (le plus riche) -0,7510*** -0,4287** Intérieur -0,5604*** (0,1931) (0,1938) (0,0909) -0,1460 -0,8949*** Observations (0,0934) Pseudo R-squared (0,1301) -0,3616*** -0,4249*** (0,0618) -0,1356* (0,1251) (0,0778) 2.758 -0,6567*** 0,0774
(0,1289)
-1,3011***
(0,1298)
0,0208 -0,0902 -0,2921***
(0,0799) (0,0843) (0,0930)
0,0842 -0,0215 -0,0650
(0,0770) (0,0828) (0,0851)
1.934 1.934 1.934
0,0217 0,0958 0,1720
Les erreurs de type Robutes sont entre parenthèses. * p<0,1 ; ** p<0,05 ; *** p<0,01 Note : Estimation Probit. La variables dépendante prend la valeur 1 si le participant n’a pas terminé le cycle d’éducation secondaire ; et 0 le cas échéant. Les célibataires d’un certain âge sont inclus dans l’estimation mais n’y figurant pas. Les catégories de références sont : n’ont jamais fréquenté l’école ou n’ont pas terminé l’école primaire, 1ere quintile de richesse (les plus pauvres), région côtière. Les variables marquées d’un Astérix présentent le plus haut niveau d’achèvement de l’adulte le plus éduqué du ménage (âgé de 30 ans ou plus). Échantillon : Jeunes gens âgés entre 19-29 ans ; les jeunes actuellement en cycle d’enseignement secondaire ou en-dessous, ou en formation professionnelle sont exclus. Annexe 4. Opportunités économiques
Tableau A4.1 : Modèle probit pour l’emploi
Variables Tunisie Urbaine Tunisie Rurale Femelle -0,6288*** -0,6085*** -0,6076*** -0,5984*** -0,9781*** -0,9664*** -0,9650*** -0,9685*** (0,0764) (0,0773) (0,0592) (0,0603) Ecole Primaire Achevée (0,0772) (0,0771) 0,3690** (0,0596) (0,0599) -0,3342*** (0,1641) -0,3065*** 0,2574*** Ecole Secondaire (0,0909) 0,3163** 0,4005** 0,3280* (0,0626) 0,2715*** 0,3151*** (0,0836) Achevée (0,1959) -0,0002 -0,5477*** (0,1605) (0,1653) 0,0166 -0,3129*** (0,0808) (0,0819) (0,1111) Troisième Cycle (0,0868) (0,1846) (0,0802) 0,7672 Achevé 1.553 0,2570 0,4065** 0,1058 2.419 0,0294 0,1027 (0,7032) 0,0765 (0,2146) 0,134 -0,0237 Formation (0,1919) (0,1967) (0,1070) (0,1087) (0,1734) Professionnelle -0,2139* Achevée 0,0004 0,1650 (0,1189) 0,4592 0,8384 -0,1192* Parent ayant achevé -0,5813*** (0,0642) l’école Primaire (0,1723) (0,1802) (0,1594) (0,6191) (0,6915) -0,3662*** -0,4279*** (0,1351) Parent ayant achevé 0,0993 0,2316 (0,1565) -0,0377 0,0595 -0,7674*** l’école Secondaire -0,4396* (0,1459) (0,2036) (0,2109) (0,2276) (0,1677) (0,1680) -0,5261** Parent ayant complété (0,2558) un troisième cycle -0,1797 0,0055 -0,0422 (0,1161) (0,1247) (0,0618) 0,2710*** Parent ayant achevé -0,5282*** -0,0315 -0,2534** (0,0886) une formation (0,1565) (0,1271) (0,1290) professionnelle -0,3276** 0,1807 -0,6440*** 0,4070*** 2nd Quintile de (0,1514) (0,1324) (0,1445) (0,0929) Richesse -0,3995* 0,3585** -0,4663* (0,2231) (0,1404) (0,2632) 0,5020*** 3rd Quintile de -0,3365*** (0,0965) Richesse -0,3389*** -0,3761*** (0,0951) -0,2770*** -0,2632*** (0,0912) (0,0923) -0,5836*** (0,0631) (0,0636) 0,5303*** 4th Quintile de (0,0898) (0,1070) Richesse -0,5543*** -0,5864*** -0,3084*** -0,2911*** -0,1236* (0,0871) (0,0886) 1.553 (0,0803) (0,0807) (0,0671) 5th Quintile de 1.553 1.553 0,0989 2.419 2.419 Richesse (le plus riche) 0,0840 0,0919 0,140 0,148 -0,2602*** (0,0817) Intérieur 2.419 0,160
Pseudo R-squared
Les erreurs de type Robutes sont entre parenthèses. * p<0,1 ; ** p<0,05 ; *** p<0,01 Note : Estimation Probit. La variables dépendante prend la valeur 1 si le participant n’a pas terminé le cycle d’éducation secondaire ; et 0 le cas échéant. Les célibataires d’un certain âge sont inclus dans l’estimation mais n’y figurant pas. Les catégories de références sont : n’ont jamais fréquenté l’école ou n’ont pas terminé l’école primaire, 1ere quintile de richesse (les plus pauvres), région côtière. Les variables marquées d’un Astérix présentent le plus haut niveau d’achèvement de l’adulte le plus éduqué du ménage (âgé de 30 ans ou plus). Exemple : Les jeunes âgés de 15-29 ans ; les jeunes actuellement scolarisés ou en formation professionnelle sont exclus.
