Débat sur
La gestion des sols pour une agriculture durable
La gestion du sol a été, de tout temps, un important enjeu en tant que support essentiel à la vie humaine. Le sol se forme très lentement suivant un processus complexe, nécessitant plusieu s illie s d a es alo s ue sa d g adatio peut, e eva he, t e t s apide e cas de surexploitation, de pollutio et d osio . C est pou uoi, la gestio du sol ev t u e i po ta e apitale pou l hu a it du fait des importantes fonctions assumées par le sol en matière notamment de production d ali e ts, de fi es et de at iau , de sto kage , d puration et de transfert de l eau , de régulation de li at et e ta t u os st e i he e biodiversité. Comment se présente la gestion du sol de la Tunisie ? Quelles sont les menaces et les pressions qui pèsent sur la préservation des ressources en sol du pays ? Quels sont les efforts requis pour répondre aux besoins des générations du présent sans compromettre ceux des générations futures ? Ces diff e tes uestio s o t fait l o jet d u la ge d at i t oduit et a i pa l u ive sitai e Ali Mehiri ancien p ofesseu de p dologie à l INAT au cours de la réunion tenue le mardi 6 février 2018 du comité directeur du Forum ibn Khaldoun pour le Développement.
I. Les g a des lig es de l’e pos i t odu tif
Les caractéristiques des ressources en sol de la Tunisie
Les diverses études des sols réalisées par des générations successives de pédologues ont pe is de fai e l i ve tai e des sols et de préciser leu pa titio g og aphi ue à l helle du pa s ai si u au iveau gio al et lo al. Il en ressort par rapport à la superficie totale du pa s de . illio s d he ta es, les données suivantes :
Plus de 80 pourcent de la couverture pédologique du pa s s est d velopp e su des roches-mères calcaires. Le reste concerne principalement des sols développés sur des roches-mères a ides, s te da t su les zo es o tag euses de K ou i ie, des Mogods et du Cap Bon.
P s de illio s d ha sont dans des zones humides, sub-humides et semi arides, uel ues . illio s d ha so t da s des zo es a ides et . illio s d ha so t da s des zones sahariennes.
les fo atio s fo esti es o upe t plus d u illio d he ta es, les fo atio s steppiques, correspondant à des terres de parcours, sont aux alentours de 4.5 millions
1 d he ta es, les sols ultiva les so t valu s à p s de illio s d he ta es alors que les zo es d se ti ues et les te es i ultes ou ouve tes pa l eau s tale t su uel ues .
illio s d he ta es.
Les sols ultiva les so t e ploit s à hauteu de . illio s d ha e viron dans les grandes cultures, céréalières principalement, de 2.3 millions hectares également dans l a o i ultu e, ota e t l ol i ultu e et de . illio d ha da s les ultu es maraichères.
La superficie apte à l i igatio g avitai e tait évaluée à 550 mille hectares répartie à hauteur de 200 mille ha dans le Nord, 300 mille dans le Centre et 50 mille dans le Sud ;
ais l adoptio de l i igatio lo alis e, telle ue la goutte à goutte, et des te h i ues de d ai age pe ette t de os jou s d i riguer la plupart des sols ne souffrant pas de contraintes majeures.
La supe fi ie ultiva le o sid e fe tile est esti e à uel ues illio s d ha do t le tiers se trouve dans la zone humide et semi aride.
Les pressions de dégradation qui pèsent sur le sol tunisien sont importantes
Selo l o ateu , les essou es e sol fo t l o jet de plusieu s p essio s. L osio h d i ue affecte en moyenne 40 pourcent de la superficie des sols du Nord et du Centre ; l osio éolienne entraine d i po ta tes pe tes de sols da s les zo es a ides alo s ue l u a isatio , ota e t illi ite, entraine des pertes notables de terres agricoles.
Les pertes de sols causées par les divers processus de dégradation seraient de 27 000 équivalent-ha par an dont 13 mille ha sont perdus définitivement ou pour le moins perdus pou u e lo gue du e pou l usage ag i ole. Cette valuatio e p e d pas e o pte les p l ve e ts de sols pou l u a isatio et les diverses infrastructures de développement socio-économique ni les pertes occasionnées par la surexploitation des forêts et steppes et par la désertification des zones arides et subsahariennes.
Par ailleurs, une analyse globale du bilan de fertilité chimique des terres cultivées sur une période de trente a s, alla t de à , p e a t e o pte, d u e pa t, les appo ts e éléments nutritifs majeurs ( engrais phosphatés, potassiques et azotés et fumiers), et d aut e part, les prélèvements par les récoltes des principales cultures, aboutit à un déficit important se traduisant par une baisse de la fertilité du sol et par voie de conséquence de sa p odu tivit . D où la essit de dispose d u outil ju idi ue asso ia t le d oit de p op i t des sols à l o ligatio de leu gestio du a le et leu o se vation.
