Exposés et Débats № 0756

Problématique de l’eau en Tunisie

La Tunisie se caractérise par la rareté de ses ressources en eau et par une variabilité

DEBAT SUR LA PROBLEMATIQUE DE L’EAU EN TUNISIE

Introduit par

AMEUR HORCHANI

La Tunisie se caractérise par la rareté de ses ressources en eau et par une variabilité

accentuée du li at da s l’espa e et le temps. la politi ue e e e Tu isie, as e su u e pla ifi atio igou euse de l’i f ast u tu e h d auli ue, a pe is d’assu e l’app ovisio e e t e eau pota le de la ajo it de la populatio et de ett e e pla e d’i po ta tes zo es d’irrigation. Cependant, la Tunisie

entre, depuis 2015, dans une phase critique de développement de ses ressources en eau

souterraines et de surface. Cette p o l ati ue a fait l’o jet d’u d at au sei du Fo u

IBN KHALDOUN le d e e su la ase d’u e pos i t odu tif p se t pa Mr

AMEUR HORCHANI a ie se tai e d’Etat au essou es h d auli ues.

I. Les grandes lignes de l’exposé prése té

L’histoire de la Tunisie est intimement liée à l’eau

L’histoi e de la Tu isie est jalo e pa la alisatio d’i po ta ts ouv ages de mobilisation et de transfert de l’eau pou l’ali e tatio de la populatio e eau pota le et la ouve tu e

des différents besoins, notamment, pour la production agricole. Parmi les grands ouvrages ui o t a u les diff e tes tapes de l’histoi e tu isie e :

L’a uedu de Zaghouan décidé au cours de la période romaine et encore en partie, fonctionnel ; Le t a sfe t de l’eau de Zaghoua pou l’ali e tatio de Tu is, décidé par SADOK BEY en 1858, entrainant une augmentation de la dette du pays ;

La construction de cinq barrages au cours de la période coloniale dont trois barrages

dans le cadre du plan Marshall ; L’important effort de o ilisatio de l’eau, au le de ai de l’i d pe da e, dans le ad e d’u e politi ue volo ta iste de lutte o t e la pauv et et d’a lio atio des revenus.

1 Effort sans précèdent de o ilisatio de l’eau dans toutes les régions

Les efforts déployés dans les différents plans de développement ont permis de disposer à la

fi de l’a e des apa it s suiva tes e matière de mobilisation d’eau :

Trente-cinq barrages ayant une capacité de stockage de 2 312 millions de mètres

cubes d’eau dont 1 illio s de t es u es au tit e de l’a e Medje da et

millions de mèt es u es au tit e de l’a e E t e Nord ­ Bizerte ;

a ages olli ai es d’u e apa it totale de millions de mètres cubes d’eau et 902 lacs collinaires ayant une capacité totale de 57 millions de mètres cubes, répartis dans tous les bassins versants du pays et utilisés, soit directement, soit

indirectement pour la recharge des nappes souterraines par les eaux de crues.

Plus de cent mille puits et cinq mille forages fournissant 850 millions de mètres cubes d’eau à partir des nappes phréatiques, a priori renouvelables, et 1 190 millions de

t es u es d’eau à partir des nappes profondes, dont une partie correspond aux nappes fossiles non renouvelables.

Au total, les ouv ages h d auli ues e pla e au te e d’u e politi ue a tive e e, essentiellement, depuis l’indépendance, permettent la mobilisation de près de 4 600 millions de mètres cubes, ce qui correspond à près de 95 pou e t du pote tiel d’eau mobilisable, évalué, selon les dernières estimations, à 4 800 millions de mètres cubes.

Augmentation continue des besoins en eau potable sus ita t d’i porta tes pressio s pour en assurer la couverture

La population tunisienne a aug e t depuis 99 de illio d’ha ita ts tous les di a s, passant 8,785 millions en 1994 à 9,911 millions en 2004 et à 10,982 millions en 2014. Les études démographiques récentes la situent à 13,036 millions en 2049.

Les esoi s e eau pota le o ti ue t à aug e te e elatio ave l’a lio atio du tau de desserte et du niveau des revenus ; sachant que, malgré les importants efforts déployés, 7.8 pourcent de la population rurale, soit 267 mille habitants, e fi ie t pas d’u se vi e pu li d’app ovisio e e t e eau pota le.

En revanche, la mobilisation des ressources hydrauliques naturelles est proche, globalement, du potentiel mobilisable ; ais ave , a oi s, d’i po ta tes dispa it s da s le te ps, du fait de l’alte a e e t e a es pluvieuses et a es de s he esse, et da s l’espa e, e raison de l’i gale pa titio des essou es e t e les différentes régions du pays : le Nord- ouest possède près de 60 pourcent de la capacité des barrages du pays et aux alentours de 15 pourcent de la population tunisienne alors que les régions les plus consommatrices d’eau

2 sont les régions côtières entrainant, souve t, de s ieu p o l es d’app ovisio e e t, particulièrement, en été.