101 102 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Tableau A4.2 : Rémunération régressive
Variables Explicatives Tunisie Urbaine Tunisie Rurale Femelle 0,1819*** Ecole Primaire Achevée -0,3074*** -0,2862*** -0,2638*** 0,1893*** (0,0666) 0,1558** Ecole Secondaire Achevée (0,0680) 0,0272 (0,0627) Troisième Cycle Achevé (0,0745) (0,0801) (0,0816) (0,0703) 0,0163 Formation Professionnelle Achevée 0,0912 0,3776*** (0,0683) 2nd Quintile de Richesse 0,2002 0,1473 (0,0576) (0,0946) 0,3106*** 3rd Quintile de Richesse 0,0264 0,1991 (0,0922) 4th Quintile de Richesse (0,1466) (0,1454) (0,0861) (0,2590) 0,0409 5th Quintile de Richesse (le plus riche) 0,1156 (0,2411) Intérieur 0,3918** 0,3056 2.420 (0,1267) 0,0383 Sud (0,1234) Observations (0,1862) (0,1887) 0,0766 -0,0688 (0,0575) (0,0740) 0,6684*** 0,5094*** 0,0299 0,0135 (0,0863) (0,0723) (0,1592) (0,1603) 0,0529 2.420 (0,0771) 0,4629*** 0,3396** 0,3193*** (0,0895) (0,1604) (0,1624) 0,1365** (0,0590) -0,0646 0,0423 (0,0814) (0,0902) 2.420 0,0369
(0,0853)
0,1821**
(0,0898)
0,2645***
(0,0974)
-0,4678*** -0,4295*** -0,3651***
(0,0904) (0,0852) (0,0871)
-0,4780*** -0,3992*** -0,3826***
(0,0895) (0,0920) (0,0930)
1.570 1.570 1.570
Les erreurs de type Robutes sont entre parenthèses. * p<0,1 ; ** p<0,05 ; *** p<0,01 Note : Estimation avec l’échantillon de correction Heckmann. La variable dépendante est le logarithme du salaire mensuel. Seuls les modèles d’âge sont inclus dans l’estimation mais ne s’affichent pas. Les catégories de référence sont : jamais fréquenté l’école ou achevé l’école primaire, 1er quintile de richesse (plus pauvres), région côtière. Les variables utilisées dans l’équation de la procédure de sélection de Heckman sont un ensemble de variables uniques cap- turant le plus haut niveau d’achèvement de l’adulte le plus éduqué du ménage (âgés de 30 ans ou plus) : jamais fréquenté l’école ou achevé l’enseignement primaire, l’éducation primaire achevé, les études secondaires achevées, la formation professionnelle achevée et l’enseignement supérieur achevé. Exemple : Les jeunes âgés de 15-29 ans ; les jeunes actuellement en formation sont exclus. Annexe 4. Opportunités économiques | 103
Tableau A4.3 : Probabilité des jeunes pour être dans l’emploi informel ou chômeurs (15-29 ans)
Explanatory Variables Rural Tunisia Ecole Primaire Achevée -0,6563*** -0,7160*** -0,7100*** -0,7141*** Ecole Secondaire Achevée (0,1073) (0,1106) Formation Professionnelle Achevée (0,1092) (0,1097) -0,3889** Parent ayant achevé l’école Primaire 0,2491** (0,1825) Parent ayant achevé l’école Secondaire (0,1060) -0,4102** -0,3963** Parent ayant achevé un Troisième Cycle 0,1871 -1,1025*** Parent ayant achevé une formation (0,1427) (0,1809) (0,1822) (0,2148) professionnelle -0,5153 2nd Quintile de Richesse 932 -1,1626*** -1,1429*** (0,3299) 3rd Quintile de Richesse 0,0601 -0,0775 4th Quintile de Richesse (0,2133) (0,2144) (0,1056) 5th Quintile de Richesse (le plus Riche) 0,0437 Intérieur -0,6029* -0,5720* (0,2476) Sud -0,0272 Observations (0,3232) (0,3264) (0,2855) Pseudo R-squared -0,3783 -0,1340 (0,4874) 0,0264 (0,1051) (0,1813) 0,1609 -0,0107 (0,1863) -0,2684 (0,2379) (0,1778) -0,2120 -0,1375 (0,1878) 0,1952* (0,2876) (0,1154) 0,1389 -0,4883 (0,1478) 932 (0,4678) 0,116
