Études socio-économiques № 1770

Etude sur la politique de l'emploi en Tunisie

Abdelhamid Triki examine le déséquilibre structurel du marché du travail tunisien — chômage des diplômés, secteur informel à 40 % du PIB, fuite des cerveaux — et l'efficacité limitée des politiques actives.

L’analyse d’Abdelhamid Triki dresse une cartographie du marché du travail tunisien — déséquilibre structurel, faiblesse de la productivité, montée du secteur informel, fuite des cerveaux — et examine l’efficacité des programmes actifs déployés depuis quarante ans. Elle débouche sur un ensemble de recommandations articulées autour des leviers macroéconomiques, sectoriels et migratoires.

Principaux constats

  • Le taux de chômage stagne à 15,5 % en 2018, deux fois plus élevé chez les femmes (22,8 %) que chez les hommes (12,5 %), et atteint 39,6 % chez les femmes diplômées du supérieur.
  • Les disparités régionales sont massives : 7,5 % à Monastir contre 32,4 % à Tataouine, 28,9 % à Gafsa et 25,4 % à Gabès.
  • Le secteur informel emploie 66 % de la population active occupée et contribue à 40 % du PIB, soit le double du taux des économies en transition.
  • 95 000 compétences ont quitté la Tunisie depuis 2011, dont 4 000 universitaires, 10 000 ingénieurs (essentiellement informaticiens) et une part de jeunes médecins passée de 9 % en 2012 à 45 % en 2017.
  • Les concentrations sectorielles freinent le placement : 145 000 postes vacants identifiés par l’IACE, dont les deux tiers dans le commerce et les services, le textile et les activités scientifiques et techniques, alors que la majorité des étudiants se forment en sciences humaines, santé et sciences sociales.

Démarche

L’étude croise les données INS, ANETI, OCDE, BIT, Banque Mondiale et IACE pour caractériser sept dimensions du marché : volume de la demande additionnelle, taux d’activité, niveau et disparités du chômage, emploi informel, secteur public, migration des compétences. Elle évalue ensuite les Programmes Actifs du Marché du Travail (PAMT) — SIVP, CIDES, AMAL, programme « Faire d’une thèse une entreprise », chèques d’employabilité, programme Forsati, contrat dignité — recensés depuis 1987 par le BIT en quatre-vingt-trois interventions, ainsi que les dispositifs non gouvernementaux comme « La Tunisie travaille » de Mercy Corps ou « Réintégration à Médenine et Tataouine » de la Banque Mondiale.

Recommandations

Les programmes actifs ont eu un impact positif limité et ne constituent pas la panacée. Cinq orientations s’imposent. Repenser le système éducatif et de formation pour rapprocher la sortie universitaire des besoins sectoriels, en mobilisant les technologies de l’information et l’enseignement technique. Renforcer l’infrastructure industrielle et logistique pour atténuer les disparités régionales et attirer les IDE dans l’ouest du pays. Combiner les programmes d’emploi avec une stratégie d’identification d’opportunités de création de richesse — produits de terroir, TIC, tourisme de niche, santé, technologies vertes, eau, énergie, environnement, recyclage, R&D. Faciliter la migration internationale par des services aux migrants et des incitations au retour, en réformant notamment le régime de change. Élargir les destinations vers l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, la Malaisie, l’Indonésie et l’Australie.


Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.