Les grandes priorités de la politique de gestio dura le de l’eau

Les ressources en eaux renouvelables et accessibles sont rares. Le coût de leur mobilisation est de plus en plus élevé. Les esoi s de la populatio et de l’ o o ie sont croissants, particulièrement, su le pla de la ualit de l’eau. De la so te, la ise e oeuv e d’u pla d’a tio oh e t e ati e de o ilisatio et de gestio de l’eau est, d so ais e tête des grandes priorités du pays. Les principales composantes de ce pla s’a ti ule t autou des quatre axes suivants :

(1) - Lutte o t e le gaspillage de l’eau : les pertes actuelles sont évaluées à 27 pourcent au niveau du réseau de la SONEDE et à 40 pourcent au niveau du réseau de transfert des eaux d’i igatio ;

(2) ­ Interconnexion du réseau elia t les essou es o ilis es au zo es d’utilisatio pour alléger les pressions sur les nappes et réussir la gestion intégrée des ressources hydrauliques ;

(3) ­ R alisatio d’u seau de statio s de dessalement avec le double objectif d’a lio atio de la ualit de l’eau pota le et de couverture des besoins en eau potable durant les périodes de grande consommation pour les gio s souff a t d’u d fi it e

ati e d’app ovisio e e t.

(4) ­Recyclage des eaux usées. Celui-ci demeure limité et la ajo it de l’eau us e traitée par les diff e tes statio s d’assai isse e t fait l’o jet d’u rejet dans le milieu naturel ; ce qui a pour conséquence, un important gaspillage de ressources.

II. Principales conclusions des Débats

Le débat e gag à la suite de l’e pos i t odu tif a été très animé. Les principales o lusio s ui s’e dégagent sont récapitulées comme suit :

  1. La st at gie de o ilisatio de l’eau suivie, dans le cadre notamment des différents plans directeurs, est pertinente. Les ressources mobilisées sont, dans leur majorité, renouvelables. Le niveau de mobilisation atteint, soit 95 pourcent du potentiel mobilisable, est appréciable. Il reflète la politique volontariste menée dans le pays au le de ai de l’i d pe da e.

  2. La Tunisie a su améliorer et enrichir le savoir-fai e h it , depuis l’ e o ai e, e matière de collecte et de conservation des eaux pour faire face aux aléas climatiques.

3 Cela lui a permis de bien gérer le fai le pote tiel de essou es d’eau mobilisable et de satisfaire toutes les demandes, même au cours des périodes de sécheresse. L’e p ie e a uise par les compétences tunisiennes dans ce domaine est appréciable. Elle doit être entretenue, développée et mieux exploitée en Tunisie et ailleurs, en faveur, notamment, des pays africains dans le cadre de la coopération triangulaire. Cela constituera un facteur de rayonnement pour la Tunisie et offrira des oppo tu it s d’e ploi pou des e tai es de diplô s tu isie s.

  1. L’effo t d plo au iveau de la alisatio d’u vaste seau de a ages a essit des investissements considérables grâce, notamment, à la mobilisation de nombreux prêts extérieurs dans le cadre de la coopération financière bilatérale et multilatérale. Cet important équipement, réalisé sur plus d’u demi-siècle, est exposé à l’e vase e t, e ui duit d’auta t sa capacité de stockage. Selon les dernières évaluations, quoique pouvant être entachées d’incertitudes, les retenues des barrages perdent annuellement 0.5 à 1 pourcent de leur capacité par alluvionnement. Cette situation est préoccupante. Elle pose avec acuité le problème de la protection des a ages, à t ave s, ota e t, l’i te sifi atio des t avau de conservation des eaux et du sol qui doivent être menés dans les bassins versants des différents barrages

  2. La pluviométrie en Tunisie est i guli e da s le te ps ave la su essio d’a es de sècheresse, dont les effets sur la population sont amplifiés par les fortes chaleurs de l’ t , et des années de fortes pluies entrainant des inondations, de fortes érosions et des crues exceptionnelles. Une partie de ces crues se déverse en mer. La perte est estimée à un milliard de mètres cubes par an, du fait des limites de la capacité nominale de régulation des crues par les barrages. Cela pose le problème de la mise e pla e d’u pla d’a tio pou dive sifie les diff e tes te h i ues de sto kage de l’eau à t ave s ota e t, la recharge par injection des nappes souterraines et les travaux de conservation des eaux et du sol.

  3. Les essou es o ilis es e so t pas e ti e e t e ouvela les. U e pa tie d’e t e elles, provenant des nappes très profondes fossiles, ne le sont pas. Par ailleurs, la situation de surexploitation non maitrisée de certaines nappes est préoccupante. Cela a e t ai de g aves p o l es de d g adatio de la ualit des eau pa l’i t usio des eaux marines ; o e ‘est le as d’u e pa tie de la appe ph ati ue du Cap Bon. Une plus grande vigilance est requise pour préserver la du a ilit d’u e pa tie importante de nos ressources hydriques.