0,2634** 0,2519** (0,1089) (0,1081) 0,1758 0,1862 (0,1485) (0,1480)
932 932 0,103 0,105
Les erreurs de type Robutes sont entre parenthèses. * p<0,1 ; ** p<0,05 ; *** p<0,01 Note: : Estimation Probit. La variables dépendante prend la valeur 1 si le participant n’a pas terminé le cycle d’éducation secondaire ; et 0 le cas échéant. Les célibataires d’un certain âge sont inclus dans l’estimation mais n’y figurant pas. Les catégories de références sont : n’ont jamais fréquenté l’école ou n’ont pas terminé l’école primaire, 1ere quintile de richesse (les plus pauvres), région côtière. Les variables marquées d’un Astérix présentent le plus haut niveau d’achèvement de l’adulte le plus éduqué du ménage (âgé de 30 ans ou plus). Note : Université tertiaire exclue dans les zones rurales en raison de la taille de l’échantillon. Exemple : Les jeunes âgés de 15-29 ans employés au cours des 12 derniers mois ; les jeunes actuellement scolarisés ou en formation professionnelle sont 104 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Tableau A4.4 : Model probit pour mesurer le taux de scolarité
Variables Explicatives Tunisie Urbaine Tunisie Rurale 0,1115* 0,1008* 0,1400** -0,2125*** -0,2210*** -0,2038*** Parent n’ayant pas achevé l’Ecole (0,0596) Primaire (0,0601) (0,0607) (0,0453) (0,0452) (0,0451) Parent ayant achevé l’Ecole Primaire -0,0671 (0,0733) -0,6485** -0,4124 0,0099 -0,0793 Parent ayant achevé le Collège 0,0433 (0,0673) (0,2666) (0,2660) (0,0737) (0,0743) Parent ayant achevé l’Ecole Secondaire 1.658 -0,1773 -0,0609 0,2293*** 0,0816 Parent ayant achevé un Troisième 0,0344 Cycle (0,2566) (0,2550) (0,0618) (0,0634) Parent ayant achevé une Formation Professionnelle 0,1394 0,1327 0,4889*** 0,3245*** 2nd Quintile de Richesse (0,2606) (0,2578) (0,0843) (0,0851) 3rd Quintile de Richesse 0,4633* 0,4648* 0,5283*** 0,3118*** 4th Quintile de Richesse (0,2680) (0,2663) (0,1117) (0,1136) 5th Quintile de Richesse (le plus riche) 0,6339** 0,5109* 0,9487*** 0,7321*** (0,2660) (0,2638) (0,1059) (0,1085) 0,1987 0,1937 0,7284*** 0,6177*** Pseudo R-squared (0,2891) (0,2851) (0,1994) (0,2039)
0,2001** 0,2987***
(0,0947) (0,0705)
0,3744*** 0,5523***
(0,0975) (0,0731)
0,6384*** 0,6216***
(0,0990) (0,0771)
1,1567*** 0,7826***
(0,1054) (0,0847)
0,0498 0,2002** -0,0830* -0,0941* 0,1081**
(0,0756) (0,0806) (0,0489) (0,0494) (0,0527)
0,1181* 0,1370* 0,1070* 0,0872 0,1440**
(0,0686) (0,0700) (0,0584) (0,0595) (0,0612)
1.658 1.658 2.436 2.436 2.436
0,0738 0,108 0,0155 0,0339 0,0515