2 Les pe fo a es de l’utilisatio des sols en agriculture
La baisse de fertilité du sol associée au faible niveau de la pluviométrie dans le centre et le sud et le recours à des te h i ues d e ploitatio et de production non appropriées entrainent des faibles rendements des cultures pluviales.
La valeur ajoutée agricole a été pour la période 2006-2015 de quelques 5 760 millions de dinars en moyenne par an répartis comme suit :
Oléiculture : 768 MDT et 13.3% de la valeur ajoutée agricole globale Céréaliculture : 679 MDT et 11.8% Elevage : 2 642 MDT et 45.9% Autres : 1671 MDT et 29%
Le rendeme t des pla tatio s de l olivie est, pou l o ateu , relativement faible. Il ne
représente ue oi s du di i e de elui de l Espag e et le i ui e e vi o de elui du
Po tugal du fait de l effet o i du fai le iveau de pluvio t ie, de l appauv isse e t
du sol et du caractère extensif de cette spéculation en Tunisie. La surface allouée à
l ol i ultu e pluviale est pou ha ue kilo d olive p oduite de t es a s da s le No d,
15 m2 dans le Centre et 19 m2 dans le Sud
La gestion des sols pour une agriculture durable une question sociétale,
L o ateu o sid e ue « la gestio des sols pou u e ag i ultu e du a le est pas l affai e des seuls exploitants, des spécialistes des sols ou des agronomes, elle est aussi une question
so i tale se situa t au oise e t de plusieu s dis ipli es ui o ou e t à l la o atio d u p ojet de so i t , à l a age e t aiso du te itoi e et à l allo atio opti ale des ressources naturelles au service du développement rural et national. Il o lut à l u ge e de fo e u e ouvelle g atio de p dologues et à la essit de s assigner comme objectif une gestion efficace des ressources en sol au profit de la société actuelle et des
générations futures.
II. Principales conclusions et recommandations
L e pos i t oductif a suscité un large débat centré sur la problématique de la conservation du sol et de l a lio atio de so e de e t. Les o lusio s et les e o a datio s p i ipales ui s e d gage t so t apitul es o e suit :
- L’ag i ultu e, u se teu st at gi ue
Le se teu ag i ole est u pilie i po ta t de l o o ie nationale. Il occupe actuellement prés de 15 pourcent de la population occupée. Il contribue à près de 10 pourcent du Produit Intérieur Brut. Et il génère, en se basant sur les données des trois dernières années un flux d e po tatio a uel de plus de .5 milliards de dinars représentant près de 12 pourcent des exportations de biens.
3 Trois spéculations ou activités dominent le secteur agricole tunisien :
L levage, ui o pte p s de ille leveu s e ploita t des pa ou s s te da t su
5.5 millions d he ta es, e g a ge u e valeu ajout e ep se ta t pou e t de la
valeu ajout e de l e se le du se teu ag i ole et assu e p ati ue e t la satisfa tio
des besoins du marché intérieur.
La céréaliculture, ui s te d su p s du tie s des supe fi ies agricoles, génère une valeur ajoutée représentant 12 pourcent de la valeur ajoutée globale du secteur agricole. La production céréalière demeure toutefois en retrait des objectifs, ne
po da t u à hauteu de la oiti e vi o des esoi s du a h i térieur.
L ol i ultu e, qui est assurée par 8 illio s de pieds d olivie s pla t s su u e superficie totale de plus de 1.8 million d he ta es, e ge d e u e p odu tio a uelle moyenne de 180 mille tonnes d huile, exportée dans une proportion de 75 pourcent.
Out e les eto es o o i ues et so iales, la gestio du sol a d i po ta ts i pa ts su l e vi o e e t et e pa ti ulie su la iodive sit dont la préservation est importante pour la vie humaine.
- De nombreuses fragilités pèsent sur la viabilité du secteur agricole
Le secteur agricole tunisien est confronté à de nombreux problèmes qui affectent le rendement du secteur et sa viabilité à moyen et long terme
La dégradation du sol est en tête de ces problèmes o pte te u de l i po ta e de la
pe te a uelle des sols suite à l osio h d i ue et olie e et à l ava e du d se t.