  4. La sali it et la pollutio de l’eau o stitue t deu sou es li itatives à leu exploitation. Certains affluents au Nord charrient des eaux dont le taux de salinité dépasse deux grammes par litre. Les eaux provenant des nappes profondes ont souvent des taux de salinité élevés. Cela requiert d’i po ta ts i vestisse e ts pour a lio e la ualit de l’eau potable. Par ailleurs, le rejet des eaux usées insuffisamment épurées, particulièrement par les unités industrielles, entraine souvent de graves nuisances au milieu récepteur et réduit, d’auta t, les volumes

4 d’eau po da t au o es sa itai es e uises. Cette situation nécessite des mesures plus strictes en matière de rejet.

  1. La politique de transfert des eaux des régions ayant un bilan hydrique excédentaire ve s les gio s souff a t d’u d ficit hydrique structurel constitue une pratique ancestrale. Elle doit continuer à être appliquée, avec discernement, pour assurer le rééquilibrage entre les ressources et la demande, ‘est-à-dire sur la base, certes, de la solidarité entre les régions mais aussi sur la base de l’ uit ; ce qui impose la d te i atio de l’e de t transférable une fois que les besoins de la région excédentaire sont satisfaits.

  2. Le littoral restera une zone de forte demande en eau. Son alimentation en eau potable pourra se faire, e pa tie, pa le dessale e t de l’eau de e , deve ue plus accessible, aussi sûre et économique que les eaux conventionnelles grâce au développement technologique.

Pri ipales re o a datio s à l’issue du dé at

Cinq e o a datio s p i ipales so t fo ul es à l’issue du d at. Elles se apitule t comme suit :

  1. Ela o atio d’u pla d’a tio oh e t, à l’ helle lo ale, gio ale et atio ale, intégrant les différentes catégories de ressources en eau pour pouvoir réaliser, à te ps, les p ojets de o ilisatio d’eau, po da t au esoi s de la populatio , compte tenu des différents aléas climatiques et environnementaux.

  2. C atio d’u e Age e d’ o o ie de l’eau, à l’i sta de l’Age e de Mait ise d’Energie, ta t do l’i po ta e des gaspillages et des pe tes au niveau du transport de l’eau et de sa o so atio . Cette age e aura, outre le suivi des efforts requis pour réduire les pertes d’i po ta tes ua tit s d’eau au niveau des o duites de la SONEDE et gale e t au iveau des o duites d’app ovisio e e t des périmètres irrigués, la charge de mettre en place un programme de sensibilisation et d’i itatio pou dui e les gaspillages, valoriser l’utilisatio de l’eau et améliorer son efficience, en tant que ressource rare et coûteuse.

  3. Refonte de la politique de traitement des eaux usées de façon à pouvoir disposer d’u e eau épurée, permettant sa réutilisation, éventuellement, pour la recharge de la nappe et l’irrigation dans l’ag i ultu e. Le volu e d’eau épurées dans les 110 stations d’ pu atio de l’ONAS est important, atteignant 240 millions de mètres cubes en 2014 ; la partie réutilisée, directement ou indirectement, s’ l ve seulement à 57 millions de mètres cubes, soit 24 pourcent du volume total épuré.

5 4. E gage e t d’u vaste p og a e de protection des ba ages o t e l’e vase e t et du sol o t e l’ osio , o i a t le renforcement du réseau de lacs collinaires, l’i te sifi atio de la reforestation et l’a l atio des travaux de conservation des eaux et du sol, particulièrement, sur les bassins versants des différents barrages. Cela devra permettre de répondre, simultanément, à un triple objectif : (i) lutte contre l’ osio , fa teu d’appauv isse e t du sol et do de du tio du e de e t du secteur agricole ; ii ete ue d’u e pa tie de l’eau de pluie pe ettant une meilleure alimentation de la nappe phréatique ; iii du tio des ua tit s d’alluvio s ui se déversent dans les barrages et réduisent, d’auta t, la capacité de stockage et la durée de vie des ouvrages hydrauliques.

  1. Opti isatio de l’e ploitatio du fo t pote tiel dont dispose la Tunisie dans le do ai e de l’ e gie solai e da s le ad e, ota e t, du partenariat public-privé, e vue de dui e le d fi it e g ti ue, d’u e pa t, et accroitre le potentiel de désalinisation de l’eau saumâtre ou de l’eau de mer, d’autre part. La Tunisie dispose de nombreux atouts sur ce plan : disponibilité de cadres qualifiés ; centres de e he hes d di s à l’ e gie renouvelable ; cadre légal de production de l’ e gie dans le cadre, notamment, du partenariat public-privé ; important potentiel naturel aussi bien dans le solaire photovoltaïque que dans le solaire thermique, particulièrement, dans le sud tunisien ; excellente coopération avec de nombreux pa s a a t fait d’i po ta tes ava es da s le do ai e de l’ e gie e ouvelable, à l’i sta de l’Alle ag e et du japo . Il s’agit de e u e s e gie e t e es diff e ts aspects, sachant que la e ta ilit d’u tel p og a e e doit pas seule e t t e d’o d e fi a ie ais aussi d’o d e o o i ue et st at gi ue.

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