Les erreurs de type Robutes sont entre parenthèses. * p<0,1 ; ** p<0,05 ; *** p<0,01 Note : estimation du Model Probit. La variable dépendante est le niveau d’instruction mesuré par 5 catégories. Les catégories de l’échantillon urbain sont : jamais fréquenté l’école ou l’enseignement primaire n’est pas achevé, l’éducation primaire achevée, le collège est achevé, l’enseignement secondaire ou une formation professionnelle achevé, l’enseignement supérieur (troisième cycle) achevé. Les catégories dans l’échantillon rural sont : jamais fréquenté l’école, l’enseignement primaire n’est pas achevé, l’éducation primaire achevée, le collège achevé, l’enseignement secondaire ou supérieur ou formation profession- nelle achevé. Seuls les modèles uniques d’âge sont inclus dans l’estimation mais ne s’affichent pas. Les catégories de référence sont : jamais fréquenté l’école, 1er quintile de richesse (plus pauvres), région côtière. Les variables marquées d’un »parent» capturent le plus haut niveau d’achèvement de l’adulte le plus éduqué du ménage (âgés de 30 ans ou plus). Exemple : Les jeunes âgés de 15-29 ans ; les jeunes actuellement scolarisés sont exclus. Annexe 4. Opportunités économiques | 105
Tableau A4.5 : Rémunérations régressives par secteur
Variables 0,2863** 0,2217 Tunisie Urbaine 0,2253* 0,2374* Age (0,1390) (0,1390) 0,2342* (0,1365) (0,1363) Age squared -0,0045 -0,0035 (0,1378) -0,0037 -0,0040 Femelle (0,0029) (0,0029) -0,0038 (0,0029) (0,0028) Compétences -0,0859 -0,1249** (0,0029) -0,2083*** -0,2560*** Construction (0,0535) (0,0511) (0,0488) (0,0506) 0,3963*** -0,2108*** 0,3231*** 0,3025*** (0,0514) (0,0528) (0,0517) (0,0548) 0,1725 Industrie 0,3573*** -0,3156*** (0,1501) (0,0535) (0,0497) 0,3259** Services 0,1603 (0,1426) (0,1543) -0,3116*** 0,2503* Service Publique (0,0659) (0,1414) 0,3991*** -0,1446** 0,3516** Emploi Informel (0,1454) (0,0684) (0,1454) 0,2625* 748 -0,2790*** Intérieur -0,3432*** -0,3355*** (0,1448) 0,3026 (0,0517) (0,0726) (0,0697) -0,3090*** Sud 0,4571*** (0,0647) -0,2307*** -0,1979*** (0,1484) -0,1002 Observations (0,0686) (0,0682) (0,0712) R-squared 748 748 -0,3282*** 0,1979 0,2620 (0,0679) 748 -0,1297* 0,3158 (0,0726) 748 (continue) 0,2865 106 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Variables 0,2180*** 0,1836** Tunisie Rural 0,1583** 0,1632** Age (0,0815) (0,0803) 0,1823** (0,0792) (0,0796) Age squared -0,0042** -0,0037** (0,0801) -0,0032* -0,0033** Femelle (0,0017) (0,0017) -0,0037** (0,0017) (0,0017) Compétences -0,2371*** (0,0017) -0,2941*** -0,3054*** Construction -0,1894*** (0,0438) -0,2805*** (0,0465) (0,0489) Industrie (0,0455) 0,3124*** (0,0482) 0,2601*** 0,2147*** Services (0,0463) 0,2383*** (0,0460) (0,0483) Service Publique -0,0749* (0,0493) 0,0590 Emploi Informel (0,0421) -0,1049** 0,0592 -0,2587*** (0,0591) Intérieur -0,1706** (0,0412) (0,0594) (0,0474) 0,1359** Sud (0,0674) -0,1769*** 0,1981*** -0,0839** (0,0574) Observations (0,0670) (0,0571) (0,0414) 0,1743*** R-squared 935 0,2160*** -0,1623** (0,0602) 0,0469 935 (0,0603) (0,0662) 0,3378*** 0,0951 0,4363*** 935 (0,0953) (0,0943) 0,1263 -0,1915*** (0,0483) -0,0889** -0,0793* (0,0406) (0,0407) -0,2043*** -0,1874*** (0,0660) (0,0660)
935 935 0,1294 0,1443
Les erreurs de type Robutes sont entre parenthèses. * p<0,1 ; ** p<0,05 ; *** p<0,01 Note : La variable dépendante est le logarithme du salaire mensuel. Les catégories de référence sont les suivantes : secteur de l’agriculture, Région côtière. Exemple : Les jeunes âgés de 15-29 ans ; les jeunes actuellement scolarisés sont exclus. Annexe 4. Opportunités économiques | 107