Certes, ce problème ne concerne pas seulement la Tunisie, il est encore plus accentué pour
l e se le des te itoi es méditerranéens où sur une superficie de terres cultivables de
illio s d he ta es, il a e t e à illio s d he ta es de te es ultiva les ui
disparaissent chaque année1, soit une perte moyenne de près de 5 hectares pour 1000 ha
contre une perte annuelle équivalente à 2.7 hectares de sols sur 1000 hectares de terres
ag i oles e Tu isie. Il e de eu e pas oi s ue, o pte te u de la fai le supe fi ie
arable de la Tunisie et en particulier de la superficie des terres fertiles soit 3 millions
d he ta es do t illio s da s la zo e a ide, la situatio est p o upa te e u a t des
efforts accrus pour préserver le potentiel de production.
E sus de e p o l e e d i ue, d aut es p o l es e t ave t l opti isatio du rendement du sol. Les plus sig ifi atifs d e t e eu se apitule t o e suit :
Le o elle e t des te es, du fait ota e t du s st e d h itage, e a e la gestio du a le des supe fi ies ag i oles. Selo l O se vatoi e Natio al de l Ag i ultu e, le o e d e ploitatio s agricoles est passé de 326 000 en 1962 à 516 000 en 2005. Dans ces conditions, la taille moyenne des exploitations agricoles se trouve portée de 16
1 Source CERIC/ CNRS-Aix Marseille Université 4 à 10.2 ha et la part des exploitations de moins de 5 ha se trouve portée de 41 pourcent à 54 pourcent.
Le vieillissement de la population agricole. En 2004 près de 43 pourcent des exploitants avaient 60 ans et plus et occupent 46 pourcent des superficies.
La salinisation des périmètres irrigués gagne du terrain dans la mesure où 30 pourcent environ des ressources en eau mobilisables du pays présentent une salinité supérieure à 3 grammes par litre2. De sorte que, o pte te u de la a et de l eau, près de la moitié des périmètres irrigués, qui couvrent 425 mille hectares, sont affectés par la salinisation dont 10 pourcent environ le sont sévèrement.
L aspe t fo ie de eu e u e e t ave à l opti isatio de la p odu tio du fait de la alisatio pa tielle des o je tifs e ati e d apu e e t fo ie et de fo e ag ai e.
De 1963 à 2015, les opérations de réforme agraire réalisées dans les périmètres i igu es o t tou h que 272 mille hectares environ sur une superficie de plus de 425
ille he ta es. Les te es olle tives de eu e t i po ta tes de l o d e de . illio d he ta es. Les te es do a iales fo es pa les te es les plus fe tiles du pa s pourraient avoir un rendement meilleur si elles étaient soustraites aux rigidités du secteur public. 3. Les i p atifs de l’opti isatio de la p odu tio ag i ole su des ases du a les
Une gestion durable des sols requiert, évidemment, la résorption de ces différents problèmes et entraves. Il est recommandé plus précisément :
le renforcement du programme national et régional de conservation et de protection des sols pou t aite , su u e p iode aiso a le, les illio s d he ta es s ieuse e t menacés pa l osio . La Tu isie dispose à e iveau d u e i po ta te expertise adapt e au diff e tes gio s du pa s. Il i po te d e ti e p ofit da s le ad e d u pla di e teu i-décennal assurant la mobilisation des moyens humains et financiers requis.
Le traitement de la salinisation des périmètres irrigués en donnant les moyens nécessaires aux institutions tunisiennes concernées pour prévenir la dégradation des terres irriguées et bonifier les sols éprouvés.
L a l atio de l apu e e t fo ie et de la réforme agraire pour insérer dans le
i uit de p odu tio de faço opti ale l e se le des te es ag i oles. A et ga d, il
i po te d a l e la privatisation des terres collectives à la lumière des dispositions de
la ouvelle loi adopt e e . Il est e o a d d e gage u e fle io
app ofo die su la st at gie à ett e e oeuv e pou stoppe le d e e e t des
terres agricoles et créer une dynamique de remembrement pour en faire des
exploitations viables. Enfin le problème des terres domaniales continuent à se poser. Il
2 Sou e lett e de l ONAGRI du e e t i est e 5 s agit d a l e le p o essus visa t à i s e et i po ta t pote tiel fo ie da s le circuit de production sur des bases optimales.
L a lio atio du e de e t de l ag i ultu e tu isie e de eu e, pa ailleu s, t i utai e de la est u tu atio e p ofo deu de t ois do ai es fo da e tau , e l o u e e la recherche scientifique agricole, la politique de vulgarisation pour transférer les résultats de la recherche aux exploitants agricoles et la politique des prix et de la commercialisation. Ces aspe ts ite t d t e tudi s e p ofo deu pou e ti e les e seig e e ts et d gage les recommandations susceptibles de donner un important élan au secteur agricole sur des bases durables.
