Études socio-économiques № 2650

Réformes du secteur bancaire tunisien et restructuration des banques publiques

Amel Medini examine la décennie de réformes bancaires tunisiennes — gouvernance, gestion des risques, lutte anti-blanchiment et restructuration des banques publiques STB, BNA et BH.

L’analyse d’Amel Medini retrace une décennie de réformes engagées pour redresser un secteur bancaire tunisien marqué par la fragmentation, la faiblesse de la bancarisation et le poids des banques publiques. Elle examine deux axes complémentaires : le renforcement de la réglementation et de la surveillance d’une part, la restructuration de la STB, de la BNA et de la BH d’autre part.

Principaux constats

  • Le secteur compte 23 banques résidentes pour 11 millions d’habitants — 21 historiquement contre 9 banques pour 30 millions d’habitants au Maroc — avec un taux de bancarisation de 32 %.
  • L’encours des crédits passe de 46 744 à 67 217 millions de dinars entre 2015 et 2019 (+43,9 %), avec une part des trois banques publiques portée de 37 % à 42 %.
  • Les fonds propres et le ratio de solvabilité ont été progressivement relevés (de 8 % à 10 % en 2014) ; le ratio Tier 1 atteint 7 % depuis 2014, et le provisionnement additionnel cible désormais les actifs anciens en classe 4.
  • Le Fonds de garantie des dépôts bancaires créé par la loi de 2016 est opérationnel depuis 2018, avec un plafond d’indemnisation de 60 000 dinars et une cotisation annuelle de 0,3 % de l’encours.
  • Le ratio effectif/agence demeure supérieur à 12 dans les banques publiques contre 7,4 à 10,7 dans le privé, et les disparités régionales persistent — 2 397 habitants par agence à Tunis, plus de 15 000 à Kairouan, Sidi Bouzid et Kasserine.

Démarche

L’étude restitue le cadre légal et réglementaire dans son évolution — circulaire 2011-06 sur la gouvernance, circulaires 2012-09 et 2012-20 sur les risques et le provisionnement, circulaire 2013-5 sur la lutte anti-blanchiment, loi bancaire 2016-48, circulaire 2018-10 sur le ratio crédits/dépôts. Elle examine ensuite les programmes de restructuration des trois grandes banques publiques engagés en 2012 sur la base d’audits complets, avec recapitalisation, modernisation des systèmes d’information, refonte du système de notation des contreparties et préparation au passage à Bâle II.

Recommandations

Plusieurs chantiers demeurent ouverts. Trouver des solutions adaptées aux secteurs sous tension — tourisme, promotion immobilière, BTP — dont la mortalité élevée des PME pèse sur le portefeuille bancaire. Faciliter l’accès des PME au financement par la baisse du taux d’intérêt, des lignes adaptées et la révision du système de garantie SOTUGAR. Soutenir l’expansion des entreprises tunisiennes en Afrique. Renforcer les fonds propres pour consolider la solidité et la capacité de soutien à l’économie. Refonder la gestion des ressources humaines des banques publiques — management des métiers, gestion par objectifs, rémunération au rendement, évolution de carrière au mérite — malgré le poids syndical. Réviser le régime fiscal jugé surimposé et accélérer les procédures judiciaires pour améliorer le recouvrement des créances.


Étude complète en téléchargement dans le bloc PDF ci-dessous.

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