Tableau A4.7 : Modèle probit sur l’auto emploi
Variables Tunisie Urbaine Tunisie Rurale Femelle -0,9099*** -0,8903*** -0,9062*** -0,9066*** -0,2168* -0,2170* -0,2325* -0,2463* (0,1717) (0,1696) (0,1312) (0,1350) Ecole Primaire (0,1722) (0,1703) -0,2237 (0,1310) (0,1297) -0,0085 Achevée (0,2846) (0,1635) -0,1445 -0,2068 -0,3359 0,0797 0,0475 -0,1219 Ecole Secondaire (0,3402) (0,2337) Achevée (0,2821) (0,2845) (0,1610) (0,1623) -1,0008*** 0,1772 Troisième Cycle -0,2379 -0,3461 (0,3507) 0,0362 0,0057 (0,3213) Achevé -0,1926 (0,3497) (0,3406) (0,3594) (0,2191) (0,2221) 0,1258 Formation (0,1176) Professionnelle -0,8450*** -0,9766*** 0,2770 Achevée (0,2267) Parent ayant achevé (0,3245) (0,3332) -0,2294 l’Ecole Primaire (0,3383) -0,0700 -0,1756 0,3775 0,3343 0,2869 Parent ayant achevé (0,3188) (0,3223) (0,4261) l’Ecole Secondaire (0,3569) (0,3540) -0,1367 Parent ayant achevé 0,1833 0,1568 0,1754 (0,1840) un Troisième Cycle (0,1945) (0,1940) (0,1153) -0,1362 0,3437 0,3064 0,3801* (0,1919) Parent ayant achevé (0,2873) (0,2793) (0,2305) 0,1059 une Formation 0,2958 0,2514 -0,0961 (0,1920) Professionnelle (0,2747) (0,2706) (0,3333) 0,4959** 2nd Quintile de 0,2745 0,3135 0,4578 (0,1989) Richesse (0,3941) (0,4070) (0,4670) -0,2682** 3rd Quintile de -0,2049 Richesse (0,2280) 0,1084 4th Quintile de (0,2191) Richesse 0,0582 (0,2071) 5th Quintile de -0,0026 Richesse (le plus (0,2404) riche) Intérieur 0,1637 0,1182 0,1445 0,1553 -0,3402*** -0,3497*** -0,3399***
(0,1717) (0,1750) (0,1768) (0,1847) (0,1130) (0,1150) (0,1155) (0,1257)
Sud 0,3792** 0,3447** 0,3548** 0,3420** -0,5123*** -0,5194*** -0,5308*** -0,4813***
(0,1651) (0,1687) (0,1701) (0,1702) (0,1701) (0,1682) (0,1712) (0,1763)
Observations 719 719 719 719 929 929 929 929
Pseudo R-squared 0,0819 0,1060 0,1100 0,1140 0,0257 0,0276 0,0341 0,0599
Les erreurs de type Robutes sont entre parenthèses. * p<0,1 ; ** p<0,05 ; *** p<0,01 Note : Estimation Probit. La variable dépendante prend la valeur 1 si le répondant était travailleur autonome au cours des 12 derniers mois (échantillon rural) ou dans les 7 derniers jours (échantillon urbain) ; 0 sinon. Modèles d’âge sont inclus dans l’estimation mais ne s’affichent pas. Les catégories de référence sont : jamais fréquenté l’école ou l’éducation primaire non achevé, 1er quintile de richesse (plus pauvres), région côtière. Les variables marquées d’un »parent» capturent le plus haut niveau d’achèvement de l’adulte le plus éduqué du ménage (âgé de 30 ans ou plus). Exemple : Les jeunes âgés de 15-29 ans employés au cours des 12 derniers mois ; les jeunes actuellement scolarisés ou en formation professionnelle sont 108 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique A4.1 : Types de contrat des adultes employés (age 30-59)
a. Rural b. Urbain
5,8% Illimité 17,4% 13,3% Illimité 27,6% Terme fixe Terme fixe Temporaire 1,5% Temporaire Saisonnier 6,5% Saisonnier Journalier Journalier
54,5%
6,2% 61,3% 6,0%
Note : Ce graphique se réfère seulement aux adultes employés et exclu les travailleurs indépendants.
