L’engagement de la Tunisie dans la négociation d’un Accord de Libre-Échange Complet et Approfondi (ALECA) avec l’Union Européenne ravive le débat sur la portée de l’Accord d’Association de 1995. L’étude dresse un bilan préliminaire de cet accord — démantèlement tarifaire industriel, mise à niveau, équilibres macroéconomiques — puis examine l’offre européenne pour la nouvelle étape, ses risques sectoriels et les conditions de réussite.
Principaux constats
- Entre 1995 et 2015, les exportations manufacturières progressent de 9,1 % par an, dépassant d’un point la croissance du PIB en valeur, avec un contenu d’importation ramené de 70,2 % à 63,4 %.
- Les investissements directs européens représentent 84,8 % des projets et 92,4 % des emplois du stock d’IDE hors énergie en 2015, soit 327 495 emplois sur 354 396.
- Le déficit commercial avec l’UE est limité à 5,4 % du déficit global en 2016 (taux de couverture 96,9 %), contre 6 % seulement avec la Chine, la Turquie et la Russie.
- L’aide européenne cumulée fin 2015 atteint 1,9 milliard d’euros en dons et 5 milliards en prêts, mais reste très en retrait des engagements pris en faveur des pays d’Europe de l’Est (rapport de 1 à 40).
- Les simulations ECORYS et ITCEQ projettent un gain de PIB de 6 à 7 % à long terme grâce à l’ALECA, avec des reculs sectoriels (textile, cuir, pétrochimie) compensés par des hausses dans l’huile d’olive (+223 %), les services (+12 %) et la mécanique-électrique.
Démarche
L’analyse s’appuie sur les enquêtes de l’ITCEQ, les sondages Sigma Conseil auprès de 504 dirigeants de PME, les rapports de la Banque Mondiale (Doing Business, Révolution inachevée), de l’OCDE et du Forum économique mondial. Elle distingue clairement la période 1995-2010, marquée par une accélération de la croissance (4,9 % annuels) et une amélioration de la compétitivité, de la séquence post-2011, qui voit le pays décrocher au 95e rang mondial de compétitivité contre le 32e en 2010.
Recommandations
L’approfondissement du partenariat exige une nouvelle génération de réformes : refonte du système d’enseignement et de formation, alignement sur les standards PISA et OCDE ; engagement rapide des grands chantiers d’infrastructure pour 25 milliards de dinars (extension du port de Radès, plateformes logistiques, port en eau profonde) ; réforme de l’administration pour réduire le fardeau bureaucratique estimé à 13 % du chiffre d’affaires ; modernisation du secteur bancaire dont l’intermédiation plafonne à 74 % du PIB contre 120 % dans l’OCDE. Une vision Tunisie 2040 doit identifier des secteurs phares — huile d’olive, pôle universitaire et médical régional, électricité-électronique pour l’automobile et l’aéronautique — capables de tirer l’économie vers le haut. L’Union Européenne, premier partenaire, doit en parallèle revoir ses mécanismes d’accompagnement à la hauteur de l’ambition annoncée.
Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.