- L’ol i ultu e, p e i e appli atio de la d a he de d veloppe e t ag i ole
durable.
L histoi e de l olivie est li e à elle de la Tu isie. Su le pla a o- o o i ue, l oléiculture
occupe une place importante compte tenu de son poids dans la valeur ajoutée agricole, de
l o d e de . pou e t, des e t es e devises u elle permet (I milliard de dinars en
), de sa o t i utio à l uili e du a h du t avail ave e o e e illio s
jou es de t avail pa a , de la pla e de l olivie tu isie su le pla i te atio al, ave
pourcent de la production mondiale et 15 pourcent des exportations mondiales en 2016.
Sur le plan micro- o o i ue, l app iatio est, epe da t, plus ua e. Les do es disponibles révèlent que si les superficies irriguées permettent des cultures intensives et se
a a t ise t pa de o s e de e ts, e est pas toujou s le as pou les plantations d olivie s e ploit es e pluvial ui e ui e t l allo atio d i po ta tes supe fi ies avec 100 pieds à l he ta e da s le No d, à pieds à l ha da s le Ce t e et pieds à l ha da s le Sud. En conséquence, les grandes exploitations engrangent des revenus acceptables dans
l e se le ; par contre les petites exploitations détenues par la majorité des oléiculteurs génèrent de faibles revenus, e ui pose le p o l e de l entretien et du maintien de ces exploitations
Ceci dit, cette situation loin de remettre en cause la culture de l olivie , méditerranéenne par excellence, pose plutôt le problème de sa rentabilisation ; ce qui requiert notamment :
l a tivatio de la politique de remembrement des très petites exploitations pour en faire des unités viables pouvant être éligibles au crédit bancaire et dégager des revenus
significatifs ; le e fo e e t des p og a es de e he he s ie tifi ue d di s à l olivie , éventuellement dans le cadre de partenariat avec les pays méditerranéens, pour d veloppe des va i t s plus p odu tives, o so a t oi s d eau ; L utilisatio atio elle des fertilisants chimiques et organiques des sols sur la base de l a al se de la te e et la d te i atio des esoi s des ultu es; le renforcement des effo ts d plo s e ati e de o ditio e e t de l huile d olive et de montée des filières de production de façon à optimiser son intégration dans le tissu
économique du pays ;
6 la d a isatio de la o e ialisatio de l huile d olive sous le la el tunisien aussi bien dan les marchés traditionnels que sur les nouveaux marchés en Amériques, en Asie et en Afrique ; la suppression des nuisances occasionnées sur l e vi o e e t pa le ejet des « margines » sous-p oduit de l e t a tio d huile d olives Des p og a es d actions prioritaires impliquant tous les intervenants gagneraient à être engagés dans les plus brefs délais à l effet de e fo e la d a i ue de e se teu et e faire le fer de lance de la politique de développement régional.
Conclusion
La gestion des sols pour une agriculture durable revêt une haute priorité étant donné les multiples dimensions - environnementale, nutritionnelle, culturelle- d’u e telle d a he. Des stratégies, o i a t les o es p ati ues e ati e d’exploitation, en Tunisie et dans les pays similaires sur le plan climatique, avec les résultats de la recherche scientifique, devraient t e affi es et t aduites e des p og a es d’a tio s, pour réduire les fragilités, améliorer les techniques de production ,mieux exploiter le potentiel disponible et assu e à l’e ploita t ag i ole u eve u d e t su des ases du a les. De telles stratégies, pour être viables, gagneraient, à cet égard, à être centrées pa ti uli e e t su l’ag i ulteu e ta t u’a teu et fi iai e de toute politi ue de p se vatio et d’a lio atio du pote tiel de p odu tio , d’e po tatio et de g atio de revenus du secteur agricole sur des bases durables Ca , fi ale e t, ‘est l’ag i ulteu
ui e ploite le sol, ‘est lui ui le o se ve et l’e t etie t ; ‘est lui, aussi, ui peut le d g ade s’il se t ouve ave de fai les eve us et da s u e situatio p ai e. Des a ges de a oeuv e i po ta tes e iste t o pte te u du savoi fai e a uis et des perspectives de la de a de i t ieu e et e t ieu e. Il i po te de s’ e gage solu e t da s le ad e d’u e app o he ui tout e ta t se to ielle s’i s e da s une vision globale, sociétale.
Forum Ibn Khaldoun le 22 février 2018
Intervention de Mohammed Ennabli à télécharger Mots clés : gestion du sol ; agriculture durable, Ali Mehiri
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