Graphique A4.2 : L’emploi des adultes dans les secteurs de faibles productivités
100 88,6 89,9
80 68,7 Homme 58,0 Femme
0 Urbain
Note : Ce graphique se réfère seulement aux adultes employés et exclut les adultes travailleurs indépendants. Annexe 4. Opportunités économiques | 109
Graphique A4.3 : L’emploi des adultes par secteur b. Urbain 29,0% 10,5% 32,2% Agriculture 6,6% Agriculture 22,4% Construction 12,0% Construction Industrie et Industrie et manufacture 17,3% manufacture Services Services Sector public Sector public
12,9% 22,0%
35,1%
Note : Ce graphique se réfère seulement aux adultes employés et exclu les adultes travailleurs indépendants. Le secteur agricole comprend les emplois de l’industrie agro-alimentaire.
Graphique A4.4 : Intention de travailler dans le secteur publique
a. Rural b. Urbain
4,3% Agriculture 2,2% Agriculture 14,4% Construction Construction 6,9% Industrie et 16,2% Industrie et manufacture manufacture Services 0,7% Services Sector public Sector public
15,9%
52,8% 21,6% 64,9%
110 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique A4.5 : Le travail indépendant chez les adultes, rural vs. urbain
25 22,7
20 18,0 4,7 Homme Urbain Femme pour cent 15
5 1,8
0
Note : Ce graphique exclut tous les jeunes scolarisés ou en cours de formation. Annexe 5. Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes
Graphique A5.1 : Connaissance des programmes actifs : par région et genre
a. Région b. Genre
Programme AMAL SCV Programme AMAL SCV régional CES 50% régional CES SIVP Travaux 40% SIVP Travaux 50% publics 30% Côte urbain publics 40% CAIP 20% Intérieur urbain 30% 10% Sud urbain 20% Côte rural 10% 0% Intérieur rural Sud rural 0%
Autres CAIP Autres Rural homme programme programme Urbain homme emploi emploi Urbain femme
Graphique A5.2 : Adopter les programmes actifs sur le marché de l’emploi par région
18
16
14 Côte urbain Intérieur urbain pour cent 12 Sud urbain Côte rural 10 Intérieur rural Sud rural 8
6
4
2
0 AMAL SCV SIVP CAIP Autres Travaux Programme programme publics régional emploi
111 112 | SURMONTER LES OBSTACLES À L’INCLUSION DES JEUNES
Graphique A5.3 : Connaissance des programmes en entrepreneurship : par région
Micro-crédit, Programme petites FONAPRA autre enterprises (PAPPE) Coast urban Interior urban 70% South urban 60% Coast rural 50% Interior rural 40% South rural 30%
Micro-crédit, FNS
Graphique A5.4 : Connaissance des programmes en entrepreneurship (par NEET et genre)
a. NEET b. Genre
Micro-crédit, Programme petites FONAPRA Micro-crédit, Programme petites FONAPRA autre enterprises autre enterprises (PAPPE) Non-NEET rural (PAPPE) 80% Non-NEET urbain 60% NEET rural 60% 40% NEET urbain 50% 20% 40% 0% 30%
Rural homme
Urbain homme
Micro-crédit, Rural femme Micro-crédit, FNS FNS Urbain femme
Annexe 5. Compétences pour l’emploi et autres services pour jeunes | 113
Graphique A5.5 : Adopter les programmes sur l’entrepreneurship (par région)
pour cent 9 Côte urbain 8 Intérieur urbain 7 FONAPRA FNS Micro-crédit, Micro-crédit, Sud urbain 6 BTS autre Côte rural 5 Intérieur rural 4 Sud rural 3 2 Non-NEET rural 1 Non-NEET urbain 0 NEET rural petites Non-pauvres rural Non-pauvres urbain enterprises Pauvres rural (PAPPE) Pauvres urbain
Graphique A5.6 : Adopter les programmes sur l’entrepreneurship (par NEET)
8
7
6
pour cent 5
4
3
2
1
0 Programme FONAPRA FNS Micro-crédit, Micro-crédit,
petites BTS autre
Graphique A5.7 : Adopter les programmes sur l’entrepreneurship (par pauvreté)
pour cent 7 6 5 FONAPRA FNS Micro-crédit, Micro-crédit, 4 BTS autre 3 2 1 0
petites
Note : Ce graphique fait référence aux jeunes
Documents associés